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C'était une chose bien étrange que d'avoir à ses côtés un reflet vivant de soi-même. Un reflet déformé, qui plus est. Une chevelure d'or contre des cheveux de neige. Une peau pâle contre une autre de cendre. Des iris comme le ciel contre des rivaux de sang. Des vêtements comme l'herbe fraîche contre des habits d'encre. De la lumière s'échappait de l'épée de Link, des vapeurs noires de celle de son ombre. Ils s'opposaient jusque dans leurs auras. La pureté face au maléfice. Le Héros face au damné. Mais ils se rejoignaient dans leur silence, n'avaient pas besoin de se parler pour se comprendre.
Tout n'était pas parfait, évidemment ; cela ne pouvait l'être. Leurs pulsions de guerriers ennemis électrisaient souvent le climat entre eux alors qu'ils se charcutaient du regard, la main sur la garde de leur lame. Ils se tournaient autour, fauves affamés prêts à se bondir dessus à la moindre faille chez l'adversaire. Mais ils avaient les mêmes forces et les mêmes faiblesses. Lorsque l'orage éclatait et qu'ils entraient en combat, ils s'obstinaient vainement jusqu'à l'épuisement. Jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus ni l'un ni l'autre supporter le poids de leurs armes et qu'ils laissent ces dernières tomber, remarquant enfin que plusieurs heures s'étaient écoulées depuis le début des hostilités.
Alors ils se rapprochaient lentement l'un de l'autre, haletants, en sueur, leurs esprits encombrés de brumes brûlantes. Ils se fixaient, farouches et hypnotisés. Leurs doigts s'effleuraient, leurs corps se frôlaient… Puis le conflit reprenait, mais d'une tout autre manière tandis qu'ils mettaient leurs chairs et âmes à nues, se dévorant mutuellement ; avides, insatiables, la douleur et le plaisir mêlés de même que la répulsion et le désir. A la fois châtiment et bénédiction. Mais ils n'envisageaient pas de se priver de cette chaotique et merveilleuse relation ; l'ombre et la lumière ne pouvaient ni s'entendre ni maintenir trop longtemps leurs distances. Ils étaient indissociables.
