Titre : Premières rencontres (chapitre 3)

Et oui, ça continue ! Merci pour les reviews (je ne peux hélas pas répondre aux reviews anonymes) ! Merci à COC pour son excellente idée que je pense utiliser pour l'épilogue…

Bonne lecture !


« Jû-sama ? »

Jûshiro ouvrit brusquement les yeux. Le petit était debout devant lui, son visage presque collé au sien. Le shinigami se rendit alors compte qu'il s'était assoupi. L'appellation utilisée le fit sourire : le petit avait encore oublié son nom.

« Oui, Byakuya ? »

Le petit le regarda en rougissant et tordit ses petits doigts. Ukitake fronça les sourcils se demandant s'il n'avait pas quelque chose sur le visage pour le garçon soit si gêné de lui parler.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » Insista Jûshiro en prenant Byakuya par les épaules.

Byakuya baissa la tête et regarda le sol, l'air embarrassé.

« Dis le moi, » ordonna doucement Ukitake en forçant Byakuya à lever la tête. Le petit fit un geste de négation en rougissant de plus belle.

« Byakuya… » Fit Ukitake d'une voix plus dure.

Byakuya s'approcha encore plus de Jûshiro et se dirigea vers son oreille, comme pour lui faire une confidence.

« J'ai besoin d'aller au petit coin… S'il vous plait, » demanda Byakuya d'une petite voix tremblante.

Le shinigami retint un rire et se leva pour guider l'enfant qui semblait soudainement pressé d'arriver jusqu'aux toilettes.

« Tu as besoin d'aide ? » Demanda Jûshiro quand Byakuya entra dans la petite pièce.

« Non ! » Résonna la voix indignée de Byakuya à travers la porte.

« Bien, bien… » Gloussa Ukitake en s'adossant au mur.

Mais au bout de quelques secondes, Byakuya revint vers lui, l'air penaud.

« C'est trop serré… » Se plaignit-il en regardant son obi (1).

Jûshiro le défit la ceinture sans aucune difficulté et s'amusa intérieurement de la pudeur de l'enfant qui se mit à courir vers les toilettes en fermant son kimono avec ses mains.

Le petit eut ensuite besoin d'aide pour se laver les mains, car rien n'était à sa hauteur, et pour se rhabiller. Jûshiro en profita pour lui montrer comment un shinigami nouait son obi, ce qui était nettement plus simple que la 'façon noble'. Byakuya fut fier de lui quand il parvint à attacher son kimono tout seul et afficha un large sourire.

Ukitake fut surpris car d'habitude, les enfants souriaient quand ils avaient un nouveau jouet ou quand on leur donnait un bonbon ! Mais Byakuya, lui, était simplement heureux de savoir faire quelque chose d'aussi banal. Décidément, il n'était pas un enfant comme les autres!

« Veux-tu manger quelque chose ? » Demanda ensuite Jûshiro.

Byakuya acquiesça car après avoir vidé son estomac sur Kenpachi, il avait bien besoin de manger ! Jûshiro lui prit doucement la main et s'étonna que l'enfant ne la repousse pas. Quand ils furent dans le salon, Jûshiro invita le petit noble à s'asseoir près de la table. Il lui demanda alors ce qu'il aimerait pour le goûter mais Byakuya se contenta d'un haussement d'épaules. Il ne pouvait pas savoir ce qu'il aimait puisqu'il ne prenait jamais de goûter !

Jûshiro comprit qu'il allait devoir se débrouiller seul pour dénicher quelque chose de correct à proposer à l'enfant. Mais mis à part quelques bonbons, il ne trouva rien à donner à Byakuya.

« Tu n'es pas trop fatigué pour marcher ? » Demanda Jûshiro qui avait une idée en tête.

Byakuya secoua la tête en signe de négation puisqu'il avait bien dormi auparavant. Jûshiro sourit avant de faire signe à l'enfant de le suivre.


« On va où ? » Demanda Byakuya avec impatience. Ils marchaient depuis au moins dix minutes et si l'enfant n'avait pas mal aux pieds, il avait très faim !

« Nous allons quelque part où tu n'es jamais allé ! » Répondit Jûshiro avec un sourire énigmatique.

« Où ça ? » Questionna Byakuya.

« Rukongai, » fit le shinigami.

Byakuya se stoppa net. Il n'était pas sûr d'avoir le droit d'aller là bas ! Voyant son hésitation et devinant le souci du garçon, Jûshiro déclara :

« Tu ne te feras pas gronder puisque c'est moi qui a ta responsabilité. »

Byakuya se détendit puisqu'après tout, il avait raison ! Il ne faisait que le suivre docilement !

Tandis qu'il se rassurait en se répétant qu'il ne sera pas grondé, il ne put éviter le choc qui le fit chuter sur les fesses. Jûshiro non plus n'avait pas vu arriver la « tornade noire » foncer sur Byakuya et le dégommer comme une quille…

« Shaolin ! » Cria une voix de femme au loin.

La dénommée Shaolin, qui prendra plus tard le nom de Soi Fon, se releva difficilement et tendit une main à Byakuya pour l'aider à se relever. Le garçon ne la prit pas et se redressa seul en lançant un regard mauvais à la fillette qui avait probablement son âge.

« C'était du shunpo, fillette ? » Demanda Jûshiro impressionné.

Byakuya, vexé que le shinigami ne se préoccupe pas de sa chute, bouda dans son coin.

« Oui ! » Clama fièrement la fillette. « Mais j'ai encore du mal à ralentir pour éviter les obstacles… » Ajouta-t-elle en regardant Byakuya.

Peu habitué à être considéré comme un obstacle, Byakuya serra les poings et tourna la tête avec dédain.

« Shaolin ! » Cria de nouveau la femme qui, à présent, marchait en boitant vers le petit groupe. Quand elle arriva, à bout de souffle, elle réprimanda la fillette. « Tu sais très bien ce qu'a dit ton père : pas de Shunpo avec moi ! »

« Oui mère, je sais… » Soupira la petite d'un air las. « Mais vous n'êtes pas assez rapide, » se justifia-t-elle.

La mère de Shaolin ne répondit rien car elle savait que sa fille avec raison. Comme tous les membres de la famille Fon, la mère avait fait parti des forces spéciales dans le but de servir la famille Shihôin mais fut obligée de renoncer suite à une blessure qui lui couta l'usage de sa jambe droite.

« J'espère qu'elle ne vous a pas causé de désagréments… » Fit la mère à Jûshiro.

« Non, pas du tout ! Elle est très douée pour son âge ! » S'exclama Ukitake qui ne vit pas l'air indigné de Byakuya.

« Oui, elle est bien partie pour suivre les traces de sa famille, » dit fièrement la femme.

« La famille Fon, n'est-ce pas ? » Devina Jûshiro d'un air songeur. « Elle ressemble beaucoup à son défunt frère, » ajouta-t-il en observant la fillette s'éloigner d'eux.

La femme acquiesça silencieusement mais montra pas un seul signe de tristesse malgré la perte de son fils ainé, mort dès la première mission qu'on lui avait donné.

« Et qui est ce petit garçon ? » Demanda-t-elle en regardant Byakuya.

« Kuchiki Byakuya, » répondit Jûshiro après quelques secondes de silence car le noble s'obstina à ne pas répondre. La femme inclina le buste vers le garçon qui l'ignora complètement.

« Byakuya, ce n'est pas très poli… » Chuchota Jûshiro.

Byakuya, encore boudeur, haussa les épaules tandis que la mère de Shaolin ne put s'empêcher de sourire.

« Shaolin n'est pas la seule à avoir les traits de sa famille, » fit-elle remarquer. En effet, les Kuchiki n'étaient pas réputés pour leur sympathie à l'égard des autres. « Bon et bien, je vais vous laisser, » dit-elle avant de partir rapidement, et pour cause, la petite Shaolin était déjà loin.

« Byakuya, je ne suis pas content de ton attitude, » déclara Jûshiro en tentant d'être autoritaire. Byakuya l'ignora royalement et lui tourna même le dos.

« C'est Byakuya-sama, » rétorqua-t-il de façon hautaine. Jûshiro se mit à rire franchement, ce qui vexa encore plus le garçon.

« Bien, votre altesse, » se moqua-t-il. « Et si tu me disais pourquoi tu fais la tête ? »

« Non, » refusa Byakuya en marchant.

Jûshiro ne sut comment répondre à cela. Il n'avait pas l'habitude des enfants et encore moins des enfants boudeurs. Il décida donc d'ignorer le garçon jusqu'à l'arrivée car peut-être aura-t-il changé d'humeur. Ils marchèrent donc en silence et arrivèrent rapidement à l'une des quatre portes du Sereitei qui menait directement au premier district du Rukongai. Byakuya ouvrit des yeux ronds quand il aperçut le gardien de la porte et comprit soudain pourquoi le Sereitei était un endroit si paisible. Oubliant de bouder, il saisit le pan du haori d'Ukitake quand ils passèrent devant le géant. Jûshiro salua le gardien avec grand signe de main avant de regarder Byakuya d'un air légèrement moqueur comme pour le punir d'avoir été si hautain précédement.

« Mais, Byakuya-SAMA, Jidanbô est très gentil tu sais ? » Se moqua Jûshiro tout de même surpris qu'il ne connaisse pas le gardien. Byakuya marmona quelque chose d'inaudible avant de baisser la tête. Des excuses pour son comportement peut-être?

Le petit noble n'était jamais sorti du Sereitei, tout comme la plupart des Kuchiki d'ailleurs. En y réfléchissant bien, l'ignorance du garçon n'était pas si surprenante que cela mais Jûshiro trouvait cela bien triste. Byakuya avait la chance d'être né dans la bonne famille, riche et noble, mais ignorait totalement la misère qui régnait dans certains districts du Rukongai.

« Byakuya, je vais utiliser le Shunpo, » déclara Jûshiro. Quand il vit Byakuya pâlir soudainement, il se mit à sourire. « Ne t'inquiète pas, cela se passera mieux qu'avec le capitaine Kenpachi si tu suis bien mes instructions. »

Byakuya acquiesça à contrecœur car de toute façon, il n'avait pas vraiment le choix. Jûshiro prit l'enfant dans ses bras et le maintint fermement contre lui.

« Maintenant, tu vas fermer tes yeux et ne pas les ouvrir avant que je te le dise. Tu as bien compris ? » Demanda Jûshiro.

Byakuya murmura un petit oui avant de fermer ses yeux avec force, comme s'il craignait que ses paupières décident de s'ouvrir contre son gré. L'enfant n'eut pas l'impression de bouger mis à part l'étrange sensation du vent sur ses joues. Il fut plusieurs fois tenté d'ouvrir les yeux mais résista quand il repensa à ce qu'il avait ressenti sur le dos de Kenpachi.

« Tu peux ouvrir tes yeux maintenant, » déclara Jûshiro après quelques minutes.

« Déjà ? » Demanda Byakuya effaré.

« Tu comprends donc l'utilité du shunpo ! Sans cela, nous ne serions arrivés qu'après une bonne heure de marche, » informa le shinigami.

Mais Byakuya, dont l'attention était concentrée sur la rue animée, ne l'écouta pas. C'était vraiment différent de ce qu'il voyait dans le Sereitei ! Là où il vivait, toutes les maisons étaient belles et riches alors qu'ici, tout était délabré et pauvre…Byakuya ne le savait pas mais Jûshiro et lui se trouvaient dans le soixantième district du Rukongai Ouest ce qui signifiait qu'il y avait bien pire en matière de pauvreté…

Les deux nouveaux arrivants attiraient les regards des villageois. En effet, ceux ci n'avaient pas l'habitude de recevoir la visite d'un capitaine du Gotei ! L'enfant richement vêtu ne passa pas inaperçu lui non plus puisque son kimono seul aurait pu assurer un bon repas à une cinquantaine de personnes.

Toujours dans les bras de Jûshiro, Byakuya refusa que celui-ci le repose à terre car il avait bien trop peur de se perdre.

Sentant les regards rivés sur lui, le petit noble se sentit mal à l'aise et enfouit son visage dans le cou du shinigami avant de se mettre à trembler comme une feuille. Jûshiro regretta alors d'être venu ici car il aurait dû se douter que cet environnement inconnu angoisserait l'enfant.

Ukitake caressa doucement les cheveux de Byakuya pour essayer de le détendre. Cela fonctionna un peu puisque les tremblements de l'enfant se calmèrent.

« Rassure-toi, nous allons dans un endroit calme, » indiqua le shinigami en marchant rapidement.

Quelques minutes plus tard, Jûshiro et Byakuya entrèrent dans une petite maison qui s'avéra être en fait une boutique. Le shinigami acheta alors un dorayaki (2) avant de quitter le quartier pour rejoindre la forêt. Quand ils furent arrivés, Jûshiro posa le garçon sur l'herbe et lui tendit la pâtisserie. Byakuya, maintenant rassuré par le calme, la prit entre le pouce et l'index et l'examina sous toutes les coutures. Il ne connaissait pas cette nourriture et appréhendait un peu d'y gouter. Cependant, quand il mordit dedans, il fut surpris d'apprécier le gout sucré du gâteau.

« Tu aimes ? » Demanda Jûshiro avec douceur.

Byakuya, qui avait la bouche pleine, acquiesça vivement puis reprit une autre bouchée. Mais il repensa ensuite à la pauvreté qu'il avait vu dans la rue et une question s'imposa dans son esprit. Il s'arrêta alors de manger.

« Jû-sama, » commença le garçon. « Pourquoi sont-ils si pauvres ces gens ? » Demanda Byakuya en fronçant les sourcils.

« Je ne peux malheureusement pas te répondre Byakuya. La richesse et la pauvreté existent depuis la nuit des temps et personne n'a jamais réussi à expliquer pourquoi, ni même à résoudre le problème, » indiqua Jûshiro avec tristesse.

« Mais si les riches donnaient leur argent pour les aider, ça ne marcherait pas ? » Interrogea naïvement Byakuya.

« Sincèrement, connais-tu beaucoup de nobles prêts à faire cela ? Par exemple, crois-tu que ton grand père donnerait de l'argent pour les aider ? » Demanda-t-il doucement. Mais Jûshiro craignit ensuite d'être allé trop loin car Byakuya n'était qu'un enfant ! Il regarda avec culpabilité le petit prendre une mine sérieuse et réfléchir à la question.

« Il ne le ferait pas, » murmura Byakuya, peiné. « Mais moi, je le ferai quand je serais chef de clan, » assura-t-il en finissant sa pâtisserie.

Jûshiro sourit doucement tout en se disant que les idées de Byakuya changeraient avec l'âge... Mais pourtant, quelques années après, Byakuya épousera une femme venant tout droit du Rukongai et respectera sa promesse en secret…

«Bien, il est maintenant temps de rentrer. Il ne faudrait pas faire attendre ton grand-père ! » Déclara Jûshiro en se baissant pour être à la hauteur de Byakuya.

Le petit garçon, légèrement déçu de devoir partir, se leva et vint se nicher dans les bras de Jûshiro en silence se doutant bien qu'ils rentreraient avec le shunpo. Le shinigami lui donna les mêmes instructions qu'auparavant avant d'entamer sa course rapide vers les quartiers de la sixième division.

Quand il fut à destination, Jûshiro remarqua que l'enfant s'était endormi profondément. Attendri, il caressa son petit visage en faisant bien attention à ne pas le réveiller. Peu de temps après, le capitaine Kuchiki et son fils sortirent de l'imposante bâtisse d'un pas lent. Jûshiro vint alors à leur rencontre et décida qu'il était temps de réveiller l'enfant. Mais ce dernier n'était absolument pas d'accord et se mit à gémir de mécontentement. Cependant, Jûshiro insista et Byakuya fut bien obligé de lever la tête pour voir ce qui se passait. Quand il vit son père et son grand-père, l'enfant tenta tant bien que mal de paraître éveillé mais ses petits yeux se fermèrent tous seuls.

« Il est temps d'y aller, » décida Ginrei en regardant le garçonnet s'endormir à nouveau. « Ukitake-taichô, je vous remercie d'avoir veillé sur mon petit-fils, » ajouta-t-il en inclinant la tête. « Eiri ? »

Le père de Byakuya inclina la tête vers Ginrei avant de s'approcher de Jûshiro. Il secoua alors doucement le visage de son fils.

« Byakuya ? Réveille-toi ! » Ordonna-t-il sous le regard réprobateur de Jûshiro.

Pour seul réponse, Byakuya se mit à gémir et tendit ensuite ses petits bras vers son père. Ce dernier, surpris, recula légèrement et dévisagea son fils un moment. Écoutant son cœur et non les principes de noblesse, Eiri prit son fils et le cala confortablement dans ses bras. Satisfait, Byakuya posa la tête sur son épaule en esquissant un léger sourire.

« A bientôt, petit Byakuya ! » Déclara Jûshiro. L'enfant lui répondit par un petit signe de main avant de le regarder s'éloigner. Cependant, Jûshiro eut le temps d'entendre ceci :

« Grand-père, le capitaine mal rasé a raison : vous êtes vraiment vieux ! »

La voix encore ensommeillée de Byakuya semblait étonnée par cette soudaine constatation. Eiri ne put s'empêcher d'émettre un léger rire sous le regard noir de Ginrei qui songea qu'une discussion avec le capitaine Kyoraku s'imposait... Personne n'avait jamais osé traiter le noble Kuchiki Ginrei de 'vieux' et il comptait bien lui faire passer l'envie de recommencer! Foi de Kuchiki!


(1) ceinture servant à fermer les vêtements traditionnels japonais.

(2) pâtisserie japonaise ressemblant à deux pancake enveloppant une garniture de pâte de haricot rouge.