Tant d'encouragements...je ne saurais vous dire à quel point tout cela me fait chaud au cœur. J'ai répondu aux reviews en fin de chapitre, comme d'habitude.

Cette histoire, elle est pour vous.

IACB.

PS : On m'a demandé si j'arrêtais de publier sur mon autre fanfiction « What About Mary ? ». Que nenni. J'essaie de faire Black Swan et WAM en alternance mais il est vrai que mon imagination tend plus vers Black Swan en ce moment. Mais promis, je finirais les deux sans fautes.

Re-PS : Je préviens aussi les gens qui n'ont pas encore vu Black Swan mais qui veulent le faire très prochainement ; c'est un film magnifique, vraiment, mais je vous en prie : CACHEZ-VOUS LES YEUX A CERTAINES SCENES au risque qu'elles ne vous traumatisent à vie. Surtout, lorsque vous verrez Nina (l'héroïne) rentrer dans une chambre d'hôpital et poser des affaires près d'une dame en fauteuil roulant...fuyez aux toilettes ! C'est pour votre bien que je dis ça.

Sur ce, bonne lecture.


Hermione ramena ses jambes contre son menton, recroquevillée sur elle-même. Elle jetait quelque fois un regard furtif par la fenêtre où le temps faisait honneur à la réputation météorologique de l'Angleterre ; un ciel gris consternant. Elle reniflait parfois, mais se contrôlait pour ne pas pleurer. Pour être une grande fille. Sa mère l'avait laissé, trois heures auparavant, devant un cartoon débile de Nickelodeon, une assiette de pâtes au beurre accompagné d'un verre de Coca sur la table basse. Elle devait ignorer que sa fille détestait les dessins animés et que le Coca était trop sucré pour elle. Elle devait ignorer beaucoup d'autres choses sur sa fille d'ailleurs. L'assiette était toujours là. Le verre intact. La télévision était toujours allumée. Hermione toujours pelotonnée sur le canapé, se balançant d'avant en arrière, à l'affût du moindre bruit.

L'orage gronda au dehors, la faisant sursauter vivement.

Puis, une pluie fine se mit à tomber, brouillant la vue de la fenêtre qu'Hermione fixait. Au même moment, un déclic se fit entendre depuis le couloir. Hermione sauta immédiatement hors du sofa et couru d'un pas involontairement dansant et aérien vers le vestibule d'entrée.

« Tu as mis du temps... » chuchota-t-elle en serrant sa mère qui venait de rentrer.

Étant petite de taille, ses bras enserrait les hanches de Jane Granger. Mais elle la serrait fort contre elle. Comme si elle avait peur de la perdre, elle aussi.

Jane poussa un profond soupir, les yeux dans le vague, ne sachant que penser. D'un geste presque mécanique, elle caressa la chevelure rebelle de sa fille qui resserrait son étreinte.

On l'avait envoyé reconnaître un cadavre repêché dans la Tamise. Il représentait toutes les caractéristiques décrites. Brun, yeux marrons clairs, sourcils épais, mâchoire carrée. Mais ce n'était pas lui. Jane ne savait vraiment plus quoi penser. D'un côté, elle s'était sentie soulagée lorsque le médecin légiste avait soulevé le drap blanc sur le corps, dans la chambre froide. De l'autre, anxieuse. Cela faisait deux semaine et demi. Dix huit jours. Sans aucune nouvelle. Absolument aucune piste. Tout avait été essayé. Le retraçage de la puce téléphonique. L'appel à témoin. L'enquête chez les – rares – amis proches. L'alerte disparition sur le Net. Portrait robot placardé dans toute la région. Rien. Aucune réponse. Aucun résultat.

Il ne fallait maintenant qu'attendre et espérer, comme le lui avait gentiment conseillé le Lieutenant Stonem.

« 'Mione, s'il te plaît... » fit dans un second soupir Jane tout en se détachant doucement de l'emprise de sa fille pour pouvoir avancer.

Hermione la suivit jusque dans le salon où un épisode de « La Panthère Rose », qu'elle exécrait, passait. Jane se pencha vers la table basse et ramassa l'assiette qu'elle n'avait pas touché.

« Tu n'as pas mangé. » remarqua-t-elle d'un ton neutre.

« Je n'avais pas faim. Je t'attendais maman. »

Jane s'en alla jusque dans la cuisine. Elle vida l'assiette et la posa dans l'évier. Puis elle décida qu'elle avait soif. Elle ouvrit alors l'armoire située au dessus du plan de travail et attrapa un verre à pied d'une main tremblante. Le plus beau verre. Les rebords sur lesquels on posait les lèvres étaient décorés d'élégants motifs couleur or et si on le retournait, on pouvait alors lire l'inscription...

« Ma...maman ? Est-ce que...est-ce que ça va ? » demanda d'une petite voix affolée Hermione en voyant sa mère briser le verre dans sa main.

... « Vive les Mariés » suivis de leurs initiales à chacun. Jane regarda sa main droite ensanglantée gouter sur les tessons en verre peuplant désormais le sol, complètement perdue et déconnectée du monde réel le temps de quelques secondes. Elle leva ensuite les yeux vers sa fille. Celle-ci était bouche bée, le menton tremblotant, et se cramponnait à la porte de la pièce. Jane secoua alors vivement la tête tout en se forçant à sourire.

« Tout va parfaitement bien ma chérie, retourne regarder tes dessins animés, je réchauffe tes pâtes. » dit-elle d'une traite, d'un ton malgré tout assez hystérique. « .bien. » répéta-t-elle d'une voix plus ferme comme sa fille s'attardait.

Hermione jeta un dernier regard égaré à sa mère puis sortit lentement de la cuisine à reculons. Aussitôt après, sa mère se jeta sur la porte et la claqua derrière elle. Hermione, qui se trouvait juste derrière à ce moment là, sursauta d'un coup, se tassant contre le mur avec terreur. Elle reprit lentement son souffle, accroupie contre le mur.

En ce moment, elle ne comprenait rien. Elle ne comprenait plus rien. On ne voulait rien lui dire. Sous prétexte qu'elle n'avait que neuf ans. Et alors ? Et puis d'abord elle en aurait dix dans seulement un mois. Elle serait une grande fille. Son père lui avait d'ailleurs promis de se faire percer les oreilles à son anniversaire. Comme ça, elle serait vraiment une grande fille avec les boucles d'oreilles et tout et tout. Ce serait des prothèses, puis il lui avait dit qu'il lui achèterai de petits diamants comme ceux qui se trouvait sur la couronne de Rowena Serdaigle, l'une des légende classique du dix huitième siècle ayant aussi étudiée à POUDLARD et que Hermione vénérait depuis qu'elle était allée la voir à un ballet.

Même Cho Chang ne possédait pas de diamants à ses oreilles. Seulement des prothèses.

Hermione alla se remettre sur le canapé, se cramponnant à cette future promesse pour chasser la tristesse qui menaçait de s'installer en maîtresse en elle. Être triste, pourquoi ? Dans un mois à peine, elle serait une grande fille. Et son papa reviendrait. Oui, c'est sûr. Il reviendrait. Son papa tenait toujours ses promesses.

Toujours.

A la télévision, « Tom & Jerry » venait de succéder à « La Panthère Rose ». Dans la cuisine, Jane Granger était effondrée sur le sol, son dos appuyé contre le lave-linge, ses épaules se secouant au rythme se ses sanglots silencieux. Le sang gouttait encore sur le carrelage.

Et la pluie tombait toujours.


11h30

Hermione recula lentement, les yeux toujours fixé sur l'affiche, n'y croyant pas. Elle esquissa un sourire incrédule, la respiration irrégulière, l'air bête. Elle était prise ! Une fois de plus ! Mais son sourire se fissura en retombant sur le nom de Cho Chang. Toujours et encore elle. Et la connaissant, elle devait déjà être en train d'organiser l'enlèvement du chorégraphe pour ne le garder rien que pour elle et le séquestrer durant les douze heures restantes. Hermione prit soudain conscience de sa pensée. Mais mince ! Chang était vraiment capable de faire ça en plus ! La jeune fille se retourna vivement et courut vers la porte de la salle de répétition, piétinant quelques affaires – ou quelques élèves – au passage.

« Il est parti. » l'informa Katie Bell avec un sourire contrit avant même qu'elle n'ait eu le temps de toucher la poignée.

Hermione se retourna en coup de vent vers la jeune blonde.

« Où ? Quand ? » aboya-t-elle.

« Où, je sais pas mais quand, juste après avoir scotché l'affiche c'est à dire...à onze heures sans doute. »

« Quelle heure est-il ? »

« Hum...il est la demi. » répondit Katie en consultant sa montre.

Hermione lâcha une bordée de juron en courant vers le hall. Son cerveau se mit à marcher à toute vitesse. Tout allait à une vitesse si fulgurante dans son esprit que ça en lui faisait mal. Elle s'arrêta pour reprendre son souffle au pied de l'escalier principal et tenta de se remettre les idées en place. Ok. Étant donné qu'ils avaient délibérés une demi heure, Hermione avait dut rester...punaise ! Une heure dans les toilettes ? Bon. Calmons-nous. Elle était donc restée une heure dans les toilettes. Rien que ça. Malfoy avait donné un délai de douze heures et étant donné qu'il était approximativement parti à onze heures pile, et qu'il était trente à présent, il lui restait onze heures et trente minutes pour le trouver – c'est dire, jusqu'à vingt trois heures. Bieeen, elle avait le temps. Elle pourrait se poser dans le petit café sympa qu'elle avait repéré près de la gare de Pré-au-Lard et siroter un petit thé en regardant passer les gens depuis la terrasse... Hermione s'effondra sur la première marche en marbre, se prenant la tête entre les mains, tentant de calmer son anxiété. Calme. Calme. Calme. Malfoy devait se trouver quelque part en Angleterre à cet instant précis, Cho Chang à ses trousses, mais calme. Elle pouvait le faire. Elle avait toujours réussi à se sortir de situations désespérées, pourquoi pas maintenant ? Dans un automatisme, ses doigts cherchèrent à tâtons son pendentif sur son cou moite.

Et puis, qu'est-ce qui disait qu'il était déjà parti de POUDLARD après tout ? Peut-être se trouvait-il encore dans l'enceinte de l'établissement... Hermione se leva d'un bond et courut vers l'accueil. Comme par hasard, celui-ci était vide. Elle s'acharna fiévreusement sur la sonnette jusqu'à ce qu'une jeune fille apparaisse derrière la vitre, l'air légèrement agacé et fatigué.

« Oui ? » siffla-t-elle. « Vous dés... »

« Est-ce que Mr Malfoy est parti ? Il est encore là ? » demanda Hermione d'un ton suppliant.

« Malfoy ? » répéta l'hôtesse d'accueil en fronçant des sourcils, comme si ce nom ne lui disait rien.

« Il...il est chorégraphe et euh...il a des cheveux blonds presque blancs, des yeux bleu, grand comme ça... » tenta d'expliquer Hermione en faisant de grands gestes impatients pour illustrer ses propos. « Il...il est venu pour recruter des danseurs pour son nouveau ballet, « Amour Pures »... »

« Amours Pures ? » répéta encore son interlocutrice qui, décidément, ne comprenait absolument rien à ce que débitait la jeune fille.

« Oui, il...oh et puis laissez tomber, ça ne fait rien. »

Sur ce, Hermione monta quatre à quatre les escaliers jusqu'au troisième étage et se rua sur son ancienne salle de danse, indifférente à ce que McGonagall soit en cours ou pas. Heureusement pour elle, elle venait apparemment de finir et les danseuses sortaient de la salle en piaillant.

« Hermione ! Que me vaux ce plaisir ? » sourit McGonagall en la voyant arriver, essoufflée, vers elle.

« Madame...j'ai besoin de votre...aide... » eut-elle juste le temps d'articuler, le temps de reprendre son souffle.

« Mais oui, certainement, dis moi ? » fit son ancien professeur en fronçant les sourcils d'un air soucieux.

« Je cherche...Malfoy...je dois...absolument...le voir ! » souffla la jeune fille en prenant appui sur ses genoux.

« Malfoy ? Draco Malfoy ? » redit McGonagall en piquant un fard, se cramponnant à la barre la plus proche.

Hermione secoua vivement la tête.

« Vous l'auriez vu par hasard ? Je dois absolument le voir ! » répéta-t-elle.

« Eh bien non, je regrettes, je ne l'ai pas vu depuis hier. »

Hermione secoua à nouveau la tête en se redressant.

« Et...et vous sauriez où est-ce que je pourrais le voir par hasard ? C'est vraiment très important. » ne put-elle s'empêcher de souligner d'un ton désespéré.

« Je regrettes ma chère Hermione mais je n'en ai aucune...ah, si, peut-être dans la salle des professeurs. Quoique, je ne voudrais pas vous induire en err... »

« Merci beaucoup professeur ! » s'exclama Hermione qui se sauvait déjà.

La salle en question se situait à l'étage du dessus. Hermione n'y était allée qu'une seule fois pour prendre une partition que McGonagall avait oublié dans son casier. Elle s'excusa poliment auprès des professeurs présent et demanda si Mr Malfoy était là, s'il vous plaît.

« Aucun Malfrat ici, désolée petite. » la congédia-t-on. « Essaies peut-être d'aller voir... »

Et c'est ainsi qu'on lui fit faire presque tout le tour de POUDLARD. En près de dix années de scolarité, elle n'avait jamais visité autant de salles, de gymnases, de couloirs, de corridors, de salons qu'aujourd'hui. Chaque fois, on lui conseillait d'aller voir à l'opposé de l'endroit où elle se trouvait. Et le temps passait. Et Hermione se trouvait perdue au beau milieux des bureaux du septième étage lorsqu'elle entendit la grosse horloge situé dans le hall sonner douze coups. Elle ferma les yeux, frisant la crise de nerfs.


12h00

Dix minutes et un faux chemin plus tard, Hermione atterri enfin à son point de départ. A savoir le hall d'entrée. Sa précédente errance dans les locaux de POUDLARD ne lui avait servi strictement à rien. Elle allait devenir folle. Plus que dix heures et cinquante minutes et elle ne savait toujours pas où chercher. Elle guettait les larmes qui stagnait dans sa gorge. Non. Pas maintenant. Ce n'était pas le moment de pleurnicher.

« Ni de vomir. » ajouta-t-elle pour elle même en reconnaissant le goût acide qui se mêlait à présent à sa salive.

I gave you everything I know, any little thing I know...

Le tube des The Virgins résonna dans le hall. Hermione, abattue, fouilla mollement dans son sac pour en extirper son petit Motorola gris métallisé. « Ginny » clignotait follement sur le petit écran du clapet.

« Mione, t'es où, je te cherche depuis tout à l'heure ? On était pas censée manger ensemble aujourd'hui ? »

Hermione se massa le front en jurant silencieusement. Et mince. Elle avait oublié que chaque mercredi midi, Ginny et elle déjeunaient au Trois Balais.

« Hum...oui...enfin, non, je suis désolée, je suis encore à POUDLARD, on ne pourra pas manger ens... »

« Hermione ? Qu'est-ce que c'est que cette voix ? Quelque chose ne va pas ? » l'interrompit Ginny qui connaissait sa meilleure amie comme elle-même.

Hermione poussa un soupir exténué et déballa tout d'un coup. Malfoy, l'audition, l'affiche, le compte à rebours, Chang et sa course folle dans tout POUDLARD qui n'avait abouti finalement à rien sinon lui perdre royalement le temps. Au fur à mesure qu'elle avançait dans son récit, sa voix devenait de plus en plus hystérique, montant dangereusement dans les aiguës, et sa main broyant nerveusement le téléphone.

« Ok. Bon. Ça ne sers absolument à rien de paniquer, prenons le temps d'analyser. Tu es encore à POUDLARD, c'est ça ? »

Hermione hocha la tête, totalement à l'ouest, puis, se rendant compte qu'elle était au téléphone, se dépêcha d'acquiescer de vive voix.

« D'accord. Bon. Est-ce que tu peux attendre un petit quart d'heure ? Je prends le métro et j'arrive, ok ? Pour l'instant, toi, attends moi au Trois Balais. »

Hermione se contenta d'un petit « Ok » faible, consciente qu'en l'attendant, elle réduisait son temps de recherche à dix heures et trente cinq minutes.

« Ne bouge pas, ok ? J'arrive, je suis déjà dans le métro. » lui assura-t-elle avant de raccrocher.

Hermione soupira tout en se frottant les yeux. Tout ceci était un mauvais cauchemar. Toute cette course à la montre se terminerait dès qu'elle se réveillera. Elle ouvrit des yeux embués. Elle se trouvait toujours dans les locaux de POUDLARD. En plein milieu du hall. Totalement déboussolée, son sac de danse coincé entre ses jambes. Son portable à la main. Elle fut tentée d'appeler sa mère et de pleurer sur son destin déjà scellé mais la tentation fut de courte durée. De même pour celle d'appeler Ron. Celui-ci devait avoir de meilleures choses à faire.

La grande brune se dirigea, le dos courbé, vers les grandes portes en verre fumé de l'établissement lorsque quelqu'un la héla dans son dos.

« Mademoiselle ! La brune, ouh ouh ! »

Hermione se retourna et reconnu la fille de l'accueil qui lui faisait de grands signes.

« C'était bien un grand blond que vous recherchiez, non ? Yeux bleu ciel, veste noire, jean et baskets... »

« Oui...oui...oui, c'est lui ! Où est-il ? Où ? » hurla-t-elle presque.

« Eh bien il vient à peine de partir là, tout de suite. Il a passé la porte pendant que vous téléphoniez. »

Hermione crut qu'elle allait tomber à la renverse tant elle était heureuse. Elle remercia longuement l'hôtesse tout en se dirigeant à reculons vers la sortie puis sorti et dévala à toute vitesse les escaliers en pierre menant à l'établissement. Une fois dehors, elle fit une halte, scrutant chaque passant autour d'elle et aperçu à cinquante mètre de là un grand homme blond en jean héler un taxi qui vint se garer juste devant le trottoir. Celui-ci s'engagea dans la voiture qui démarra quelques secondes plus tard. Hermione courut comme elle ne l'avait jamais fait auparavant. Elle héla à son tour un autre taxi de toutes ses forces qui vint la cueillir sur le trottoir.

« Suivez cette voiture ! » s'exclama-t-elle à l'adresse du chauffeur, à peine eut-elle claqué la portière derrière elle.

« Aah, j'ai toujours rêvé d'un jour comme celui-ci. » exulta le taxi-men en lui faisant un clin d'œil via le rétroviseur avant de se mettre à pister la voiture que venait de prendre Malfoy.

Au même instant, quelqu'un s'obstina sur la sonnette d'accueil de POUDLARD. Kathleen – c'était le nom de l'hôtesse – commençait réellement à en avoir marre. Pourquoi est-ce que les gens n'étaient-ils pas patient ici ? Ils voulaient tout, tout de suite, et sur un plateau si possible. Ce fut le front froncé qu'elle vint s'installer sur le fauteuil de sa cabine. Derrière la vitre, un homme au cheveux blond presque blanc, les yeux bleu glace et l'air passablement énervé lui faisait face. Kathleen eut alors un doute. Mais un énorme doute.

« Ça fait près de cinq minutes que j'attends ! Comment se fait-il que le personnel de POUDLARD soit aussi lent à la détente ? » pesta son interlocuteur.

Une grande femme au cheveux noir jais coupé au carré lui pressa le bras pour l'intimer de se calmer puis prit les devants.

« Excusez-le, il est assez irritable lorsqu'il n'a pas reçu sa dose de caféine matinale. » dit-elle avec un petit sourire navré qui ne parvenait pas à dissoudre l'expression hautaine qui planait sur son visage parfait. « Nous cherchons un restaurant sympa dans les alentours où déjeuner, peut-être pourriez-vous nous indiquer une adresse... »

« Et de qualité si possible ! On ne veut pas manger dans un bui-bui non plus... » prévint le grand blond derrière elle.

Kathleen, qui s'apprêtait à recommander Au Trois balais, se ravisa alors et leur tendit par une petite fente en bas de la vitre une brochure destinée aux nombreux touristes qui venait visiter l'établissement et sur laquelle était marquées toute une liste lieux « sympas » et chics, restaurants comme magasins ou salons de coiffures, se trouvant à Pré-au-Lard. La jeune femme prit précautionneusement le petit papier élégamment plastifié du bout des doigts, les lèvres serrées, l'auriculaire levé. Puis elle remercia d'un sourire crispé l'hôtesse avant de se diriger d'un pas souverain vers la porte.

« Attendez ! » s'écria Kathleen derrière la vitre. « J'ai...j'ai besoin de vos noms pour hum...pour le registre...il faut toujours que je vérifie les allers et venues des professeurs ou des... »

« Pansy Parkinson, chorégraphe. » l'interrompit cette-dernière en faisant glisser sa carte de visite par la fente d'un geste négligeant.

Kathleen fit mine de ranger le petit carton couleur ivoire en papier glacé puis se tourna ensuite vers le jeune homme qui l'escortait.

« Et monsieur ? »

« Malfoy. Draco Malfoy. Peut-on partir maintenant où il faudra que l'on appose nos empreintes digitales suivi d'une plaquette de sang à notre nom sur votre registre ? » lui demanda celui-ci d'un ton froid.

« Non, non, ce ne sera pas nécessaire... »

« Bien. »

Kathleen les regarda s'engager dehors en se mordant fortement la lèvre inférieure. Toutes ses pensées allèrent vers une certaine brune qui sillonnait à présent les plaines anglaises à l'arrière d'un taxi...

« Hermione, il est midi quarante cinq...qu'est-ce que tu fous, bordel ? Ça fait plus de vingt minutes que je t'attends ! » pesta Ginny à l'autre bout de la ligne.

« Oh Ginny, c'est bon, c'est bon ! Je l'ai retrouvé ! » s'exclama Hermione, surexcitée. « Je suis en train de le suivre dans un taxi et... »

« Mon Dieu...Hermione, où est-ce que tu es ? »

« Hum, je sais pas...Bristol...quelque chose dans ce genre mais peu importe ! Je l'ai retrouvé ! »

« Mais comment peux-tu être sûre que c'est bien lui que ... »

« Ginny, il vient de s'arrêter, je dois raccrocher ! Je te tiens au courant ! » Hermione ferma vivement le clapet de son portable et scruta par la fenêtre.

« Peut-être qu'il va voir sa maîtresse...peut-être même qu'il a une famille cachée ! » chuchota le chauffeur qui, venant de se garer à quelques mètres raisonnables de distance, se prenait apparemment au jeu.

Hermione lui lança un regard agacé puis continua d'espionner par la fenêtre. Malfoy venait de sortir du taxi et remerciait d'un geste le chauffeur avant que celui-ci ne démarre. Ils se trouvaient à présent dans une rue résidentielle où toutes les maisons ne différaient que par la couleur. Malfoy leur tourna le dos et progressa dans le sens opposé d'Hermione, d'un pas nonchalant, ses mains fourrées dans ses poches.

« Attendez-moi là. » ordonna Hermione avant de s'engager hors du véhicule.

Elle arrangea – comme elle put – sa chevelure indocile, se passa nerveusement la main sur le visage, vérifia rapidement ses vêtements puis prit une grande inspiration avant d'avancer sur le trottoir à la suite du chorégraphe.

« Monsieur...Mr Malfoy ? » appela-t-elle d'une voix mal assurée.

Ce-dernier ne se retourna pas. Prenant ça sur le compte de leur distance, Hermione pressa un peu le pas et, arrivée à une distance raisonnable, tenta encore le coup, d'une voix un peu plus forte :

« Excusez-moi, Mr Malfoy ? C'est Hermione Granger... »

Il se retourna enfin. Enfer et damnation. Hermione crut qu'elle allait s'écrouler par tête ou faire une crise d'épilepsie ou hurler jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de voix. Ainsi, elle venait de faire je ne sais combien de kilomètre en taxi, pour se retrouver devant un adolescent pré-pubère blond au nez en trompette et à la peau couverte d'acné ? Hermione fut prête d'éclater en sanglot lorsqu'elle courut vers le taxi et claqua la porte derrière elle.

« Ramenez-moi à Pré-au-Lard, vite. » dit-elle d'une voix étranglée.

« Vous paierez la note avant ou après ? » demanda alors le chauffeur en tapotant de l'index le prompteur.

Hermione lut la note.


13h55

« C'est parce que je suis ta meilleure amie, que nous nous connaissons depuis près de dix ans, que tu as toujours été là pour moi et inversement, que tu sors avec mon frère et qu'il n'a jamais été aussi heureux que je ne me suis pas tirée depuis tout ce temps. » siffla Ginny, totalement indifférente à ce que Hermione soit trempée des pieds à la tête et arbore une figure de déterrée.

La jeune fille se laissa glisser sur la banquette près de la rousse et ferma les yeux. Elle poussa un profond soupir.

« Ce n'était pas lui. »

Ginny haussa des sourcils, l'air de dire 'eh bah voilà, c'était prévisible' tout en buvant une gorgée de son quatrième Latte.

« Je croyais que tu étais en taxi. » dit-elle en la détaillant des pieds à la tête.

Hermione eut un rire amer en se redressant.

« Cent vingt deux Gallions Gin', rien que pour l'aller, et tu voulais que je fasse encore le retour ? »

Ginny s'étrangla presque.

« Cent vingt deux Gallions ? Comment est-ce que tu as fait pour tout payer ? »

« J'avais ma carte de crédit. » haussa des épaules Hermione avant de se jeter à nouveau en arrière, les yeux clos. « Je suis foutu. Ma vie est foutue. Tout est foutu. Peut-être que si je m'habitue à le redire à longueur de journée, je me ferais à l'idée. »

Ginny roula des yeux et ressorti un gros bouquin vieilli de son sac à dos de lycéenne.

« Il est quatorze heure et il nous reste neuf heures. De quoi largement parcourir l'annuaire à la recherche d'un certain Malfoy. »

Hermione ouvrit un œil, puis le deuxième. Enfin, elle se redressa en soupirant. Elle épièrent durant près d'une demi heure les « M » de chaque ville avec attention puis relevèrent la tête à quatorze heure trente cinq.

« Rien. » résuma Hermione.

« Peut-être est-il sur liste rouge, quelque chose comme ça. S'il est dessus, c'est normal qu'on ne puisse pas le trouver. Il y a ce service là, la Pensine, qui permet de retrouver les gens qui se sont mis sur... »

Hermione n'écoutait déjà plus Ginny. Son esprit s'était arrêté à « Pensine ». Son esprit bloquait sur ce mot. Et en général, lorsque son cerveau ne se concentrait que sur une seule chose parmi tant d'autres, c'était que cette chose n'était pas à négliger. Elle se mit alors à décortiquer le mot. P. Pen-si-ne. Pensine. Pansine. Pansyne. Pansy.

« Pansy Parkinson ! » hurla presque Hermione, en abattant son poing sur la table.

Quelques regards des tables voisines se posèrent sur les deux jeunes filles isolées à l'étage du café Trois Balais et Ginny se hâta de dissiper toute attention avec un petit sourire d'excuse.

« Purée mais tu vas pas bien 'Mione ? » siffla-t-elle en lui faisant de gros yeux.

« Pansy Parkinson. » répéta tel un disque rayé Hermione, puis, se tournant vers son amie. « Cherche, Parkinson, P. »

« Il y a des millions de Parkinson Hermione. Et puis c'est qui cette Pansy ? »

« Une chorégraphe qui était là ce matin et qui aidait Malfoy à sélectionner les danseurs pour le ballet. Peu importe. Il faut la chercher. »

« A mon avis, elle ne sera pas plus dans l'annuaire que ton Malfoy. »

« Ça ne fait rien. »

« Comme tu voudras... » céda dans un soupir Ginny. « T'as vraiment de la chance que je sois patiente. »

C'est ainsi que les deux jeunes filles se mirent à écumer chaque « P » à la recherche de « Parkinson, Pansy » avec minutie.


15h00

« Ça va, pas la peine de dire que tu l'avais dit. » grogna Hermione lorsqu'elle relevèrent le nez de l'annuaire sans résultats.

« Je n'ai absolument rien dit encore. » répliqua Ginny avec un rictus moqueur.

« Ok, ce n'est pas le moment. Comment il marche ton truc, là, Pensine ? » se ressaisit Hermione.

« Eh bien tu appelles, tu donnes le nom que tu cherches et on te le donne. Mais ça coûte tout de même 74 Mornille par minute. »

« Peu importe. » balaya d'un geste Hermione qui sortait déjà son portable. « Le numéro ? »

« 223-000. »

Hermione appuya sur la touche verte et attendit.

« Service de la Pensine, j'écoute ? » répondit une voix féminine à l'autre bout du fil.

« Hum oui, bonjour, je souhaiterai avoir le numéro de la chorégraphe Pansy Parkinson s'il vous plaît. »

« Alors comment est-ce que vous épelez Pansy ? »

« P-A-N-S-Y » épela Hermione, s'étonnant de l'évidence de cette question.

« Ok, ne quittez pas. »

Ginny colla son oreille contre le portable de Hermione et toutes deux attendirent les coordonnées précieuses.

« Alors je n'ai que l'adresse professionnelle par contre : Pansy Parkinson, « Arabesque Corporation », 7 bis Rue du Chemin des Traverses, Londres. »

« ...Ok... » fit Hermione tout en pressant Ginny qui sortait sa trousse à toute vitesse.

Ginny griffonna rapidement l'adresse sur une serviette de table puis fit signe à Hermione qu'elle pouvait continuer.

« Et hum, vous auriez un numéro par lequel je puisse la joindre ? »

« Oui, j'ai le portable et le fixe. Lequel désirez-vous ? »

« Le portable ! » répondirent en même temps Ginny et Hermione.

Hermione répéta alors lentement le numéro deux fois de suite pour que Ginny ait le temps de tout marquer puis remercia la dame de l'autre bout du fil.

« Je peux vous mettre en contact direct avec elle, si vous le souhaitez. »

Ginny secoua négativement de la tête avec vigueur.

« Non, non, ça ira. Merci beaucoup ! » et Hermione raccrocha.

« Ça, ça nous t'aurait bouffer je ne sais combien d'argent de forfait. Vaut mieux la téléphoner par nous même. »

Hermione soupira.

« Ok. C'est déjà ça de fait. Montre voir le numéro ? »

Hermione composa rapidement les chiffres sur son clavier puis porta à nouveau son portable à son oreille.

« Mais, attends, si elle répond, qu'est-ce que tu vas lui dire ? » chuchota Ginny.

Hermione regarda son amie d'un œil vague durant un petit instant tout en rongeant l'ongle de son pouce puis haussa des épaules.

« J'improviserai. »

« Vous êtes bien sur le téléphone portable professionnel de Mlle Pansy Parkinson. Je ne suis pas là pour le moment mais laissez-moi un message où rappelez mon assistance et je vous rappellerai sans doute ultérieurement. » débita une voix féminine à l'accent dédaigneux à l'autre bout du fil.

Hermione se dépêcha de couper la communication. Ginny la regarda avec incompréhension.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? »

« C'était la messagerie. »

« Et alors ? Laisse un message, on ne sait jamais. Tu le veux ou tu le veux pas ton rôle ? Tu préfères peut-être que ce soit Cho Ch... »

« Ça va ! Je rappelle. » s'exclama Hermione, ne supportant pas d'entendre le nom de sa rivale de la bouche de sa meilleure amie.

Hermione appuya sur bis et attendit en soupirant.

« Invente n'importe quoi, pourvu qu'elle se hâte de te rappeler lorsqu'elle aura eu ton message. » lui conseilla Ginny tandis que l'appel basculait une fois de plus à la messagerie.

« ...sans doute ultérieurement. Biiiiiip ! »

Hermione se redressa et se racla la gorge.

« «Oui, bonjour Mlle Parkinson, ici...Amelia Stevenson, l'attachée de presse Passion Ballet. Nous préparons actuellement un article sur le parcours du chorégraphe Draco Malfoy mais il est, jusqu'ici, injoignable. On m'a reconduite vers vous en me disant que vous sauriez sans doute par quel moyen le joindre ou le rencontrer. Je solliciterai votre promptitude s'il vous plaît car le numéro doit être bouclé avant demain soir et je dois absolument le rencontrer aujourd'hui, par tout les moyens. Merci de me rappeler à ce même numéro dès vous aurez ce message. Bien à vous. Amelia Stevenson. »

Hermione raccrocha et expira en levant la tête au ciel. Lorsqu'elle baissa les yeux vers Ginny, celle-ci la regardait d'un œil impressionné, les sourcils haussés.

« Promptitude ? » répéta-t-elle d'un ton amusé.

« Au grands maux les grands moyens. Que faisons nous maintenant ? »

« On se calme et on attend qu'elle rappelle. » répondit simplement Ginny en s'étirant.

« Hein ? Mais je ne peux pas rester sans rien faire, ça va me tuer ! »

« As-tu une autre solution peut-être ? » soupira Ginny.

« On pourrait...on pourrait demander son numéro à POUDLARD, peut-être qu'il l'ont, eux, non ? »

Ginny la regarda d'un seul coup, les yeux exorbités puis éclata de rire.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Mon Dieu Hermione, qu'est-ce qu'on est bêtes, mais bêtes...on a appelé la Pensine pour Pansy Parkinson...mais on ne l'a même pas fait pour Malfoy ! »

Hermione recomposa le numéro à toute vitesse.

« Oui, re-bonjour, pourrais-je avoir le numéro de téléphone de Draco Malfoy, s'il vous plaît ? Il est chorégraphe. »

Hermione attendit que l'opératrice téléphonique lui réponde tout en faisant rouler ses doigts sur le bois de la table anxieusement. Ginny avait le stylo dans la main, prête à écrire.

« Je suis désolée mais il n'y a aucun Draco Malfoy chorégraphe. Ni de Draco Malfoy tout court. »

Hermione écarquilla des yeux.

« Co...comment ? Vous êtes sûre d'avoir bien cherché ? Ou d'avoir bien écrit le nom ? »

« Oui, Draco : D-R-A-C-O, Malfoy comme ça s'entend : M-A-L-F-O-Y. C'est ça ? »

« Exactement. »

« Eh bien j'ai fait une recherche générale dans toute l'Angleterre et il n'y a aucun Draco Malfoy ici. »

Hermione raccrocha, totalement perdue.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Ginny en fronçant des sourcils.

« Ils disent qu'ils n'ont trouvés aucune trace d'un certain Draco Malfoy, chorégraphe, dans toute l'Angleterre. Dites moi que je rêve. »

Sur ce, Hermione se prit la tête entre les mains, ses boucles marrons formant un rideau autour de son visage. Ginny mordillait son crayon, totalement dépassée.

« Est-ce que tu veux manger quelque chose ? » demanda-t-elle au bout d'un moment.

Hermione releva lentement la tête en grimaçant.

« Mais qu'est-ce qui cloche chez toi ? Il me reste à peine huit heures pour sauver ma peau et tu penses à...manger ? »

Ginny roula des yeux en hélant un serveur qui passait par là.

« 'Mione, je pense qu'on a vraiment tout fait là. La seule chose qu'il faille faire maintenant, c'est attendre que Pansy Parkinson rappelle et qu'elle nous en dise un peu plus quant à la marche à suivre. Je ne vois pas autre chose à faire que ça sincèrement. Si tu vois, dis-moi dans ce cas. Mais en attendant, il faut que tu manges quelque chose parce que je paris que tu n'as rien avalé depuis ce matin. »

Hermione haussa des épaules tandis qu'à côté d'elle, Ginny passait une commande bourrée de calories et de graisses au serveur. Elle jeta un coup d'œil à son portable. 15h43. Un rictus amer s'étira sur sa bouche tandis qu'elle callait sa tête contre le mur, contemplant la pluie qui martelait encore au dehors.

Et elle qui pensait passer la meilleure journée de sa vie ! C'était plutôt la pire qu'elle n'ait jamais vécue.


16h20

Cho enfila la première chemise qui lui tomba sous la main. Elle était blanche et beaucoup trop grande pour elle. Elle se leva et parcouru d'un pas traînant les quelques enjambées qui la séparait du meuble bar de l'énorme chambre d'hôtel dans laquelle elle se trouvait. Un paquet de Marlboro Light était ouvert sur le meuble en sépia. Cho en extirpa une cigarette de ses longs doigts fins vernis en noir et la porta négligemment à ses lèvres. Elle prit ensuite le briquet et l'alluma avant de rejeter une longue volute de fumée. La chambre était dans un capharnaüm sans nom. Des vêtements gisaient ça et là, des objets étaient renversés à terre, et des bouteilles de champagnes débouchées vides roulaient sur la moquette, témoignant de la folie qui s'y était déroulé quelques heures plus tôt. Et pour être fou, ça avait été fou, oh que oui. Voir même bestial. Cho se plaça devant le grand miroir à pied près de la porte-fenêtre et gratifia d'un sourire espiègle son reflet. La chemise aurait même put lui faire office de robe tant elle était large sur elle. Mis à part ça, elle n'était qu'en sous-vêtements. Un soutien-gorge sans bretelle à dentelle noir assorti à une culotte – ah bon ? C'était une culotte ? On aurait plus dit un...minuscule morceau de tissu – à ficelle de même couleur. Ses cheveux étaient légèrement ébouriffés et lui allait jusqu'à la taille. Elle était belle. Elle le savait. On le lui avait souvent dit.

« J'avais peur que tu sois partie... » susurra une voix masculine à son oreille tandis que deux bras lui enserrait virilement les hanches.

Quelques mèches blondes vinrent lui caresser la joue. Cho rejeta lentement sa tête en arrière tout en tirant une seconde taffe de sa cigarette, les yeux clos.

« Pourquoi est-ce que je serais partie alors qu'on a tout le temps devant nous mon cœur..? » lui chuchota-t-elle en se penchant vers son oreille.

« Mmh, j'aime quand tu m'appelle comme ça. »

Cho souffla un long nuage de fumée avant d'écraser sa cigarette sur le miroir et de l'abandonner au sol pour se retourner vers l'homme qui était derrière elle.

« Et il y a tout un tas d'autres choses que tu vas aimer chez moi. » lui répondit-elle d'une voix rauque, ses yeux marrons brillant d'une lueur coquine, tout en avançant à pas de tigresse vers lui, le forçant à reculer.

« Je suis pressé de voir... » exulta-t-il.

« Ok, mais vite, j'ai un truc à faire après. »

Et c'était reparti pour un tour...


16h45

Draco calla ses lunettes aviateurs sur ses yeux tout en ouvrant la porte de service menant sur le toit de l'immeuble. Le vrombissement des hélices de l'hélicoptère qui l'attendait coupait la moitié des mots que disait la jeune femme qui l'accompagnait mais bon, il en comprenait l'essentiel.

« Je dois partir ! » cria-t-il par dessus le vacarme assourdissant tout en désignant l'hélicoptère.

« Mais...faut...tenir...informée ? » demanda-t-elle, essayant de discipliner ses cheveux noirs balayés par le vent.

« Sans faute, sans faute ! » hurla Draco avant de la saluer d'un geste et de courir vers la piste de décollage. « Et merci pour tout, en tout cas ! »

La jeune femme hocha la tête puis le regarda s'installer dans le bolide volant avant que celui-ci ne décolle bruyamment. Elle rentra rapidement.

Pansy détestait prendre l'ascenseur et qu'il prenait s'arrête à tout les étages quasiment. Et ce fut bien entendu le cas du sien. Elle s'adossa à la parois du fond de la cage en soupirant d'irritation lorsque les portes s'entrouvrirent encore au dixième étages – par Merlin, ne pouvait-il pas faire ces dix foutus étages sans interruption, qu'on en finisse ? Une grande chinoise qui lui disait vaguement quelque chose entra à la suite d'une vielle dame en tailleur Chanel pelucheux. Elle lui adressa d'ailleurs un petit sourire sage et timide quant leurs deux regards se croisèrent puis se trouva une place dans un coin de l'ascenseur et y resta droite comme un piquet jusqu'à l'arrivée au rez-de-chaussée de l'hôtel Plaza. Pansy sortit la première d'un pas assuré puis traversa le hall tout en ébouriffant d'un geste faussement négligeant sa chevelure. Puis elle sortit de son besace en cuir verni Moschino une gigantesque paire de lunette mouche qu'elle plaça sur son son nez et, indifférente aux différents regards qu'elle provoquait à son passage, sortit en coup de vent de l'hôtel.

« Chemin des Traverses. » ordonna-t-elle à peine fut-elle entrée dans le premier taxi, ignorant le portier qui, lui tenant la porte, attendait peut-être un pourboire. « Je suis pressée. »

Le taxi démarra et Pansy fouilla dans son sac à la recherche de ses outils de travail. A savoir : PDA (numéro professionnel), BlackBerry (numéro privé), calepin d'adresse, calepin de notes, agenda et stylo Mont Blanc – offert par Draco Malfoy. Elle alluma consécutivement ses deux téléphones, se faisant assaillir par une armée de vibreurs et de signal de messages non lus/appels manqués.


17h00

« A cette heure-ci il doit être en train de se faire vampiriser par Cho Chang ou, que sais-je, peut-être qu'elle le menace à l'arme blanche pour lui obtenir le rôle ou encore,... »

« Tais-toi ! » hurla Ginny. « Tais-toi, tais-toi, tais-toi, tais-toi ! »

Hermione poussa un cri étouffé par le coussin dans lequel elle avait enfoncé sa tête. Elles se trouvaient en ce moment dans la chambre de Ginny qui essayait, depuis près d'une heure, de faire ses devoirs à côté d'une Hermione en pleine ébullition. Plus les minutes passait, plus la folie la guettait. Rester les bras ballant allait lui faire perdre la tête. Si ça se trouvait, Cho Chang était en train du le...

I gave you everything I know, any little thing I know...

Hermione se redressa d'un coup, interdite. Ginny leva elle aussi le nez de son exercice de physique. Puis, Hermione se jeta sur son portable posé à l'autre extrémité du lit. « UnknownCaller» clignotait sur le clapet. Hermione prit une grande inspiration puis ouvrit son portable.

« Vous êtes Amelia Stevenson ? » demanda une voix féminine sèche au bout du fil.

Hermione fit 'C'est elle' muettement à l'intention de Ginny qui l'interrogeait des yeux.

« Oui, Amelia Stevenson, attachée de presse de Passion Ballet. A qui ai-je l'honneur ? »

« Pansy Parkinson. Vous m'avez appelez il y a sans doute deux heures mais j'étais assez...occupée et je ne pouvais pas répondre. Pouvez-vous me ré-expliquer cette histoire d'article, je crains de n'avoir pas très bien compris ? »

« Eh bien j'écris actuellement un article sur Draco Malfoy, sur sa carrière, son parcours, qui paraîtra dans le nouveau numéro de Passion Ballet vendredi. J'ai essayé de le joindre par tout les moyens, mais je n'ai jamais réussi à avoir son numéro... »

« Il n'a pas de numéro. Il n'a pas de portable. Il déteste ça. Par ailleurs, je n'ai jamais entendu parlé de votre magazine. Et depuis quand un attaché de presse écrit un article pour un magazine, il me semble que les journalistes sont bien payés pour le faire. »

Hermione, qui avait mit le haut parleur, adressa un regard catastrophé à sa meilleure amie. Celle-ci lui fit signe de lui passer le portable.

« Est-ce que...est-ce que je rêve ou vous remettez en doute et mon métier, et mon rôle dans le magazine pour lequel je travaille et le magazine en question ? » tonna-t-elle d'un ton irrité.

« Non, pas du tout, je ne fais que poser quelques... »

« Écoutez Mlle Parkinson, si vous ne voulez pas être coopérative pour cet interview, il n'y a qu'à le dire et je mets d'emblée ma maquette de projet à la poubelle la plus proche. Sachez, Mlle Parkinson, que notre magazine se hisse au sommet des ventes des médias artistiques et qu'il est considéré parmi les journaux de danse classique les plus sérieux et les plus respectés. Si, par malheur, je décides d'écrire un article défavorable sur Draco Malfoy ou même sur vous, eh bien je peux vous assurez que, quelque soit le niveau de grandeur de votre carrière, je ruinerai votre réputation du jour au lendemain par une simple petite ligne. Apprenez dès à présent mon nom, Mlle Parkinson, et je vous le suggère, pour votre bien, soyons amies. Parce que j'ai le bras long, très long. C'est une aubaine pour Draco Malfoy que Passion Ballet ait décidé de lui consacrer une double-page. Croyez-vous vraiment qu'il vous remerciera si cette occasion en or se volatilise à cause de vous ? Alors maintenant, je vous le redemande une dernière fois, pourrais-je avoir les coordonnées de Mr Malfoy, s'il vous plaît ? Ou une adresse par laquelle je puisse le rencontrer puisque, apparemment, Mr Malfoy déteste les portables ? Son bureau par exemple. »

Un long, un très long silence suivi les propos enflammé de Ginny. Hermione était si stressée qu'elle en tremblait de tout ses membres. Elle eut à nouveau envie de vomir.

« Eh bien... » Elle se racla la gorge, visiblement sonnée. « Eh bien Mr Malfoy revient chaque soir à son bureau de Paris pour y travailler. Vous le trouverez certainement à cette adresse. »

« Pa..Paris ? » répéta Ginny, affolée tandis que Hermione courait aux toilettes, écarlate. « Vous voulez dire qu'il fait chaque soir l'aller-retour Angleterre-France pour retourner à son bureau ? »

« Que voulez-vous, il vénère cette ville. C'est absurde, je lui conseille souvent de prendre un bureau ici et de s'y installer définitivement mais essayer de raisonner Draco revient à essayer de convertir le Pape au bouddhisme. »

Ginny s'effondra sur le lit en fermant les yeux.

« Je vous donne l'adresse, donc ? »

« Attendez quelques secondes... »

Ginny mit la main sur le micro et déchira une feuille de son cahier puis prit un stylo et reprit l'appareil.

« Allez-y, je vous écoute. »

Son interlocutrice lui dicta une adresse, Rue du Faubourg St Honoré, dans le 8e Arrondissement de Paris.

« Hum, je suis...je suis confuse de la manière dont je vous ai parlé précédemment...hum, si je peux faire quelque chose pour me rattraper... » bégaya Pansy Parkinson d'une voix chancelante à l'autre bout du fil.

Le regard de Ginny s'alluma soudainement et elle se redressa.

« Oui, je pense que vous pourriez en effet faire quelque chose pour moi. »

Hermione tira la chasse d'eau et déverrouilla la porte des toilettes d'une main faible. Paris. Paris. Mais elle était littéralement finie ! Il n'y avait plus aucun espoir pour elle !

« 'Mione ! » hurla la voix de Ginny dans le couloir.

Celle-ci apparut dans l'entrebâillement de la porte de la salle de bain, tout sourire, tandis que Hermione se lavait les mains avec une lenteur impressionnante.

« Prépare-toi ma chère, tu pars de ce pas à Parrris ! »

Hermione eut à nouveau envie de vomir.

« Avant que tu ne m'énonces les raisons X et Y pouvant t'empêcher de te rendre là-bas, j'aimerais que tu me remercie à genoux. »

« Accouches. » soupira Hermione avant de se passer un jet d'eau fraîche sur le visage.

Ginny roula des yeux en s'asseyant sur le rebord de la salle de bain.

« T'es pas tellement coopérative toi, parfois...bon. Malfoy, comme tu l'as entendu, a ses locaux à Paris. J'ai tellement engueulé la petite Parkinson que, morte de peur, elle t'as payé le billet Pré-au-Lard – Paris sans discuter, de peur que je ne ruine sa carrière de chorégraphe à trois Mornilles. Elle doit m'envoyer par texto le numéro qui nous permettra de récupérer le billet à la gare pour que tu puisses voyager. Il faudra que tu appelle ta mère pour la prévenir que tu dors chez moi et le tour sera joué. Qui est la plus forte ? Qui est la plus intelligente ? »

« Et l'adresse ? Tu l'as l'adresse ? »

Ginny secoua un petit papier dans sa main avec un petit sourire.

« Tout est là, pas de soucis. »

Hermione secoua lentement la tête, un lent sourire s'étirant sur ses lèvres.

« Waouh. Je vais partir à Paris. J'aurais au moins voulu y aller avec Ron... »

« Oui mais Ron n'est pas là et tu as un rôle à sauver donc en route Amelia, il y a un train qui vous attend ! » la pressa Ginny en la tirant hors de la salle de bain.


18h00

« Et...et comment est-ce que je vais faire pour me repérer ? Je n'arrive même pas à prononcer l'adresse correctement ! » s'exclama Hermione tandis que Ginny et elle se dirigeait vers le train qui venait d'arriver et faisait un arrêt de cinq minutes à la gare de Pré-au-Lard.

« Si il y a quoi que ce soit, tu n'as qu'à m'appeler et je t'aiderais, ok ? »

Hermione acquiesça rapidement puis se jeta au cou de sa meilleur amie, les larmes aux yeux.

« T'as vraiment été géniale Gin', je ne sais pas comment te remercier pour tout ce que tu as fait aujourd'hui. »

« C'est rien 'Mione, ne t'inquiètes pas. Ai juste ce rôle et ce sera une grande récompense. »

Hermione hocha la tête en reniflant tandis que derrière elle, l'alarme du train se déclanchait.

« Appelle-moi dès que tu arrive, ok ? » lui cria Ginny tandis que les portes se refermaient. « Bonne chance ! »

Clac.

Hermione salua son amie de la main tandis que le train repartait, essuyant ses yeux mouillés du revers de la main puis, lorsque Ginny fut à présent hors de vue, elle entra dans le compartiment à la recherche de la place 81. Ses yeux parcourrait les sièges , occupés ou non, à la recherche de la plaquette devant lui indiquer sa place. Elle avançait lentement, se tenant au siège pour ne pas se laisser emporter par les secousses du train lorsque...non...ce n'était pas possible...

Hermione se retourna vivement et dévisagea d'un regard troublé la place n°73 vide qu'elle venait de dépasser. Il lui avait semblé...elle avait pourtant bien aperçu...elle en mettrait sa main à couper...Cho Chang ?

Non.

Hermione se laissa tomber sur sa place attitrée et secoua la tête pour chasser cette mauvaise pensée. Elle avait tellement été obsédée par l'idée que cette garce lui pique son rôle qu'elle se mettait maintenant à avoir des hallucinations d'elle. Hermione secoua à nouveau la tête et se concentra sur le paysage qui défilait.

Le trajet serait de trois heures et demi. Autant penser à quelque chose de plus optimiste.


22h32

« Mademoiselle ? Mademoiselle ? Nous sommes arrivés.* »

Hermione entrouvrit lentement les paupières, la vision trouble, puis sursauta et se tassa contre son siège. Un grand brun était littéralement penché sur elle et lui caressait l'épaule en lui murmurant des mots en français. Ce-dernier, voyant qu'Hermione s'était réveillée, se redressa et lui montra du doigt la fenêtre puis le wagon qui se vidait peu à peu. La jeune fille tourna la tête et aperçu qu'ils étaient stationnés à une gare grouillant de monde, à côté d'une multitude d'autres trains. Elle leva la tête et entrevit l'écriteau bleu « GARE DU NORD » qui la fit se lever d'un bond. Elle comprit alors que le français n'avait pas eu d'idées malintentionnées vis à vis d'elle mais était juste venu la réveiller.

« Quelle heure est-il ? » lui demanda-t-elle, catastrophée.

Le français lui fit signe qu'il ne comprenait pas ce qu'elle disait. Hermione tapota alors son poignet pour signifier l'heure et le français lui tendit son montre pour qu'elle puisse voir.

22h33. Plus que vingt cinq minutes.

Hermione sauta hors du train et se sentit aussitôt submergée par la foule. Perdue, elle leva le nez et essaya de s'orienter grâce aux écriteau qui lui indiquèrent la sortie des taxis.

22h39.

Hermione sortit dans la nuit fraîche parisienne et aperçu à sa droite une rangée de cinq taxis stationnés sagement. Remerciant son ange gardien, Hermione courut jusqu'à la première voiture...qui s'avéra vide. La seconde, aussi. Frappant à la vitre du troisième, le chauffeur lui fit signe qu'il ne prenait personne. Suppliant le quatrième, celui-ci lui montra le sandwich dégoulinant de mayonnaise qu'il tenait à la main. La cinquième voiture était vide aussi. Hermione s'accroupit sur le bord du trottoir et éclata en sanglot.

22h42.

« Vous cherchez certainement un taxi ?* »

Hermione se leva la tête et aperçu à travers une buée de larmes une Laguna bleue nuit stationnée juste devant elle, une enseigne « Taxi » blanche placée sur le toit de la voiture. Hermione n'avait comprit que le dernier mot de la phrase du chauffeur qui avait abaissé la vitre pour lui parler mais opina quand même, tentant le tout pour le tout. Au point où elle en était...

Elle s'installa à l'arrière du véhicule en reniflant et tendit le papier que Ginny lui avait écrit.

« Faubourg St Honoré, c'est parti ! Vous avez de la chance, il ne risque pas d'avoir beaucoup d'embouteillages normalement.

Hermione s'enfonçant dans le fauteuil en cuir noir, lâchant un profond soupir. Elle sortit son Motorola de sa poche et composa machinalement le numéro de Ginny tandis que le chauffeur démarrait.

« Alors ? T'y est ? C'est bon ? »

« Ginny, c'est la merde, il est quasiment vingt trois heures et je ne sais pas combien de temps le trajet va prendre et je suis à deux doigts de...de... »

« Ok, inspire, expire. Tu vas y arriver, il n'y a pas de raison que tu ai fait tout ce chemin pour rien. Arrête de stresser, j'ai vu l'itinéraire, ce n'est pas la mer à boire. Une quinzaine de minutes, tout au plus. Alors calme-toi, ok ? Calme-toi. »

Hermione raccrocha au bout de dix minutes, un peu plus apaisée. Ses mains agrippèrent son trèfle à quatre feuille comme si elle s'accrochait à une bouée.

Un petit miracle, s'il vous plaît.

22h56.

« On y est !* » s'exclama le taxi-men en se garant proprement devant l'adresse demandée. « Cela vous fer... »

Mais Hermione avait déjà réglé et sortait en trombe du véhicule. 27. Hermione se retrouva face à une grille. Elle jeta un regard égaré à l'interphone puis appuya au hasard sur le bouton rond situé tout en bas, produisant le déclic du portail. La jeune danseuse s'engagea dans le couloir dallé donnant sur une petite cour desservant l'entrée de trois grands immeubles en pierre typiquement parisien. La crise de nerfs monta en elle mais Hermione domina cette fois-ci. S'armant de courage, elle détailla les trois listes des de noms de sociétés ou de familles logeant dans chacun des trois immeubles et tira la conclusion que « D.M. » correspondait à Draco Malfoy.

22h57.

Hermione écrasa son doigt sur le bouton de l'interphone et attendit dans un silence insoutenable que quelqu'un réponde. Personne ne répondit, mais la porte fut juste ouverte. Elle s'engagea dans un immense hall mais n'eut pas le temps d'en apprécier la beauté tant elle était fiévreuse. Quel étage ? Quel étage, bon sang ? Hermione n'en avait aucune idée. Elle parcourut les noms des boîtes au lettres et reconnu le fameux « D.M. » mais aucune indication d'étages. Hermione réfléchit à toute vitesse puis monta quatre à quatre les premiers escaliers, décidant qu'elle vérifierai manuellement les noms à chaque étage.

22h58.

Deuxième étage et toujours pas de « D.M. » en vue. Hermione commençait à être essoufflée mais l'image d'une Cho Chang triomphante l'obligea à persévérer. Arrivant au palier du troisième étage. Elle vérifia la porte de gauche rapidement. « Kessler & Co, Avocats ». Se tournant vers celle de droite, elle remarqua que celle-ci était entrouverte. Mais le boîtier de la sonnette était sans nom. N'ayant pas le temps de tergiverser, la jeune fille s'engagea dans l'appartement. Il était petit, exigu, et à l'image de ce que Hermione imaginait lorsqu'elle avait eu sa passade 'Je-veux-habiter-en-France-plus-tard'. Le sol était en parquet et des tableau représentant le Montmartre, Le Moulin Rouge ou la Tour Eiffel peuplait les murs du couloir d'entrée. Elle déboucha sur un nouveau couloir. Long, très long. Cette fois, les murs étaient fait en tapisserie vert émeraude à motif, de gigantesques cadres de ballerines accrochés dessus. Hermione n'eut plus de doute. Il n'y avait aucune porte mise à part celle située tout au bout du couloir, entrouverte, qui laissait filtrer un rayon de lumière éclairant le couloir. Hermione la poussa légèrement.

« 22h59. Autant dire que tu aime jouer avec le feu Hermione Granger. »


22h59 (et 15 secondes)

Malfoy se leva. Il n'avait l'air ni contrarié ni content. Il regarda longuement Hermione qui était restée debout, essoufflée, devant la porte et essayait de soutenir son regard. c'était la deuxième fois que le chorégraphe la regardait dans les yeux et c'était la deuxième fois où elle se sentait à nu de la sorte. Il y avait quelque chose de tellement intense dans son regard que l'on eut cru qu'il lisait dans votre âme et votre esprit comme dans un livre ouvert.

« J'ai fait du mieux que j'ai put. » dit-elle enfin. « Je vous ai cherché partout. »

« Cho Chang aussi. » répliqua Malfoy d'un ton cassant. « Mais, je t'en prie, assieds-toi. »

Hermione, le feu au joue, s'assit précautionneusement sur le sofa en cuir que lui présentait Malfoy. Le bureau était grand. Une lampe halogène éclairait toute la pièce d'une lueur douce. Malfoy trônait derrière une grande table de verre où était minutieusement rangés les crayons dans un pot et les feuilles par petits tas. Aucune technologie. Une grande fenêtre donnant sur la cour était entrouverte derrière lui et une grande photo agrandie en noir et blanc de Rowena Serdaigle et lui était accrochée sur le mur droit, prenant tout la place. C'était la seule décoration de la salle.

Malfoy s'assit.

« Que me vaut l'honneur de ta visite, alors ? » demanda tranquillement Malfoy, les deux coude appuyé en avant sur la table.

Hermione faillit éclater de rire.

« Pardon ? » fit-elle, piquée au vif.

« J'ai dit : que me veux l'honneur de ta visite ? Aurais-tu un problème quelconque de compréhension...? »

Le visage d'Hermione prit à nouveau une teinte rouge. Il la prenait pour une véritable conne. Faisant exprès d'ignorer les centaines de kilomètres séparant Paris de Pré-au-Lard que Hermione avait dut parcourir.

« Vous aviez dit, au bas de la feuille des rôles, que nous avions chacune douze heures pour vous convaincre d'avoir le rôle féminin principal d' « Amours Pures ». J'ai eu...un contretemps qui m'a retardé par rapport à Cho Chang mais... »

« Tu parles de ce rôle comme d'une course. »

« Et c'en est une. Cho Chang ne doit pas l'avoir. » asséna avec un peu trop de véhémence Hermione.

Malfoy la considéra longuement puis eut un petit rire étouffé.

« Et pourquoi ne doit-elle pas l'avoir, dis-moi ? Je suis tout ouïe. »

« Parce que...elle ne ferait pas une bonne danseuse et... »

« Ah bon ? Eh bien moi je crois que si. » l'interrompit à nouveau Malfoy en se callant contre son fauteuil de bureau à roulettes Eames, un sourire narquois sur les lèvres. « Je pense même qu'elle est quatre fois plus talentueuse que toi. »

Hermione en eut la mâchoire décrochée. C'était la pire insulte qu'on ne lui ai jamais faites. Et puis dit avec cet air si moqueur de la part d'un des plus grands chorégraphes..non, Hermione eut l'impressionner qu'on lui plantait profondément un couteau dans le ventre.

« Tu veux sans doute savoir pourquoi, n'est-ce pas ? » lui demanda Malfoy en croisant des bras. « Eh bien tout d'abord, la première fois que je vous ai vu toutes les deux durant ce cours, j'ai tout de suite distingué que vous étiez les deux meilleures. Et je n'ai pas aimé cette idée. Pour moi, deux personnes ne peuvent partager un podium. Il y a toujours une médaille d'or et une médaille d'argent. Et c'est durant l'audition de ce matin que j'ai décerné ces deux médailles. Pour moi, Cho Chang devrait jouer ce rôle. »

« Alors pourquoi m'avoir fait venir jusqu'ici avec votre stupide mot ? » cria presque Hermione qui était à présent en larme.

« Chhh, baisse d'un ton, les parisiens dorment tôt ici. » fit doucement Malfoy qui arborait un sourire de plus en plus amusé. « Oui, donc, je disais que Cho Chang doit jouer ce rôle d'après moi. Je dis d'après moi parce que, comme tu l'as remarqué, je n'étais pas seul à sélectionner tout à l'heure. Pansy Parkinson était là aussi. Et je ne lui refuse rien. Tu peux lui dire merci car c'est elle qui a appuyé ta candidature. Elle a été, comment dire, époustouflée par ta chorégraphie capillaire et par ton self control. J'avoue l'avoir aussi été mais un très court moment. Tu danses bien Hermione, même très bien. Même trop bien. »

« Alors pourquoi ne me prenez-vous pas ? » s'exclama Hermione sans tenter de calmer les trémolos désespérés dans sa voix.

Malfoy prit le temps de se lever pour fermer la fenêtre puis il vint s'adosser contre la table en verre, juste devant Hermione, et poussa un soupir tout en croisant les bras.

« Je sais reconnaître l'authentique de ce qui ne l'es pas. Ta chorégraphie, tu as dut la repêcher de tes souvenirs ou en créer une autre juste avant de passer. Tes gestes, tes mouvements, tes pas étaient tout sauf spontanés. Cho Chang, non. C'était de l'impulsivité, de l'irréfléchi, du charismatique. Toi, tout était calculé jusqu'au moindre petit détail. C'était surfait. Je me trompe ? »

Hermione se prit la tête entre les mains, ses larmes s'écrasant sur le parquet une à une.

« Je prends ça pour un 'oui'. » fit-il en l'entendant renifler bruyamment. « Mais ...c'est tout de même dommage. »

Hermione releva la tête. Si elle aurait eu un miroir devant elle, selle serait tombée en syncope. Ses yeux étaient rougis et son nez coulait, se mêlant au grosse perles qui coulaient de ses yeux.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle d'une voix étranglée.

Malfoy poussa un second soupir et prit, une fois encore, tout son temps pour répondre.

« La première fois que je t'ai vu danser, sur le « Lac des Cygnes », il me semble, je me suis dit 'Elle, c'est celle que je prendrais à coups sûrs. »

« Alors pourquoi ne pas me prendre ? » le supplia-t-elle dans un murmure. « J'ai fais tout ce trajet, je vous ai cherché partout, je me suis même faites passé pour cette attachée de presse...tout ça rien que pour vous voir ! Vous n'allez pas me congédier sèchement tout de même, si ? »

« Amelia Stevenson, hein ? »

Malfoy eut un rictus à la fois amusé et impressionné. Hermione sourit d'un air coupable à travers ses larmes.

« C'est un coup de maître, je ne m'y attendais pas. »

« Je prends ça pour un compliment. »

Malfoy continua à la regarder, pensif, et Hermione eut à nouveau la désagréable impression qu'il lisait dans ses pensées. Puis il rit, comme pour lui même et appuya ses mains contre la table. Une petite rose rouge vermeille à épine était tatouée sur son poignet.

« Je t'aurais déjà prise depuis longtemps Hermione. » soupira-t-il en la regardant avec regret. « Mais tu es trop prévisible. Tes mouvements ne sont que techniques et millimétré. Tu n'étonnes pas par ta fougue mais par ta simple maîtrise des gestes. »

« Je peux me surpasser ! » s'écria Hermione. « Je vous jure que je le peux. Je pourrais tout faire, tout. Demandez-moi ce que vous voulez mais, je vous en supplie à genoux, ne prenez pas Cho Chang pour ce rôle. »

« Je ne doute pas que tu puisse te surpasser. Je doute encore moins de ta capacité à être l'héroïne de ce ballet. Ce que dont je doute, par contre, c'est ta capacité à surprendre le public. A le transcender. »

Hermione secoua la tête en signe de négation.

« Je peux le faire. » se borna-t-elle à répéter en essuyant d'un geste décidé ses larmes. « Je peux être parfaite. »

« La question n'est pas d'être parfaite en soit Hermione, elle est de transmettre une émotion au public. De les prendre au dépourvu. »

« Je peux le faire. »

Malfoy leva les paumes de mains en l'air en soupirant.

« Très bien. Alors nous allons faire un test. Si tu échoues, je te paies le taxi jusqu'à la Gare du Nord et tu rentres d'où tu es venue. Si tu gagnes, tu as le rôle et nous rentrons ensemble à POUDLARD demain matin. Tu es d'accord ? »

Hermione hocha vivement la tête. Malfoy, dans la seconde suivante, fut accroupie juste devant elle, à sa hauteur. Hermione était si proche de lui qu'elle pouvait entrevoir les pores de sa peau blanche porcelaine, la courbe de ses lèvres fines, les longs cils blonds bordant ses yeux. Ses yeux. Un bleu qui vous déshabille bestialement. Qui vous agresse. Qui vous fascine. Une lueur à la fois séductrice et dangereuse. Hermione piqua un fard en reculant son visage mais le chorégraphe plaça doucement mais fermement sa main sur la nuque de la jeune fille. Elle était froide. Hermione frissonna.

« Hermione Granger, surprends-moi. » chuchota-t-il, tandis que son visage s'avançait imperceptiblement de celui de la jeune fille.

Hermione était affolée. Il était évident que si elle ne faisait rien, sa bouche allait rentrer en collision avec celle de son professeur, ce qui serait quelque chose de fortement malsain. Mais tentant. Hermione se rua de gifles intérieurement. Comment pouvait-elle avoir des idées aussi déplacées ? Ne sortait-elle pas avec Ronald Weasley depuis plus d'un an ? Malfoy s'approchait de seconde en seconde d'elle. Il fallait qu'elle fasse quelque chose. Oui mais quoi ? Le cœur de la jeune brune battait la chamade. Les lèvres du chorégraphe se rapprochaient des siennes. Elle put presque sentir son souffle chaud sur sa bouche et...

« Aaaargh ! »

Malfoy recula brusquement, sa main plaquée sur son cou. Hermione se tassa sur le canapé, haletante. Le chorégraphe enleva lentement sa main en grimaçant, laissant apparaître un parcelle écarlate sur sa gorge. Il leva des yeux ahuris vers la jeune fille qui balbutiait des excuses, apeurée.

« Je rêve ou tu m'as...mordu ? » demanda-t-il lentement.

« Je suis vraiment désolée...je ne sais pas ce qui m'a pris...je suis... » continuait de murmurer une Hermione tétanisée.

Malfoy secoua la tête en émettant un rire incrédule tout en continuant de se masser le cou.

« Par Merlin...elle m'a mordu ! » répétait-il en faisant les cent pas.

« Je peux partir si vous... » tenta Hermione d'une petite voix, prête à détaler.

Malfoy se retourna d'un coup vers elle, comme si elle venait de l'injurier.

« Tu ne passes pas cette porte. Tu restes ici. » siffla-t-il d'un ton sec et froid.

Hermione acquiesça docilement, la respiration hachée. Crispée sur le canapé, elle suivit avec effroi chaque déplacement que faisait Malfoy. Celui-ci regagna l'autre côté de son bureau, se massant toujours le cou en murmurant des paroles inintelligible, le front tantôt serré, tantôt riant, tantôt perplexe. Puis il attrapa une feuille et se mit à écrire, écrire, écrire. Seul le bruit du stylo parcourant furieusement le papier brisait le silence qui régnait dans le bureau. Puis, Malfoy plia la feuille en trois et la glissa dans une enveloppe qu'il ferma en léchant rapidement les rebords. Il se leva et regarda longuement Hermione avec une expression indéfinissable.

« Suis moi. » lui ordonna-t-il soudainement avant de sortir.

Hermione le suivi dans les méandres de cet appartement inconnu qui semblait être un véritable labyrinthe, s'attendant à tout. Malfoy ouvrit une des portes closes situées dans le couloir de l'entrée débouchant sur une grande chambre spacieuse seulement meublée d'un gigantesque lit baldaquin recouvert de rideau en soie verte fumée, d'une télévision et d'une table de nuit sur lequel était posé un réveil.

« Tu dormiras ici cette nuit. On se lève à six heures trente demain. On décolle à sept heures pour arriver à neuf heures trente à POUDLARD. Le petit-déjeuner sera sur la table à manger de la cuisine, la troisième porte à gauche en sortant de la chambre. Bonne nuit. »

Hermione resta un moment sonnée sur le pas de la porte. Attendez, attendez, si il lui disait tout ça c'était parce que...

« Mr Malfoy ? Je...ça veut dire que je suis prise ? » lui demanda-t-elle d'une voix suraiguë et tremblante, la main sur le cœur, tandis que le chorégraphe partait du sens opposé.

Ce-dernier ralenti puis s'arrêta juste avant de tourner à droite, en direction de son bureau.

« Appelle-moi Draco dès à présent. » lui dit-il simplement, sans se retourner, juste avant de disparaître du corridor.

Hermione se laissa tomber sur le lit et ferma les yeux dans un soupir de soulagement. Elle était en France, à Paris, dans une rue qu'elle ne connaissait pas, un appartement où elle n'avait jamais mit les pieds, une chambre dont sa mère ignorait qu'elle y dormirait, dans le lit appartenant à un homme qu'elle ne connaissait que depuis deux petit jours...la situation était des plus bizarres. Mais qu'importe.

Hermione serra son trèfle à quatre feuille avec un sourire. Elle poussa un second soupir, relâchant toute la pression accumulée depuis ses douze dernières heures. Qu'importe que cette situation soit des plus étrange.

Parce que elle, Hermione Jane Granger, avait le rôle principal de sa vie à la place de Cho Chang.

Et c'est sur cette pensée triomphante que la brune s'enfonça dans les bras de Morphée.


Voilà ! J'espère ne vous avoir pas trop déçu avec ce chapitre parce que maintenant qu'il est fini, j'ai des doutes...même des énormes doutes donc j'attends impatiemment vos avis.

Ciao ciao,

IACB.

REPONSES AUX REVIEWS :

Love-OneTreeHill : Je suis contente que le second chapitre t'ait plu. As-tu été conquis par le troisième ? J'espère en tout cas. Quant au couple Draco-Hermione...ah bah ça m'semble évident hein ! :p Merci encore.

Aurelle : *Souuuupir* L'une des plus belles reviews qu'on ne m'ai jamais postée. Je suis contente que tu ait jeté un coup d'œil sur Black Swan étant donné que tu as aussi commenté mon autre fanfiction. Je suis très, mais alors très flattée d'avoir put te faire rêver avec ma plume parce que, au fond, c'est mon but premier de faire rêver tout ceux qui me liront (et c'est sans prétention que je dis ça !) Ah et je suis contente d'avoir put te faire sourire avec la petite pique de Susan ^^ Hum, j'espère que la première approche Malfoy-Granger ne t'auras pas bien déçue mais bon, là j'ai fait un énoooorme clin d'œil au film étant donné que la première fois que Thomas et Nina s'embrassent, cette-dernière lui mord la lèvre. Tu l'auras compris, ta review m'a fait énormément plaisir et c'est pour cela que j'ai pris le temps de t'écrire toutes ces lignes comme tu l'as fait ;)

Byuul : Étoile en coréen, tu dis ? D'accord, ça me fera un point de plus en culture générale ;) Mais vous êtes beaucoup à avoir été envoûté par cette scène de la danse d'Hermione, je ne comprends pas pourquoi ! Sincèrement, ça m'étonne parce que je ne pensais pas que vous feriez un véritable blocage dessus lorsque je l'écrivais mais je suis tout de même contente que ça ait put vous faire..hum...rêver autant :p Quant au papa d'Hermione...patience, patience ! Tu as déjà un petit morceau de réponse dans le flashback du début. Eeeh oui, j'ai été sadique de couper comme ça à la fin du second chapitre et j'en suis assez fière d'ailleurs, niark niark niark...merci beaucoup pour ta review !

FPC : Un peu facile, non, car j'ai expliqué le pourquoi du comment du titre en début du chapitre 1, dans la note. Quant au fautes d'orthographes, j'ai tapé le précédent chapitre pendant la nuit presque, totalement crevée, alors mea culpa mais je ne me fiais qu'à l'auto-correcteur Windows. Merci pour ton avis toutefois.

Coralie : Et le nouveau chapitre est là ! J'espère qu'il t'as plu en tout cas. Merci pour ta review !