Chapitre 3 :

La comète

Une fois de retour chez moi, je trouvai ma mère une fois de plus occupée à nettoyer et récurer la maison. Son passe-temps favori, du moins quand elle était contrariée ou tourmentée. Les semaines qui avaient suivi la mort de mon père, elle avait passé le plus clair de son temps à nettoyer la maison, astiquant tout, des vieux couverts inutilisés au lustre du grenier. Mais elle avait finit par se rendre à l'évidence : un jour ou l'autre, il lui faudrait affronter la mort mon père, comme tout le monde, en pleurant tout son saoul. Ce qu'elle avait par la suite fait pendant au moins une journée et une nuit entières.

J'entrai dans le salon et déposai mes quelques paquets sur la table basse. Elle me lança un regard assassin qui voulait clairement dire que ces paquets n'avaient pas intérêt à rester là.

"Ne stresse pas, Maman, je vais les ranger... Mais d'abord, dis-moi ce qu'il y a !", lançai-je tout en m'asseyant sur notre vieux canapé au tissu marron, qui ne manqua pas de protester sous mon poids en émettant un craquement.

Ma mère me tourna le dos et continua à faire la poussière sur le grand buffet de notre salon, pour, à n'en point douter, la vingtième fois.

"Il n'y a rien, Leah ! Tout va bien... Pourquoi y aurait-il quelque chose ?", me répondit-elle d'une manière trop assurée pour être sincère.

Je me levai et attrapai la main de ma mère au vol, l'empêchant de continuer à astiquer le buffet.

"Maman, tu sais que tu peux me parler, n'est-ce pas ?, fis-je, de la voix la plus douce que je possédais.

- Et ce n'est pas moi qui suis censée te dire cela quand ça ne va pas ?, demanda-t-elle en retour, le sourire aux lèvres.

- Peut être... Mais je veux juste que tu saches que tu peux tout me dire, quoi que ce soit, avec quelque personne que ce soit...", assurai-je, d'une manière laissant sous-entendre, je l'espérais qu'elle pouvait me parler de Charlie.

Leur relation n'était pas vraiment pour m'enchanter, mais si en plus elle refusait de nous en parler... Sûrement pensait-elle que Seth et moi étions assez stupides pour croire que cela faisait déjà presque trois ans qu'elle fréquentait Charlie en simple ami. A bien y réfléchir, j'ignorais comment j'aurais pu réagir si elle m'avait annoncé de but en blanc qu'elle avait une vraie relation avec Charlie...

"Merci Leah. Je prends note, mais tout va bien, alors va plutôt ranger tes paquets !"

J'abdiquai. Je n'étais ni assez patiente, ni assez curieuse. Elle m'en parlerait le moment venu. Je commençai à monter les marches pour rejoindre ma chambre quand je me rappelai que je n'avais même pas parlé de mon travail.

Je me retournai et la rejoignis à nouveau dans le salon, où elle s'attaquait à présent à la table basse sur laquelle mes paquets avaient trainé quelques secondes auparavant.

"Au fait…

- Oui ?, s'enquit-elle, relevant la tête pour m'offrir toute son attention.

- J'ai trouvé un travail."

J'attendis de voir sa réaction, non que j'eus peur, mais je n'avais pas spécialement envie d'entrer en un conflit avec elle. Finalement, elle eut un large sourire.

"C'est une bonne chose, Leah, que tu penses un peu à toi ! Grâce à cela, tu seras plus indépendante. J'espère juste que tu pourras concilier ton devoir de louve et ton nouveau travail... D'ailleurs, de quoi s'agit-il ?

- Un poste de serveuse dans un pub, à Port Angeles.

- Je suis contente que tu te changes un peu les idées. Ça te fera du bien, j'en suis sûre."

Malgré tout, je fus soulagée que ma mère le prit si bien. Cela m'évitait un conflit et c'était tant mieux. Le reste de l'après midi, je rangeai mes emplettes et restai dans ma chambre à flâner sur le net. Quand je vis le soleil commencer à décliner à l'horizon, je pris conscience qu'il allait être temps de retrouver la meute pour voir comment s'en sortait Rachel et si tout s'était bien passé. Même si cela devait sûrement être le cas, vu qu'elle avait Paul à ses cotés.

Je prévins rapidement ma mère de mon départ en criant du haut des escaliers, tout en retirant mes vêtements. Une fois nue, je m'élançais par la fenêtre, pour retomber au sol, sur mes quatre pattes. Je décelai aussitôt la présence des jumeaux, d'Embry, de Seth, d'Enola, de Quil, de Jared, de Paul et de Rachel. Je m'empressai d'aller rejoindre mes frères.

"Arrête de pensé à ça ! Je n'avais pas pensé que je redeviendrais humaine sans mes vêtements... Je n'avais même pas prévu de muter d'ailleurs !, fulmina Rachel à l'encontre de Paul, qui ne cessait de s'amuser de son air horrifié quand elle avait repris forme humaine sans crier gare, face à Corin et Colin.

- T'en fais pas Rachel ! On s'est tous déjà vu à poil au moins une fois, ça fait partit du boulot !, assura Quil.

- C'est censé me rassurer ?

- Il ne disait pas ça quand il a vu sa petite sœur !, se moqua Embry.

- Tiens, salut Leah ! Ça va ? T'es de bonne humeur aujourd'hui ? Ou tu vas arracher la tête à quelqu'un ?, me demanda Jared, goguenard.

- Ça peut aller, alors ne commence pas à me chercher !

- Sinon quoi, tu va me mordiller l'oreille ?, me provoqua-t-il.

- Non. Je pensais plutôt t'arracher la langue, comme ça, on serait enfin débarrassés de tes commentaires aux rabais...

- Ah ouais ? Essaye un peu pour voir !"

L'instant d'après, Jared et moi bondissions l'un sur l'autre, même si je savais qu'il pouvait largement me mettre à terre. Jared était parfois long à la détente et pas très rusé, et je prenais finalement le dessus de cette petite bagarre infantile.

Après cela, nous fumes rejoints par Jacob. Il expliqua rapidement à Rachel nos lois, ainsi que nos frontières. Il lui parla également du pacte établi avec les Cullen, car même si Rachel en avait déjà entendu parler, elle n'en connaissait pas tous les détails. A dire vrai, aujourd'hui le traité n'avait plus vraiment lieu d'être. Nous étions malgré nous liés à jamais à ces sangsue, à cause de la demi-portion. Cela me fit d'ailleurs réaliser que Jacob n'était désormais plus le seul à profiter de l'immortalité. Seth et Enola, ou encore Rachel et Paul, pouvaient eux aussi vivre à jamais ensemble. Étions-nous vraiment immortels comme les sangsues ? À condition de se transformer régulièrement, certes, mais même ainsi pouvions-nous nous aussi défier la mort à jamais ? Ce cas de figure n'avait bien sûr lieu d'être que si nous nous imprégnions d'un être qui avait lui aussi accès à l'immortalité. Sinon, pourquoi s'infliger une éternité de solitude ?

Après que tous les détails fussent abordés avec Rachel, tous reprirent petit à petit forme humaine, et il ne resta que moi et Jacob.

"Au fait, Jake, j'ai trouvé un boulot... Alors, certains soirs, il ne faudra pas compter sur moi.

- Quoi ? Toi ? Serveuse dans un bar ? Tu va tous les faire fuir !, se moqua Jacob, et, pour une fois, je dus reconnaitre qu'il était probable que j'en fasse fuir certains.

- De toute façon, ça va bientôt faire un an qu'on n'a pas vu un vampire dans le coin. À croire qu'ils sont au courant que les Cullen se sont alliés à une meute de loups..., remarqua Jake.

- Les témoins des Volturis ont sûrement du propager l'info. Plus aucun n'ose s'aventurer ici... C'est plutôt une bonne chose.

- Oui, tu a raison. Mais... être si nombreux pour rien...", déplora-t-il.

Je savais qu'il pensait à sœur en disant cela. Il était vrai qu'elle avait muté alors que aucune menace ne pesait sur nous. Même s'il n'en parlait pas et faisait tout pour ne pas y penser, la présence de sœur dans notre meute le troublait, comme si cela leur concédait un lien nouveau, lien dont il avait manqué par le passé. Je savais que Rachel et Rebecca étaient sans cesse ensembles, comme de vraies jumelles qu'elles étaient, laissant Jacob à l'écart. Puis, elles étaient toutes deux parties vivre chez leur tante, peu après la mort de leur mère. Et le fossé qui les séparait était alors devenu un véritable gouffre. Rachel était revenue vivre à la réserve, dans l'espoir elle aussi de se rapprocher de son petit frère, mais Paul s'était imprégné d'elle et finalement, rien n'avait vraiment changé entre eux.

"Jared pense d'ailleurs se retirer. Kim est déjà plus âgée que lui et ils aimeraient fonder une famille, eux aussi."

Cela me fit un pincement au cœur de savoir qu'un de mes frères allait lui aussi nous quitter. Mais après tout, Jacob avait raison, vu le nombre que nous étions pour le peu d'ennemis présents, cela suffisait amplement. Même si parfois, ils m'exaspéraient tous avec leur imprégnation, ils restaient mes frères.

"Au fait, Leah, on va tous voir le passage de la comète... Ça te tente ?, me proposa Jacob

- Hum toute une soirée entourée de sangsues... Quel bonheur ! Mais j'ai déjà autre chose de prévu...

- Leah, j'ai accès à ta tête... Inutile de mentir !

- Ok. Je n'ai juste pas envie, c'est mieux là ?

- Allez ! Nessie aimerait beaucoup que tu sois là !"

Je ne savais pas vraiment pourquoi mais la demi-portion demandait souvent après moi, à croire qu'elle m'aimait bien. Pourtant, je n'étais pas vraiment à la chouchouter, comme tous les autres.

- Et bien sûr, si je viens, Nessie sera contente, et donc, toi aussi ?

- Merci Leah ! A ce soir, alors !, lança-t-il avant de s'élancer vers les bois sombres.

- Hé, je n'ai pas dit oui !"

Mais il avait déjà muté... Après tout, je n'étais pas obligée d'y aller. Mais Jacob dirait sûrement à Nessie que j'allais venir et si je n'y allais pas, elle serait triste, et Jacob m'en tiendrait pour responsable. J'aurais droit à des réflexions incessantes. Après mûre réflexion, mieux valait encore faire une apparition là-bas. Jacob m'avait dit de venir, pas de rester.

Je rentrai finalement chez moi, courant à travers les bois humides. Les fougères trempées laissaient leurs trainées liquides sur mon pelage imperméable. L'air ambiant était pur et agréable, juste l'odeur de la pluie, de la terre mouillé et de l'herbe. Ce n'était pas que je n'aimais pas la pluie, ou l'humidité, mais parfois j'avais envie d'ailleurs, de connaitre d'autres paysages, d'autres horizons, ... Je me sentais enchainée à la réserve, comme si mon statut de louve avait d'un coup planifié ma vie pour moi. J'allais protéger les humains des sangsues. Un jour viendrait mon âme sœur, et pour lui, j'arrêterais d'être une louve. Mais je resterais proche de mes frères en continuant de vivre à la réserve. Alors, j'aurais des enfants qui, à leur tour deviendrait peut-être des loups. Finalement, je finirais par mourir auprès de celui qui m'était destiné. Même si je connaissais déjà mon avenir, et que je ressentais un sentiment d'impuissance face à cela, je ne pouvais pas non plus ne pas y aspirer. C'était ce que j'avais toujours voulu avant, avec Sam… Finalement aujourd'hui, certaines données avaient changé mais le final restait le même. Bien sûr, la souffrance était venue s'ajouter à l'équation et cela, je m'en serais volontiers passée.

Après m'être changée, je rejoignis la meute au sommet d'une des montagnes. Elle offrait un plateau recouvert d'herbe où la vue était simplement superbe. J'étais à quelques mètres de là, mais j'entendais déjà les voix, les murmures, les rires, les baisers, cela me donna d'ailleurs la nausée. J'entendais aussi les cœurs. Ceux des loups, rapides et puissants ; celui de Kim, clair, petit cœur d'humaine ordinaire ; celui de Nessie, étouffé et fragile, comme s'il était là juste pour la forme, sans vraiment servir à grand chose.

En arrivant à hauteur des autres, je constatai qu'ils étaient déjà tous allongés sur des couvertures et des nappes, attendant le passage de la comète, et sa pluie de météorite. Je n'étais pas vraiment fan d'astronomie. C'était joli, certes, mais de là à s'allonger par terre pendant une demi-heure, il ne fallait pas pousser... Je cherchai Jacob des yeux. Il était un peu plus loin, Nessie cachée dans l'étau de ses bras. Ce qu'il pouvait être pot de colle ! Mais le pire, c'était qu'en plus, la demi-portion semblait aimer ça. Finalement, elle décela ma présence et se défit non sans difficulté des bras de son protecteur.

"Salut Leah, c'est chouette que tu sois là !

- Salut ! Ouais, c'est cool.

- Viens ! Ça va commencer !", me dit-elle tout en attrapant mon bras pour me tirer jusqu'à sa couette.

Je reconnus immédiatement le vieux plaid de Jacob, qui traînait parfois dans son garage.

"T'aimes bien les étoiles, toi aussi ?, me demanda-t-elle, une fois allongée à coté de moi, callée entre moi et Jacob.

- Non, c'est chiant."

Elle se mit à rire de sa petite voix cristalline, et cela me fit sourire. Elle trouvait toujours mes sarcasmes ou ma mauvaise humeur amusante, et c'était l'une des seules à ne s'être jamais vexée au moins une fois de mes propos.

"Ah la la ! Leah, tu ne changeras jamais !", finit-elle par dire dans un souffle.

J'allais répondre mais fut coupée par un cri strident. La petite venait de crier en voyant la traînée argentée de la comète apparaître dans le ciel noir.

"Regarde Jake ! C'est tellement beau !"

Je tournai mon visage vers elle. Elle semblait tellement fascinée. Elle était d'ailleurs ainsi tout le temps, s'émerveillant de tout et de rien, parfois même de choses stupides, mais c'était cela qui la rendait aussi pure et innocente. J'eus instantanément envie de me donner une gifle pour avoir des pensées aussi niaises.

"Pas aussi beau que toi, mon cœur.", lui répondit Jake.

Non. Finalement, Jake me donnait subitement l'envie de le frapper, lui. Je détestais ce genre de phrases bateaux et lui fis d'ailleurs comprendre que je le trouvais niais au possible en imitant le bruit d'un vomissement. Il me lança un regard assassin, cependant contrasté par son petit sourire en coin.

"Bon, voila, je suis venue. À plus !, finis-je par lâcher tout en me levant, prise d'un subit ennui mortel.

- Oh déjà ! Mais on n'a pas pu discuter !, se lamenta Nessie tout en se recouchant prés de moi.

Cette gamine avait décidément un don pour amadouer les gens. Je réfléchis un instant et lui posai la première question qui me vint à l'esprit.

"Alors, dis-moi, comment ça se passe avec vos invités ?

- Ça va…, répondit-elle avec un manque évident d'enthousiasme, chose extrêmement rare chez elle.

- Wow ! Ca à l'air tellement sincère !

- En fait, Eric est sympa, il me fait pensé à Emmett. Il lui ressemble beaucoup d'ailleurs. Deux ours, l'un blond, l'autre brun. En revanche, sa sœur, ce n'est pas tout à fait ça...

- Sa sœur ? Je pensais que c'était un couple !

- Non. Et en plus, c'est sa vrai sœur. Quand Eric a été transformé, il a demandé à ce que sa sœur le soit aussi. Elle était malade et allait mourir mais elle n'avait que quatorze ans. Elle restera donc à jamais une ado en crise."

Je lançai un regard stupéfait à Nessie. De la part d'une gamine de trois ans, cette réplique sonnait étrangement à mes oreilles. Le plus étrange fut que pour une fois, j'eus l'impression que Nessie n'appréciait pas quelqu'un.

"Et donc, tu ne l'aimes pas ?

- Ce n'est pas ça..., expliqua-t-elle. C'est juste qu'elle est spéciale, et son don n'arrange rien. Impossible d'avoir des secrets. Elle perçoit les véritables intentions des gens, donc quoi que tu dises elle sait si c'est vrai ou faux. Quoi que tu fasses, elle sait dans quel but tu le fais. Et le pire, c'est que son passe-temps favori est de le dire tout haut et sans gêne. Au moins, mon père garde tout pour lui, mais Madame Lena se voit dans le droit de le dire à tout ce qui veulent l'entendre !"

Je la regardai avec des yeux ronds, et Jake aussi. C'était la première fois que je voyais Nessie véritablement contrariée. Il fallait dire qu'elle n'avait toujours vécu qu'avec des gens qui l'adorait et l'adulait, parfois même à outrance. La seule personne à être parfois désagréable avec elle, c'était moi. Elle n'était pas préparée à ce qu'une personne semblât résister à son charme. J'étais en train d'assister à la première véritable crise de Nessie, et cela me fit rire aux éclats. Jacob finit même par me rejoindre dans mon fou rire.

"Eh ! Mais ne rigolez pas ! Cette fille est vraiment spéciale, je vous assure !

- Bon, dis-moi : qu'a-t-elle donc fait pour te mettre dans un tel état ?"

Pour toute réponse, elle posa sa petite main froide sur ma joue, et j'eus un flash, accompagné d'un sursaut. Malgré tout ce temps, je ne m'étais pas faite à ces visions externes à mon cerveau.

Je vis alors leur salon. Tous étaient là, sur le canapé. Je reconnus Emmett, flanqué d'un autre, tout aussi grand et carré que lui, sûrement cet Eric.

En face de moi, ou plutôt de Nessie, vu que je voyais à travers ses yeux, il y avait Jake.

Elle tourna le regard en direction d'une petite fille, du moins ce qui me sembla. Elle avait de longs cheveux blonds tout bouclés, qui lui arrivait à la taille fine, à l'extrême. Elle avait véritablement un corps d'enfant. Sûrement cette Lena.

"Abandonne, Eric ! Emmett est le plus fort ici !", fit la voix de Bella.

Le vampire tourna la tête vers elle. Il était beau, comme tous les autres, mais son visage était tout de même plus fin. Il se leva alors de toute sa hauteur et, même si je voyais avec les yeux de Nessie, il paraissait gigantesque. Commencèrent alors des pronostics sur le potentiel vainqueur et un rendez- vous fut prit pour un bras de fer entre les deux colosses.

Nessie reporta son attention sur Lena, qui semblait à mille lieu de tout cela. Sur son visage trainait un air hautain et froid.

"Et toi, Lena t'en dis quoi ?, lui demanda alors Nessie, la voix joyeuse. Ton frère fera-t-il le poids contre mon oncle ?"

La poupée tourna alors son regard doré vers la demi-portion, sans pour autant se défaire de son visage glacial.

"C'est puéril à souhait ! Je ne donnerais aucun avis la dessus."

Tous semblèrent un peu choqués par la réponse cinglante de la petite, sauf son frère qui parut trouver cela normal. Puis, ils reprirent tous leurs discussions. Nessie se leva et rejoignit Lena sur le balcon, laissant Jacob avec les deux vampires, affirmant que sous sa forme de loup, aucun des deux n'auraient de chance contre lui. Quel prétentieux !

A peine Nessie fut-elle sur le balcon, que l'enfant tourna sa petite tête vers elle, son visage toujours aussi froid et impassible.

"Ne viens pas me voir pour seulement te donner bonne conscience, Renesmée. Parfois, il faut se rendre à l'évidence : on ne peut pas être amis avec tout le monde."

Après quoi, elle s'éloignait vers les bois en sautant la balustrade avec une agilité et une grâce déconcertantes.

La vision s'arrêta là et j'ouvris mes yeux sur le visage de Nessie, visiblement contrariée par ce souvenir. Effectivement, cette petite semblait vraiment irritable à souhait.

"Allez, Nessie ! Ce n'est rien. Cette fille est nulle, elle ne sait pas ce qu'elle perd en refusant d'être ton amie, la consola Jacob en la prenant dans ses bras d'une manière protectrice.

- Eric dit qu'elle n'a pas toujours été comme ça, qu'elle a beaucoup souffert et qu'elle s'est forgée ce caractère parfois dur, me dit-elle.

- Oui. Il y a parfois des choses qui restent gravées au fer rouge...", lui répondis-je, tout en me rallongeant.

Tout en regardant la pluie des filets argentés illuminant le ciel noir d'encre de cette nuit sans lune, je compris que moi aussi, la souffrance m'avait fait changer. Mais parfois, on se disait que si l'on changeait, que l'on se forgeait une carapace, la douleur que l'on avait connu ne nous atteindrait peut-être plus. Mais ce n'était qu'un mensonge. En vérité, on se protégeait seulement, pour ne plus avoir à souffrir encore. Car, quand on se donnait aux autres, on se mettait en danger et malheureusement, souvent, la chute faisait très mal.