CHAP 3 : Suivre sans être suivi
-Je ne sais pas pourquoi ça m'étonne autant…, se demanda John en arpentant les rues de son allure habituellement calme.
-D'après mes recherches, Slaven Kane n'a pas vraiment d'amis où elle aurait pu se réfugier, la voix de Finch grésilla dans ses oreillettes.
-Fusco a interrogé quelques professeurs et je suis allé rendre visite à des camarades de classe, il semblerait que Slaven soit du genre solitaire et autonome, ça ne vous rappelle personne ?
-Elle passait son temps dans les rues, j'ai retrouvé le dossier de l'assistante sociale, elle a été ramenée plusieurs fois par un agent à son domicile le soir. Elle rodait vers les anciennes usines désaffectées dans l'Ouest et vers l'arrière cour de son collège.
-Compris, je vais faire un tour vers ses anciennes caches.
Reese s'arrêta un moment. Il avait ressentit, l'espace d'un instant, le léger frisson qui prévenait d'une filature, mais les rues étaient désertes à cette heure avancée de la nuit. Il fit mine d'être occupé avec son portable et écouta attentivement le pseudo-silence de la nuit. Non il n'y avait vraiment personne, à part peut être le vieil homme qui le regardait de sa fenêtre à l'autre bout de la rue et le chat captivé par un trou dans une benne.
-Tu deviens parano mon pauvre John… marmonna-t-il en reprenant sa route.
Il passa le reste de la nuit à fouiller les entrepôts vides avant de terminer par le collège de la fugitive, sans résultat.
-Soit elle a d'autre planques où se terrer, soit quelqu'un la cache chez lui, remarqua-t-il en rejoignant son patron dans la bibliothèque qui leur sert de QG.
-Ou peut-être a-t-elle quitté la ville, proposa Finch toujours devant ses écrans.
-Peu probable. Pas en si peu de temps et de moyens. N'oublions pas que c'est une gosse.
-Oui, il est vrai que jamais aucun enfant ne vous avait fait courir les rues pendant si longtemps… sourit Finch.
Reese lui lança un regard lourd de fatigue avant de proposer de continuer les recherches dans d'autres entrepôts abandonnés.
-Vous devriez vous reposer Mr Reese, conseilla l'informaticien, vous avez cherché toute la nuit…
-Si nous attendons trop longtemps il sera peut-être trop tard Finch, ce n'est qu'une gamine, le coupa l'agent.
-Une enfant qui a réussi à vous semer, vous et les services de police, alors je pense qu'elle sait très bien se cacher de ses poursuivants, de plus, au risque de me répéter Mr Reese, vous serez plus efficace une fois reposé, ajouta-t-il avec un sourire compatissant.
- Alors faites-en de même, vous avez eu les yeux collés à vos écrans LD tout aussi longtemps. Et ne la surestimez pas, elle reste une collégienne de 12 ans seulement.
-Je pense plutôt que vous êtes vexé de ne pas l'avoir trouvée. Le sourire de Finch grandissant.
-C'est ça votre problème Finch, vous pensez trop.
Celui-ci laissa échapper un petit rire étouffé avant d'insister :
-Aller vous reposer Mr Reese avant que vous ne tombiez de fatigue.
-Je vais plutôt rendre visite à Lionel, au commissariat. Du travail nous attend et je n'ai pas vraiment participé ces temps-ci. D'ailleurs l'un des dossiers va être celui des parents de la concernée, peut-être que nous trouverons quelque chose sur l'agresseur…
Finch poussa un long soupir d'exaspération lorsque son collègue fût parti, il ne prenait donc jamais de pause ?
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…
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La nuit fraiche fit frissonner Slaven tandis qu'elle observait cachée dans l'angle d'une ruelle. Elle s'était tout de suite réfugiée dans l'usine abandonnée à deux rues de son école, comme prévu. Elle n'avait contacté aucun ami, puisqu'elle n'en avait pas vraiment, et n'avait emporté aucune provision ni affaire pour pouvoir fuir plus facilement. Le problème était qu'elle ne pourrait survivre très longtemps dans ces conditions et elle le savait, mais ses effets personnels étaient propriétés de la police maintenant, elle ne pourrait les récupérer.
Quand elle avait songé à changer d'usine pour une moins aérée, un homme plutôt bien habillé était entré par l'entrée de service, celle qu'elle avait utilisée, celle qui était le plus près de sa cachette. Elle s'était donc précipitée au premier étage et avait grimpé sur une des poutres pour se cacher. Fort heureusement, l'inconnu ne pensa pas à regarder le plafond dégarnit et Slaven n'avait laissé aucun indice indiquant sa présence, à part peut-être la poussière déplacée.
Pendant qu'il cherchait dans les recoins de l'entrepôt, la petite fille l'observa attentivement, il ressemblait beaucoup aux agents secrets qu'elle tentait d'imiter dans les films. Quelque chose brilla sur sa ceinture quand il passa dans un rayon de lumière, une arme ? Une arme d'agent secret ou une arme de policier ? Finalement ce mystérieux inconnu n'était peut-être pas là pour son bien ? Il était peut-être de ceux qui avaient tués ses parents. Il parla soudain. Sa voix était basse, comme un murmure, même s'il élevait la voix. Il l'avait appelée. Il connaissait donc son prénom. Mais cela ne l'aidait pas à savoir dans quel camp il était.
¤C'est pourtant simple, se dit-elle, méchant ou gentil, secours ou tueur.¤ Il l'appela encore, cette fois avec plus de dynamique dans sa voix qui résonna dans la grande pièce vide. Il lui disait que tout irait bien, qu'il était ici pour l'aider. Mais Slaven n'était pas dupe, elle ne se laisserait pas avoir avec de belles paroles ! Elle attendit donc, dans la semi-obscurité, sur une planche froide et couverte d'une couverture de poussière épaisse qui lui chatouillait le nez. Quand allait-il partir ? Bientôt, elle ne pourrait se retenir de tousser.
Au bout d'un bon quart d'heure, il abandonna et rejoignit la porte par laquelle il était rentré.
Elle attendit un peu avant de descendre. S'il connaissait cette cachette il fallait oublier toutes les autres dans les vieux bâtiments ou usines désaffectées. Soudain son plan lui parut beaucoup moins élaboré, il ne lui restait pas beaucoup d'endroit où se cacher et cet homme à sa recherche lui donnait des frissons dans le dos. Peut-être était-ce l'objet brillant à sa ceinture, ou sa façon de se mouvoir et de parler.
Elle jeta un coup d'œil hésitant dehors avant de sortir, les rues étaient désertes. Il fallait choisir maintenant. La petite fondation de pierres au parc dans laquelle elle jouait étant petite ? Non, trop petit et trop près de chez elle. Sa cachette de l'école ? Avec un peu de chance il l'aura déjà fouillée et ne reviendra pas de sitôt, cela lui laissera le temps de se reposer jusqu'au levé du jour ; qui arrivera dans peu de temps. Il y avait aussi Jason, le garçon qui jouait avec elle pendant les vacances quelques années auparavant, à présent il avait grandit et restait avec les idiots qui l'embêtaient. Mais c'était un cas d'urgence, il fallait qu'il accepte.
Elle rejoignit donc son quartier et s'apprêta à lancer un petit caillou à la fenêtre de son ancien ami quand des voix se firent entendre dans l'entrée et que la porte s'ouvrit, illuminant la rue d'une lumière chaleureuse. Elle sauta vite dans la ruelle la plus proche, l'homme en costume de l'usine se tenait sur le pas de porte et remerciait la mère de Jason. Puis la porte se referma, la rue redevint sombre et l'homme s'éloigna, heureusement, dans le sens opposé à Slaven. Elle poussa un léger soupir, cela s'en était fallu de peu. Elle ne savait pas si elle se sentait soulagée ou déçue ; avant de rentrer, la mère de son ami avait assuré que s'ils avaient des nouvelles, ils le contacteraient.
¤Je peux oublier Jay,… ça m'apprendra à être associable.¤
Elle entendit soudain sa voix calme à l'autre bout de la rue, il parlait à quelqu'un. Elle s'avança discrètement, il n'était pas au téléphone.
¤Décidément il fait plus agent secret qu'autre chose¤
Soudain il se baissa et Slaven pu enfin voir ce qui brillait à sa ceinture, ce n'était pas une arme ; bien qu'elle ne douta pas une seconde qu'il en ait une ; c'était un petit insigne en étoile doré.
¤La police!?¤ Mais qui était donc ce mystérieux poursuivant ? Ce dont Slaven était sûr, c'est qu'il n'était pas policier, malgré sa plaque.
¤Bon! Il ne me reste plus que l'école…¤ bouda-t-elle, mais quand elle arriva près de la cour arrière, l'agent secret l'attendait déjà. Il montait péniblement le muret menant à son interstice. Comment avait-il pût deviner ?
C'en était trop pour Slaven, elle n'avait vraiment nulle part où aller sans que cet inconnu à la fausse plaque ne lui tombe dessus. Mais elle pouvait tenter quelque chose… sans se faire remarquer… surtout ne pas se faire remarquer.
