Malgré leurs protestations, Booth et Angéla étaient menottés, difficile de faire entendre raison à ces représentants des forces de l'ordre sans pouvoir pour l'un justifier de son port d'arme et de son identité, son badge FBI était à la maison. Angéla avait fait une esclandre et insulté l'inspecteur chargé du délit et Booth n'avait pas usé de diplomatie, trop préoccupé du sort de sa partenaire. Du coup, histoire de les calmer, ils avaient été embarqués tous les deux dans le panier à salade et emmenés au commissariat.

Madame Hodgins téléphona à son époux qui cacha mal son hilarité en venant la récupérer derrière les barreaux de la cellule, ses yeux bleus pétillaient et Angéla finalement se rendit à sa bonne humeur sous la cocasserie de la situation. Le directeur du FBI confirma que Booth était bien un de leurs agents bien qu'il soit assez spécial…

Sur le trottoir devant le commissariat.

- Bon maintenant qu'est-ce que vous comptez faire? S'adressa la jeune femme à son ami.

- Vous avez entendu, on doit attendre quarante huit heures avant de pouvoir signaler officiellement sa disparition. Il peut lui être arrivé n'importe quoi. Souffla Booth passablement désespéré. Lundi, il sera peut-être trop tard…

- Bon de toute façon, on a pas le choix. Il faut retourner chez Brenn. On peut pas laisser sa porte ouverte aux quatre vents. Vous! En lui pointant un doigt accusateur sur la poitrine. Vous aller nous montrer vos talents de bricoleur hors pair et acheter le nécessaire pour réparer les dégâts de son entrée. OK? Et arrêtez donc de vous faire du mouron. J'imagine même pas le savon qu'elle va vous passer quand elle rentrera. Un pour la porte, deux pour vous être luxé l'épaule sur sa porte. Jack vous donnera un coup de main en attendant qu'un professionnel s'occupe de ça!

Hodgins, enclin à la plaisanterie et ne voulant pas être en reste après cette aventure.

- Maintenant que vous lui faites plus la gueule, espérons que le docteur B ne vous fasse pas le remake de l'auberge du cul tourné.

Angie pouffa à la remarque tandis que Booth rougissait jusqu'aux oreilles sous le sous entendu grivois.

Pendant que nos trois amis se rendaient au domicile de l'anthropologue pour en assurer le gardiennage, celle-ci, inconsciente du drame qui s'était joué chez elle et de l'état d'esprit dans le lequel se trouvait son partenaire qui était aussi l'homme qu'elle aimait à pleurer, trottinait depuis une heure, pieds nus, en kimono, dans les allées du parc Lincoln. Ce stage de Karaté qu'elle n'avait pas suivi depuis longtemps, serait certainement bénéfique tant pour son corps qui avait besoin de libérer toutes les tensions accumulées ses derniers mois, que son esprit qui restait fixé sur l'échec amoureux de sa vie. Presque six kilomètres en petites foulées dans les cuisses mais rien n'aurait pu la faire arrêter. Ressentir cette douleur dans chacun de ses muscles prouvait qu'elle avait négligé trop longtemps son corps, abandonnant peu à peu ses joggings matinaux ou du week end pour préférer se morfondre chez elle, à sangloter sur son histoire d'amour avec Booth qui n'aurait jamais lieu. Juste amis ne cessait-il de lui rappeler peu délicatement chaque fois qu'il en avait l'occasion. Elle se torturait à imaginer ses samedis, ses dimanches, ses soirées en compagnie galantes seulement dominés par le sexe. Ce matin, mue par une impulsion soudaine et victime encore d'insomnie, à trois heures du mat', elle errait comme une âme en peine dans sa cuisine, cherchant vainement vers qui se tourner pour se laisser aller à déverser son chagrin.

Angéla, sa meilleure amie? La jeune femme devrait supporter son regard navré mais tant affectueux qu'elle pleurerait encore sur son épaule.

Camille lui avait clairement fait comprendre qu'elle était la seule responsable de cette débâcle.

Russ, Max iraient tout droit casser la figure à l'objet de sa douleur.

Quand à la source de la douleur elle-même, il n'y avait rien à dire. Le minimum de fierté qui lui restait lui interdisait d'aller frapper à sa porte.

Les infos annonçaient la fête de la renaissance, elle déversa donc, aux premières heures de l'aube, toute sa douleur, ses regrets, son amour enfuit et désormais inaccessible dans un poème qu'elle offrirait au regard d'inconnus mais qui la soulagerait. Exprimer par des mots sur une page blanche, ce sentiment qu'elle avait voulu ignorer mais qui s'était sournoisement infiltré dans son cœur. Cette torture si douce qu'elle venait tout juste de découvrir et qui déjà lui échappait. Ces milliers d'aiguillons faits d'amertume, d'espoirs insensés, de souvenirs heureux et de si intenses impressions de compter enfin pour quelqu'un, attisaient la flamme qui brulait au fond de son cœur et la consumait littéralement. Après avoir accroché sur la palissade, parmi d'autres, sa confession, elle partit rejoindre ses condisciples et se consacra pleinement à son entrainement, l'esprit vide. Suite à cette course d'endurance, elle soumit son corps aux étirements puis le groupe se réunit sur une pelouse un peu à l'écart pour faire et refaire les principaux katas appris durant ces dix dernières années. Des enchainements compliqués et synchronisés par tous les participants desquels montaient, dans un ensemble parfait, des cris d' efforts soutenus. Les promeneurs s'arrêtaient à ce spectacle original sans que les karatékas n'y prêtent aucune attention, focalisés sur l'art martial. Le reste de la journée fut vouée au combat proprement dit dans le dojo de la onzième rue qui longeait le parc. Un repas en commun avant qu'elle ne s'écroule sur la natte qui servirait à son repos. Demain, levé cinq heures pour une journée semblable à s'aguerrir aux contraintes du karaté pour ces disciples de haut niveau.

Les Hodgins et Booth étaient restés chez Brennan pour la nuit, espérant malgré les heures qui passaient, entendre frapper à la porte. Brennan serait très surprise de constater que sa clef n'ouvrait plus sa serrure, il fallait donc que quelqu'un soit là constamment. Booth se tournait et retournait sur le canapé sans pouvoir fermer l'œil, dés qu'il s'assoupissait, il la voyait agonisante dans un chemin creux ou flottant dans le cours du Potomac ou bien encore sans vie après avoir jeté sa voiture du haut d'une falaise. Il luttait contre le sommeil pour ne plus avoir devant les yeux ces images de cauchemars. Son épaule bandée le faisait atrocement souffrir malgré les analgésiques mais rien de comparable avec la souffrance qu'il ressentait à son absence. Comment avait-il seulement pu imaginer pouvoir tourner la page, avancer sans elle pour les trente ou cinquante ans à venir, la tolérer seulement à ses côtés comme amie alors qu'elle avait été et resterait la femme avec qui il savait pouvoir vivre l'amour avec un grand A et uniquement avec elle. Il avait aimé les autres, Rebecca, Tessa, Camille ou Hannah, sincèrement mais jamais son cœur n'avait vibré si fort que pour Elle. Avec Tempérance Bones, Booth se sentait capable de déplacer les montagnes, de supporter tout, d'être rassurer et en paix avec lui-même parce qu'elle était l'Ange que Dieu avait choisi pour lui. L'âme sœur que chacun espère trouver un jour pour vivre l'éternité. Celle qui lui donnerait cet enfant qui serait un mélange parfait et magnifique de deux être qui s'aiment.

Au matin, il était plus désespéré que jamais puisqu'elle n'était toujours pas rentrée. Encouragé par Angéla qui restait la journée ici et le préviendrait du moindre développement, il se prépara pour chercher Parker qui avait un match à disputer.

- Et inutile d'effrayer votre fils, hein! Avec la tête que vous faites, le pauvre va penser au pire. Lui ordonna l'artiste en l'obligeant à avaler quelque chose avant de partir.

- Quand je pense, trop prés ça va pas , et trop loin c'est pire. Faut vraiment que vous discutiez tous les deux, hein! Parce que sinon c'est moi qui vais commettre un meurtre. Je vais finir par en prendre un pour taper sur l'autre. Remontée comme un coucou à cause de ses deux amis complètement idiots.

Hodgins poussa Booth vers la sortie en gardant Angéla éloignée de l'agent, inquiet pour la grossesse de son épouse qui s'énervait bien trop ces derniers temps.