Chapitre 3

La fille que nous attendons


Elle jeta un sort sur le château et sur ses occupants.

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La route s'étendait, longue et sombre, uniquement éclairée par le bout scintillant de sa baguette. Des impulsions d'électricité faisaient trembler le ciel irrégulier qui était suspendu proche de la terre, menaçant.

Il se mit à pleuvoir.

Hermione envisagea de faire demi-tour, mais le pub était plus loin que le Manoir des Malefoy. Au loin, le manoir était visible, son architecture en flèches noires élancées semblables aux doigts d'un cadavre qui atteindrait la surface. Mais était-ce pour chercher la lumière ou pour essayer d'emmener la lumière dans la pénombre ?

Ses vêtements étaient devenus lourds et ruisselants quand elle parvint au grand portail. A l'endroit où Boris avait juré avoir vu la terre céder aux enfers. Hermione frissonna, et pas seulement de froid, mais à cause des souvenirs de ce qui avait eu lieu à cet endroit, et de la terreur qui pourrait émaner de ce qui y était maintenant.

Les éclairs donnèrent à Hermione une vue précise du vieux manoir. Il était bâti de briques noires, et de longues tiges de lierre couvraient les murs comme les boucles des cheveux de Méduse. Le portail était grand ouvert, lui permettant d'accéder facilement à l'étroit chemin qui conduisait à l'entrée principale.

Hermione en savait assez sur la légende de l'alter-permutateur pour faire une rapide recherche de la demeure et voir s'il y avait une quelconque trace de l'objet magique. Elle pouvait le faire en quelques minutes. Il existait un sort pour révéler ce qui était caché. Et ce serait comme si rien ne s'était passé. Comme si elle n'était jamais venue. Elle prit une profonde inspiration et franchit les portes grinçantes.

La porte aurait pu laisser passer un géant adulte, et le heurtoir en argent qui l'ornait était en forme de dragon, mais celui-ci ne crachait pas de feu. Il crachait des serpents. Elle souleva le heurtoir et le laissa retomber sur le bois. Elle devait vérifier s'il y avait quelqu'un.

Pas de réponse.

Hermione aurait utilisé un sortilège avancé pour déverrouiller la porte, mais celle-ci n'était pas fermée à clé. Avec une profonde inspiration et le corps rempli d'un stress épouvantable, Hermione entra.

Il faisait noir comme la nuit. Et il lui était impossible de deviner plus que la silhouette des objets, à moins que sa baguette soit directement pointée vers eux. Elle braqua sa lumière en l'air, espérant que cela lui apporte une vue plus générale de l'espace.

Le hall d'entrée était large et voûté, des lanternes géantes, plus grandes qu'elle, suspendues au plafond. Elle ne se souvenait pas avoir vu cet endroit la dernière fois qu'elle était venue. C'était une bonne nouvelle. Hermione ne voulait pas penser à ce qui s'était passé la dernière fois.

Hermione s'avança de quelques pas, examinant l'entrée avant de commencer ses recherches. Elle aurait bien essayé « Accio Alter-permutateur », mais elle avait appris, lors de la chasse aux Horcruxes, que « Accio » ne fonctionnait pas sur les objets extrêmement magiques ou ayant reçu un lourd sortilège. Du moins, pas ceux qui étaient prévus pour rester cachés. Hermione aurait besoin d'utiliser un sort de localisation plus avancé et moins exact, qui pouvait la guider dans la direction générale de l'objet. Quelque chose ressemblant au jeu de « chaud et froid », auquel elle jouait étant enfant.

Elle s'arrêta. Il y eut un grincement timide. Puis un autre, et un autre. Des petits mots hâtifs provenant d'une voix aiguë, quelque part dans l'ombre. Il y avait quelqu'un d'autre, ici, et cela ressemblait à...

Oui, c'était ça. Un elfe de maison. Deux, en fait.

Celle qui parlait activement était petite et avait une ligne et des courbes inhabituelles pour une elfe de maison. Le bout de ses oreilles était noir. Elle portait un tissu rose autour de son petit corps. L'autre ne portait que du noir.

- Ah, allez, Lucky. Ça pourrait être la bonne, chuchota l'elfe de maison fille, ses yeux brillants et humides.

Hermione fit semblant de ne pas les entendre. Elle voulait savoir ce qu'ils diraient d'autre.

- Il faut la mettre dehors maintenant si on sait ce qui vaut mieux pour nous, marmonna Lucky, l'autre elfe de maison.

Il avait de grandes oreilles pendantes qui tombaient dans son dos, et des yeux gris perçants.

- Oh, chut. Ça va bien se passer. On ne peut simplement pas la renvoyer dehors maintenant. Il commence à y avoir de l'orage.

Un éclair illumina l'entrée béante, révélant des lustres en fer forgé et des meubles noirs parfaitement époussetés. Les elfes avaient fait leur travail. Le regard d'Hermione rencontra celui de l'elfe fille. Elle ne pouvait plus faire semblant.

- Bonsoir, miss, dit l'elfe de maison en tremblant. Je m'appelle Starry et voici Lucky. Nous sommes les elfes de maison du manoir.

Hermione sourit. Elle avait toujours aimé les elfes.

- Qu'est-ce qui ne va pas bien chez toi, à aller dire mon nom à des inconnus ? Tu essaies de me faire tuer ?

- Combien de fois devrai-je te dire que personne n'essaie de te tuer ?

Les yeux vitreux de Starry se tournèrent vers Hermione.

- Il pense toujours que des gens veulent le tuer, comme s'il était un chef mondial important. Je n'arrête pas de lui rappeler qu'il n'est qu'un pauvre elfe de maison et que tout le monde se fiche qu'il vive ou meure.

Hermione lança un regard d'excuse à l'elfe grognon, dont les bras étaient croisés sur sa poitrine d'un air de défi.

- Je suis certaine que ce n'est pas vrai. Je vous garantis que ça importerait à Starry si vous mourriez, et ça m'importerait aussi.

Lucky secoua la tête.

- Il ne va pas aimer ça du tout. Pas du tout.

- Qui ça ? demanda Hermione.

Y avait-il quelqu'un d'autre dans le manoir ?

- Ah, il fallait que tu l'inclues dans cette conversation, dit Lucky.

- C'est toi qui l'as fait ! Ne me rends pas responsable de ta grande bouche, lâcha Starry d'un ton sec. Oh, ma pauvre chérie. Vous êtes trempée jusqu'aux os. Il faut qu'on vous débarrasse de ces vêtements avant qu'une pneumonie ne vous donne la mort.

La petite main de Starry saisit les doigts d'Hermione et la traîna vers la cage d'escalier.

- Les seuls à attraper la mort, ici, c'est nous, quand il apprendra ce que tu as laissé entrer dans le manoir.

Starry mena Hermione en haut du grand escalier au bout du couloir, jusqu'à une pièce circulaire. Elle était presque entièrement blanche, avec une architecture faite de courbes et de tourbillons et un papier peint orné de feuilles argentées chatoyantes. C'était beau, et paraissait même heureux. Comment est-ce qu'une pièce comme celle-ci était arrivée dans un endroit aussi sombre et horrible que le Manoir des Malefoy ?

- Il y a des vêtements dans la penderie, ici.

Starry désigna un placard rose clair qui s'ouvrit dans un claquement, comme par magie, exposant un assortiment de belles robes.

- Choisissez celle que vous voulez, miss.

Lucky entra dans la pièce d'un pas lourd.

- Qu'est-ce que tu as bien pu faire encore ?

Il lança un regard noir à Starry.

- C'est franchement la chose la plus sacrément folle que tu aies encore faite.

- Ah, arrête de fourrer ton vieux nez pointu et irritable dans ce qui ne te regarde pas.

- Merci, mais je ne peux pas, dit Hermione en frissonnant dans ses vêtements mouillés.

Les robes étaient belles, et sèches.

- Absurdités, dit Starry. Ce n'est pas comme si quelqu'un les utilisait encore.

- Étaient-elles... étaient-elles à Narcissa Malefoy ? demanda Hermione.

Elles ne ressemblaient pas à ce qu'aurait porté Narcissa Malefoy, mais Drago n'avait pas de sœur. Il n'y avait personne d'autre à qui elles auraient pu appartenir.

- Ah, non. Elles étaient à elle, dit Starry en murmurant le dernier mot.

- Starry ! cria Lucky. Là c'est toi qui l'as dit !

- Qui ça ? demanda Hermione.

Lucky et Starry échangèrent des regards inquiets.

- Rien. Personne, miss, dit Starry.

Hermione était curieuse mais elle décida de ne pas insister. Du moins, pas maintenant.

Les elfes de maison quittèrent la pièce et Hermione se changea et enfila une robe en mousseline de soie bleu pastel qui flottait autour de ses genoux. Elle était vraiment très jolie. Et très différente de ce qu'aurait porté une Mangemort.

Quelques instants plus tard, Starry revint dans la pièce d'un pas tranquille, Lucky quelques pas derrière elle.

- Ah, miss. Vous êtes ravissante, absolument ravissante ! N'est-elle pas ravissante, Lucky ?

Le regard de Lucky lança des éclairs et celui-ci marmonna des mots incohérents.

- Je prends ça.

Starry prit les vêtements mouillés d'Hermione dans ses bras et les fit disparaître dans un bruit sourd.

- Ils sont dans la buanderie, miss.

Alors qu'elle disait cela, ses grands yeux vacillèrent vers l'avant-bras d'Hermione. Oh, non. Elle portait des manches courtes.

- Quelque chose est arrivé à votre bras ?

Starry tendit le bras vers celui d'Hermione, et celle-ci l'éloigna hors des regards.

- Tout va bien.

- Vous êtes sûre ? Ça ressemble vraiment...

- Starry ! Il est vraiment temps que tu te la FERMES !

Starry regarda Lucky fixement, et il la fixa en retour. La main de Starry vola jusqu'à sa bouche.

- D-désolée, miss, bégaya-t-elle. Allons vous faire du thé.

D'un claquement de doigts, une lanterne géante apparut dans la main de Starry.

Hermione suivit Starry au bas des marches, Lucky à leur suite. Elle ne voulait pas rester boire du thé. Elle voulait chercher l'alter-permutateur, mais comment faire si des créatures vivaient ici ? Et il y avait aussi toutes ces histoires qu'elle avait entendues à propos de cet endroit. Starry était vraiment gentille, et Lucky, quoique désagréable, n'était pas exactement ce qu'on pourrait appeler une puissante créature ténébreuse. Alors qu'est-ce qui causait tous ces ennuis ?

Ils passèrent dans un long couloir dont les murs étaient recouverts de papier peint représentant des chauves-souris et qui était sombrement éclairé par la flamme de la lanterne de Starry. Ce devait être son imagination, mais Hermione jura que certains chauves-souris avait des yeux. Des yeux rouges.

Les mains d'Hermione devinrent moites. Le mur sur leur gauche remuait comme s'il subissait les secousses de la fin d'un tremblement de terre. Hermione tenta de reprendre son équilibre. Peut-être avait-elle juste un vertige. Il y eut un horrible craquement, et un morceau du mur se détacha, puis se retourna, devant eux. Hermione se mit à crier et tomba en arrière, sur Lucky.

Le bout de mur brisé était en cinq points. Quand Hermione y regarda de plus près, elle vit que c'était presque de la forme d'une personne.

- M-maître, bredouilla Starry. Bonsoir.

Une voix glaciale se mit à rire. Le sol trembla tandis que le morceau de mur se secouait. De minuscules fragments de plâtre, de mur séché et de papier peint chauve-souris explosèrent dans le hall. Starry, Lucky et Hermione esquivèrent les débris volants. Quand le dernier morceau tomba par terre, Hermione leva le regard et trouva, là où le morceau de mur s'était tenu, son vieux rival de Poudlard, Drago Malefoy.

Ce n'était pas une bonne nouvelle. Vraiment pas.

Il était grand et élancé, comme il l'avait toujours été, mais un peu plus pâle, si c'était possible.

Sa peau était presque grisée, et des courbes et des traits y étaient visibles, éclairés par la faible lumière. Il portait un pantalon noir impeccablement repassé et des chaussures soignées et brillantes. La seule preuve qui montrait où il s'était tenu précédemment, c'était sa veste, donc le tissu portait le même motif que le papier peint. Et ses yeux étaient... Ils étaient d'un rouge léger qui faiblissait chaque seconde, retournant à leur clarté et retrouvant leur argent en fusion. Il était, osa-t-elle penser, assez beau. Quand Hermione reporta son attention sur l'endroit où le mur s'était cassé, elle ne vit aucune trace de ce qui venait de se passer.

- Malefoy ? Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda Hermione, sa voix quelque part entre un bégaiement et un hurlement.

Les lèvres de Malefoy se serrèrent.

- C'est ma maison. Qu'est-ce que toi, tu y fais, sang-de-bourbe ?

Hermione sentit une vieille haine lui brûler les entrailles. Ce n'était plus étrange ou mystérieux. C'était comme un cours de potions. Ce n'était plus que le vieux Drago Malefoy mal élevé qui faisait l'idiot.

- J'ai été envoyée ici par le Ministère, dit-elle calmement. Ce domaine leur appartient.

En un mouvement rapide, Malefoy passa près de Starry et saisit Hermione pas les épaules. Il l'écrasa contre le mur. Elle suffoqua.

- Essaie de me le prendre. Essaie, sang-de-bourbe. Je t'en supplie, gronda-t-il.

Il y avait quelque chose dans sa manière de le dire. C'était presque comme s'il l'implorait réellement. Hermione tenta de se défaire de sa prise, mais il la tenait fermement contre le mur.

- Ça fait mal, Malefoy ! cria-t-elle.

Elle fit le souhait de ne rien avoir dit. De ne pas lui avoir donné la satisfaction de savoir qu'il lui avait fait mal. Mais Malefoy laissa tomber ses mains, ses yeux parcourant le corps d'Hermione de haut en bas. Il ramena sa main et attrapa le tissu bleu.

- Où as-tu trouvé ça ? fit-il dans un grondement.

- Euh, je...

Les yeux d'Hermione vacillèrent instinctivement en direction de Starry, mais elle ne voulait pas que la pauvre elfe de maison ait des problèmes. Elle avait vu par elle-même comment un Malefoy traitait un elfe de maison.

- Je l'ai trouvée.

- Je la lui ai donnée, dit Starry.

Drago renvoya brusquement Hermione dans le mur. Il ne la touchait pas, mais son corps la bloquait quand même, l'empêchait de bouger. Elle tendit le bras pour prendre sa baguette. Ah, Merlin, non. Elle l'avait laissée dans ses autres vêtements. Ceux que Starry avait fait disparaître par la pensée.

- Personne n'est autorisé à entrer dans cette pièce.

Drago respirait lourdement et arpentait le couloir. Il était même en train de transpirer. Ses yeux froids se reposèrent sur Hermione.

- C'est les cachots, pour toi, sang-de-bourbe.

- Quoi ? demandèrent Hermione et Starry au même moment.

- C'est une intruse. C'est ce qu'on fait avec les intrus.

- Mais, monsieur, murmura Starry.

- Je t'ai assez entendue, lâcha Malefoy d'un ton sec, son attention tournée vers Starry.

Hermione saisit sa chance et se mit à courir, mais quelque chose n'allait pas. Elle s'enfonçait dans le parquet. C'était comme essayer de courir dans du ciment humide.

Non. Non. Non.

Les bras de Drago s'enroulèrent autour d'elle.

- Laisse-moi partir, hurla-t-elle.

- C'en est assez, sang-de-bourbe, lui dit-il à l'oreille.

Drago la traîna jusqu'au bout du couloir, puis au bas d'un petit escalier. Les pieds d'Hermione se heurtaient aux marches froides. Elle se jura de ne pas pleurer, mais elle sentait les larmes monter. Drago ouvrit violemment l'épaisse porte en ciment et jeta Hermione à l'intérieur. Elle trébucha sur le sol dur et glacé.

Leurs regards se croisèrent et s'arrêtèrent l'un sur l'autre. Puis il lui claqua la porte au nez.

Hermione allait mourir au Manoir des Malefoy. Elle le savait.

Hermione se mit à pleurer.


NOTE

Ahhhhh ! Désolée de vous avoir tant fait attendre ^^ Je pensais que je mettrais moins de temps, mais ce chapitre est aussi long que les deux premiers réunis. Les suivants sont de la même taille donc il me faudra un peu de temps à chaque fois.

Réponse aux revieweurs "anonymes" :

Clem : Merci pour ce super compliment :) Pendant encore 2 semaines je pourrai traduire assez rapidement, mais je serai bien plus occupée après ça, donc le rythme diminuera. J'essaierai de ne pas vous faire attendre plus d'une ou deux semaines entre chaque chapitre, mais je ne peux encore rien vraiment prévoir... A bientôt !

Guest : Ravie que ça te plaise ! Comment as-tu trouvé ce chapitre ?

Lecteurs de la Liste des Sept, je ne vous oublie pas ! Ma priorité était l'arrivée de Drago dans cette fic ;)

Chers tous, à très bientôt !

Delfine