Titre : L'homme qui murmure à l'oreille des animaux.
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf mention contraire annotées au chapitre un.
Pairing : principalement 1x2 avec 3x4 en parallèle
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Odin Lowe, Dale Maxwell, Grégory Ten, Sally Po, Heimdall.
Résumé : Apparition de Trowa et d'autres personnages importants dans l'histoire…
Notes de l'auteure : bonjour tout le monde ! Je vous remercie tous pour votre soutien, vos mails et vos reviews sur mon précédent chapitre ! Merci à ceux qui me lisent et qui ne laissent pas de reviews (ça m'arrive aussi). Merci à toi, SNT59, je ne peux pas te remercier autrement qu'ici, et sache que Duo apprécie ton soutien aussi lol ! Je poste assez rapidement, c'est vrai, et j'espère que ça pourra toujours être le cas ! Mais même si pour x ou y raison, je ne poste plus pendant un moment, sachez que cette fic est finie dans les grandes lignes, donc vous aurez la fin, quoi qu'il arrive ! C'est un chapitre long également (mais ça n'a pas l'air de déranger alors j'en profite) mais les notes sont plus courtes, cette fois ! Les noms ne sont jamais choisis au hasard, c'est pour ça qu'elles sont importantes pour la compréhension de la fic.
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture…
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Chapitre trois : sauver et être sauvé.
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En sortant du manoir avec l'intention de gagner les écuries pour chercher Duo, à la demande de son père, Heero aperçoit un petit attroupement autour d'un des trois enclos principaux.
Il s'en approche pour en connaître la raison, et rapidement, la dizaine de personnes attentive et silencieuse s'écarte devant lui, laissant son champ de vision libre.
Il découvre alors Fantagaro, le magnifique frison noir appartenant à la famille royale de Sank, qui fait face à Duo, immobile et concentré à quelques mètres de lui.
Grégory Ten est aussi dans l'enclos, mais en retrait.
Heero avise également Sally Po, l'assistante de Diancecht (1), le vétérinaire, à l'extérieur, visiblement prête à intervenir.
Il s'avance discrètement jusqu'à elle.
- Que se passe-t-il, Sally ?
- Heero, tu m'as fait peur ! sursaute-t-elle d'une voix basse, en posant la main sur son cœur. Il se passe que Fantagaro refuse d'obéir, aujourd'hui, alors Grégory a demandé à Duo de l'aider, parce qu'il a senti que quelque chose n'allait pas.
- Et ça dure depuis combien de temps ?
- Duo est entré dans l'enclos il y a un bon quart d'heure, presque vingt minutes, même, je dirai.
- Et il est resté planté devant lui depuis, c'est bien ça ?
- Exactement. Depuis tout à l'heure, le seul qui bouge, c'est Fantagaro. Il avance de deux pas, recule d'un, doucement, comme à contrecœur. Enfin ça, c'est ce qu'il veut faire croire.
- Tu lui parles, toi aussi ?
- Idiot, non. Mais ça se voit à ses mouvements. Fantagaro est encore bien jeune. N'empêche, avoir le don de Duo nous aiderait, dans notre discipline…
- Nous aussi.
Sally tourne la tête vers lui en souriant.
- Tu le reconnais enfin ! Qui pourrait rester sceptique, de toute façon, en le voyant à l'œuvre. Il est si charismatique, si envoûtant ! Vise un peu la force de son regard, l'intensité avec laquelle il impose sa volonté. S'il a le même pouvoir avec les femmes, enfin plutôt les hommes, à ce que j'ai cru comprendre, ce doit être difficile de lui résister ! Heureusement qu'il ne s'en sert pas sur nous ! Quoi que, il n'aurait pas trop d'efforts à faire…
Heero ne répond rien, il n'a pas envie d'avoir ce genre de discussion, surtout aussi près d'autres paires d'oreilles, pour certaines bien indiscrètes.
Duo sort de son immobilité à l'instant même où il a résolu de ne plus dire un mot, faisant un premier pas vers le cheval, qui ne bouge pas.
Enfin si, il bouge, mais il fait du sur place, piétinant le sol…
Ce qui ne gêne en rien Duo, qui continue de s'approcher jusqu'à s'arrêter à une très courte distance de lui.
C'est Fantagaro qui comble l'espace qui les sépare, après une courte hésitation.
Duo sourit, son regard se fait encore plus doux alors qu'il présente ses doigts au cheval pour le rassurer.
Ceci fait, il laisse glisser sa main en une douce caresse de ses naseaux en remontant vers ses oreilles, continuant de le rassurer alors que son autre main passe sur sous sa crinière, le long de son encolure avant de descendre vers son épaule.
Fantagaro s'ébroue, son corps frisonne mais il ne recule pas.
- Ici, murmure Duo.
Le cheval s'ébroue de nouveau, mais ne fait aucun mouvement pour se dégager.
Duo tourne la tête vers Gregory, qui se tourne à son tour vers Sally en lui faisant signe d'entrer.
Sally comprend et prépare une seringue.
- Ils font vraiment une sacrée équipe, tous les deux, dit-elle encore à Heero avant de les rejoindre dans l'enclos.
Duo continue ses caresses, ses yeux rivés à ceux de Fantagaro, qui redevient un peu nerveux à l'approche de Sally.
- Je vais le faire, n'avance pas plus, lui demande-t-il en prenant la seringue. Merci.
Sally n'a aucune hésitation, puisque Duo travaille avec son père à la clinique.
Et depuis son arrivée ici, il a démontré qu'il valait autant qu'elle-même, sans avoir le titre d'assistant vétérinaire, sinon plus, grâce à son don.
La piqûre faite, Duo se recule, ayant prévu le même mouvement chez l'animal.
Il ne s'en approche de nouveau que lorsqu'il vacille, pour le soutenir et l'aider à se coucher sur le côté valide, avec l'aide de Grégory et de Sally.
- Son épaule droite le fait beaucoup souffrir, il s'est sûrement froissé quelque chose, explique Duo.
- On va s'en occuper, assure Sally avant de se tourner vers ses aides, qui attendaient patiemment son signal. Amenez le matériel, inutile de le déplacer, on va faire ça ici.
- Je vais chercher de l'eau, les avertit Grégory avant de partir.
- Je peux faire encore quelque chose, Sally ?
- Merci, Duo, ça ira. Tu es censé te reposer, aujourd'hui.
- Ce n'est pas grand chose. N'hésite pas, je me vexerais, si tu ne me demandais pas et que j'apprenais plus tard que j'aurais pu t'aider.
- Je t'appellerai, c'est promis.
- Dans ce cas… Bon courage. Et toi aussi, mon beau, sois fort.
Le cheval hennit et donne quelques coup de tête, essayant vainement de se redresser.
Duo le gratifie d'une dernière caresse et sort de l'enclos, sous les applaudissements et les sifflements.
Il sourit et remercie, un peu gêné.
Heero s'avance alors vers lui.
Comme Duo s'est offert une grasse matinée, ils ne se sont pas vus ni au petit-déjeuner, ni au déjeuner.
En fait, ils ne se sont pas revus depuis la veille, au bord de la piscine.
C'est donc avec un peu d'appréhension que Duo le regarde arriver.
Ses mèches rebelles sont caressées par le vent, comme s'il hésitait à le décoiffer encore plus, mais sans pouvoir résister à l'envie d'y glisser son souffle léger.
Ses yeux ne le quittent pas, plongés dans les siens comme une ancre jetée à la mer, répondant aux saluts des gens qu'il croise par un simple signe de tête, mais sans leur accorder le moindre regard.
Duo ne peut s'empêcher de l'admirer.
Oh oui ! il a vraiment belle et fière allure, le Cavalier de glace…
- Tu fais des extras ? lui demande Heero, un peu sèchement.
- Si ça peut aider, répond Duo, sans se départir de son sourire, alors qu'ils commencent à s'éloigner de l'enclos.
- T'es censé te reposer.
- Je sais ce que je fais, ne…
- Duo !
Ils s'arrêtent tous les deux et se retournent pour voir Grégory, le chuchoteur, courir vers eux.
- Bonjour, Monsieur Heero.
- Bonjour, grommelle-t-il en guise de réponse.
Grégory ne lui prête pas plus d'attention et se tourne vers Duo.
- Tu t'es sauvé, j'ai pas eu le temps de te remercier.
- Comme si c'était nécessaire, entre nous. C'est normal de s'entraider, t'as pas à me dire merci.
- J'y tiens. Mais plus que des mots, cette fois, je voudrais t'inviter quelque part, si t'es d'accord.
- C'est pas la peine, tu sais…
- Ca me ferait plaisir, vraiment. Si tu refuses, fais-le parce que tu ne veux pas, pas pour une autre raison, s'il te plaît. On s'est vraiment bien amusé, la dernière fois, alors qu'on a juste pris un café. J'aimerai qu'on ait le temps de finir au moins une conversation sans être interrompus.
Duo sourit.
- T'as raison, Greg. Je ne pense pas que je pourrai, aujourd'hui, mais demain, avec plaisir.
- Parfait ! Je te tiens au courant dans la journée ou je t'appelle.
- D'accord. Merci, Greg, et à plus tard.
- A plus tard, Duo. Monsieur Heero.
- Oh ! Greg, attends ! le rappelle-t-il, alors qu'Heero se réjouissait enfin de le voir partir. Milliardo va sûrement te poser des questions sur Fantagaro, tu pourrais essayer le plus possible d'éviter de parler de moi ? Il risquerait de s'en servir comme prétexte… Il se permet déjà pas mal de choses sans, tu comprends…
Gregory se met à rire.
- Pas de soucis, Duo ! Je ne donnerai pas à un rival une occasion de plus de t'approcher, lui promet-il en lui faisant un clin d'oeil, avant de s'éloigner.
Duo secoue la tête, puis se tourne vers Heero, dont les deux sourcils se sont rejoint au milieu du front.
- Maintenant que t'as fini de te faire draguer, on va peut-être pouvoir y aller ?
- Excuse-moi, répond Duo alors qu'ils se remettent en marche, je me doute bien que tu n'apprécies pas ce genre de frivolités, mais personne ne te forçais à rester, tu aurais pu attendre plus loin.
- Je pensais qu'il avait oublié de te parler de quelque chose concernant le cheval ! se défend-il, irrité.
- Et bien non, Heero. Il y a des gens qui s'intéressent à moi en tant que personne, au-delà de la manière dont mon don pourrait leur être utile.
Heero lui lance un regard noir.
- Et toi, tu as quelque chose à me dire ou tu passais par hasard ? reprend-il en ignorant sa colère.
- Trowa est arrivé.
- Super ! Il est où ?
- Avec mon père, dans son bureau.
- Ok, je le verrai plus tard, dans ce cas.
- Non, tout de suite.
- Tu viens de dire qu'il était avec ton père…
Heero s'arrête et se tourne brusquement vers lui.
- Tu le fais exprès ?
- De ?
- De m'énerver avec ta stupidité !
Duo ne comprend pas ce qu'il a, il ne l'a jamais vu se laisser dominer par un sentiment.
Sa colère a toujours été froide, il l'a toujours exprimé par de la froideur, de la distance, se repliant en lui-même et la refoulant si loin qu'il pouvait jouer l'indifférence d'une manière très convaincante.
En plus, Duo ne sait pas vraiment si c'est de la colère ou de l'irritation.
- Tu sais que t'es vraiment pas bien, Heero ? T'es pas le centre du monde, je passe pas mon temps à chercher comment te rendre plus asocial encore ! J'ai autre chose à faire que de te chercher des poux, si tu veux tout savoir !
- Et moi, j'ai autre chose à faire que de passer te chercher pour le plaisir ! réplique-t-il alors qu'ils arrivent au manoir. Si je suis venu perdre mon temps à te regarder faire les yeux doux à Grégory, c'est uniquement parce que mon père m'a demandé de venir te chercher.
Duo est stupéfait.
- Attends, Heero, tu me fais quoi, là ? On dirait presque que t'es jaloux !
- Arrête de rêver !
- Alors c'est quoi, ton problème ? demande-t-il en le suivant dans le couloir menant au bureau d'Odin.
- Mon problème, c'est que t'es censé te reposer pour reprendre des forces, et que ça me dérange de te voir perdre ce temps-là à flirter, alors que DS souffre.
- Et tu crois que je ne fais pas tout ce qui en mon pouvoir pour le soulager le plus rapidement possible ? réplique-t-il, blessé par cette remarque. Tu crois que je n'aimerai pas que ça aille plus vite et qu'il puisse reprendre une vie normale ? Sais-tu seulement ce qu'on ressent dans ce genre de situation, ce que moi, je ressens ?
- Je ne sais que ce que je déduis de mon observation.
- Ca ne m'étonne pas que ça coince, alors ! Je te l'ai dit hier soir, tu ne vois rien…
Heero fait brusquement volte-face et attrape Duo par son t-shirt pour le plaquer contre le mur du couloir.
- Ne reparle plus jamais d'hier soir, c'est clair ?
Avec étonnement, Heero voit les yeux de Duo s'assombrir et prendre une drôle de lueur, alors qu'un pli sévère déforme sa bouche, qui lui apparaissait encore si sensuelle quelques secondes plus tôt.
- Lâche-nous tout de suite.
La voix est la même que celle de Duo, mais le ton est différent, laissant planer une menace, si bien que Heero ne sait pas vraiment s'il vient de recevoir un ordre ou un conseil.
Il desserre cependant sa main et se recule, bien plus impressionné qu'il ne le montre.
Les yeux de Duo reprennent une couleur normale, enfin leur couleur habituelle, qui n'a rien de normale, et son visage se radoucit.
Mais un voile de tristesse couvre son regard.
- Je savais que tu ne m'appréciais pas, Heero, mais je ne me doutais pas que c'était au point de représenter une menace pour moi, remarque-t-il, la gorge serrée.
- Je te l'ai dit, je n'ai rien contre toi, répond Heero, toute sa colère envolée, mais toujours aussi froidement.
- Apparemment si. Le problème, Heero, c'est que cette menace se retourne contre toi, à présent. C'est toi qui risque le plus.
- Ne me fais pas rire !
- Ce qui vient de se passer arrive très rarement, Heero. C'est assez grave pour le souligner. Tu as peut-être l'habitude de tout contrôler, mais crois-moi ça, tu ne le pourras pas.
- Je…
- Vraiment, le coupe-t-il et c'est bien la première fois, tu ne pourras pas. Alors laisse tomber.
Il défroisse son t-shirt et gagne seul le bureau d'Odin, enfouissant sa tristesse loin en lui, là où son frère allait mettre du temps à la retrouver.
Heero finit par desserrer ses poings et soupire, s'appuyant contre le mur.
« Ce que tu ne comprends pas, Duo, c'est que tu m'as déjà fait perdre le contrôle… »
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Un peu plus tard dans la soirée…
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Duo est allongé sur son lit, au téléphone avec son meilleur ami Quatre.
A peine repose-t-il l'appareil qu'on frappe à sa porte.
- Oui ?
Trowa entre, un léger sourire flottant sur ses lèvres.
- On a décidé d'aller au Puits d'Urd (2), finalement, donc… tu peux pas dire non !
Duo s'assoit en ramenant ses genoux sur sa poitrine, les entourant de ses bras et posant son menton dessus, avant de lever les yeux vers son frère.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, Tro.
Trowa referme la porte et s'installe à côté de lui.
- On a pas eu l'occasion d'être seuls assez longtemps pour parler, depuis que je suis là, mais j'ai bien vu que ça n'allait pas. Tu me racontes ?
- Une autre fois. Je ne veux pas te pourrir la soirée, Heero doit t'attendre.
- Et bien, il attendra encore.
- Ca fait un moment que vous vous êtes pas vus, je comprends, tu sais !
Trowa passe sa main dans ses cheveux dénattés avec douceur.
- Heero est mon meilleur ami, mais t'es quand même mon frangin, Duo. Et je suis sûr qu'il n'est pas étranger à ton humeur. Si tu vas mal, comment veux-tu que je m'éclate, surtout avec celui qui en est plus ou moins responsable ? Dis-moi tout.
Duo se laisse aller en arrière et s'allonge.
- Les 15 premiers jours ont été difficiles, je suis fatigué.
- Je sais. Mais tu l'étais ce matin aussi et pourtant, au téléphone, alors que je venais de te réveiller, tu semblais moins las.
- Tu me laisseras pas avant d'avoir eu tes réponses, hein ?
- Tu me connais…
- Ca peut attendre, Tro, vraiment.
- Ok, mais tu viens avec nous, alors.
Duo se redresse et lui sourit.
- C'est bon, t'as gagné. Je préfère ne pas sortir avec Heero.
- Il s'est passé un truc entre vous ? Par exemple, quand il est venu te chercher, à mon arrivée ?
- Il l'en a parlé ?
- Pas encore, mais ça ne saurait tarder. J'ai quand même compris tout seul.
- Tro, comment tu fais pour si bien t'entendre avec lui ?
- Je ne pourrais pas te l'expliquer, frangin. Mais je te comprends, il est très difficile à cerner. Heero est renfermé et distant, presque inaccessible aux yeux des autres.
- Toi aussi, Trowa, tu n'as pas l'air commode, au premier abord. Mais malgré ton caractère taciturne, on peut t'approcher, tu as des amis. Alors que Heero, on a l'impression que si jamais tu effleures son périmètre de sécurité, il t'explose la figure.
- C'est pour ça que tu ne veux pas venir, ce soir ? Je croyais que vous aviez dépassé ce stade.
- C'est juste… dangereux qu'on se retrouve dans la même pièce.
- Comment ça ?
- On arrivait à se parler, c'est vrai, mais c'était très rare de parvenir à finir une discussion calmement. Quel que soit le sujet de notre conversation, le ton finit toujours par monter rapidement, et…
- Et ça fait des étincelles.
- Plutôt un feu de forêt, ouais.
- Je croyais que t'aimais ça, quand c'était passionné ? le taquine-t-il en lui faisant un clin d'œil.
- Tro, je ne plaisante pas ! Heero me déteste, il ne me supporte pas ! Il a pris sur lui pour DeathScythe, mais là, vraiment, il est à bout.
- T'exagère pas un peu, là ?
- Demande à Oliver à quel point j'exagère !
Le léger sourire de Trowa s'efface et une lueur inquiète traverse son regard.
- Il est intervenu ?
- Oui, soupire Duo. Ca a été si rapide…
- Raconte-moi.
Duo s'exécute.
Il sait que son frère ne le lâchera pas tant qu'il n'aura pas jugé de lui-même la gravité de la situation, avec tous les éléments à l'appui.
Duo fait donc remonter son récit à la journée d'avant.
Une fois son récit terminé, Trowa se lève.
- Habille-toi, ce soir, tu viens avec nous.
- Tu te fous de moi ? T'as entendu tout ce que je t'ai dit ?
- Parfaitement. Heero ne te déteste pas, tu le perturbes, tu l'intrigues, mais il n'a pas une aussi mauvaise opinion de toi que tu sembles le penser. Crois-moi, même si tu es mon frère, si ça avait été le cas, il me l'aurait dit. Et je le connais assez pour reconnaître lorsqu'il déteste quelqu'un.
- Ok, il ne me déteste peut-être pas. Mais il ne m'apprécie pas non plus, alors je ne vais pas lui imposer ma présence.
- Où est donc passé mon Duo combatif prêt à relever tous les défis ? demande Trowa, en croisant les bras sur sa poitrine.
- Dès l'instant où Oliver est apparu, ça a cessé d'être un jeu. Moins je verrai Heero, moins il y aura de risques pour lui.
- Arrête de fuir et de te cacher, Duo. T'es coincé pour un moment encore ici, tu ne pourras pas toujours l'éviter, alors affronte-le. Continue à parler avec lui, à ignorer le mur que sa fierté dresse entre vous, va au-delà. Le fait qu'il t'ait parlé de sa mère prouve qu'il ne t'est pas si inaccessible que ça. Tu l'as touché…
- Et tu as vu le résultat ? C'est peine perdu, n'insiste pas.
Trowa s'accroupit face à lui, ses mains sur ses cuisses.
- Je sais combien ça te tenait à cœur de le rencontrer et d'être ami avec lui.
- On est pas obligé de s'entendre avec tout le monde, tu me le dis tout le temps, Big Brother
- Tu n'as même pas réellement essayé.
- Si.
- Crois-moi, non. C'est de Heero dont il s'agit.
- « Mister Freeze, le glaçon friandise… » Tu parles d'une friandise… Outch ! Pourquoi t'as fait ça ? proteste Duo en se frottant le nez, que Trowa vient d'agresser d'une pichenette. Ca fait mal.
- Tant mieux. Duo, je sais, je sens que tu es dans cette phase où tu as envie de baisser les bras, parce que tu as peur de provoquer une situation qui forcera Oliver à intervenir; et tu as peur de ne pouvoir contrôler ça.
- Personne ne peut contrôler Oliver.
- Si, Duo.
- Mais Quatre n'est pas là.
- Mais il arrive bientôt. Et en attendant, je vais t'aider. Tu me fais confiance ?
- Bien sûr, le problème n'est pas là…
- Il n'y a pas de problème, le coupe Trowa en se relevant. Habille-toi, on va faire sauter la pression. Non, ne dis plus rien, j'en ai marre de parler. J'épuise tout mon quota de mots d'une semaine en une conversation, avec toi.
Duo sourit et se lève pour réclamer un câlin à son frère, qui l'enlace en protestant pour la forme.
- Allez, grouille, lui dit-il encore en s'écartant, on se retrouve en bas dans un quart d'heure.
- Ok, à tout à l'heure. Merci beaucoup, Tro.
Trowa lui fait un clin d'œil et sort, puis repasse sa tête dans l'encadrement.
- Au fait, ce serait bien que tu laisses tes cheveux lâchés, ce soir, lui dit-il avant de refermer la porte, après un dernier clin d'oeil.
Duo soupire, puis se tourne vers son armoire qu'il ouvre en grand.
Le Puits d'Urd, un établissement réputé pour être plus chaud que les Enfers, voire carrément bâti dessus…
Inutile de trop s'habiller, donc, mais il ne serait pas plus utile pour lui d'y apporter quelques degrés de plus par une tenue aguicheuse…
Il se décide donc pour la simplicité : son jean noir moulant juste ce qu'il faut, où il faut, qui retombe en plis mesurés sur ses boots…
Un t-shirt bleu indigo qui rend plus incertaine encore la couleur violette de ses yeux, les teintant d'étranges reflets…
Une veste en cuir qui ne va pas rester longtemps sur son dos, ça par contre, c'est une certitude…
Il glisse son portefeuille dans sa poche, vérifiant l'attache de la petite chaînette censée dissuader les voleurs, remonte le fermoir de sa chaîne en argent où pend son crucifix, repasse sa main dans ses cheveux une dernière fois, puis, satisfait du reflet que lui renvoie le miroir, il quitte sa chambre et dévale les escaliers.
Le vrai test, pour lui, c'est le regard de Trowa…
Et d'Heero...
Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'en arrivant en bas, en voyant Heero, il serait lui-même si déstabilisé qu'il en oublierait de guetter sa réaction.
Heero est une déclinaison vivante de la couleur bleue, qu'il porte à merveille et dans une parfaite harmonie de ton : ses chaussures, son pantalon, sa ceinture, son haut, sa veste…
… et ses yeux…
Ses yeux dans lesquels il plonge sans aucune retenue, acceptant de s'y noyer, de couler jusqu'au fond comme une pierre, comme une statue de pierre, celle qu'il est lui-même devenu en le voyant.
Heero, lui aussi, s'est complètement oublié, perdu dans son regard, perdu dans ces sensations oubliées d'un cœur qui bat très vite, trop vite, d'une chaleur au creux de son ventre, ou plus bas, il ne sait pas, il ne sait plus, de ses mains qui deviennent moites et du sang qui bat dans ses tempes.
Trowa n'intervient pas, reculant pour les avoir tous les deux dans son champ de vision, afin de ne rien perdre de la scène, son léger sourire mystérieux flottant toujours sur ses lèvres.
L'électricité qu'il sent dans l'air, il la connaît.
Elle peut blesser, si elle est mal gérée.
Elle peut être dangereuse, si on ne la maîtrise pas.
Et qui dit danger, dit…
Oliver…
Et franchement, il a pas envie de le voir, ce soir.
- Bien, on y va ?
Duo sursaute, brusquement arraché de la bulle où tout se résumait à un camaïeu de bleu, dominé par celui des yeux d'Heero, où rien d'autre n'existait…
Heero se contente de reprendre sa respiration, qu'il ne se souvenait même pas d'avoir bloquée.
Son regard, qu'il a toujours rivé à celui de Duo, se durcit, puis il se détourne et sort le premier.
- Je vais chercher Heimdall, on se rejoint au Portail.
- Ok, répond Trowa, alors que Duo descend les dernières marches pour le rejoindre. Ca va, toi ? demande-t-il alors en se tournant vers lui.
- Oui, je crois… J'ai juste eu l'impression d'être comme… déconnecté de la réalité pendant un moment.
- C'est certainement ce qui est arrivé. Tu sais que t'es canon, frangin ?
- T'es pas mal non plus, dans le genre… C'est dommage que Quatre ne soit pas là.
- On aura d'autres occasions.
Ils sortent du manoir et prennent la direction du Portail, rejoints bientôt par la voiture conduite par Heimdall.
Peu avant qu'elle n'arrive à leur hauteur, Trowa pose sa main sur le bras de son frère.
- Duo, fais attention, ce soir, s'il te plaît.
- Tu m'as dit que je pouvais te faire confiance...
- Je ne parle pas que par rapport à Heero. On sait tous les deux que quand tu vas pas très bien et que tu sors, tu ne fais plus la distinction entre les bonnes et les mauvaises rencontres. T'es grand, je vais pas te chaperonner.
- T'en fais pas, ça va. Je gère mon moral et mon humeur. Le regard qu'Heero m'a lancé avant de sortir a presque réussi à refroidir mon enthousiasme. Mais mon envie et mon besoin de décompresser est plus fort. Je vais m'éclater, et tant pis s'il ne me supporte pas.
- Duo, je lui ai demandé s'il voulait que tu viennes, il m'a répondu que tu en avais besoin, que ça te ferait du bien. Lui n'était pas obligé de sortir. Il ne serait pas venu, si ta présence le gênait. Ok ?
- Ok.
Ils ne disent plus rien, la voiture s'arrêtant enfin devant eux.
Heero ouvre la portière et ils s'installent tous les deux face à lui, grâce à l'aménagement particulier de l'intérieur, pourtant insoupçonnable de l'extérieur…
Heimdall prend donc la direction du Puits d'Urd en souriant, heureux de conduire ces trois jeunes gens vers un lieu où ils pourront se distraire et échapper au poids de leur réalité quotidienne.
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Bien plus tard dans la nuit…
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Heero, Duo et Trowa sont affalés à l'arrière de la voiture qui les ramène au Manoir, toujours conduite par Heimdall, venu les chercher à la sortie du Puits d'Urd, où ils ont apparemment passé une excellente soirée et une bonne partie de la nuit.
Duo s'est endormi sur l'épaule de Trowa, quelques minutes à peine après que la voiture ait démarré.
- Dire qu'il voulait pas venir… remarque Heero d'une voix un peu pâteuse. C'est lui qui s'est le plus éclaté...
- Il avait besoin de se défouler. Apparemment, ça n'a pas été facile pour lui, jusqu'à présent.
- DS est un cas difficile, reconnaît Heero.
- Toi aussi.
- Il n'est pas là… pour moi.
- T'étais censé… être là pour lui, Heero… même de loin.
- Je tiens toujours mes promesses, Trowa… tu le sais... Mais y a un truc… chez lui…
- Un truc… que t'as rencontré… cet après-midi ?
Heero grimace.
- Pas ça… Pas seulement ça…
- Quoi d'autre ?
- J'sais pas…
- Heero… tu te contenterais pas de ça… T'as bien une idée ?
Il hausse les épaules en attrapant la bouteille d'eau, qu'il vide à moitié avant de la tendre à Trowa.
- C'est comme toi. Comme avec toi… je veux dire. Il… Tu… Vous me touchez…
- C'est de famille, Heero, répond Trowa après avoir bu.
- Pfff… Vous avez pas… le même sang…
- On a la même éducation… on a les mêmes parents… on a le même nom…
- T'as le nom de ta mère, Barton.
- C'est un hommage, bouffon ! Duo et moi,…on est tous les deux… les fils de Dale Maxwell et Hélène Barton Maxwell… Et puis tu peux parler, toi…
- Quoi, moi ?
- Toi, Heero Yuy Lowe. Tu gardes le nom… d'une mère que tu renies…
- C'est elle qui m'a renié… et je t'emmerde…
- Moi aussi…
Ils se taisent et ferment les yeux, vaincus par l'effort qu'ils ont fait de parler dans leur état de fatigue et de légère ébriété.
Mais Heero les ouvre de nouveau rapidement…
Ainsi que sa bouche…
- Trowa…
- Hum… ?
- Je suis désolé…
- De quoi ?
- J'ai pas assuré avec Duo… alors que je t'avais promis… de veiller sur lui…
- Le plus gros du boulot reste à faire… avec DS… Tu te rattraperas à ce moment-là, répond-il en ouvrant les yeux.
- Je sais pas si… je pourrais.
- Accepte ce que tu ressens… et tu pourras.
- Ce que je ressens ? Tu crois quoi, Tro ?
- T'as pas le monopole de la fascination… Heero Yuy Lowe...
- C'est bien ce que je me dis… en le voyant… reconnaît-il en tendant la main vers lui. Merde… j'ai trop bu ! soupire-t-il en suspendant son geste avant de ramener sa main coupable vers lui.
Trowa sourit et embrasse le front de son frère, à portée de lèvres.
- C'est l'effet qu'il a sur tout le monde… puis ça s'estompe, quand tu le connais…parce qu'il fait parfois preuve d'une stupidité… toute humaine...
- Hn.
- Et il a un cœur en or, aussi… ajoute Trowa, les yeux de nouveau clos.
- C'est pas l'apanage des humains, Tro… C'est même… plutôt rare…
- Cœur de glace a parlé…
- Je t'emmerde…
- Moi aussi...
A nouveau le silence s'installe, alors que la voiture file toujours à bonne allure vers le manoir, avec à sa direction un Heimdall tout sourire qui ne perd rien de ce qui se passe à l'arrière.
- Tu sais, Heero…
- Hn…
- Un cœur en or… sait en reconnaître un autre…
- Hn…
- Celui de Duo se fraye doucement un chemin… entre les glaciers qui entourent le tien…
- La prochaine fois… tu t'arrêtes au 4ème Marteau de Thor… et tu termines à l'eau, ok ? Ca t'évitera… de dire des conneries pareilles…
- C'est pas des conneries…
- T'es en train de partir, Tro… et en puissance… C'est vraiment le moment… de la boucler…
- Et comme par hasard… on arrive au Manoir… Ca t'arrange bien, avoue… T'as peur d'en dire trop…
- Ta gueule…
- La tienne…
- Messieurs, pardonnez-moi d'interrompre ce merveilleux échange de mots doux, mais nous arrivons.
- Merci, Heim' … répond Heero en se redressant.
Trowa se redresse aussi, caressant doucement la joue de Duo.
- Dun, mon grand, on est arrivé…
- Hummmm… laisse-moi… dormir…
- Tu seras mieux dans ton lit…
- 'veux pas…suis bien, là…
- Duo…
- Laisse moi… Solo… Sœur Marie dira rien…
- Dun… Duo…
- Tu me… protégeras…
Trowa se résigne, il connaît son frère, il sait qu'il ne se réveillera pas à moins d'y aller franchement, et ça ne sert à rien de le brusquer.
- Bien sûr… répond-il en embrassant son front, sous ses mèches. Dors, mon grand.
Duo soupire et se serre un peu plus contre lui.
- Ca craint… grimace Heero.
- Ta gueule…
- La tienne…
La voiture s'immobilise et Heero s'en extrait le premier pour pouvoir prendre Duo dans ses bras.
L'air frais le réveille et le sort un peu de sa léthargie.
Ce qui ne l'empêche pas de bâiller à s'en décrocher la mâchoire.
- Souhaitez-vous que je m'occupe de Monsieur Duo, Monsieur Lowe ?
- Ca ira, Heim'. Ramenez la voiture et rentrez terminer la nuit que nous avons interrompue. Merci et bonne nuit.
- Merci à vous. Quant à moi, je n'ai fait que mon devoir, en veillant sur vous et votre entourage, Mr Lowe. Je vous souhaite une excellente fin de nuit, reposez-vous, et vous aussi, Monsieur Barton.
- Bonne nuit, Heimdall et merci, répond-il alors que le vieil homme remonte dans la voiture. Merci, Heero, ajoute-t-il en se tournant vers son ami pour prendre son frère. Heero… ?
Le Heero en question a déjà commencé à monter les marches du perron.
- Je tiens plus sur mes jambes que toi.
Trowa sourit en le suivant.
L'air frais l'a également un peu dégrisé.
- Si ça, c'est pas de l'excuse…
- C'en est pas une. S'il se blesse, il ne pourra pas…
- … s'occuper de DS, je sais, j'ai fini par comprendre. T'as jamais autant répété une phrase, depuis que je te connais…
- Je t'emmerde…
- Moi aussi.
- Prend plutôt mon pass dans ma poche et ouvre-nous.
- Quelle poche ?
- Derrière gauche.
- On dit arrière gauche.
- N'en profite pas !
- Aucune chance… Je l'ai… Attend, y a un truc dessus… tiens, ça me dit quelque chose… remarque-t-il en retirant un papier collé au pass.
- C'est rien. Ouvre, je fatigue.
- C'est pas rien ! répond-il à voix basse en ouvrant la porte d'une main, agitant le papier de l'autre. C'est le numéro du serveur qui a branché Duo ! J'y crois pas ! Je peux savoir ce que tu fais avec ?
- Je l'empêche juste de se dissiper, se défend-il en entrant dans le manoir. Je lui rendrai lorsqu'il aura fini son travail ici.
- Mais bien sûr… T'es un vrai chacal, Heero…
- Passe devant et allume… au lieu de m'insulter.
Trowa glisse le pass dans la poche d'Heero, après avoir recollé le papier dessus et s'exécute en souriant.
Ils déposent Duo dans sa chambre et le déshabillent…
Enfin, Heero lui enlève ses boots, laissant Trowa lui ôter le reste de ses vêtements, pas certain de pouvoir se maîtriser.
Il a déjà bien du mal à détacher son regard du corps alangui de Duo…
Ce qui n'échappe pas à Trowa, lorsqu'il se redresse après avoir embrassé une dernière fois son frère, et que ça amuse beaucoup.
- Tu veux lui faire un petit bisou, Heero ? Je te promets que personne n'en saura rien…
Heero ne prend même pas la peine de répondre et sort, rejoint rapidement par Trowa, qui referme doucement la porte de la chambre de Duo.
- Bonne nuit, Tro… murmure Heero. Ca me fait plaisir que tu sois là…
- J'adore quand tu me dis des mots doux…
- Dumbum…
- Oh oui ! C'est exactement le bruit que ferait le lit… en réceptionnant le poids de nos deux corps… passionnément enlacés… Hummm… continue… ça m'excite !
- Va cuver, sale ivrogne… grommelle Heero en le poussant du coude, avant de gagner sa chambre, plus haut dans le couloir.
- Bonne nuit, Heero… lui dit encore Trowa à voix basse. Je suis content de te voir aussi, tu sais…
- Hn…
Il referme la porte de sa chambre sans un regard pour son ami, qui se rend à son tour dans sa propre chambre, épuisé, mais satisfait.
Ca s'est pas si mal passé, en fait…
Après avoir jeté un œil au réveil, qui indique 4h du matin, il se débarrasse rapidement de ses vêtements et s'allonge sur son lit, son portable à la main, composant un numéro qu'il connaît par cœur.
- Allo ?
Trowa sent un délicieux frisson lui parcourir le corps au son de cette voix.
- Je pensais tomber sur ton répondeur, murmure-t-il. Je te réveille.
- Peu importe, Trowa, je suis content de t'entendre. Ça a été ?
- Oui, je pense avoir déprogrammé la bombe. Mais je vais avoir besoin de toi pour la désamorcer totalement.
- Je serai bientôt là.
- J'ai hâte de te voir. Ca fait longtemps.
- Trois mois, ce n'est pas si terrible. On a connu et supporté plus longue séparation.
- Plus le temps passe, plus c'est difficile d'être loin de toi.
- Trowa ?
- Oui, Quatre ?
- T'as bu combien de verres ?
- T'es pas drôle…
- Je n'ai pas envie de l'être lorsque cela concerne mes sentiments.
- J'ai pas besoin de boire pour savoir que tu me manques de plus en plus…
- Non, mais pour le dire, si.
- Faux !
- On verra quand tu seras sobre, si tu es capable de me ressortir une seule phrase de ce type, sur ce même ton.
- T'es de mauvaise foi, Quatre… Je te dis tout le temps que tu me manques… ou que tu m'as manqué… quand on se revoit.
- De la même façon que tu le dis à tout le monde, oui.
- Je le dis… pas à… beaucoup de monde…
- Peu importe qu'il y ait une ou dix personnes, je ne suis pas le seul, c'est tout.
- Quatre…
- Laisse tomber, Trowa, va te coucher, tu tombes de sommeil.
- Je suis… couché…
- Alors dors !
- Je suis désolé… de t'avoir dérangé… J'avais vraiment… envie d'entendre ta voix…
- Je suis content d'avoir entendu la tienne. Bonne nuit, Trowa.
- Bonne nuit… mon Ange… du désert…
Un long soupir résonne du côté du Golfe d'Aden (3), auquel répond une respiration caractéristique d'une personne qui vient de s'endormir, certes assez brusquement, côté Asgard.
Quatre coupe le téléphone, attendri mais avec un serrement au cœur, puis retourne dans sa chambre ; il le pose sur sa table de nuit et se glisse sous le drap, où un corps chaud et doux l'accueille en se blottissant contre lui.
- Tout va bien, mon Prince ?
- Excuse-moi, je t'ai réveillée, Manâh. (4)
- Qui était-ce ?
- Tu sais très bien quelle est la seule personne à qui j'accepte de répondre à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, répond-il gentiment en caressant ses longs cheveux roux.
- Cet homme ami des fauves, responsable du fait que je n'aurais jamais rien d'autre que ton corps, puisque ton âme, ton cœur et ta vie lui appartiennent ?
Quatre caresse sa joue et l'embrasse tendrement.
- J'aurai tant aimé t'offrir plus que…
La jeune femme pose un doigt sur ses lèvres.
- Il était écrit que seul deux hommes sauraient toucher et atteindre le plus profond de ton cœur. Je les ai mené à toi, il y a six ans, dans le désert. Et depuis ce jour du Destin, ton pouvoir n'a cessé de croître car ton cœur s'est enfin ouvert et ton âme s'est épanouie. J'ai joué mon rôle, ce sera bientôt à toi de jouer le tien, mon Prince.
- Merci, Manâh.
- C'est moi qui te remercie, mon Prince, réplique-t-elle en offrant à nouveau ses lèvres.
Pour savourer le baiser de son Maître, ses paupières se referment sur ses yeux aussi gris qu'un ciel d'orage, laissant une larme s'en échapper.
Elle sait qu'elle est en train de vivre la dernière nuit de sa vie avec le Prince, et elle est bien décidé à en profiter…
.
.
A suivre…
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Notes générales
(1) Diancecht : c'est le nom du dieu celte de la médecine (celtes d'Irlande notamment)
(2) Le Puits d'Urd était dans la mythologie nordique (scandinave) un puits qui donnait accès à la « demeure du brouillard » (Les Enfers). Vous comprenez pourquoi j'ai choisi ce nom pour une boîte !
(3) Le golfe d'Aden est la baie située entre la corne de l'Afrique (Somalie) et l'Arabie (Yémen). Le golfe d'Aden sépare les deux grands continents africain et asiatique. Il lie la mer Rouge et l'océan Indien. Sa longueur est de 1 000 km et sa largeur varie de 150 à 440 km. (Source Wikipédia). Aden est une ville portuaire du Yémen. J'aime assez l' idée que Quatre vit dans un endroit qui est à la jonction entre deux continents/deux mondes, où le désert est pas loin mais la mer non plus !
(4) Manat ou Manāh était une déesse du destin vénérée en Arabie à l'époque préislamique. Ce que l'on sait d'elle provient essentiellement du Livre des idoles de Hisham ibn al-Kalbi. Elle aurait été l'aînée des trois "filles du dieu" (probablement Houbal) qui semblent avoir été objets d'un culte fervent à la Mecque : Allat, Manat et Uzza. Les Nabataéens lui rendaient également un culte sous le nom de Manawat ou Manawatu et l'identifiaient à Némésis, mais en faisaient, selon Julius Wellhausen, la mère d'Houbal. Ce nom colle bien à la jeune femme qui est aux côtés de Quatre, dans la symbolique lié au Destin. Quatre y accorde beaucoup d'importance, vous le verrez dans les prochains chapitres…
Note de l'auteure :
merci d'avoir lu ce chapitre !
J'espère que vous aimez toujours…
Je vous dis à bientôt pour la suite, dès que j'aurai fini de la taper et de la corriger !
Kisu !
Lysanea...
