CHAPITRE 3

Stiles mis du temps à retrouver sa maison. Non pas car il avait oublié le chemin mais car à chaque pas qu'il faisait son regard se détournait vers une nouvelle chose. La totalité du monde semblait différente. Le ciel ressemblait à une infinité inaccessible, le soleil se couchant au loin paraissait brûler. L'herbe au sol, les affiches aux murs, Stiles avait l'impression que chaque objet, chaque chose, était la plus belle qu'il ait jamais vu. Quand il croisa quelque rares personnes dans la rue il ne pu s'empêcher de les fixer, observant leurs vêtements, admirant les couleurs de leurs yeux et de leurs cheveux. Eux trouvaient ça étrange mais comprirent, au sourire qui s'étirait sur le visage de l'adolescent, qu'il venait de vivre la Rencontre et lui sourirent donc en retour.

Il finit cependant par retrouver sa maison. Il vit que son père était rentré, sûrement quelques minutes après qu'il soit parti. Sa voiture était garée dans le garage et Stiles ne pu s'empêcher d'admirer les couleurs de la voiture de service qu'utilisait son père. Il remarqua également que sa Jeep était là, et pour la première fois il pu voir la couleur qu'elle arborait. C'était un bleu clair, le même que celui de sa chemise. Stiles se mit à penser que beaucoup de choses dans sa vie étaient bleus mais cela ne le dérangeait pas, il appréciait énormément cette couleur. Il se retourna vers sa porte d'entrée, observa quelques secondes la façade de son habitation et se décida à pénétrer à l'intérieur.

Il eut l'impression qu'il entrait dans un endroit qu'il ne connaissait pas, que toute sa maison avait changé d'apparence. Évidemment ça n'était pas le cas, il y avait juste de la couleur c'est tout. De la couleur. Stiles se demanda comment le simple fait de mettre des couleurs sur les choses pouvait rendre toute son existence plus belle, plus vivante. Il pensa à toute les possibilités que sa vision lui offrait, les couchés de soleil qu'il pourrait voir tout les soirs, le bleu de la mer qu'il pourrait observer, le rouge des roses, le jaune du soleil, le vert de l'herbe qui s'entendrait à perte de vue dans les plaines qu'il avait vu en photo de nombreuses fois. Maintenant il pourrait admirer les peintures, les photographies célèbres, les couleurs du feu. Il connaissait leurs noms, il savait que l'herbe était verte, le feu orange et rouge, mais jamais, jamais il n'aurait pu imaginer que ce soit aussi beau.

-Stiles ? Tu rentres déjà ? Demanda son père en passant la tête dans l'entrée, un torchon à la main.

Stiles leva les yeux et croisa son regard. Il s'approcha de lui doucement, sans dire un mot, comme si il voyait son père pour la première fois. Il l'examina longuement. Son père avait la peau claire, les cheveux bruns, comme chez certains passant qu'il avait croisé dans la rue quelques minutes plus tôt, ses yeux étaient un mélange de bleu et de gris, très clair, comme de l'eau. Il resta là, de longues secondes, plongé dans les yeux de son père, se demandant si les siens avait la même couleurs puis se rappela que Scott lui avait dit que ce n'était pas le cas. Le Shérif fit la tête qu'il utilisait quand il ne comprenait rien à ce qu'il se passait : la bouche entre-ouverte, les sourcils froncés, se demandant pourquoi son fils semblait tellement bouleversé, pourquoi ses yeux étaient si brillant, puis il comprit.

-Oh mon Dieu...murmura-t-il.

Stiles détacha son regard de son père, et se mit à rire, en se retournant, une main sur son front. Il rit de plus en plus fort, les larmes lui montaient aux yeux. Le Shérif semblait toujours aussi choqué. Son fils se remit face à lui, en écartant les bras, comme pour démontrer quelque chose, les yeux toujours brillant de larmes, un sourire sincère qui s'étirait d'une de ses oreilles à l'autre.

Il n'eut pas à dire quoi que ce soit, son père le prit dans ses bras, en le serrant avec la force qu'un père utiliserait pour montrer la fierté qu'il a à l'égard de son fils.

-Je suis tellement heureux pour toi, dit son père à son oreille.

Stiles lui rendit son étreinte, et se dégagea. Il vit que son père avait lui aussi les larmes aux yeux, et un grand sourire sur le visage.

-Tellement heureux pour toi...répéta-t-il, d'une voix tremblante.

Il l'était, bien sûr. Son fils vivait ce qu'il avait vécu quelques années auparavant, il vivait ce que lui ne vivrait plus jamais. Une larme coula lentement sur sa joue qu'il effaça d'un revers de la main.

Stiles continua à lui sourire, et se racla la gorge, comme pour reprendre contenance. Il passa sa main à l'arrière de sa nuque, geste qu'il faisait très souvent pour montrer sa gêne.

-Merci papa, dit-il, doucement.

Il se remit à rire. Il se sentait bien, tellement bien, mieux que ce qu'il n'avait jamais été. Il avait l'impression d'être sous l'emprise d'une drogue, et il espérait plus que tout que ce sentiment d'euphorie ne partirait plus jamais.

Mais il partit.

Quand son père posa la question.

-Alors, comment est-elle ?

Elle. Comment était-elle. Le problème, c'est que ça n'était pas elle. C'était un il.

A cette pensée Stiles perdit immédiatement son sourire, et fut prit de vertiges. Il s'assit sur une chaise non loin de lui et regarda son père avec un air d'incompréhension totale. Des dizaines de pensées se bousculèrent dans sa tête à cet instant.

Ce n'est pas possible, pensa-t-il.

Il n'avait pas pensé à ça. Tout s'était passé tellement vite, qu'il n'avait même pas eu le temps de penser au fait que la personne qui avait rendu ça possible était un homme, qui avait prit la fuite quelques secondes à peine après que ce soit arrivé.

Qui était-il ? Non. La seule et unique question légitime était : Pourquoi était-il un homme ?

Ça n'avait jamais été prévu. Jamais, dans toutes les possibilités que Stiles s'était imaginé, jamais dans tous les scénarios que Stiles avait invités, jamais il n'avait été question d'un homme.

Stiles n'était pas gay. C'était impossible.

Le Shérif comprit que quelque chose n'allait pas et s'assit en face de son fils, le visage concerné.

-Que se passe-t-il ? Demanda-t-il en mettant sa main sur son épaule.

-Je...murmura Stiles, sa voix se perdu dans un souffle. Je ne sais pas...

Il ne savait pas s'il devait le dire à son père. Il ne savait pas ce qu'il devait dire tout court.

Il releva les yeux vers lui, soupira, et se leva sans un mot, courant dans sa chambre. Son père resta là, assit sur la chaise, voyant son fils partir en courant sans raison. Il comprit qu'il ne voulait pas en parler. Son fils était comme ça, parfois il voulait simplement rester seul. Il avait beau être extrêmement bavard la plupart du temps, il avait comprit qu'il ne pourrait jamais l'obliger à parler s'il n'en avait pas envie. Même si là, il semblait plus perturber que d'habitude et que ça l'inquiétait un peu.

Stiles ouvrit la porte de sa chambre, rentra avec brusquerie à l'intérieur et la referma sans plus de douceur. Il était sur le point de faire une attaque de panique. Trop de choses se passaient en même temps, trop d'images se bousculaient dans sa tête, ça devenait critique. Il s'assit sur son lit, et se mit à respirer le plus calmement possible, comme ce qu'il avait fait dans la rue. La rue. Là où l'inconnu l'avait heurté. Il n'arrivait toujours pas à y croire.

Stiles n'avait jamais rien eu contre les homosexuels, au contraire. Il arrivait souvent que cela se passe de cette manière, on s'attend toute sa vie à ce que notre âme-sœur soit un membre du sexe opposé mais il se trouve parfois que ça ne soit pas le cas. Évidemment découvrir son orientation sexuelle de cette façon pouvait être légèrement déstabilisant. Et ça l'était pour Stiles.

C'était impossible. Stiles n'était pas gay. Non. Il n'avait jamais ressenti quoi que ce soit pour les hommes, et cela n'arriverait jamais. Pas pour lui. Lui il aimait les femmes, les filles aux cheveux longs, leur robes courtes, leurs longues jambes perchés sur des talons, leurs lèvres rosies par du gloss, leurs ongles vernis et leur beaux yeux maquillés. Ça ne pouvait pas être autrement.

Il soupira et s'étalant sur son lit.

-Le Destin s'est trompé c'est tout. Ça arrive. Oui ça arrive. Voilà, se dit-il pour se calmer.

Il fixa son regard sur le plafond. Il était bleu, comme les murs de sa chambre. Scott ne lui avait pas menti. Il observa ce qui se trouvait près de lui. Des photos étaient accrochées sur des fils près de son lit, un bureau en désordre était près de la fenêtre, des vêtements se trouvait sur le sol gris, un télescope était pointé vers l'extérieur. C'était son père qui lui avait offert pour son dixième anniversaire et Stiles adorait l'utiliser pour observer les étoiles le soir, avec Scott. Il se releva pour aller admirer la vue qu'il avait de sa chambre. Le matin même, il l'avait quitté en noir & blanc, et là, il voyait pour la première fois la scène en couleurs. Il se dit qu'il lui faudrait beaucoup de temps pour s'habituer à cette nouvelle situation.

Stiles se demanda qui il devait prévenir. Il allait devoir donner une explication à ses amis concernant le fait qu'il leur avait posé un lapin ce soir. Il savait pertinemment qu'ils allaient lui envoyer des sms et l'appeler pour savoir où il était, mais il n'avait pas l'envie de leur raconter ça au téléphone. Alors il le sortit de sa poche et le posa sur son bureau où il y avait déjà des feuilles, des cahiers, des stylos, un tube de colle et son ordinateur portable.

Durant les heures qui suivirent il ne fit que peu de choses. Il travailla sur les devoirs que ses professeurs lui avaient donné pour le lendemain, du moins tenta. Car ses pensées étaient tout le temps attirées sur son principal problème : qui était l'inconnu ? Allait-il le revoir ? Lui aussi avait sûrement retrouver la vision des couleurs… Alors Stiles supposa qu'il se trouvait dans le même état que lui. Mais qui était les deux hommes qui le coursaient ? Etait-il en danger ? Stiles se surprit à s'inquiéter pour lui. Il ne s'était rien passé entre eux, une bousculade, un échange de regard, et voilà que l'homme se retrouvait en haut de la pile de problèmes qu'avait Stiles.

L'adolescent se sentait fatigué, il s'était passé beaucoup trop de choses en une journée alors il décida de finir ses devoirs en vitesse, rangea sommairement sa chambre, il mit ses affaires sales sur une chaise et rangea ses feuilles dans un tiroir, et alla dormir espérant qu'il arriverait à trouver le sommeil.

Le lendemain il se réveilla sans aucun mal. La lumière du jour perçait les rideaux de Stiles en de fins rayons de couleur orange, et lorsque l'adolescent ouvrit les yeux pour éteindre son portable qui sonnait il ne pu s'empêcher de sourire en observant le spectacle. Il se releva sur son lit, et vit que son portable affichait trois messages et un appel en absence. C'était Scott et Lydia qui se demandaient où il était, ils s'inquiétaient pour lui d'après ce qu'ils lui avaient envoyé. Il ne se donna pas la peine de leur répondre, se disant qu'il leur expliquerait ce qu'il s'était passé quand il les verrait dans moins d'une heure. Il se leva, s'étira et alla ouvrir les rideaux. Le soleil imprégna la chambre d'une lumière orange et jaune que Stiles trouva magnifique. Il observa le ciel, il était bleu, avec de léger nuage blanc qui parsemaient le ciel comme un brouillard, ce qui était commun aux matins. Il ouvrit les fenêtres pour laisser l'air frais, très frais en réalité, entrer dans sa chambre. Il faisait beau et il ne doutait pas que la chaleur allait arriver d'ici les deux prochaines heures.

Il se sentait heureux, même s'il n'avait pas énormément dormi. A chaque fois qu'il fermait les yeux la scène de la veille, lorsqu'il avait était dans la rue, lui revenait en mémoire. Il revoyait l'inconnu arriver au loin, il ressentait la bousculade qui avait eu lieu, il se rappelait le regard qu'ils avaient échangé. Il savait qu'il allait devoir retrouver cet homme, et se demanda si lui se disait la même chose. C'était sûrement le cas d'après Stiles, après tout ils étaient tout les deux dans le même cas. Même si l'adolescent était persuadé que le Destin avait fait une erreur il ne pouvait se permettre de laisser l'inconnu inconnu. Il se dirigea dans sa salle de bain pour prendre une douche, plus longue que celle de la veille car aujourd'hui, par miracle, il n'était pas en retard.

Stiles se regarda dans le miroir, il avait les yeux qui brillaient encore, et un petit sourire qui ne voulait s'estomper. Il aimait la couleur de ses iris, qui étaient brun foncés. Il les avait déjà observé hier soir mais à la lumière du jour ils semblaient plus clairs. Il se déshabilla et alla sous la douche.

Il ressorti de la salle de bain et prépara ses affaires pour le lycée. Quelques minutes plus tard il descendit, appréhendant la rencontre avec son père, mais lorsqu'il arriva dans sa cuisine il vit qu'elle était vide.

Il a du partir plus tôt, se dit Stiles

Il s'assit à la table et mangea un pain au chocolat qui était déposé devant lui et se rendit compte qu'il n'avait pas mangé la vieille et qu'il mourrait de faim. Il était dans les temps pour une fois, ce qui était une expérience assez agréable. Puis il attrapa son sac, sorti de la maison après avoir fermé à clef et entra dans sa Jeep.

Bon concentre toi sur la route si tu ne veux pas avoir d'accident.

Il démarra et se rendit au lycée en tentant de se concentrer sur la circulation plutôt que sur le soleil qui se levait. C'était le mois d'octobre et il faisait étonnamment beau et chaud, mais ça n'allait pas durer, dans quelques semaines la température chuterait et la neige arriverait. Il arriva à destination et gara sa voiture non loin de la moto de Scott qui était déjà là. Il avait dix minutes d'avance et Stiles était réellement fier de lui.

En arrivant devant la classe il soupira et se prépara à cette journée qui s'annonçait difficile. Il savait qu'il allait devoir expliquer à ses amis la situation mais il n'avait aucune idée de quoi leur dire. Il rentra en classe, s'assit.

-Stiles ! T'arrives tôt ! S'étonna Scott

Stiles lui sourit et acquiesça. Il observa son ami, la couleur de ses cheveux, de ses yeux, de ses vêtements. Il regarda autour de lui, s'étonnant de la diversité des teintes se trouvant dans la pièce. Son regard se perdit lorsqu'il se tourna vers la fenêtre. Dehors il pouvait voir la forêt, c'était magnifique.

-Qu'est ce qu'il s'est passé hier soir ? Lui demanda Allison en penchant sa tête sur le côté.

Il s'apprêtait à lui répondre lorsque le professeur rentra dans la pièce, accompagné de Lydia. Stiles la regarda longuement et ce qu'il vit le choqua. Elle était magnifique, ses cheveux était d'un roux brûlant, on aurait dit que le soleil lui même avait travaillé sur ses cheveux. Sa peau claire s'alliait parfaitement à sa bouche rosée et pulpeuse. Il ne la quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'elle comprenne que Stiles l'observait. Elle se tourna vers lui et lui lança un regard expriment plus ou moins « Qu'est ce qu'il te prend Stiles ? » donc celui-ci préféra se concentrer sur le cours qui commençait.

Il fut extrêmement difficile pour lui de garder son attention sur ce qu'il se passait devant lui, ce qu'il y avait à l'extérieur était bien plus beau. Il laissa défiler son regard sur les arbres qu'il y avait à quelques centaines de mètres du lycée, le parking se trouvant juste en bas. De nombreuses voitures y étaient garées, mais l'une d'entre elles détonait avec le reste. Les lycéens de Beacon Hills, sauf exceptions, n'était pas réellement riches donc leurs voitures n'était pas excessivement belles mais celle se trouvant à extrêmement gauche du parking ne suivait pas cette règle. Stiles ne l'avait jamais vu, c'était une Camaro noir d'après lui -il s'y connaissait un peu en voiture. Il se demanda à qui elle appartenait, peu d'élève avait les moyens de se payer ce genre de voiture. En y prêtant plus attention il remarqua quelque chose d'étrange, la voiture était garée du manière à ce qu'il puisse voir à l'intérieur, et il vit un mouvement derrière le volant. Il y avait quelqu'un qui se trouvait à l'intérieur de cette voiture et il aurait juré qu'il regardait dans sa direction. Il ne faisait rien, et Stiles n'arrivait pas à voir son visage mais il sentait son regard posé sur lui. Il détourna la tête vers le tableau, car son cœur se mettait à battre trop rapidement à son goût.

Quelques minutes plus tard il regarda une nouvelle fois vers le parking mais la voiture avait disparu.

-Alors tu n'as aucune idée de qui il est ?

Stiles secoua la tête. Il avait réuni ses amis autour de lui lors d'une de leurs heures de libres pour leurs expliquer ce qu'il s'était passé la veille. Il leur avait tout raconté en détails, sans rien omettre. Au début ils avaient semblé suspicieux, se demandant comment cela était possible que ce soit un homme, mais lorsque Scott s'était levé avec excitation et avait pris son meilleur ami dans les bras, la seule personne qui eut encore des doutes, fût Stiles. Il leur expliqua sa théorie disant que le Destin s'était trompé mais il n'eut en retour que des regards étonnés de la part de ses amis et une remarque de la part de Jackson :

-Écoute Stilinski, si t'es gay, t'es gay, il n'y a pas de honte à avoir. Même si je n'aurais jamais pu l'imaginer, tu t'habilles pas assez bien pour ça.

Stiles lui répondit par un regard noir et ses amis se mirent à rire.

Il soupira. Ils semblaient tous accepter totalement l'idée que son âme-sœur soit un homme mais lui était toujours persuader qu'il y avait une erreur derrière tout ça. Il le savait. Il se mit à repenser à la Camaro qu'il avait vu et se demanda s'il devait le dire à ses amis. Ce n'était sûrement rien, il était simplement paranoïaque.

Ils continuèrent à discuter de cela, Stiles essuyait les remarques sarcastiques de Jackson en faisant semblant de ne pas les entendre tandis que ses autres amis délibéraient sur le fait qu'on ne devrait pas découvrir son orientation sexuelle le jour de la Rencontre mais l'adolescent ne les écoutait que d'une oreille. Il sentait une présence, comme s'il était observé. C'était le même sentiment que celui qu'il avait ressenti en cours, mais cette fois ci, il ne vit la voiture noire nul part. Il regarda autour de lui, espérant voir la raison de son angoisse mais il n'y avait rien si ce n'était des adolescents.

Il abandonna avec un soupire et repris le cours de sa journée.

Il termina les cours à 18h ce soir là, il était resté au lycée pour travailler car il savait qu'il ne le ferait pas chez lui -de plus il ne voulait pas avoir à donner d'explication à son père sur ce qu'il s'était passé la veille. Scott et le reste de la bande avait quitté les cours plus tôt, tout comme la quasi totalité du reste du lycée, c'est donc presque seul qu'il se retrouva dans le parking. Il ouvrit la porte de sa Jeep et y déposa son sac sur le siège passager, il s'apprêtait à monter quand il ressentit pour la troisième fois de la journée la sensation d'être épié. Il en avait sérieusement marre. Il referma fermement la porte de sa voiture et se retourna pour regarder ce qu'il y avait autour de lui. Il faisait encore jour même si le soleil commençait à se coucher. Les ombres des arbres proches s'étiraient et un vent doux soufflait. Il n'y avait que deux autres voitures, mais aucun conducteur n'était présent. Il regarda à droite et à gauche, cherchant la personne qu'il soupçonnait de l'observer depuis le début de la journée.

-Tu deviens dingue, Stiles, il n'y a personne dans ce parking, se dit-il à voix haute.

Il soupira une nouvelle fois et se retourna pour monter dans sa voiture quand il vit une forme à sa gauche. Il sursauta.

La forme en question avait deux bras, un buste, une tête et deux jambes, c'était donc plus qu'une forme mais une personne. Stiles se plaqua contre sa voiture à sa vue et mit sa main contre son torse comme s'il était en train d'avoir une crise cardiaque.

-Mec tu m'as fais peur...dit-il en regardant ses chaussures. Il releva la tête pour voir qui était la forme et faillit avoir une vraie crise cardiaque.

C'était lui. C'était l'inconnu.

Stiles le fixa de ses grands yeux bruns. Il le reconnut immédiatement, même si cette fois ci, il était beaucoup moins choqué et essoufflé que lors de leur première rencontre. Il le vit pencher la tête sur le côté comme pour mieux l'observer et lança un léger :

-Salut...

Il était grand. Beaucoup plus grand que Stiles. Il semblait également plus âgé que lui, entre 20 et 25 ans. Il avait les yeux verts, et Stiles put les admirer de plus près que la veille. Ses cheveux étaient mieux coiffés, mais toujours aussi noir. Son visage semblait plus doux, même si la forme de sa mâchoire et de ses sourcils assuraient qu'il pouvait se montrer très dur. L'inconnu ne souriait pas, et ne quittait pas Stiles des yeux. Il donnait l'impression d'avoir forcé la totalité de son corps à venir lui parler et qu'il aurait préféré être n'importe où ailleurs même s'il ne bougeait pas.

Stiles eut un mouvement de recul en lui répondant :

-Hey...

Un silence suivit. Ils était tout les deux là, sur le parking du lycée, l'un fixant l'autre. Stiles attendait que l'inconnu prenne la parole mais il ne le fit pas. Stiles prit les choses en main.

-Je...On se connaît ? Demanda-t-il en se grattant la nuque comme il le faisait quand il était gêné.

Bravo Stiles super phrase.

L'inconnu le regarda quelques secondes de plus puis détourna la tête en esquissant un sourire.

-Non, enfin si, je t'ai percuté hier en courant, et j'voulais m'excuser.

Il ne semblait pas du tout sincère, et le sourire qu'il arborait l'était encore moins. Mais il avait raison, c'était bien l'homme de la veille et dans un sens Stiles fut soulager de voir qu'il avait fait le premier pas pour venir s'excuser. Pourtant l'adolescent ne se sentait pas du tout à l'aise face à cet homme qu'il ne connaissait pas et la façon dont il le fixait lui déplaisait fortement.

-D'accord, bon bah excuses acceptées mec, répondit-il en se dandinant presque sur place.

Il agrippa la poignée de sa voiture et tenta de l'ouvrir quand l'inconnu posa sa main sur son avant-bras avec un regard de tueur à gage. Il le serra suffisamment fort pour l'empêcher de bouger et Stiles commença à avoir peur.

-Wow mec qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il d'une voix qui se voulait assurée mais qui montrait en réalité le stress qu'il vivait.

L'inconnu s'approcha de lui sans changer de regard et Stiles commença réellement à avoir peur. Il pensa à hurler pour demander de l'aide mais se dit que ça n'était pas la chose la plus virile à faire. Mais se battre contre cet homme ne semblait pas la meilleure idée du siècle non plus. Il se rapprochait de plus en plus tout en tenant son avant-bras et quand Stiles tenta de reculer il fut stoppé par le rétroviseur qui lui rentra dans l'épaule. L'inconnu se trouvait à une vingtaine de centimètre de lui à présent. Il finit par lâcher l'avant bras de Stiles, attrapa la veste de l'adolescent de ses deux mains et la tira comme pour la remettre en place. Puis il lui lança un léger sourire, qui semblait plus aller à un psychopathe qu'à quelqu'un de sympathique et dit d'une voix grave et posée :

-Moi c'est Derek Hale.

Et fit demi-tour sans lancer un regard de plus à Stiles.


Ce type était complètement dingue.

Stiles était allongé sur son lit. Après sa rencontre avec l'inconnu qui avait désormais un nom, Derek, il était retourné chez lui en quatrième vitesse, le cœur battant à toute allure et les jambes flageolantes. Il avait vraiment cru qu'il allait mourir, ce Derek avait vraiment l'air d'un tueur à gage. Et c'était quoi son « Moi c'est Derek Hale » ? On ne se présentait pas à quelqu'un en le plaquant contre un rétroviseur et en lui fichant la trouille de sa vie. Stiles était totalement déstabilisé. En arrivant à son domicile il avait vu que son père n'était pas encore là, il arriverait sûrement plus tard. Il n'aimait pas quand le Shérif travaillait tard, il savait qu'ils avaient des problèmes d'argent et savoir que son père devait se tuer au travail pour tenter de régler ça était énervant. Il aurait aimé pouvoir l'aider mais il ne pouvait pas faire grand chose. Mais ce soir, Stiles était heureux que son paternel ne soit pas encore à la maison, il redoutait sa prochaine discussion avec lui. Il savait qu'il allait devoir lui donner une explication, comme il l'avait fait avec ses amis mais il avait peur de sa réaction.

Alors Stiles attendait, sur son lit. Il n'avait que peu de cours pour le lendemain et par chance pas de devoirs alors il avait la soirée pour lui. Il observait son plafond, appréciant sa couleur, terne certes, mais belle quand même. Il était plongé dans ses pensées quand il entendit sa porte d'entrée se fermer.

Bon, plus le choix il faut y aller.

Il se leva, passa sa main dans ses cheveux, soupira et entreprit de descendre les escaliers. Il trouva son père en bas, dans l'entrée, il enlevait ses chaussures et sa veste.

-Salut Stiles, dit-il en le voyant arriver.

L'adolescent lui fit un signe de la main avec un sourire en guise de salut. Il ne savait pas comment commencer la conversation alors il entra dans la cuisine et s'assit sur une chaise regardant son père. Après quelques secondes celui-ci se rendit compte de ce que faisait son fils -c'est à dire rien si ce n'était le fixer avec un air étrange- et décida de lui demander ce qui n'allait pas en s'asseyant en face de lui.

Stiles soupira, il avait les mains moites et était stressé, mais eu quand même le courage de parler.

-Voilà le problème, hier j'ai vécu le Rencontre, t'as sûrement du le remarquer. Mais le truc c'est que..., il croisa le regard de son père et cru qu'il ne pourrait pas finir sa phrase mais trouva quand même le moyen de le faire la personne n'était pas celle que j'espérais.

Son père fronça les sourcils et lui lança son regard habituel définissant incompréhension.

-Comment ça ?

Stiles prit une grande inspiration et se lança.

-Je crois qu'il y a eu un problème, tu sais au niveau du choix des pairs ou je ne sais pas trop mais la personne que j'ai croisé n'était pas une femme. C'était...un homme.

Il y eut un silence pesant durant lequel Stiles regretta immédiatement d'avoir prononcé ces mots. Il commença à avoir peur, son père ne réagit pas et continua à le regarder, les sourcils toujours aussi froncés.

Puis contre toute attente il éclata d'un rire franc qui fit perdre à Stiles toute contenance.

-Pourquoi tu rigoles ? Demanda-t-il sans comprendre.

Le Shérif continua à rire, la main sur son front, comme s'il tentait de se calmer. Il refixa son regard sur son fils qui avait les yeux écarquillés devant la scène qui se jouait devant lui.

-Stiles..., réussit-il à dire entre deux rires incontrôlés, le Destin ne se trompe jamais.

Il lui lança un grand sourire, et Stiles fut encore plus surprit.

-Je comprend que tu sois étonné par ça, mais c'est naturel, et tu sais tu n'es pas le seul à avoir été dans ce cas !

Stiles était encore bouche-bée. Il s'attendait à tout sauf à ce que son père accepte la situation aussi rapidement. Il le fixa quelques secondes de plus et reprit ses esprits.

-Non, non, je..non, c'est pas comme ça que ça devait se passer.

Il se leva en disant ces mots et mit ses mains sur ses hanches. Il semblait être le seul à ne pas trouver que la situation était drôle et cela l'énervait réellement.

-Il n'a jamais été question d'un homme papa, jamais.

Il se gratta la nuque une nouvelle fois en tentant de garder son calme. Son père se leva à son tour et s'approcha de son fils.

-Qui est-ce ? Demanda-t-il d'une voix douce, comme pour calmer son fils.

-Je ne sais pas, enfin je ne le savais pas jusqu'à tout à l'heure, il m'a percuté dans la rue avant-hier quand j'allais chez Lydia et en sortant du lycée aujourd'hui il est venu me parler en prétextant qu'il voulait s'excuser. Il m'a dit s'appeler Derek Hale, et crois moi il a pas l'air d'être quelqu'un de fréquentable, il m'a fait flipper, on aurait dit qu'il voulait me tuer, expliqua-t-il.

Un silence suivit cette déclaration durant lequel le Shérif garda un petit sourire en coin devant la presque panique de Stiles.

-Il est venu te parler, c'est déjà ça.

Stiles soupira en levant les yeux au ciel.

-Ouai on peut dire ça...

-Tu devrais aller le voir.

Cette déclaration rendit à Stiles son regard plein d'incompréhension. Son père voulait qu'il aille le voir ? C'était loin d'être une bonne idée. Il ne connaissait pas cet homme et il lui faisait réellement peur.

Stiles lâcha un rire totalement sarcastique mais son père ne semblait pas blaguer.

-Je suis sérieux Stiles, si cet homme est le Bon et bien tu dois aller le voir et tenter de le connaître. Si tu veux demain j'irai chercher son adresse dans nos fichiers et tu iras le voir dans l'après-midi ?

L'adolescent balbutia quelque chose que le Shérif ne comprit pas et hocha la tête. Son père prit ça pour un oui et Stiles décida que cette discussion avait déjà duré trop longtemps alors il remonta dans sa chambre.

Aller chez ce Derek était un mauvaise idée, il le savait, il ne pouvait pas s'incruster chez lui même s'il connaissait son adresse et qu'ils avaient déjà parlé et que dans l'absolue le Destin voulait qu'ils soient ensemble. Et Stiles continuait à être persuadé que tout ça n'était qu'une grosse erreur et qu'il n'avait rien à faire avec cet homme. Pourtant une partie de lui mourrait d'envie de le revoir, de savoir qui il était. Si la Rencontre avait eut lieu avec lui il devait bien y avoir une raison...Non ? Stiles était perturbé. Il se posait une nouvelle fois des questions.

Mais toute les questions qu'il se posait ne l'empêchèrent pas de se retrouver le lendemain après-midi dans sa Jeep, à l'adresse que son père lui avait envoyé quelques heures plus tôt.

J'ai l'air d'un psychopathe.

Il attendait, fixant la porte d'entrée de la maison de Derek. Qui d'ailleurs n'était pas une maison, c'était un vieil entrepôt qui avait sûrement été aménagé en loft quelques années auparavant. Il ne savait pas quoi faire. Devait-il vraiment aller lui parler ? Il était divisé, la moitié de son être était sûr que c'était une très mauvaise idée, mais la seconde partie le poussait à y aller.

Il décida d'écouter la seconde partie.

Bon et puis merde.

Il sortit de sa Jeep, la referma doucement, comme pour ne pas montrer sa présence, ouvrit la porte d'entrée et entreprit de grimper les escaliers. Tout était gris, mais pas délabré, ni sale, ce qui était sûrement un bon point pour Derek. Au moins il n'était pas un SDF complètement dingue accro à la drogue ce qui, bizarrement, rassura Stiles.

Il finit par arriver devant l'immense porte du loft. Elle était en fer, et semblait assez difficile à ouvrir.

Stiles prit une grande inspiration. Il avait les mains moites, le cœur battant à toute allure, la partie qui pensait que tout n'était qu'une mauvaise idée lui hurla de rentrer chez lui mais il l'a fit taire et frappa trois coups à la porte qui résonnèrent dans tout l'entrepôt.

Il attendit une vingtaine de secondes durant lesquelles il espéra que peut-être il ne serait pas là, il se dit qu'il avait fait la plus grosse bêtise de toute son existence. Il voulu prendre ses jambes à son cou mais au lieux de ça il resta là. Stoïque. Le visage grave.

La porte s'ouvrit enfin, non sans bruit, et Stiles cru qu'il allait perdre son calme en s'adressant à Derek qui se trouvait devant lui, légèrement surprit.

-Et moi c'est Stiles, annonça-t-il.