Bonjour,

Voici le 3ème chapitre et Castiel vient donner son accord à Dean.

Merci de me lire, de m'écrire, ...

Bonne lecture et à lundi tout le monde !

Sydney8201

Musique du chapitre :

Back in Black de ACDC

Chapitre 3 : Accord

« Réussir, c'est être en accord avec soi même, faire les choses avec passion et pas avec raison »

Hélène Darroze

Castiel sut qu'il allait dire « oui » à la proposition de Dean le lendemain même de leur rencontre. Mais puisque le jeune homme lui avait demandé de se laisser une semaine de réflexion, il choisit de ne pas précipiter les choses.

Il continua donc à suivre sa routine sans appeler son compagnon. Il continua d'ignorer les gens à son travail. Il continua à garder son calme devant son patron qu'il détestait de tout son cœur. Il continua enfin à nourrir son chat même s'il semblait déterminé à tenter de le mordre à chaque fois.

Les jours se succédèrent donc sans que le jeune homme ne les voit réellement passer. Il avait vécu comme ça les trente premières années de sa vie. Il était habitué à ce que le temps file sans qu'il ne puisse rien faire pour en apprécier la moindre minute. C'était ce qui l'avait conduit sur ce toit. Ce qui l'avait poussé à envisager de sauter. Mais cette fois, c'était différent. Peu importait que les journées se ressemblent et n'aient aucun intérêt à ses yeux. Peu importait tout le reste. Il avait un objectif. Quelque chose de prévu pour la fin de la semaine. Quelque chose qui lui donnait une raison de s'accrocher. Cela ne lui était pas arrivé depuis tellement longtemps qu'il ne savait pas trop quoi ressentir à l'approche de sa prochaine rencontre avec Dean.

Il ne savait pas s'il devait être excité, heureux ou juste impatient. Il ne savait pas s'il devait être angoissé. Il y avait bien une drôle de sensation au creux de son estomac mais il était incapable de la décrire avec précision. Incapable de mettre un nom dessus. Il n'essaya même pas vraiment.

Il était étonné en revanche de voir à quel point sa rencontre avec Dean – un inconnu encore pour le moment malgré leur conversation – avait changé les choses pour lui. Il était surpris de voir avec quelle rapidité il avait pris la décision. Il ne savait pas si c'était en raison de ce que le jeune homme lui avait dit ou simplement parce qu'il avait attendu toute sa vie – sans le savoir – que quelqu'un s'intéresse à lui. Il n'était même pas sûr que Dean soit réellement intéressé par lui. Il n'avait aucune certitude. Mais il était intrigué.

La décision s'était imposée à lui dès qu'il avait ouvert les yeux. Il allait dire « oui ». Pas parce que la vie lui semblait soudainement et miraculeusement belle. Mais parce qu'il avait envie de voir ce que cela pourrait donner. Repousser ses limites et donner une chance à le vie de lui prouver qu'il avait tort. Castiel n'allait pas mieux mais il ne voyait plus vraiment les choses du même œil. Et en cela, Dean avait déjà accompli un petit miracle.

Castiel se demandait si c'était en partie du au fait que le jeune homme était totalement différent de lui. Si c'était uniquement parce qu'il était curieux de voir comment un homme comme lui pouvait mener sa vie. Ou s'il avait ressenti une connexion entre eux malgré leurs différences.

Il devait reconnaître qu'il était intrigué par le jeune homme. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un comme lui. Il était franc, drôle et n'avait visiblement honte de rien. Il vivait chaque jour comme une nouvelle aventure. Ne se souciait pas du lendemain. Ne se posait aucune question. Il faisait ce dont il avait envie et n'écoutait pas les commentaires des autres à son sujet. Il était couvert de tatouages et de piercings. Il était accroc à la drogue et un ancien alcoolique. Il était parfois suicidaire et déprimé. Il était également étrangement joyeux et plein d'énergie. Il était le genre d'hommes qu'on ne voulait pas voir s'approcher de nos proches. Celui qui était toujours source de problèmes. Et Castiel aurait probablement du se méfier de lui. Craindre qu'il soit une mauvaise influence.

Mais il était également la première personne à avoir porté un intérêt visiblement sincère à tout ce qui n'allait pas dans la vie de Castiel. La première à lui proposer autre chose qu'une solution médicamenteuse et un internement d'office. Dean était une bouffée d'oxygène dans un monde où Castiel suffoquait depuis de trop nombreuses années.

Il était un espoir et même si Castiel n'avait plus la foi … même s'il ne croyait plus au miracle et doutait de pouvoir un jour aller réellement mieux, Dean était tout de même une issue qu'il se sentait prêt à franchir. Il ne savait pas ce qui l'attendait de l'autre côté. Mais puisque rien ne pouvait être pire que ce qu'il vivait au quotidien, il ne prenait pas un grand risque en tentant sa chance.

Une semaine jour pour jour après sa rencontre avec le jeune homme, Castiel se rendit à l'adresse qu'il lui avait envoyé sur son téléphone. Le quartier était branché et bien loin de ce que Castiel avait imaginé. Il savait bien qu'il était stupide de s'en tenir à des clichés mais il avait toujours pensé qu'on trouvait les salons de tatouage dans les quartiers mal fréquentés des grandes villes. Celui où travaillait Dean était pourtant entouré de boutiques de luxe. Et d'épiceries fines. L'exact opposé de ce que Castiel avait pensé.

La devanture était propre et les vitrines couvertes de photos de tatouages. Castiel se demanda si certains appartenaient à Dean, se trouvaient sur son corps ou avaient été dessinés de sa main. Il les observa une seconde avant de se décider à pousser la porte pour entrer.

Une cloche sonna alors au dessus de sa tête signalant son arrivée. Il n'y avait personne dans la pièce et Castiel hésita une seconde à repartir. Dean ne lui avait pas donné d'heure et il était fort probable qu'il soit occupé ou même absent.

Castiel ne voulait pas la déranger. Mais, à sa grande surprise, il ne fit pas demi tour. Il resta à la place planté bêtement au milieu de la salle, ses yeux allant et venant d'un mur à l'autre.

Il y avait des diplômes attestant des aptitudes des employés, des certificats d'hygiène, des photos et une liste de règles à respecter pour se faire percer ou tatouer. Sur le comptoir en face de lui se trouvaient les tarifs pratiqués. Dans une vitrine à sa droite, on avait exposé des dizaines de barres en métal de toutes tailles et de toutes couleurs. Castiel les observait quand il entendit une porte s'ouvrir à sa gauche. Il se tourna en direction du bruit et vit un homme approcher de lui.

Il était approximativement de sa taille et de son âge. Il était séduisant également quoi qu'un peu trop musclé au goût de Castiel. Il avait des cheveux bruns coupés très court et des yeux d'un bleu plus clair encore que ceux du jeune homme. Il portait un pantalon avec des bretelles qui retombaient de chaque côté de ses cuisses et un tee shirt blanc qui collait à sa peau. Ses bras étaient tatoués et il avait un piercing qui traversait le cartilage de son oreille droite. Il paraissait bizarrement menaçant par sa stature mais son regard était doux et mettait Castiel totalement à l'aise.

- Je peux vous renseigner ? Demanda l'homme en s'arrêtant à une distance raisonnable de Castiel.

Il le prenait probablement pour un client. Il ne pouvait pas être plus loin de la vérité. Jamais le jeune homme n'envisagerait un quelconque tatouage. Encore moins un piercing. Il avait une peur bleue des aiguilles.

Autour d'eux, une chanson semblait tourner en boucle dans le salon. Castiel était presque sûr de l'avoir déjà entendu mais il n'aurait pas su donner le nom du groupe. Le rythme était entraînant et collait parfaitement à l'endroit.

- A vrai dire, je suis venu voir Dean, répondit il finalement parce qu'il était sûr que rester silencieux le rendait bizarre.

L'homme aux yeux bleus hocha la tête puis lui indiqua de le suivre jusqu'au comptoir. Castiel le fit sans hésiter.

- Il est encore avec un client mais il n'en a plus pour longtemps. Juste un piercing. Il sera vite sorti. Je suis Benny.

Castiel accepta la main que l'homme lui tendait et la serra en donnant son nom. Il lui sembla alors que Benny fut surpris de l'entendre. Presque comme s'il avait déjà entendu parler de lui mais ne pensait pas vraiment le voir en personne un jour. Dean lui avait peut être parlé de lui. Il n'était pas sûr de la profondeur du lien qui unissait son compagnon et son collègue. Ils étaient peut être très bons amis. Ils se confiaient peut être l'un à l'autre. Il y avait peut être même plus entre eux. Mais Castiel préférait ne pas trop y penser.

- En attendant, je peux peut être vous convaincre d'opter pour un piercing. Ou un tatouage. Dean est le meilleur dans ce domaine … dans les deux d'ailleurs probablement mais ne lui dites surtout pas … il est déjà bien assez prétentieux comme ça. Néanmoins je suis sûr qu'il serait ravi de travailler sur vous.

Castiel secoua aussitôt la tête, terrifié à l'idée même qu'on l'approche avec quoi que ce soit ressemblant de près ou de loin à une aiguille. Benny ne sembla pas vraiment offensé par son refus catégorique. Il n'avait aucune raison de l'être. Castiel ne portait aucun jugement sur leur profession ou leur passion.

- Dommage … Dean adore relever les défis et vous êtes une toile blanche. Mais hé … à chacun son truc je suppose.

Castiel hocha alors la tête. Il ne trouvait rien à dire. Il savait que les gens le trouvaient souvent bizarre quand ils le rencontraient pour la première fois. Il ne parlait pas beaucoup et avait des difficultés à ne pas observer les gens sans détourner les yeux. Il les mettait mal à l'aise.

- Bien, je dois terminer un dessin avant qu'on ferme ce soir et je l'ai à peine commencé. Je peux vous laisser attendre ici ?

Castiel hocha une nouvelle fois la tête sans rien dire. Benny ne sembla pas vraiment surpris ou gêné par son silence. Il lui adressa un large sourire avant de quitter la salle par une porte au fond de la pièce. Castiel prit alors une grande inspiration. Il n'avait aucune idée du temps dont Dean pouvait avoir besoin pour percer quelqu'un. Il ne connaissait pas grand chose sur le sujet. Et il commençait à s'impatienter. Il n'avait pas vraiment l'habitude d'avoir ainsi hâte que quelque chose arrive ou que quelqu'un vienne le trouver. D'ordinaire, il attendait simplement que le temps passe. Rien ne l'excitait vraiment et il n'avait aucune raison d'être impatient. Il ne savait donc pas comment gérer les sensations qui tordaient son estomac et faisaient battre son cœur un peu trop vite et trop fort dans sa poitrine.

Il resta devant le comptoir à observer la liste des tarifs pratiqués pour s'occuper l'esprit. Il y avait une quantité impressionnante de piercings possibles. Arcade, oreille, tragus, langue, labrès, téton, lèvre, et d'autres dont le nom ne disait rien à Castiel. Il poserait peut être la question à Dean. Il devait admettre qu'il était curieux de savoir ce qu'on pouvait retirer d'une procédure visiblement douloureuse.

Il posa ensuite ses yeux sur des dessins de tatouages exposés au fond de la boutique. Il n'eut pas vraiment le temps d'en étudier les détails, une porte sur sa droite s'ouvrant une seconde plus tard. Il entendit la voix de Dean avant de le voir et il fut surpris de sentir ses lèvres former un petit sourire aussitôt.

- Bains de bouche trois fois par jour, de l'arnica en granulés tout de suite puis une heure avant chaque repas pendant trois jours. Je veux que tu reviennes pour que je contrôle la cicatrisation dans quinze jours. Ca marche ?

Castiel entendit une jeune femme répondre dans un grognement. Il tourna alors le visage dans la direction de la porte. Dean tendait à sa cliente une feuille puis accepta les billets qu'elle lui glissa dans la main. Il la salua ensuite avant de s'approcher de Castiel. Il ne sembla alors réaliser sa présence que lorsqu'il fut face à lui.

- Oh hé … salut Cas, lança t-il.

- Castiel, corrigea aussitôt ce dernier sans même y penser.

Dean secoua la tête, visiblement amusé qu'il le reprenne.

- Non. Cas. C'est plus simple … moins guindé. Ok, Cas. Tu es venu me donner ta réponse je suppose.

Castiel fut déstabilisé une seconde par l'énergie de Dean et par sa façon d'ignorer complètement ce qu'il lui avait demandé. Il était étrange. Il était déstabilisant. Exactement ce dont Castiel avait sans doute besoin.

Il laissa son compagnon ranger l'argent dans un tiroir puis remplir rapidement une feuille qu'il glissa avec d'autres dans une chemise. Il semblait totalement à sa place dans ce salon. Dans un environnement où il évoluait quotidiennement. Ici, personne ne jugeait son apparence. Ici, il avait sa place. Castiel se demandait ce qu'on pouvait ressentir quand on avait enfin la sensation d'appartenir à un endroit. Quand on avait trouvé sa place dans ce monde. Il devait admettre qu'il était un peu jaloux de l'aisance que Dean avait dans son travail. Il choisit de ne pas laisser ce sentiment l'envahir et se concentra à la place sur son compagnon. Il portait un tee shirt à manches courtes dévoilant ses bras jusqu'à la moitié de ses biceps. Castiel savait qu'il était recouvert de tatouages. Mais à présent qu'il les avait sous les yeux, il ne pouvait s'empêcher de les observer avec attention. Il y en avait des dizaines. Tous différents. Tous colorés. Les traits étaient fins et objectivement les dessins plutôt jolis. Mais il ne comprenait pas comment on pouvait choisir d'en avoir autant. Il ne pouvait absolument pas voir la peau de Dean en dessous. Il n'y a pas un seul centimètre carrée de peau qui n'était pas recouvert d'encre.

- Cas, tu es venu me donner ta réponse non ?

De toute évidence, le silence de Castiel avait fini par agacer Dean. Il releva aussitôt le nez des bras du jeune homme pour le regarder dans les yeux.

- Je suis venu pour te dire oui. Je veux bien essayer. Je veux bien … tenter ma chance.

Dean fronça alors les sourcils avant de jeter un coup d'œil à sa montre. Il se mordilla la lèvre inférieure une seconde faisant ressortir son piercing puis leva à nouveau les yeux vers Castiel.

- Si tu me dis « oui » aujourd'hui, tu devras faire plus qu'essayer. Ce que je te demande c'est un engagement définitif. Pour une année seulement bien sûr mais c'est un accord ferme et définitif que je veux. Je n'ai pas l'habitude de m'engager à la légère. Tu dois en avoir conscience.

Castiel prit alors une seconde pour réfléchir. Il avait vraiment envie de donner son accord à Dean mais il n'était pas sûr de pouvoir lui promettre qu'il s'y tiendrait. Il n'était pas sûr d'avoir la force de tenir toute une année. Il était probablement malhonnête de le lui jurer quand il avait des doutes. Mais il voulait voir ce que Dean lui réservait et il n'obtiendrait rien s'il se montrait sincère avec lui. Il choisit donc de mentir.

- Désolé, je me suis mal exprimé. Je voulais dire que je suis d'accord. Totalement et entièrement partant.

Il en faisait probablement trop mais il voulait convaincre Dean. Le jeune homme l'observa une seconde de plus avant d'hocher la tête.

- OK, suis moi … je vais t'offrir un café et on va discuter de tout ça au calme d'accord ? Il est important qu'on soit sur la même longueur d'onde pour que cela fonctionne parfaitement.

Castiel acquiesça puis attendit que Dean ait pris sa veste sur le porte manteau avant de le suivre à l'extérieur du salon. Ils remontèrent ensuite la rue en silence jusqu'à un petit café qui faisait l'angle. L'endroit était minuscule et relativement vide à cette heure. La décoration était soignée et le personnel souriant. C'était un de ces endroits à la mode où on justifiait le prix excessif du café en prétendant qu'il provenait exclusivement du commerce équitable. Où les clients se donnaient bonne conscience en pensant faire une bonne action avant de retourner à leur travail et de redevenir esclaves du capitalisme. Castiel trouvait cela écœurant. Mais il laissa tout de même Dean commander pour lui avant de le suivre jusqu'à une table. Le silence commençait à être pesant et Castiel fut soulagé quand son compagnon choisit de le rompre.

- Je pense qu'il est important que nous discutions de nos limites et des choses que nous refusons de faire afin que cette année se déroule parfaitement bien. Je ne veux pas te mettre mal à l'aise et te pousser à fuir en te demandant quelque chose que tu ne veux pas faire. J'ai besoin que tu sois parfaitement honnête avec moi et que tu me dises tout ce qui pourrait être amené à te faire renoncer.

Castiel fronça les sourcils en croisant ses bras sur son torse dans un geste qui trahissait probablement sa nervosité. Il ne s'était pas attendu à discuter ainsi de leur projet. Il n'avait pas imaginé que Dean prenait tout cela avec autant de sérieux. Cela sonnait presque professionnel et officiel.

- Je croyais que le but de cette année était justement de repousser mes limites … nos limites ?

Dean hocha la tête longuement pendant que la serveuse leur amenait leurs cafés. Il but une gorgée du sien presque aussitôt avant de serrer sa tasse entre ses mains.

- C'est le but oui … tenter de nouvelles expériences pour donner un sens à nos vies mais … nous avons tous des choses qui nous terrifient … des choses qu'on refuse catégoriquement d'envisager et je pense qu'il est important de les mettre sur papier pour éviter tout problème. Donc …

Dean s'interrompit alors pour sortir un papier et un stylo de la poche de sa veste. Il semblait déterminé à mettre tout ceci par écrit. Castiel n'aurait pas été surpris qu'il lui demande ensuite de signer en bas de la page. Le contrat n'aurait rien d'officiel et ne les lierait pas vraiment légalement parlant. Mais c'était un engagement symbolique qui effrayait un peu le jeune homme. Il le garda toutefois pour lui.

- Très bien … commençons par le commencement. Je ne suis pas masochiste … je n'aime pas souffrir ou du moins pas en dehors d'un piercing ou d'un tatouage et je refuse que tu me suggères de m'adonner à une quelconque activité à caractère SM. Je refuse également que tu me fasses boire de l'alcool parce que je m'en suis trop vu pour arrêter et je ne veux surtout pas devoir tout recommencer depuis le début. Enfin, je ne ferais rien impliquant de près ou de loin ma famille. Pour le reste, je suis totalement ouvert. A ton tour !

Dean parlait vite et Castiel avait du mal à le suivre. Il prit donc quelques secondes pour réfléchir avant de prendre une grande inspiration et de se lancer.

- Pas de tatouage ou de piercing. Pas d'activité illégale et euh … pas de drogue. Je dois aussi te dire tout de suite que je ne suis pas un grand sportif et que je suis allergique au pollen même si je ne suis pas sûr que ça ait un grand intérêt dans cette histoire.

Dean prit des notes avec soin avant de tapoter le bout de son stylo contre la petit boule en métal qui reposait dans le coin de sa bouche.

- C'est noté. Une phobie que tu voudrais me confier avant qu'on se lance ?

- Les aiguilles et les clowns, répondit aussitôt Castiel.

Dean se passa alors la langue sur les lèvres. Il le faisait souvent et Castiel se demanda si c'était par habitude ou uniquement ce qu'il faisait quand il était nerveux. Il n'avait pas le sensation que son compagnon était du genre à être facilement mal à l'aise ou angoissé. Mais il ne pouvait pas en être sûr. Il ne le connaissait pas encore suffisamment.

- Je pense qu'il serait raisonnable de choisir chacun un mot de sécurité. On ne pourra l'utiliser qu'en dernier recours et si et seulement si la situation l'impose vraiment. Disons … si on se sent sur le point de paniquer ou au bord d'une crise d'angoisse.

Castiel trouvait effectivement la requête raisonnable. Il se demandait comment Dean pouvait déjà avoir autant d'idées établies sur la manière dont leur petit pacte devait fonctionner. Il se surprit à imaginer le jeune homme avoir déjà établi des contrats similaires avec d'autres hommes. Non. C'était stupide. Il avait juste du prendre le temps d'y réfléchir durant la semaine qui s'était écoulé depuis leur première rencontre.

- Azazel, déclara alors Castiel après quelques secondes.

Dean leva le nez de la feuille sur laquelle il avait pris des notes en fronçant les sourcils.

- Quoi Azazel ?

- Azazel, c'est le mot que je choisis. C'est le nom de mon chat et franchement, je trouve que c'est approprié dans ces circonstances.

Dean rit alors une seconde, visiblement amusé par la mention du chat de son compagnon. Castiel n'avait pas choisi son nom. Il le portait déjà quand il l'avait récupéré au refuge. On lui avait alors certifié qu'il était extrêmement sociable et parfaitement bien élevé. Castiel savait à présent qu'on lui avait menti sur toute la ligne. Il n'était même pas déçu. Il n'avait jamais vraiment voulu d'un animal de compagnie. Il avait bêtement pensé que cela lui donnerait une raison de se lever le matin. Une erreur de plus.

- Ok pour moi ce sera Impala. C'est ma voiture, mon bébé. Si tu m'entends prononcer ce mot, c'est que je suis sur le point de paniquer et on arrêtera tout d'accord ?

Castiel hocha une énième fois la tête. Il n'était pas totalement sûr de comprendre l'intérêt d'une telle discussion alors qu'ils avaient tous les deux pris leur décision sans réellement réfléchir. Mais Dean semblait déterminé à en faire quelque chose d'extrêmement solennel. Il était totalement différent du garçon insouciant que Castiel avait rencontré. C'était déstabilisant.

- Bien maintenant que tout ceci est clair, je vais le mettre noir sur blanc de façon un peu plus détaillée et tu devras le signer. Moi aussi bien sûr. Ainsi, on sera engagé.

- On va faire un contrat ? Un vrai contrat ? S'étonna inutilement Castiel.

Il avait envisagé cette possibilité quand Dean avait commencé à évoquer les limites à ne pas franchir et un engagement total mais l'idée restait tout de même ridicule. Ce papier n'aurait aucune valeur légale. Il resterait officieux et entre eux. Ils pourraient y mettre un terme unilatéralement sans craindre les conséquences.

- Bien sûr qu'on va faire un contrat. C'est comme ça que ce genre de choses fonctionne non ?

Castiel aurait bien été incapable de répondre à cette question. Il ne connaissait pas la norme en la matière. Il n'était même pas sûr qu'il en existait vraiment une. Il avançait à l'aveugle et Dean également. C'était probablement pour cela qu'il exigeait un tel engagement. Il ne savait pas vraiment quoi faire de son côté. Il avait besoin que les choses deviennent concrètes pour pouvoir commencer à réfléchir.

- Je n'en ai aucune idée. A vrai dire, je doute qu'il existe beaucoup d'autres gens dans notre situation. Ce qu'on est en train de faire … ce dont nous discutons, c'est complètement dingue. Je veux dire … je vais te donner une année de ma vie et … on ne se connaît même pas vraiment.

Dean but une nouvelle gorgée de son café avant de se racler la gorge.

- Ok, tu marques un point. C'est vrai qu'on n'en sait pas beaucoup l'un sur l'autre. J'aurais du commencer par là d'ailleurs. Bien … je m'appelle Dean Winchester. J'ai vingt cinq ans. Je suis gay et originaire de Lawrence au Kansas. Mon père est garagiste et ma mère est morte d'un cancer il y a quelques années. J'ai un frère de vingt et un an. Je suis poisson et célibataire. Voilà. Problème réglé non ?

Castiel aurait aimé que ce soit aussi simple. Il aurait aimé que ces quelques informations suffisent à connaître son compagnon. Mais ce n'était rien qu'il ne pouvait pas apprendre en tapant le nom du jeune homme sur Internet. S'il était inscrit sur un quelconque réseau social, il trouvera tout ceci facilement. Il n'en savait pas pour autant plus sur Dean. Il ne savait pas quel genre d'homme il était. S'il avait déjà commis des actes graves. S'il était quelqu'un de bien. Il supposait toutefois qu'il en saura bientôt plus.

- Je m'appelle Castiel Novak. J'ai trente ans et je suis balance. Je travaille pour Sandover au service clientèle. Je passe ma journée au téléphone avec des gens mécontents. Mes deux parents sont en vie et habitent à Miami. J'ai cinq frères que je ne vois jamais. Bartolomé est le plus vieux. Il a sept ans de plus quoi moi et il est actuellement chirurgien quelque part mais je ne sais pas où. Il y a ensuite Gabriel qui a cinq ans de plus que moi mais je n'ai plus de nouvelles de lui non depuis plus de dix ans et je n'ai aucune idée de ce qu'il est devenu. Michael a deux ans de plus que moi et Luke trois. Ils sont très liés. Mais on n'a jamais vraiment eu quoi que ce soit en commun. Le petit dernier s'appelle Samandriel. Il a deux ans de moins que moi et il vit toujours chez nos parents. Je lui parle parfois au téléphone mais je crois qu'il ne m'aime pas beaucoup. J'ai enfin deux sœurs, des jumelles. Anna et Anaëlle. Elles sont inséparables et franchement, elles se fichent totalement du reste de la famille. Elles vivent en Europe je crois. Il y a autre chose que tu veux savoir ?

Dean prit quelques secondes pour réfléchir avant de secouer la tête.

- C'est un bon début je suppose. J'en apprendrais plus sur toi rapidement.

Castiel soupira alors longuement. Il ne savait plus vraiment quoi dire. Il ne s'était jamais retrouvé dans une telle situation. Il n'avait rien de prévu pour le reste de la journée mais il doutait que Dean soit partant pour commencer immédiatement à mettre leur contrat en application. Il n'avait pas vraiment envie de rentrer chez lui où seul son chat l'attendait. Il n'avait pas d'ami à appeler. A vrai dire, son rendez vous avec Dean était la seule chose de notée dans son agenda. C'était triste à pleurer. Mais c'était sa vie depuis tellement longtemps qu'il avait fini par ne plus s'en soucier.

- Tu sais, j'ai parlé de toi à mon sponsor. Il n'a pas semblé très enthousiaste, confia alors Dean, mettant un terme aux pensées de Castiel.

Il inclina la tête sur le côté surpris. Il ne comprenait pas comment un garçon qui semblait visiblement entouré et apprécié pouvait en être arrivé à un tel désespoir évident. Il s'était probablement passé quelque chose qui l'avait conduit à perdre tout espoir. Castiel avait envie de savoir quoi. Mais il ne pensait pas avoir le droit de poser la question. Il était prêt à parier que cela avait quelque chose à voir avec la bague que le jeune homme portait à l'annulaire droit.

- Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Demanda t-il pour que la conversation continue et que le silence ne s'installe pas durablement.

Castiel haussa les épaules en buvant le reste de son café. Castiel réalisa alors qu'il n'avait pas touché au sien et en avala une grande gorgée. Il grimaça en réalisant qu'il était tiède.

- Il pense que tu vas me tirer vers le bas. Que quelqu'un d'aussi déprimé que moi ne devrait pas fréquenter quelqu'un de plus déprimé encore. Il a peur que tu me pousses à passer à l'acte. Il croit que je suis suicidaire.

Castiel fronça les sourcils. Il se souvenait clairement d'avoir entendu Dean lui dire qu'il lui arrivait de songer au suicide. Il n'était jamais passé à l'acte mais il n'était pas forcément contre l'idée de le faire un jour. Ce qui tendait à prouver que son sponsor avait raison de s'inquiéter pour lui.

- Tu m'as dit que tu y pensais parfois … au suicide je veux dire.

- Oui mais ça ne fait pas de moi quelqu'un de suicidaire.

- Je crois pourtant que penser au suicide signifie qu'on est suicidaire. Du moins, c'est ce que la majorité des gens et probablement la totalité des psychologues pensent.

Dean ricana durant quelques secondes. Il repoussa ensuite sa tasse au centre de la table et sortit son paquet de cigarettes de sa poche. Il ne pouvait pas fumer à l'intérieur et Castiel saisit le message. Il vida sa propre tasse avant de se lever de sa chaise. Il quitta ensuite le café, Dean sur les talons. Il attendit que son compagnon ait pu allumer sa cigarette pour reprendre la parole.

- Il a probablement raison de s'inquiéter pour toi non ?

Dean tira une bouffée de nicotine qu'il expira lentement par le nez. Castiel la regarda disparaître autour d'eux.

- Il a peut être des raisons de s'inquiéter mais ça ne veut pas dire qu'il a raison. Et penser au suicide ne signifie pas forcément qu'on le fera. Il y a beaucoup de gens qui songent à leur propre mort sans jamais avoir réellement envie de passer à l'acte.

Dean jouait sur les mots mais Castiel choisit de ne pas le reprendre. Il ne partageait toutefois pas son avis. Il doutait que les gens dits « normaux » songeaient quotidiennement à mettre fin à leur jour. Dean, en revanche, semblait y penser souvent.

- Pourquoi m'avoir proposé ce marché alors ? Je veux dire … si tu n'es pas suicidaire, tu n'as probablement pas à trouver de raison de vivre.

Dean fuma quelques secondes en silence avant d'hausser les épaules.

- Je ne l'ai pas fait uniquement pour toi, ne te fais pas d'idées. Je ne suis pas altruiste et la plupart du temps, je suis même plutôt égoïste. Je l'ai fait parce que je m'ennuie. Parce que la plupart du temps, ma vie semble se dérouler sans que je puisse avoir un semblant de contrôle sur elle. Et je refuse de rester passif. Je refuse de la laisser m'échapper. Il est temps pour moi de prendre des initiatives. Mais comme je te l'ai déjà dit … à chaque fois que j'ai essayé, j'ai commis des erreurs. Alcool, drogue … sexe sans lendemain. Ce n'est pas la bonne direction. Quand je t'ai vu sur ce toit … je me suis dit qu'il était sans doute temps pour moi de donner les reines de ma vie à quelqu'un d'autre. Et je ne peux pas le demander à mes proches. Alors autant te le demander à toi.

Castiel fut surpris d'entendre Dean parler ainsi de lui. Il ne semblait pas avoir une grande estime de lui même. Il assumait pleinement ses défauts et les exposait sans gêne apparente. Castiel l'enviait presque.

- Et toi … pourquoi avoir accepté ? Je veux dire … tu m'as tout l'air de ne pas être le genre d'homme à confier ta vie à un inconnu. Moi, ça colle au personnage. Je suis impulsif et je prends tous les jours des décisions qui peuvent sembler complètement folles. Mais toi … tu m'as tout l'air de quelqu'un de réfléchi.

Castiel n'était pas sûr de pouvoir se définir ainsi. Mais il n'avait effectivement jamais pris de décisions de ce type. Jamais rien fait de fou ou d'irréfléchi. Il n'aimait pas les surprises. Il ne savait jamais comment réagir face à elles. Accepter la proposition de Dean était la seule chose qu'il ait faite et qui sortait du spectre de ce qu'on qualifiait de « normal » ou « d'acceptable ».

- A vrai dire, je ne suis pas vraiment sûr de savoir pourquoi j'ai dit oui. La décision s'est imposée à moi d'elle même. J'ai juste suivi le mouvement.

- Et c'est là tout le problème Cas, le coupa Dean en jetant son mégot par terre.

Castiel lui fit signe de continuer à parler d'un geste de la main, curieux de savoir ce qu'il pensait à cet instant précis.

- Tu suis le mouvement … tu fais ce que les gens attendent de toi constamment. Tu ne sors jamais des sentiers battus. Prends ton travail par exemple … tu m'as dit que tu le détestais. Personne ne t'oblige à rester là bas. Tu pourrais démissionner et trouver autre chose. Mais tu restes parce que c'est ce que les gens s'attendent à te voir faire. Tu ne fais rien d'impulsif. Tu ne fais rien d'aventureux. Et ta vie continue de se dérouler sans que tu y prennes le moindre plaisir. C'est pour ça que rien ne va chez toi Cas. Mais on va changer tout ça.

Castiel était surpris d'entendre son compagnon analyser ainsi sa situation avec autant de lucidité alors qu'il ne savait pas grand chose de lui et de son passé. Il était peut être totalement transparent. Ou Dean était réellement très intuitif. Il n'aurait pas su dire. Mais il était curieux de savoir.

- Comment peux tu en être aussi sûr ? Je veux dire … tu m'as l'air d'avoir tiré des conclusions extrêmement rapides me concernant sans réellement en savoir beaucoup sur mon passé.

Dean se remit alors en route en direction de salon de tatouage et Castiel le suivit aussitôt sans protester.

- Je le sais parce que je l'ai déjà entendu des dizaines de fois dans la bouche d'autres gens. Je fais parti d'un groupe de soutien pour les personnes alcooliques. Crois moi, quand on a passé des soirées entières à les entendre lister toutes les raisons qui les ont poussées à boire, on finit par en savoir beaucoup sur la nature humaine en générale. Et quand il n'y a pas un événement particulier poussant quelqu'un à boire ou à sauter d'un toit, c'est généralement parce qu'ils ont la sensation que leur vie leur échappe. Parce qu'ils sont incapables de faire quoi que ce soit de vraiment motivant. Ce n'est pas de leur faute et ce n'est pas de la tienne non plus. C'est juste comme ça.

Castiel allait peut être devoir envisager d'accompagner Dean à ce groupe de soutien. Il n'était pas alcoolique mais de toute évidence, ces réunions offraient des réponses qu'il n'avait jamais trouvées jusque là.

- Tu as probablement raison, concéda t-il alors.

- J'ai toujours raison, répliqua aussitôt Dean le plus sérieusement du monde.

- Tu es un peu prétentieux en plus d'être égoïste non ?

- Je ne suis pas quelqu'un de bien Cas. Mais je suis tout ce que tu as.

Castiel ne répondit rien, un peu déstabilisé à nouveau par la nouvelle critique que Dean émettait sur lui même. Il n'avait réellement pas une haute estime de lui même.

Ils marchèrent en silence pendant de nombreuses minutes et quand Castiel aperçut la devanture du salon, il fut surpris d'entendre Dean l'inviter à entrer.

A l'intérieur, la même chanson passait toujours en boucle.

- Écoute, je pense qu'on devrait se revoir demain. Je finis tôt et j'aurais toute la soirée à t'accorder. On peut se donner rendez vous quelque part pour passer une dernière fois le contrat en revue et passer ensuite à l'action. J'ai quelques idées te concernant.

Castiel sentit aussitôt un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Il était un peu inquiet. Mais il était également excité et curieux. Et c'était sans nul doute la première fois qu'il ressentait quoi que ce soit de ce type.

- Tu ne vas pas me dire de quoi il s'agit hein ?

Dean secoua la tête en souriant et Castiel soupira alors longuement. Il allait devoir se montrer patient. Et faire confiance à son compagnon pour ne pas le pousser trop loin la première fois. Il espérait sincèrement qu'ils commenceraient doucement. Histoire de se mettre à l'aise avant de passer aux choses sérieuses.

- Tu ne devrais pas être aussi inquiet. Je ne vais rien te faire faire que tu ne sois pas prêt à faire.

- Je te rappelle que tu as toi même dit que tu n'étais pas quelqu'un de bien, intervint Castiel en fronçant les sourcils.

Dean haussa les épaules mais ne protesta pas. Il se dirigea ensuite vers le comptoir au fond de la boutique et une nouvelle fois, Castiel le suivit sans protester. Il n'avait vraiment pas envie de rentrer chez lui. Et tant que son compagnon ne le mettait pas à la porte, il n'avait pas l'intention de partir. Rester ici lui faisait passer le temps. C'était mieux que de s'enfermer dans son appartement devant une émission stupide en surveillant son chat pour ne pas subir une nouvelle attaque.

- Les dessins sur la devanture sont de toi ? Demanda t-il en s'accoudant au comptoir.

- De moi et sur moi, répondit Dean sans le regarder.

Castiel avait donc vu juste. Il aurait aimé pouvoir voir ces tatouages en vrai. Peut être étudier leurs contours. Il n'aimait pas l'idée d'être ainsi marqué à vie. Mais il devait reconnaître qu'il était tout de même curieux.

- Généralement je dessine et Benny se charge de me tatouer. Il est le seul à qui je fais confiance en ce qui me concerne. C'est lui qui a réalisé tous mes tatouages. Mais toujours à partir d'un de mes dessins.

- Benny a l'air gentil, lâcha Castiel.

Il était curieux de connaître la nature réelle de la relation qui unissait les deux hommes. Dean lui avait dit qu'il était gay. Mais également qu'il était célibataire. Il savait que le jeune homme ne lui avait pas menti. Il n'était toutefois pas totalement inconcevable qu'il ait pu coucher avec Benny.

- Il l'est oui … parfois trop sans doute. N'importe qui à sa place m'aurait déjà mis à la porte mais il me garde. Peut être que c'est du au fait que je suis le meilleur. Ou peut être tout simplement qu'il a pitié de moi. Vas savoir. Il faudrait lui demander.

- Vous deux vous n'êtes pas … commença alors Castiel, incapable de se retenir.

Dean ricana une énième fois. Il secoua ensuite la tête et plongea son regard dans celui de son compagnon.

- Ensemble ? Non. Jamais et je doute que sa femme serait ravie si cela arrivait. Il est heureux avec elle et profondément hétéro. Il a un fils d'ailleurs. Non. Il est séduisant mais on n'a jamais couché ensemble si c'est ce que tu veux savoir.

- Et avec Jesse ?

Castiel ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il n'avait pas l'habitude d'interroger ainsi les gens sur leur vie privée sans pouvoir se retenir. Mais Dean était un vrai mystère et il mourrait d'envie d'en savoir plus sur lui. C'était plus fort que lui.

- Avec Jesse non plus même si je reconnais y avoir pensé souvent. S'il disait oui, je ne dirais pas non. Mais on est amis et c'est sans doute mieux ainsi. Je dois toutefois reconnaître qu'il me plaît beaucoup. Jesse Pinkman a tout ce qu'il faut là où il faut si tu vois ce que je veux dire.

Castiel voyait parfaitement où Dean voulait en venir. Et il devait reconnaître qu'il était un peu jaloux. Pas de l'intérêt que son compagnon portait à son sponsor. Mais du fait qu'il soit capable de le reconnaître ouvertement et de discuter de sa sexualité comme s'il n'avait pas de honte à avoir. Il avait grandi en entendant ses parents répéter que l'homosexualité était un péché. Et s'il avait depuis couché avec des hommes, il n'avait pas pour autant l'habitude de parler ouvertement de ses préférences.

- Je suis gay, déclara t-il alors malgré lui.

Dean ne sembla pas vraiment surpris de l'entendre et Castiel réalisa alors qu'il l'avait compris sans qu'il ait besoin de lui dire.

- Cool pour toi vieux. C'est une bonne chose que tu le reconnaisses. J'étais persuadé que tu étais un de ces hommes qui vivent dans le placard comme on dit. Que tu te forçais à coucher avec des femmes juste pour être comme tout le monde.

- Non, non, je couche avec des hommes, protesta Castiel.

Si seulement il pouvait réussir à se taire, ce serait vraiment une bonne chose. Mais sa bouche continuait de former des mots quand son cerveau lui criait de la fermer … et maintenant. Il devait sembler ridicule.

- J'en prends note … c'est une information importante pour la suite je suppose.

Castiel n'était pas très sûr de ce que Dean entendait par là. Envisageait il de le pousser à coucher avec des hommes ? Ou pensait il à lui proposer de coucher avec lui ? Castiel ne devait surtout pas s'engager sur cette voie. Il était grand temps pour lui de partir. Il commençait sérieusement à divaguer. Et même s'il n'avait pas envie de rentrer chez lui, il était sans doute préférable de mettre de la distance entre lui et Dean pour quelques heures.

- Je vais rentrer, lança t-il alors en se redressant.

Son compagnon hocha la tête et ne sembla pas vouloir le retenir. Castiel hocha alors la tête puis fit volte face. Dean le rappela toutefois quand il commença à s'éloigner.

- Ne laisse pas ton chat te mordre à nouveau, lança t-il en souriant.

Castiel acquiesça à nouveau. Il ne voyait pas quoi ajouter. Il avait peur de dire quelque chose de stupide à nouveau si toutefois il reprenait la parole. Il ne voulait surtout pas se ridiculiser plus encore. Il salua donc Dean de la main et quitta finalement le salon en silence.

Une fois dehors, il jeta un coup d'œil par dessus son épaule. Son compagnon semblait concentré sur des feuilles de papier étalées devant lui. Il ne l'avait pas suivi du regard et paraissait déjà s'être totalement désintéressé de lui.

C'était sans doute mieux ainsi. Castiel soupira puis s'éloigna de la boutique rapidement. Il décida de faire un détour par l'épicerie pour acheter de quoi manger ce soir. Son frigo était désespéramment vide et il n'avait pas envie de commander quelque chose. De surcroît, cela lui donnait une raison pour ne pas rentrer chez lui immédiatement. Il savait très bien ce qui l'attendait dans son appartement. Et il n'était pas impatient de retrouver ce qu'il avait laissé derrière lui.

Castiel bifurqua donc pour prendre la direction du magasin le plus proche. Il avait toujours les mots de Dean en tête. La façon dont le jeune homme parlait de lui ouvertement et sans rien cacher. Il se demanda alors si son compagnon pensait réellement toutes ces choses le concernant ou s'il se l'était juste trop entendu répéter pour avoir une autre opinion. Il ne savait pas vraiment ce qu'il allait faire faire à Dean durant cette année. Mais il avait envie de l'aider à avoir une autre opinion de lui même. Peut être finirait il par découvrir que son compagnon n'était réellement pas quelqu'un de bien. Si c'était le cas, alors il ne pourrait rien pour lui. Mais s'il s'apercevait qu'il se trompait et qu'il n'était rien de tout ça, il aurait une mission à remplir. Aider Dean à s'apprécier. Lui faire comprendre qu'il ne devait pas chercher à s'auto flageller de la sorte en permanence.

Castiel n'était vraiment pas sûr de réussir mais il avait envie d'essayer. Et cela lui faisait un nouveau projet à remplir. Une nouvelle raison de se lever demain matin. C'était bien plus que ce qu'il avait eu avant sa rencontre avec Dean.