Noël frappe à notre porte, il est donc normal que les premiers cadeaux soient distribués. :)

Bonne lecture!


Comme toutes les nouvelles de ce type, c'est-à-dire d'une importance capitale pour les jeunes apprentis, l'information avait fait le tour de tout le Sanctuaire en moins de temps qu'il n'en fallait à Shion pour dire : « Par les cheveux de la déesse, tenez-vous donc tranquilles un instant ! ».

Elle était descendue du Palais du Grand Pope, s'était arrêtée aux oreilles d'un mini Capricorne encore à demi endormi. Murmurant dans les pièces sobres de la VIème Maison, elle avait troublé une méditation avant d'ébranler avec malice la Maison du Cancer où un apprenti Poisson entraîna Angelo, honteux d'être un partenaire désigné volontaire, dans une danse sur matelas. La rumeur avait enflé jusqu'à atteindre la Maison des Gémeaux, où Saga fut réveillé par un rire qu'il hésita à qualifier de dément avant de se rendre compte qu'il s'agissait de son frère ne pouvant retenir sa joie.

« La boîte a donné des cadeaux ! La boîte a donné des cadeaux ! » C'est accompagné de ce cri de guerre que la petite troupe de mini-Golds avait traversé le Palais, laissant derrière elle des regards étonnés, des couloirs à la décoration dérangée. Les servantes riaient au passage des enfants. Leur enthousiasme ne laissait personne indifférent. Le bâtiment semblait se secouer, se dépoussiérer sous leurs rires et le bruit de leur course effrénée. Encore un long corridor, un virage à gauche et ils devraient arriver devant la « fameuse » boîte.

- « Laisse-moi passer, la Chèvre. Tu te traînes !

- Escargot toi-même, Crabe asthmatique !

- Poussez-vous ! C'est moi le plus jeune ! », lança Aphrodite en se frayant un chemin entre les deux grands.

- « Et le respect des aînés ? », fit Kanon en les dépassant tous dans la dernière ligne droite.

Shaka clôturait toute cette agitation, hésitant entre son calme ordinaire et rejoindre les autres dans leur course. Il se mettait à courir, puis s'arrêtait, regardant autour de lui si quelqu'un l'avait vu. Puis il reprenait sa marche lente. Finalement, la curiosité le mettant sur des charbons ardents, il rejoignit les autres au pas de course.

Bien camouflé derrière une colonne, Shion attendait impatiemment l'arrivée de la petite troupe. Après toutes ces heures de déchiffrages des écritures (et il y avait un lot de candidats aptes au concours de l'ordonnance la plus indéchiffrable ! De quoi concurrencer tous les médecins de Grèce !), il avait bien droit à une petite distraction. Un sourire relevait le coin de ses lèvres ridées et une étincelle de curiosité faisait briller son regard un peu plus que d'ordinaire. Comment les enfants allaient-ils réagir ?

En face de lui, Anaël chuchotait à l'oreille d'Orreaga qui avait bien du mal à tenir son sérieux. Cachée dans l'embrasure d'une porte, Jade de la Vierge fusillait du regard le Cancer moqueur. Durant une fraction de seconde, Shion se posa la question « Mais qui sont finalement les enfants ? ». La réponse dut attendre. Les Golds en herbe s'étaient arrêtés devant la boîte et les « Ah ! » « Oh ! » « Il y a vraiment des cadeaux ! » fusèrent de tous côtés.

La petite bande restait immobile, contemplant le tas de paquets au pied de la boîte. C'était une chute de couleurs brillantes, une cascade de rubans, une ode colorée à la nouvelle divinité du Sanctuaire : « Son altesse toute puissante, la Boîte à suggestions ». Bouche bée, dans un silence bienfaisant pour les oreilles du patriarche, les apprentis osaient à peine respirer. Pour un peu, on aurait cru qu'ils étaient face à une apparition d'Athéna. Ce fut Shaka qui rompit la contemplation. Il leva la main, effleura du doigt une feuille d'un des deux arbres sur lesquels pendait une étiquette avec son nom tracé en lettres d'or. La feuille frissonna doucement à son contact. Le visage de l'être pur ne trahissait aucune émotion, mais l'ancien Bélier n'était pas dupe. Une étincelle de joie illuminait son regard. Il lui sembla même avoir vu les commissures de ses lèvres amorcer un sourire. Shion jeta un œil vers Jade. Elle avait arrêté ses œillades assassines et regardait la scène d'un œil attendri. Elle sortit lentement de l'ombre, s'agenouilla aux côtés du blondinet, lui montrant les arbres. Durant un instant, le sage céda sa place à l'enfant et il vint se blottir au creux de la chevelure émeraude. Un enfant restait un enfant, aussi avisé qu'il soit.

A l'image de Shaka, les autres statufiés se mirent en mouvement. Kanon s'empara d'un immense paquet revêtu d'un emballage lazuli et entreprit d'ôter cette décoration afin de découvrir ce qui s'y cachait. Shura se battait avec des rubans tandis qu'Aphrodite s'en accrochait un dans les cheveux d'un air ravi.

Le déballage de Kanon allait bon train et l'on vit rapidement un vaisseau émerger des flots de papier. La proue dorée révéla les boucles, les courbes et les écailles d'une sirène tendant ses bras vers l'aventure. Il lâcha un cri de surprise lorsqu'il découvrit qu'un simple levier sous le gouvernail permettait de relever les volets des sabords. Il sauta de joie, brandissant le capitaine chevelu et un peu trop maquillé au goût de Shion : « Il y a des canons ! Il y a des canons ! »

Un autre cri enthousiaste lui répondit : « J'ai un dragon ! Craignez la vengeance de Smaug ! » Le dragon vint faire face au bateau tandis qu'Orreaga retenait un gémissement suite au coup de coude d'Anaël : « Smaug, vraiment ? Tu veux que je vienne le tuer avec mon épée ? » La pénombre de la cachette ne fut pas suffisante pour cacher le rouge des joues du Capricorne qui murmura : « Tais-toi donc, crustacé lubrique ! »

Dans le corridor, les canons tiraient à boulets rouges sur le dragon escorté par tous les chevaliers que le château ennemi avait déversé dans la bataille. Au milieu de ces cris de guerre, Aphrodite avait ôté précautionneusement le papier turquoise qui enveloppait sa tête à coiffer. Une si belle couleur, cela pourrait toujours lui servir pour décorer sa chambre. Saisissant délicatement une brosse, il entreprit la réalisation d'un chignon, ne jetant qu'un regard dédaigneux à ces rustres vociférant des cris de guerre.

« Je t'aurai, Shura ! Plus tard, je serai un dragon ! Un dragon des mers ! Et je conquerrai le monde ! » Shion se crispa un peu à cette remarque. Cela lui évoquait quelque chose. Dragon des Mers ? Ce n'était pas là le nom d'un Spectre. Où avait-il rencontré ce terme ?

Dans toute cette effervescence, personne ne faisait attention à Angelo qui s'éloignait sans bruit, serrant contre lui un petit paquet. L'étiquette tombant sur le sol fut la seule trace qu'il avait lui aussi reçu un cadeau.

Personne, vraiment ? Un Crabe aux cheveux coupés fit un signe discret à un Cabri qui acquiesça d'un hochement de tête. Une ombre furtive au regard océan suivit le futur Cancer jusqu'à sa cachette préférée : sa chambre. Lorsqu'Anaël entra dans la pièce, l'emballage rouge gisait sous le sol, semblable à une mue délaissée. A genoux sur le matelas, Angelo regardait sans trop y croire la forme qui s'étalait sur son lit. Le corps du crabe n'était pas plus grand que deux poings fermés. Ses pattes, bien ancrées sur la couverture lui donnaient la stabilité nécessaire pour déployer devant lui ses pinces menaçantes. C'était un cadeau. Un cadeau pour lui. Rien qu'à lui. Même si c'était la boîte qui lui avait donné, il se sentait important. Quelqu'un ou quelque chose avait pris sa demande en considération. Cette « boîte » avait décidé de lui donner ce qu'il demandait. Il avait été écouté. Et compris. C'en était presque trop beau. L'enfant murmura : « Es-tu réel ou es-tu l'un d'eux venu me tourmenter sous une nouvelle forme ? »

L'Ange sentit l'apprenti tendre son Cosmos à la recherche d'un esprit en peine. Il resta sur le pas de la porte, regarda son disciple, rassuré, se saisir de la peluche et la serrer contre lui.

- « Tu es réel. Tu es là. Tu voudras bien rester avec moi pendant la nuit ?

- Bien sûr qu'il restera. Il est à toi. »

Angelo sursauta. Confus, il tenta de cacher le crabe derrière lui, s'attirant une remarque de son maître : « Je le vois encore, jeune homme. Ses pinces dépassent de tes côtés. »

Il s'assit sur le lit à côté de l'enfant. Lui remettant la peluche dans les bras, il continua : « Tu sais, il n'y a aucune honte à reconnaître que tu as peur et à demander de l'aide. » Sur le coup, le jeune garçon ne comprit pas ce que son maître voulait dire. Il avait reçu un cadeau, c'est tout ce qui comptait. Il allait lui en faire part lorsque…

La bouche grande ouverte d'Angelo stoppa net la litanie préparée par son maître.

« Vos… vos cheveux ? », ânonna le futur Crabe.

« Sacrifiés pour une bonne cause, je crois », répondit l'Ange en lui ébouriffant les cheveux.