J'ai commencé cette fic il ya trois ans déjà après un pélerinage sur les plages de Normandie. les chapitres sont courts désolée... Mais avec le temps ils vont se faire plus longs et plus précis promis!
III°)
La guerre. Tout le monde en parle mais personne ne l'a jamais réellement vécue. C'est ce qui se passait en Angleterre. Toutes les personnes qui jugeaient mon enrôlement, qui me jugeait moi, n'avaient jamais connu les combats, la peur, le courage de tous ces hommes qui se battent pour leur patrie. Cette réalité m'a frappé de plein fouet lorsque mon affectation arriva à la maison. Je serais formé dans un hôpital de la RAF, à proximité du camp de mon bataillon, là où je serais formé au combat. Je soignerai sur le front, sous les bombes mais je devrai aussi défendre ma peau. Ce sera dur, je le savais mais rien ne m'aurai fait changer d'avis : ma détermination n'avait pas failli. Au mois de février, je faisais ma première entrée au camp d'entraînement de Aldbourne. Tout ce qui se passait à l'hôpital était habituel pour moi : je refaisais exactement les mêmes gestes que j'effectuais au début de la guerre. Parfois, nous avions quelques pilotes blessés durant les combats aériens qui faisaient rage dans le ciel anglais ; il y avait aussi des morts… Ce qui me changea grandement, c'était la formation au combat. Je n'avais pas l'habitude de tous ces exercices très physiques et mon niveau en sport frisait le zéro ! Une fois de plus, ce fut cette extraordinaire volonté qui me fit tenir le coup : tous les jours je faisais des exercices supplémentaires pour revenir au niveau des autres infirmières et mon travail porta rapidement ses fruits. Je fut bientôt capable de ramper dans la boue en passant sous des fils barbelés, de me défendre au couteau, de tirer à vue… Un parfait petit soldat !
Lorsque je n'étais pas à l'entraînement ou à l'hôpital, je passais le plus clair de mon temps dans la petite chambre que j'occupais chez un fermier du coin. Tous les soldats des forces armées anglaises étaient logés chez l'habitant, à proximité de leur camp d'entraînement. Les maisons du village étaient typiques, de briques rouges avec leurs cheminées qui fumaient. Les rues étaient vivantes, pleines d'activité malgré une fin d'hiver assez fraîche. A chaque coin de rue, derrière chaque muret ou bosquet, on pouvait trouver un soldat de sa majesté. La population du village avait doublé, voir même triplé. On pouvait dire, en ces temps troublés, que tous les Anglais, sans exception, étaient touchés par cette guerre, soit par le rationnement, soit par les bombardements ou les réquisitions. Toutes les familles anglaises avaient au moins un de leur membre engagé dans cette guerre. Elles se préparaient toutes à cet engagement tant attendu et la tension était à son comble dans tous les recoins du pays.
Lors de ma première permission, je suis retournée à Londres, chez ma grand-mère.
L'ambiance était telle que je m'y attendais. Elle me reçut avec une extrême froideur et je sentais que les reproches arriveraient dans peu de temps. Elle tint bon jusqu'au dîner. J'étais partie depuis un peu moins de trois mois mais sa rancœur envers moi et mon engagement n'avait pas faiblie. J'ai cru, à tort peut-être, que l'éloignement apaiserait sa colère mais ce n'était pas le cas. Elle me reprocha mon manque de sérieux et ma stupidité. Elle déclara que la guerre n'était pas un jeu, qu'on pouvait y mourir et que je ne ferais pas long feu sur un champs de bataille, que je reviendrais à la maison en moins de temps qu'il ne le faille pour le dire. Je n'ai pas soulevé ses remarques et je lui ai simplement répondu que j'avais mes motivations et qu'elle ne pouvait pas comprendre. J'ai passé le reste de ma permission à l'éviter : je passais le plus clair de mon temps à me promener dans Londres et quand j'étais à la maison je faisais tout pour ne pas avoir à la rencontrer. Après cinq jours, je dus repartir. Malgré ce qu'on pouvait penser j'étais soulagé de quitter Londres : l'ambiance avec ma grand-mère n'était pas faite pour m'inciter à m'attarder dans la capitale anglaise et j'allais retrouver avec plaisir mon petit village du Nord d'Exeter. Henry, le valet, vint chercher mon sac dans ma chambre, il ma regarda avec une lueur de tristesse dans ses yeux et me dit : « vous savez, elle vous aime. Elle changera vite d'opinion ». Il n'avait pas tout à fait tort. Au moment du départ, elle était là sur le pas de la porte. Elle me prit dans ses bras en me disant qu'elle ne voulait pas me perdre, que mon frère suffisait et elle rajouta que je devais faire attention à moi. J'avais finalement un peu de remords de la quitter mais je partais avec l'espoir que ma prochaine perm' se passerai mieux.
Je me retrouvais seule dans le train qui me ramenai vers le camps d'entraînement et le voyage commençai à sembler long. Soudain, un jeune soldat entra dans le compartiment et me fit un large sourire. Il s'assit en face de moi tout en continuant à ma sourire. La situation me paraissait tellement cocasse que je ne puis m'empêcher de rire. C'est lors qu'il se présenta : il se nommait John Mc Cauffey Junior et il venait de s'engager dans l'infanterie anglaise. Il avait mon âge et venait d'un petit village écossais au nom imprononçable qui se trouvait au Nord d'Edimbourg. Il était de taille moyenne et il avait apparemment rasé sa tignasse récemment. Il avait une figure assez juvénile (il n'avait que 18 ans) et ses yeux étaient d'une extrême douceur. Quand il souriait, il donnait envie à tout le monde d'en faire autant. Durant tout le trajet, il n'arrêta pas de parler de lui, de sa famille, de son village…C'était la première fois depuis longtemps que j'entendais une personne qui ne parlait pas de la guerre toutes les deux phrases et cela me fit beaucoup de bien. Il me posa des tonnes de questions auxquelles je répondis aisément. A notre arrivée à Exeter, il m'annonça qu'il devait rejoindre la 50ème Division d'infanterie : à ma plus grande joie, je me rendis compte que mon voyage avec lui ne s'achevait pas là et qu'il n'était pas près de se terminer. J'aimais bien ce Johnny, son caractère m'avait tout de suite plu et il allait être un ami très précieux, j'en étais persuadée. Nous séparâmes dès notre arrivée à Tiverton et je repris tranquillement mes occupations traditionnelles : entraînement au combat, formation au métier d'infirmière de guerre…
Il arrivait des recrues tous les jours, pour tous les corps de l'armée, mais surtout pour la RAF qui était déjà véritablement en guerre contre les Allemands. Tous les blessés que nous recevions provenaient des combats aériens qui se déroulaient au-dessus de la Manche mais d'après ce que j'ai entendu, nous n'avions pas les pires cas.
Deux jours après mon retour dans ce village si accueillant, je retrouvais mon nouvel ami. Je marchais dans la rue, me dirigeant vers l'hôpital, quand j'ai entendu quelqu'un prononcé mon nom. C'était Johnny qui tentait désespérément de me rejoindre. Ses premiers jours d'entraînement s'étaient plutôt bien passés même s'il paraissait complètement épuisé par les exercices que lui faisait subir ses supérieurs. Il me proposa d'aller boire un verre dans le petit pub du village quand j'aurais fini mon service à l'hôpital. J'acceptais bien volontiers sa proposition sachant que depuis mon arrivée je ne m'était pas du tout intégrée et que je souffrais de ne pas avoir de personnes à qui parler, me confier. Nous pouvions passer des heures à parler de tout et de n'importe quoi : de la guerre, de nos familles…Il était mon soutient moral durant cette période trouble mais ça n'allait pas plus loin. Beaucoup de personnes, au camp et au village, nous auraient bien vu ensemble mais je considérais Johnny comme mon deuxième frère et lui aussi ne me considérait comme une simple amie. S'il en avait été autrement, je ne l'ai jamais su. Il me faisait beaucoup penser à mon frère et chaque fois que je le voyait je pensais à Matthias : je l'imaginais quelque part, blessé et incapable de me prévenir. Au fond de moi, j'avais l'espoir de le revoir un jour mais j'étais réaliste quant à sa mort. Le fait d'en parler avec Johnny me faisait du bien, c'était comme une sorte de thérapie. Je pouvais enfin exprimer ce que je pensais pendant de si nombreux mois.
Le temps passait plus vite en compagnie de Johnny. Je ne l'ai pas vu filer. Le printemps à fait place à l'été avec ses températures fraîches mais agréables. Durant les week-end de libres, pendant lesquels nous n'avions pas le temps de rentrer à Londres, nous partions pour les plages de Cornouailles avec une bandes d'amis de la base. Nous passions des journées entières à rire, à ne rien faire et pour un bon nombre d'entre nous, nous nous remettions des blessures infligées par l'entraînement qui devenait de plus en plus dur. Pendant ces week-end, nous oublions la guerre, le fait qu'on soit des soldats et qu'on allait partir en mission quand le moment serait venu.
J'ai passé un été mémorable cette année là. Un été remplit d'insouciance due à notre jeunesse. J'aurai voulu qu'il ne se termine jamais mais il toucha à sa fin et l'automne nous rattrapa. Avec l'automne vint la Toussaint, la Fête des morts. Pour la première fois de ma vie, j'avais quelqu'un à qui rendre hommage : mon frère. Mes amis m'aidèrent beaucoup à cette période mais se fut encore plus dur à Noël.
Je passais les fêtes chez ma grand-mère à Londres : un tête-à-tête de plusieurs jours mais ce ne fut pas comme ma précédente visite. Elle était beaucoup plus chaleureuse avec moi et elle refusa même sa traditionnelle invitation à un bal de la haute société pour rester en ma compagnie (ce qui était un immense honneur !). Nous avons passé Noël et le réveillon ensemble et le jour de la nouvelle année, nous reçûmes un télégramme de mes parents qui nous souhaitaient de bonnes fêtes. Il ne nous laissèrent aucune adresse pour les contacter, nous ne savions pas où ils se trouvaient mais ils étaient en vie et cela me suffisait, j'en ai même pleuré de joie ! Je repartis pour Exeter le 3 janvier tranquillisée. Mais comme à chaque fois en ces temps de guerre, la réalité nous rattrapa bien vite. Elle me surprit et me frappa de plein fouet. Personne ne s'y attendait. Nous partions en mission, rejoindre le Général Auchinlek en Libye pour essayer de repousser les Italiens. Nous partions à la guerre.
