Chapitre 3 : Nuit de folie

Le lendemain du passage de Lady Une à l'hôtel, dans la chambre de Yami et Heero.

Heero parti prendre une douche, Yami était seule dans la chambre. Elle était un peu angoissée par le plan de Lady Une. Comment allait-elle bien pouvoir faire pour chanter et danser devant une foule en délire, elle qui n'était pas du genre à se donner en spectacle ?

TOC-TOC-TOC !

« Oui ? » répondit Yami, pensive.

« C'est Quatre, je viens voir si tout se passe bien. »

Yami, ravie d'avoir un peu de compagnie, se tourna vers la porte : « Oui, entrez. »

Le jeune homme entra, un sourire un peu intimidé sur le visage.

« Aah. Heero est sous la douche. » Remarqua l'ancien pilote de gundam. « Tenez, je vous ai ramené ceci. (Il posa sur la table un petit paquet de thé) J'ai pu voir l'autre jour que vous aimiez particulièrement le thé, cette marque-là, surtout, alors je vous en ai ramené un paquet. »

Yami sourit timidement : « M-merci. »

« Ah, vous avez l'air nerveuse. » s'inquiéta Quatre. « Je vais vous préparer une tasse. Vous allez me raconter ça. »

Il lui prépara une bonne tasse de thé mais, comme il la lui tendait : « Oh ! J'avais oublié ! Il faut que j'apporte des vêtements aux autres filles ! Je repasserai tout à l'heure ! En attendant, reposez-vous bien. »

Yami-Rose avala sa première tasse d'une traite : « Merci. »

Et Quatre sortit.

De nouveau seule, Yami enchaîna tasse sur tasse : c'était comme si elle ne pouvait plus se passer de cette délicieuse chaleur qui coulait dans sa gorge et réchauffait tout son coeur et son corps, qui en avait bien besoin. Finalement, ce n'était pas si facile d'être dans un autre monde, loin de ses repères habituels. Même s'il y avait Heero. Ah… Heero… Heero qui était sous la douche… Hm… Ce bruit d'eau qui coulait… L'eau qui tombait du pommeau de douche et, roulait sur le corps de Heero. Enfin, c'est comme ça qu'elle s'imaginait la scène : une grosse goutte venait s'écraser sur son épaule puis partait au galop sur son bras. Une autre sautait sur son front offert à l'eau tiède, puis s'écoulait sur son visage aux traits détendus. Une autre se précipitait à la rencontre de son torse déjà humide puis allait s'aventurer plus loin, plus bas, vers des contrées inconnues.

Yami secoua brusquement la tête : « Mais qu'est-ce qui m'arrive, pourquoi je pense à des trucs pareils moi ?

Brusquement, le bruit de l'eau s'arrêta, laissant place à des bruits de frôlement, de frottements… Et Yami commença à s'imaginer Heero, sortant de la douche entièrement nu et enveloppant son corps de Dieu grec dans un peignoir. Hmmm… Le contact du tissu moelleux contre cette peau si douce…

La jeune fille avala une nouvelle tasse : « Nan mais je délire à plein pot, moi ! »

Elle alla s'allonger sur le lit et essaya de penser à autre chose, des choses beaucoup plus sérieuses, beaucoup moins excitantes. Elle prit un journal qui traînait sur la table de nuit et essaya de lire les titres… Réléna Peacecraft pardonne à ses agresseurs… Tiens, Réléna… voilà quelque chose de pas très excitant… Mais voilà que les lettres commençaient à se déformer sous ses yeux, formant les mots Heero et sexe ! Yami poussa un cri et jeta le journal. Attiré par le bruit, Heero sortit de la salle de bain, seulement vêtu du même peignoir que dans ses pensées d'il y a quelques minutes…

Il s'avança vers elle, intrigué : « Yami ? Qu'est-ce qui se passe ? »

Dans son esprit embrumé, Yami distingua Heero qui sortait de la salle de bain dans son peignoir légèrement entrouvert… À peine entré dans la chambre, il lui lança un regard de braise et lui susurra d'une voix sexy : « Yami… Que se passe t-il ? »

Yami, intimidée, balbutia : « Euh, hm, rien, j'ai cru voir quelque chose bouger mais c'était juste un coup de vent… Je dois être un peu fatiguée. »

De son côté, Heero détailla un peu la jeune fille : son regard était troublé, et elle avait l'air un peu agité. Elle devait certainement penser à ces terroristes.

D'un ton sérieux, il répliqua : « Tu devrais ne plus penser à ces terroristes. Wufei, Duo et moi sommes là pour vous protéger. Va te coucher et n'y pense plus. »

Des mots rassurants que l'esprit de Yami perçut d'une toute autre façon !

Heero, toujours avec ce même regard et ce même ton sexy, lui murmurait : « Moi je crois plutôt que c'était un cri de frustration. La frustration de ne pas avoir osé me rejoindre sous la douche… Mais ne t'en fais pas, j'ai d'autres projets pour nous… »

Yami était choquée : « …. Quoi ? »

Heero s'approcha d'elle : à bien y réfléchir, elle avait quand même l'air un peu fiévreux… Et si ses délires de l'autre jour recommençaient ? Espérons qu'elle n'allait pas encore lui sauter dessus… Il tenta de toucher son front pour déterminer si elle avait vraiment de la fièvre : « Tu es brûlante. Je vais appeler tout de suite un médecin. »

Il attrapa le téléphone.

« Allo, la réception ? Est-ce que vous pourriez nous envoyer un médecin, chambre 323 ? »

Mais pour Yami, la scène ne s'était pas du tout passée comme cela :

Heero s'approcha d'elle, avec un regard très prometteur… Yami ne comprenait plus rien, qu'est-ce qui se passait ? Heero lui faisait du rentre dedans, comme ça, sans raison ! Et il était tellement différent de d'habitude, il avait l'air possédé par un pervers ! Il s'assit à côté d'elle et lui caressa le front.

D'une voix douce, il lui murmura : « Je vais faire disparaître toutes tes frustrations… Mais avant cela, je vais demander à la réception de s'assurer que personne ne vienne nous déranger… »

Il s'empara du téléphone d'un geste souple et ordonna d'une voix ferme : « Allo, la réception ? Veuillez vous assurer que la chambre 323 ne reçoive aucune visite à partir de maintenant et pour toute la nuit… »

Yami déglutit difficilement, prit son courage à deux mains et déclara, très troublée : « Heero, je ne sais pas ce que tu as, tu n'es vraiment pas comme d'habitude, tu devrais te calmer tu sais, tout ça, ce n'est pas une bonne idée, on ne se connaît pas… C'est vrai que je te trouve mignon mais de là à faire ça… »

Heero la regarda sans comprendre. De quoi est-ce qu'elle parlait ? Tout ça avait l'air assez sérieux. Heureusement, le médecin était déjà sur place et frappa à la porte. Heero le fit entrer et lui expliqua la situation, l'air un peu inquiet : « Bonjour docteur, je suis chargé de la protection de cette personne et elle ne va pas très bien. Je crois qu'elle délire, elle m'a l'air fiévreux. »

Le médecin s'approcha de Yami pour l'examiner. Celle-ci ne comprenait plus rien à cette petite scène. Pour elle, quelqu'un avait frappé à la porte, Heero lui avait ouvert en lui disant : « Laissez-nous docteur, je suis chargé de satisfaire cette personne. Elle va très bien, elle sait que je vais m'occuper d'elle, c'est pour ça qu'elle est fiévreuse… » mais le médecin était entré quand même et tenait maintenant à Yami des propos étranges du style « Heero est sexy, mettez-vous bien ça dans la tête. »

Le médecin se tourna vers Heero : « Il semble qu'elle soit en pleine hallucination. Je vais lui faire une petite piqûre de BZ24, histoire de remettre un peu d'ordre dans sa tête. »

Yami sentit une seringue s'enfoncer dans son bras. Elle vit Heero et le médecin échanger quelques paroles incompréhensibles, puis, plus rien.

« Ca ne peut pas provenir de son traumatisme crânien. Je pense que c'est autre chose. Vous savez, il y a eu plusieurs cas comme celui-ci dans cet hôtel cette semaine. Je l'ai signalé, et des recherches sont en cours. Ces hallucinations ne sont pas bien méchantes mais restez sur vos gardes. Ça doit provenir de quelque chose, dans l'air. »

Heero acquiesça, très sérieusement : « Hm. Compris. »

Le médecin sortit et Heero déplaça Yami pour pouvoir rabattre les draps sur elle. Ça ne devait pas être facile pour elle. Loin de chez elle, dans un monde presque inconnu, victime d'hallucinations… il s'étonnait de ne pas la voir plus effondrée. Elle semblait même plutôt heureuse d'être ici, comme ses deux camarades. Ces filles étaient un peu étranges.


Dans la chambre de Wufei et Sunny.

Sunny examinait un à un avec dégoût les vêtements qu'elle s'était forcée à acheter dans les magasins quand Wufei entra dans la pièce, avec un petit sourire sur le visage.

« Je suis de retour. Je t'ai ramené quelque chose qui devrait te faire plaisir. »

Sunny, perplexe, répondit sans enthousiasme : « Hein ? Quoi ? Toi ? Je ne crois pas, non. »

Wufei posa un petit sac devant elle : « Si cet objet n'a aucune valeur pour toi, je veux bien le garder pour moi. »

Sunny se demanda ce que Wufei pouvait bien lui avoir apporté. Et surtout, qu'est-ce qui lui prenait d'agir comme ça ? Il avait presque l'air… gai ! Elle le regarda d'un air chargé d'incompréhension. Wufei gai ? C'était vraiment n'importe quoi ! Oh… et si… il commençait finalement à l'apprécier ? Voire qu'il l'aimait même un peu ? Et qu'il lui offrait un cadeau spécial, une bague, un bracelet ? Elle fouilla précipitamment le sac et y retrouva son mp3.

Fier de lui, Wufei ne put retenir un petit sourire : « Cela te convient-il ? Il est en bon état. Le disque et les piles sont toujours à l'intérieur. »

« Ah. Merci. » Lâcha Sunny, déçue.

Et elle balança l'objet sur le lit et reprit ses fouilles en quête d'un vêtement potable à se mettre sur le dos.

Wufei, un peu vexé que Sunny se fiche de l'effort surhumain qu'il avait dû accomplir pour récupérer le mp3 décida de changer de conversation : « Hmm. Bien, heu, tu as trouvé quelque chose qui te plaît (Il montra du doigt le tas de vêtements) là-dedans ? »

« C'est à dire que, ce n'est pas vraiment mon style de vêtements. Mais bon, Lady Une nous a dit qu'elle allait amener des stylistes demain ! » Répondit Sunny, gênée.

« Quoi ? Mais comment ? Avec le budget de la police préventive ? » S'exclama l'ancien pilote de gundam, choqué.

Sunny haussa les épaules : « Non ! Avec sa fortune personnelle ! »

« Aah, je vois. » soupira Wufei, à demi rassuré. « Bon. Tant mieux. Quelle catastrophe si elle avait pris dans les caisses des preventer ! »

Sunny s'enflamma soudain : « Ça c'est sûr ! Parce qu'on a TOUTE la garde-robe à refaire ! De la lingerie (Elle mit sous le nez de Wufei de grandes culottes de grand-mère) aux chaussures ! (Elle lui montra des espèces de chaussons de ballerine, chaussures plates et unicolores) »

Wufei, gêné, détourna les yeux de la lingerie : « Ah, heu, oui, très intéressant. Excuses-moi. Je ne suis pas du genre à parler chiffons avec des filles, ou même avec des hommes. Ces détails matériels ne m'intéressent guère. D'ailleurs, je ne savais pas que tu étais si matérialiste, ce n'est pas ce que Lady Une m'a dit. »

« Quoi ? Lady Une a dit des trucs sur moi ? Oh nonnn. » S'inquiéta aussitôt Sunny.

Wufei tenta de la rassurer, en souriant : « Ne t'en fais pas, elle n'a rien dit qui puisse se retourner contre toi, bien au contraire. »

Le suspense était intenable.

« Bah elle a dit quoi ? »

« Oh, je ne préfère pas te le dire, ça te mettrait mal à l'aise, et tu serais sans doute fâchée avec Lady Une. Je vais garder ça pour moi. » Murmura Wufei, sur un ton d'intriguant.

« Mal à l'aise ? Alors c'est sûrement n'importe quoi car je ne lui ai rien confié qui puisse me mettre mal à l'aise ! » Trancha Sunny.

« Ce serait un mensonge alors ? Pourtant, je croyais que tu m'aimais bien. » S'étonna Wufei.

Gênée, Sunny préféra à son tour détourner la conversation : « Ah, euh… hm. Bon ! Alors, des nouvelles des méchants qui veulent nous tuer ?

Wufei, voyant que son interlocutrice ne veut pas en dire plus à ce sujet, décida de lâcher l'affaire : « Aucune. Bon. Je crois que je vais prendre ma douche. »

« Ben, bonne douche ! » répondit Sunny, une expression indescriptible sur le visage.


Dans la chambre de Duo et Sora...

Après avoir pris une bonne douche et enfilé une chemise de nuit, la jeune fille sortit de la salle de bain. A quoi allait-elle bien pouvoir passer sa soirée ? Elle était curieuse de savoir quand ce grand projet de starification allait commencer.

Elle jeta un regard vers Duo, assis sur le canapé à regarder la télé et alla ranger ses vêtements dans un tiroir de la commode, avant de se tourner vers le jeune homme : « Alors, qu'est-ce qu'on fait ce soir ? Y'a quelque chose d'intéressant à la télé ? »

L'ex pilote de gundam se tourna vers elle et l'observa de haut en bas : comme la veille, elle avait remis cette longue chemise de nuit décolletée qui lui allait à ravir.

« Pas grand-chose, nan… » Répondit-il, l'air gêné.

Sora haussa les épaules : « On peut toujours discuter ! Voyons, je t'ai déjà tout raconté sur mon monde, sur ma famille… »

« Et je connais maintenant plein d'anecdotes entre toi, ta sœur et ton frère ! » compléta Duo en riant.

La jeune fille soupira : « Hm… A ce train-là, on n'aura plus aucun sujet de conversation d'ici la fin de la semaine. »

Duo avait bien envie de lui demander ce qu'elle avait dit à Lady Une à son sujet, la veille mais il savait que s'il lui demandait de front, il se heurterait à un mur. Alors qu'il se creusait la tête sur la meilleure manière d'amener sa question, ses yeux se posèrent sur le visage de la jeune fille, qui s'était assise dans un fauteuil.

Le bras appuyé sur l'accoudoir, son menton reposait sur la paume de sa main et elle regardait dans le vide, l'air soucieux. Aussitôt, l'ancien pilote de gundam s'alarma : « Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as l'air inquiet ? »

Sora répondit d'une voix un peu triste : « Je ne suis pas sûre de vouloir devenir une chanteuse. Je sais à peu près chanter mais je suis incapable de bouger avec grâce et élégance ! Je risque sans doute de tout gâcher ! Les gens vont me trouver stupide ! »

Duo sourit : « Mais non ! Qu'est-ce que tu racontes ? Tu seras très bien ! Si tu sais chanter, c'est tout ce dont tu as besoin pour être chanteuse ! Tu sais, pour être pilote de gundam, il suffit de savoir piloter une armure mobile, rien d'autre ! Wufei n'est pas toujours aimable et Heero sent autant le renfermé qu'un vieux grenier ! Ca ne les empêche pas d'être d'excellents pilotes de gundam ! Même si bien sûr, ils ne sont pas aussi bons que moi ! »

La jeune fille laissa échapper un éclat de rire et acquiesça avec un sourire malicieux : « Ahahah ! Duo… C'est vrai, vous êtes tous d'excellents pilotes ! Et bien sûr, tu es le meilleur de tous ! Mais être pilote et être chanteuse, ça n'a rien à voir ! Quand on est un artiste, l'attitude et l'apparence sont très importantes ! Hm… Toi, tu as de la chance : non seulement tu as les capacités d'un pilote d'élite mais en plus, tu as le physique et l'attitude pour être populaire ! (Elle soupira de nouveau) Si seulement, je pouvais en dire autant sur moi… »

Un grand sourire éclaira le visage de Duo : ça y est ! Il avait réussi ! Il savait exactement ce qu'elle pensait de lui et ce, sans même lever le petit doigt ! Toutes ces paroles n'étaient pas sans le faire rougir d'ailleurs. Recevoir des éloges de la part d'une fille aussi jolie et charmante que Sora était toujours plaisant.

Mais si la fille en question avait perdu le sourire, il avait alors toutes les raisons d'être insatisfait !

« Puisque je suis ton garde du corps, je serai à tes côtés pendant toute carrière ici, pas vrai ? Je te donnerai des conseils, si tu veux ! »

Etonnée, Sora releva la tête : « Ah bon ? Tu ferais ça ? »

« Bien sûr ! Tu verras ! Avec mes conseils, ce boulot de chanteuse sera un jeu d'enfants ! » Répliqua l'ancien pilote de gundam, d'un ton sans réplique.

Et, à dire vrai, il était impatient de la voir chanter dans une jolie robe qui mettrait en valeur sa silhouette…

Sora, finalement convaincue, hocha la tête : « C'est vrai… Ce sera peut-être même amusant ! »

La jeune fille sourit : les paroles de Duo, et la perspective de leçons particulières en sa compagnie, l'avaient définitivement rassurée. Bon, c'est vrai, il y avait de fortes chances pour que Duo ait été stimulé par ses compliments plein d'emphases mais elle avait été sincère et c'était là l'essentiel, n'est-ce pas ?

En tout cas, le jeune homme ne manquait ni de gentillesse, ni de générosité.

Telles étaient les pensées de Sora alors qu'elle regardait Duo avec des yeux rêveurs.


Dans la chambre de Sunny et Wufei.

La porte de la salle de bain s'ouvrit lentement pour dévoiler aux yeux de Sunny un spectacle non négligeable : Wufei, en caleçon et t-shirt, dégoulinant d'eau, les cheveux détachés, fit irruption dans la chambre.

Sunny s'exclama avec un sourire béat : « Ça te va bien les cheveux détachés ! »

Wufei rougit légèrement et regarda ses épaules sur lesquelles ses cheveux de ténèbres tombaient avec parcimonie : « Oooh, merci. »

Les propos de Lady Une à l'égard de Sunny semblaient se confirmer.

L'air gêné, il attacha ses cheveux et se fourra dans un peignoir qui traînait sur son lit. Mais de son côté, Sunny, de nature paranoïaque, commença à se poser quelques questions : peut-être avait-il mal interprété ses paroles ? Nan, c'était pas son genre d'analyser ce genre de phrases… Elle essaya donc de se plonger dans la lecture d'un livre que lui avait prêté Quatre mais ne parvint pas à se concentrer. Elle ferma le livre énergiquement et le posa sur la table de nuit, bien décidée à rétablir la vérité.

« Écoute-moi bien Wufei, parce que je ne le redirai pas deux fois ! » lui lança-t-elle soudain d'une voix ferme. « Okay, je t'aime bien, pour des raisons que j'ai malencontreusement laissé échapper l'autre jour, mais c'est tout ! Je n'ai pas envie de te sauter dessus ! Moi je trouve simplement que ce serait bien qu'on entretienne une relation amicale, vu que nous allons devoir passer quelques temps ensemble. »

Bizarrement, Wufei ressentit comme une légère déception. Au fond, l'idée qu'une jeune femme pouvait avoir une certaine attirance pour lui, être même un peu fan de lui, le flattait. En même temps, c'était certainement mieux ainsi : depuis que Lady Une lui avait parlé de cette histoire de lion, il se sentait un peu bizarre, un peu chamboulé. Comme si tout ça lui faisait plaisir. Il avait tendance à voir Sunny différemment d'une simple personne à protéger, ce qui n'était pas bon pour le déroulement de la mission. Il allait lui répondre qu'aucune relation, même amicale n'était possible entre eux quand le téléphone sonna. C'était Lady Une : elle voulait parler à Sunny. Il passa le combiné à sa protégée qui n'émit que quelques « Hm-hm. » pendant la courte durée de la conversation. Puis la jeune fille raccrocha sans un mot, avant de se tourner vers lui.

« Ordre de Lady Une : on doit tout de suite commencer à travailler sur le projet IDOLE. Des stylistes vont débarquer (On toqua à la porte) pour nous aider à nous trouver une personnalité, selon elle. Comme si on en était dénué, très sympa Lady Une ! »

Elle alla ouvrir la porte : une nuée de professionnels de la mode s'infiltra dans la chambre, les bras chargés de mallettes et de vêtements.


Plus tard, ce soir-là, Yami-Rose et Sora, ainsi que leur garde du corps personnel, frappèrent à la porte de la chambre de Sunny, comme elle le leur avait demandé. Pourtant, à leur grande surprise, ce fut Wufei qui leur ouvrit, la mine dépitée et l'air fatigué.

« Ah, c'est vous. Entrez. »

Tous les quatre le suivirent à l'intérieur de la chambre, et là, ils durent s'arrêter juste sur le seuil, tant la scène devant leurs yeux était épouvantable : Sunny était entourée par une dizaine de stylistes qui la submergeaient de questions, de tissus, et de conseils.

Ce qui ne l'empêcha pas de les entendre arriver. Elle les toisa alors d'un air énervé et leur lança : « Ah ! Bah vous êtes là ! »

Aussitôt, les stylistes se tournèrent vers Duo, Heero, Sora et Yami-Rose et se précipitèrent vers eux en secouant leurs bras, chargés de mètres de tissus et en ouvrant grand leur bouche, pleine de bonnes paroles sur l'art de bien s'habiller.

Sora et Yami-Rose se serrèrent l'une contre l'autre, en poussant un cri d'effroi : « Hiiiiiiiiiiiiiiii ! »

Trop tard, la vague s'abattit sur elles sans que les garçons aient pu faire quoi que ce soit pour les protéger.

« Non ! Arrêtez ! » Leur intima Sunny. « On se calme ! C'est MOI qui vais diriger les opérations ! »

À ces mots, les stylistes se figèrent sur place et s'écartèrent des deux malheureuses victimes, déjà enrubannées comme des cadeaux de Noël.

Sunny s'avança alors vers sa sœur et son amie et leur exposa la situation : « Alors, les filles, Lady Une nous demande de commencer dès maintenant notre relooking. Voici les stylistes qui vont nous conseiller. »

« Ouaiiiiiiiiiiiiiis ! » s'exclama Yami, toute excitée.

Sora renchérit avec enthousiasme : « Ouaiiiiis ! Génial ! On va bien s'amuser ! »

Duo et Heero échangèrent un regard terrifié.

« Les filles, il est 22h30 ! Ça peut attendre demain, non ? » demanda l'ancien pilote du Deathscythe.

Sunny le toisa froidement et répliqua d'un ton agacé : « Non, pour demain, elle nous a déjà programmé une conférence de presse, des interviews et un plateau télé ! »

« Si vous êtes trop fatiguées pour répondre aux questions des journalistes, vous n'arriverez à rien ! » tenta de la raisonner Heero.

Mais la jeune fille semblait visiblement sur les nerfs. D'un ton exaspéré, elle balaya le problème : « Va dire ça à Lady Une ! » Puis elle se tourna vers ses deux acolytes : « Alors les filles, quel look vous voulez avoir ? Yami, ce monsieur (Elle montra un type qui regardait Yami d'un air timide) te voit bien avec un look sexy : cuir et tout et tout ! »

Yami regarda Heero du coin de l'oeil : « Oui, pourquoi pas ? Ça peut plaire à beaucoup de monde. »

«Quant à toi Sora, cette dame (elle montra une vieille rombière qui n'avait pas l'air commode) veut faire de toi une jeune fille en fleur ! »

Sa voix était hésitante et sa sœur accueillit l'idée avec méfiance : « Une… jeune fille en fleur ? Ca veut dire quoi au juste ? Vierge et sans défense ? Naïve et sensible ? (Elle haussa soudain le ton et son regard se fit perçant) Ou bien carrément cruche ? »

Les garçons la regardèrent d'un air étonné.

Sora s'en aperçut et reprit, sur un ton plus calme : « C'est vrai que j'aime bien le style romantique mais… je ne veux surtout pas tomber dans le style gniangnian, vous comprenez ? Je ne suis pas une Lorie, une Priscilla, ou encore moins une Alizée ! ... Quoique, elle est quand même sexy et classe par moments. »

Sunny posa une main sur son épaule et s'employa à la rassurer : « Mais Sora, ce ne sont pas des looks très déterminés, c'est juste un, comment dire, une approche générale ! Quelques fois, on pourra être toutes les trois sexy ! »

Les garçons échangèrent un rapide regard gêné, rougirent, puis regardèrent ailleurs, comme s'ils n'avaient rien entendu...

La vieille rombière intervint, agacée qu'on critique son idée : « Et ce look ne sera pas gniangnian, il sera bohème ! »

« Et c'est quoi selon vous un look bohème ? » s'enquit Sora, toujours soupçonneuse.

« Des fleurs, des rubans, des tissus vaporeux, des vêtements bien larges… »

« Quoi ? LARGES ? » S'écria la jeune fille, scandalisée. « Mais c'est nul ! C'est fade, ça n'a pas de forme et, on ne voit rien ! »

Wufei et Duo sursautèrent et reculèrent discrètement vers la porte, pour s'enfuir.

Sunny essaya de calmer sa sœur : « Bon ! Laisse tomber, tu prendras ce que tu voudras ! (Elle vit les garçons tenter de s'enfuir) Messieurs ! Restez là, vous allez aider ! »

Les trois g-boys échangèrent un regard désespéré avant d'être emportés dans la tornade.

Sora prit à sa sœur a parti et lui demanda d'un ton curieux : « Et toi alors, quel look on va te donner ?

Sunny répondit, en plaisantant : « Moi j'aurai un look glamour, classe, bref, un truc qui me ressemble. »

Sora, dégoûtée, la regarda s'éloigner et marmonna : « Ouais… Tu prends le meilleur rôle comme d'habitude ! (Puis elle sourit d'un air déterminé) Mais puisqu'on fait partie d'un groupe maintenant, je vais créer mon propre rôle sur mesure, tu vas voir ! »


Quelques minutes plus tard, dans la même chambre.

Heero observait Yami-Rose, debout sur un tabouret, d'un air étonné. La jeune fille fermait lentement la fermeture éclair de sa combinaison de cuir noir, lentement, très lentement. À moins qu'il ne soit en train de se faire des ralentis dans sa tête ? Ses yeux ne pouvaient se détacher de sa silhouette parfaite, de ses hanches aux courbes bien dessinées, ses longues jambes ciselées avec précision, sa taille serrée par le cuir, comme la vis d'un gundam, absolument parfaite.

MAIS ! Que lui arrivait-il ? Pourquoi cette vision si étrange du corps féminin ? Après tout, ce n'était qu'un amas de chair sur des muscles qui enveloppaient des os ! Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait : d'habitude, les femmes le laissaient indifférent et il n'avait jamais ressenti d'attirance particulière pour personne, mais ces trois jeunes filles, et surtout Yami qu'il côtoyait de manière presque intime, lui faisaient voir la gente féminine d'un point de vue assez inhabituel…

« Heu, jeune homme ! Pourriez-vous aller me chercher la corbeille E-3, s'il vous plaît ? »

«E-3 ? Je m'en occupe tout de suite. » Répondit Heero, d'un ton sérieux.

Il donna un brusque coup de tête sur le côté pour décrocher son regard de Yami et se mit en quête de la fameuse corbeille E-3.

A-3. Des chapeaux. Non.
B-3. Des cravates. Non plus.
C-3. Des rubans. Mais pourquoi des rubans ? Il regarda Sora. ... Sora/des rubans roses... Sora en jeune bergère, des rubans roses pleins les cheveux, lui souriant timidement… Enfin, ce n'était pas ce qu'on lui avait demandé.
D-3. Des perruques… Blondes… Brunes… Rousses… Pendant un moment, il imagina Sunny avec une perruque rousse… ça lui irait plutôt bien. Elle aurait une allure de tigresse, avec son regard perçant… Mais, bref, il ne s'agissait pas de se mêler du relooking mais de chercher une certaine corbeille…

AH ! E-3 !

...

Des, des sous-vêtements ! Du rouge, du noir, des petites fleurs, des paillettes, des rubans, des voiles, et même...

« OH ! Le pervers ! Mais qu'est-ce qu'il fait avec un soutien-gorge en cuir ? »

La vieille rombière styliste lança des regards affolés autour d'elle en montrant Heero du doigt, comme un grand criminel.

« On m'a demandé de ramener cette corbeille. Excusez-moi. » Répondit Heero, le plus calmement du monde.

Il la poussa légèrement et rejoignit le groupe de sa protégée.

Sunny, très pâle, avait assisté à la scène et se précipita vers sa soeur pour lui raconter les faits : « Sora, Sora ! Je viens de découvrir que Heero est un pervers fétichiste des sous-vêtements ! »

« Quoi ? Tu plaisantes ? C'est pas possible ! » S'exclama Sora, étonnée.

Sunny répliqua, d'un air perfide : « Si. J'ai toujours su qu'il avait un côté pervers ! »

« Nan, pas Heero ! » murmura Duo, déconcerté.

« Mais si, je l'ai vu CARESSER des bonnets de soutien-gorge ! » insista Sunny.

« OH MY GOD ! » lâcha sa sœur, choquée.

Duo renchérit, troublé : « Nan ! C'est pas vrai ! »

« Mais si, j'vous assure, je- Hééé ! »

Deux stylistes empoignèrent Sunny par les épaules et la tirèrent en arrière jusqu'à son aire personnelle d'essayage.

Sora la regarda s'éloigner, toute excitée : « Incroyable ! Heero, en pervers ! Je savais bien qu'en vous côtoyant, on découvrirait de nouvelles choses sur vous mais si je m'attendais à ça ! »

« Oui mais, il faut avouer que l'ambiance n'est pas très saine par ici : toutes ces choses, si nouvelles ! Ces trucs de filles, on n'a pas l'habitude ! » Expliqua Duo, un peu gêné.

« C'est vrai ! Je suppose que Hilde ne doit pas se trimballer tous les jours en sous-vêtements dans votre maison ! »

Imaginant la situation, Duo vira à l'écarlate.

« Heu, nan ! Je ne sais pas comment ça se passe dans votre monde mais ici, les gens sont très pudiques ! On ne parle pas de choses comme ça si facilement et on s'habille très couverts ! »

Sora l'observa un moment puis rajouta, un peu timidement : « Désolée. Je t'ai gêné en parlant de ça. Je n'aurai pas dû aborder le sujet si légèrement. »

« C'est pas grave, tu ne pouvais pas savoir. Et puis, qui sait ? Si vous devenez célèbre, vous allez peut-être lancer une nouvelle mode ? »

À cette idée, la jeune fille retrouva le sourire : « Peut-être ! En tout cas, ça nous éviterait d'avoir sans cesse recours à des stylistes dans nos chambres d'hôtels pour trouver des vêtements ! »

La vieille rombière s'approcha de Sora : « Excusez-moi mademoiselle, vous pouvez monter sur ce tabouret s'il vous plaît, il faut que je re-vérifie vos mesures. »

« Oh oui, bien sûr ! »

Avec mille précautions, elle monta sur le tabouret et fixa le sol avec prudence.

Duo fronça les sourcils : « Ça va pas ? On dirait que t'as le vertige. »

« Oh, juste un peu, c'est rien. (Elle hésita un moment puis se lança) Hm, ça ne te dérange pas si je m'appuie sur ton épaule ? » Demanda-t-elle d'une petite voix timide.

« Nan-nan, vas-y ! J'te la prête ! »

Sora, rassurée, posa une main sur son épaule et lui sourit : « Merci. »

La vieille rombière leva les yeux au ciel, marmonnant : « Quel cinéma pour pouvoir le peloter. »

Duo fixa Sora un moment en rougissant. Cette façon de sourire un peu maladroite, comme si elle s'attendait à un refus, comment lui dire non ?

« Bon, ne bougez pas, je vais placer des aiguilles. »

Sora fixait Duo rêveusement et répondit d'une voix distraite un petit « oui... »

Les deux jeunes gens se regardèrent longuement, mais c'était sans compter la maladresse (ou la jalousie) de la styliste, qui piqua Sora dans une partie très charnue de son anatomie.

« Aaaaaaoutch ! » fit la jeune fille, surprise.

La rombière voulut poser un morceau de soie sur la partie douloureuse mais dans sa précipitation, elle poussa malencontreusement la jeune fille qui perdit l'équilibre et s'appuya sur Duo, qui tomba à la renverse, entraînant Sora dans sa chute !

Bouuuum !

« Au moins, comme ça, cette mijaurée a eu ce qu'elle voulait » marmonna la bonne femme.

Gloups. Le hasard n'avait pas fait les choses à moitié, pensa Duo. Non seulement Sora était tombée sur lui mais en plus, elle le recouvrait complètement et il pouvait sentir la chaleur de son corps contre le sien, sa peau contre la sienne... SA PEAU ?

Duo tourna brusquement la tête et constata que ce qui recouvrait une partie du corps de la jeune fille était à présent éparpillé autour d'eux. En plus, tout le monde s'était retourné vers eux et les fixait avec surprise, puis les garçons détournèrent le regard, et les filles prirent une expression horrifiée. Enfin, les stylistes réagirent avec énergie : elles empoignèrent solidement Sora, l'enveloppèrent dans une grande cape et ordonnèrent à Duo, « ce pervers » comme elles disaient, de quitter la chambre.

« Arrêtez ! Duo n'est pas un pervers ! C'est moi qui suis tombée sur lui ! » Leur expliqua Sora, affolée.

Mais les stylistes ne l'écoutèrent pas et l'empêchèrent de sortir de la pièce en la menaçant avec leurs aiguilles.

Sora regarda d'un air triste Duo sortir, le regard vide tel un zombie.

Sunny se tourna vers Wufei, l'air rassuré : « Au moins, avec toi, y'a rien à craindre, tu n'es pas du genre à te faire des fantasmes ! »

Wufei, qui s'imaginait Sunny dans diverses tenues sexys qui traînaient autour de lui, détourna la tête d'un air gêné : « N-non ! Bien sûr que non ! »

Le voyant rougir, elle lui lança un regard suspicieux.


Minuit. Dans la chambre de Heero et Yami-Rose, les trois garçons attendaient la fin des essayages.

«Heu, les mecs ? Je peux vous parler de quelque chose d'un peu personnel, au sujet des filles ?» leur demanda soudain Duo, un peu embarrassé.

« Heu, ouais ? » accepta Wufei, avec hésitation.

« Un problème ? » s'enquit Heero.

« Un peu. En fait, depuis qu'on a rencontré ces filles, vous vous sentez pas un peu bizarres, différents ?

- Non, pas vraiment.

- Absolument pas. »

Duo les regarda d'un air de plus en plus gêné. C'était impossible qu'il soit le seul à ressentir ça !

« En fait, je parlais plutôt d'une sorte de trouble, d'attirance. (Les autres les regardèrent de travers) Je sais que je ne connais Sora que depuis quelques jours, mais je pense que c'est parce qu'elle et les deux autres filles sont différentes des filles de notre monde. Elles sont plus féminines, elles nous connaissent bien, elles ont l'air si proche de nous ! Et en même temps, elles mêmes sont si mystérieuses ! »

« C'est vrai qu'elles ne ressemblent en rien aux filles que nous connaissons : elles parlent plus librement, elles sont aussi (Il rougit) plus libérées ! C'est choquant ! ... Et à la fois troublant. » Murmura Wufei, pensif.

Heero renchérit : « Ça pour être choquant... »

« Mais c'est vrai que j'apprécie particulièrement le fait qu'elles nous connaissent bien, je me sens compris. » rajouta Wufei en souriant.

« Ouais, dis plutôt que tu aimes bien l'idée d'être vu comme un « lion superbe et généreux » ! » le taquina Duo.

« Mais pas du tout ! ... Pas seulement. Je discute souvent avec Sunny et elle me comprend très bien. J'aime beaucoup passer du temps avec elle. »

Duo acquiesça : « Je te comprends. Moi aussi, je passe de bons moments avec Sora. Et toi Heero ? Comment ça se passe avec Yami-Rose ? Elle a l'air plutôt sympa. (Il rajouta avec un sourire qui en disait long) Et totalement accro à toi ! »

Heero répliqua froidement : « Je n'ai pas fait attention. Je reste concentré sur la mission, MOI. »

« Ah ouais ? C'est vrai que tu avais l'air très concentré tout à l'heure ! Le nez plongé dans la corbeille E-3 ! » lui lança Duo, d'un ton faussement innocent.

« Ça ne te regarde pas ! »

« Heero ! Duo et moi, nous t'avons donné nos impressions sur les filles ! Alors sois honnête et arrêtes de nous donner des leçons ! Je suis sûr que cette fille ne te laisse pas indifférent ! » Le gronda l'ancien pilote du Shenlong.

« Non. Je ne ressens rien. Maintenant excusez-moi, je dois retourner à ma chambre. » Répondit Heero d'un ton froid.

Il se leva et se dirigea vers la porte sous le regard perplexe des deux autres g-boys.

« Mais, c'est SA chambre, ici ! » s'exclama Duo, perplexe.

Wufei soupira : « Vraiment pitoyable, il refuse de voir la vérité en face. »

Heero préféra les ignorer et fonça tête baissée : « J'y vais. »

Mais alors qu'il s'apprêtait à sortir, il s'arrêta net devant Sunny qui venait d'ouvrir la porte de la chambre. Elle se glissa dans l'entrebâillement et referma la porte derrière elle avec précaution.

« C'est terminé ! On vient vous montrer le résultat. C'est pas mal du tout hein ? »

La jeune fille fit un tour sur elle-même pour montrer aux garçons sa tenue : une jupe prune lui descendant sur des bottes noires, et un chemisier en soie noir noué au cou par une fleur mauve elle aussi en soie.

Heero détourna son regard : « Hm. »

Wufei fit de même : « Ce ne sont que des vêtements. »

Duo hocha la tête : « Ouais c'est pas mal, mais ça fait pas trop chanteuse. Tu as plutôt l'air sur le point d'aller prendre le thé avec ces dames ! »

« Mais moi je n'aime pas les paillettes et les excentricités… » expliqua Sunny. « Mais c'est pas le cas de tout le monde, vous allez voir ! (Appelant Sora et Yami) À vous les filles ! »

Yami-Rose fit brutalement irruption dans la pièce, d'une démarche fière et déterminée : elle portait une jupe en cuir fendue jusqu'à la hanche avec un chemisier en soie transparent et largement ouvert, sur un soutien-gorge noir, en cuir aussi.

Heero en resta bouche bée.

Yami-Rose s'arrêta devant lui et lui lança d'un ton fier : « C'est pas mal, hein ? »

L'ancien pilote de gundam acquiesça silencieusement en refermant lentement sa bouche. Duo fixait la porte avec impatience tandis que Wufei tentait d'expliquer à Sunny que Yami ne pouvait pas paraître comme ça en public.

« Si vous veniez faire un tour chez nous, vous verriez tout de suite que c'est plutôt soft ! » lui expliqua la jeune fille d'une voix calme.

Wufei la regarda, choqué : « Sunny, je ne peux pas croire que tu puisses porter ce genre de tenues ! »

Sunny le rassura : « Moi non, je n'ai pas envie qu'on me reluque ! Mais beaucoup le font, et ça ne choque que les faux sainte-nitouche ! Les gens qui s'en plaignent rêvent en fait secrètement de sortir avec ce genre de filles ! »

Wufei était scandalisé : aucun doute, il s'agissait d'une attaque contre lui !

« Quoi ? Tu penses que j'aime les femmes légères ? »

Sunny se rendit compte de sa maladresse.

« Oh non ! Je ne parlais pas de toi ! Je parlais en général ! (Elle essaya de le brosser dans le sens du poil) Toi, tu es trop spécial pour te comporter comme ces… euh… ces malotrus ! »

Wufei ne répondit rien mais semblait rassuré. Sunny se dit qu'elle était vraiment maladroite, une sorte de Pierre Richard au féminin. Avec elle, Wufei n'avait pas finit de s'énerver.

« Ca y est ! Je peux entrer ? »

Sunny se tourna une demi-seconde vers Sora : « Oui, bien sûr ! Je suis sûre qu'ils veulent voir ! Enfin, seulement certains parce d'autres (Elle fixa intensément Wufei) ne s'intéressent qu'à la beauté intérieure, ce qui est bien. »

Wufei sourit légèrement : « Ça va, n'en fais pas trop. »

Sora entra lentement dans la pièce, Duo écarquilla les yeux : la jeune fille portait une petite robe beige qui lui descendaient jusqu'aux genoux et des escarpins assortis qui laissaient voir le bout de ses orteils. Si la tenue paraissait plus simple que celle des deux autres filles, plein de petits détails la rendait tout aussi charmante. Des longues boucles d'oreille en forme de fleur aux petites manches princesse en passant par la rose en tissu qui ornait la taille de Sora, sans oublier le décolleté, joliment mis en valeur par les deux bandes de soie en dessous et au dessus de la poitrine.

Sora, fière de sa tenue, fit un petit tour sur elle-même : « Alors ? Plutôt pas mal, hein ? Pour une jeune fille en fleur ! »

Duo rougit légèrement, en souriant comme un air idiot : « Alors là, je sais pas quoi dire ! Tu es… »

Elle était tout simplement… parfaite. Avec les commentaires de la vieille rombière de tout à l'heure, il avait eu peur que Sora soit noyée sous une tonne de tissu ou bien qu'elle entre dans la chambre plus enrubannée qu'un cadeau de Noël mais là, elle était exactement comme il l'avait désirée. Voulue. Imaginée, oui, plutôt comme il l'avait imaginée.

Sora, ravie de l'effet que produisait sa tenue, sauta sur l'occasion pour le taquiner : « Hé hé hé ! Tu as perdu ta langue, Duo ? »

« Pour une fois. » commenta Heero, pince sans rire.

Sora regarda Duo d'un air amusé et celui-ci se gratta l'arrière de la tête avec un sourire embarrassé. Mais Sunny, accompagnée de Yami-Rose agrippa soudain sa sœur par le bras avant de s'adresser aux garçons : « Hé ben je vois que ça vous plait ! »

« Euh, oui. » bredouilla Duo, embarrassé.

« NON ! » trancha, Wufei, choqué.

Heero détourna le regard : « Cela m'est indifférent. »

« Ils jouent les glaçons mais vous avez vu leurs regards ? Ils adorent ! » Lança Sunny à ses deux complices.

« C'est clair ! » s'exclama Yami. « Et si on réfléchissait à ce qu'on va chanter ? »

« Oh oui ! » renchérit Sora, toute excitée. « Y'a plein de trucs qu'on pourrait chanter ! Des choses qui iraient à chacun de nos styles ! Des chansons sobres et classes comme du Dido ! Ou encore du romantique comme Norah Jones ! Et quand tout le monde serait bien habitué à ton look, Yami, peut-être qu'on pourrait se mettre à chanter des trucs sexy ! »

« Moi j'aimerai bien chanter du Evanescence… » murmura Yami, rêveuse.

« Quoi ? Du Evanescence ? » S'exclama Sora, choquée. « Oh non, c'est trop déprimant ! C'est pas parce que ce monde est en paix qu'il faut leur donner une nouvelle raison pour broyer du noir ! Moi je veux chanter des choses joyeuses ! Positives ! … Peut-être de la J-pop alors… Mais il faut aussi des histoires d'amour contrarié, un peu de drame ! … Oui, peut-être qu'un peu d'Evanescence… »

Pendant ce temps, les garçons se mirent à part.

« On ne peut pas les laisser s'habiller comme ça ! » murmura Wufei, agacé. « Yami s'habille de manière trop provocante ! Heero, tu ne dois pas laisser passer ça ! Comment feras-tu pour la protéger si des hommes tournent autour d'elle ? Ils finiront peut-être même par la violer ! »

« Ça ne change pas grand-chose : avec ou sans cette tenue, elle reste menacée par les terroristes. » répliqua Heero. « Moi au moins, je ne me laisse pas influencer par le physique de la personne que je dois protéger. Rappelez-vous les gars, ceci est une mission, pas un club de rencontres. »

De son côté, Sunny était très loin de ces considérations sentimentales : « Evanescence, c'est pas mal, mais ça n'irait pas avec notre style vestimentaire… À moins de changer l'orchestration de toutes les chansons… Faut voir ! De toute façon, on peut varier ! Quant à la J-Pop… chanter en japonais, bonjour les dégâts ! Tu ferais mieux de chanter du Whitney Houston Sora, ça irait super bien avec ta tenue…

« Et moi alors ? Ça m'irait pas du tout ! » s'exclama Yami.

Mais Sunny commence déjà à chanter :

« So I'm saaaving all my love, for yooooou ! Euh… hm, excusez-moi, c'est qu'il est tard, je commence à perdre les pédales. »

Yami-Rose s'imagina un instant chanter Saving all my love for you à Heero et changea d'avis brusquement : « Finalement, ça peut être intéressant aussi. »

« Je, je ne suis pas influencé par son physique. Je m'inquiète pour elle, c'est tout. » éclata soudain Wufei.

Les deux garçons se tournèrent vers Duo, pour avoir son avis sur le sujet.

Duo haussa les épaules : « Mais qu'est-ce que vous leur reprochez à ces tenues ? Elles sont un peu provocantes, c'est vrai mais ce sont des artistes après tout : les artistes recherchent toujours la nouveauté. Elles doivent faire parler d'elles ! »

Sora soupira, un peu déçue : « Bon, de toute façon, on ferait mieux d'aller dormir, on aura les idées beaucoup plus clair demain ! Moi en tout cas, je vais me coucher. Bonne nuit les filles ! (Elle se tourna vers les trois garçons) Bonne nuit les garçons ! »

Duo se tourna vers elle et la rejoignit précipitamment : « Hé, attend ! J'viens avec toi ! »

Sora lui répondit avec un sourire amusé : « Mais je peux me coucher toute seule, tu sais ? A moins que tu ne veuilles me border ? »

Puis, sans lui laisser le temps de répondre, elle s'engouffra dans le couloir. Duo resta cloué au sol pendant quelques secondes, médusé, puis, après un échange de regards inquiets avec les autres garçons, il sortit à la suite de la jeune fille.


Tout le monde alla donc se coucher mais la nuit n'en fut pas calme pour autant ! Même dans leurs rêves, les g-boys restaient troublés par les évènements de la journée ! Les filles ne leur laissaient aucun répit !

Il était seul avec elle, dans cette même chambre où s'étaient déroulés les essayages. Mais cette fois-ci, il ne s'agissait plus d'essayer des tenues de scènes, mais quelque chose de plus intime.

Il s'agissait de sous-vêtements !

« Alors, il te plaît ? »

Heero leva les yeux vers Yami, absolument divine dans un porte-jarretelles blanc en dentelle.

« Hum, tu es très bien, mais tu vas attraper froid. »

Yami lui lança un petit regard timide : « C'est que… j'avais pensé que… pour me réchauffer, on pourrait aller prendre un bain chaud ensemble… »

« C'est que, je, je dois venir ? » demanda Heero, gêné.

Yami tripota une bretelle de son porte-jarretelles, dans un geste nerveux : « Oooh ! Mais je dois toujours rester avec mon garde du corps ! Après tout, il doit garder mon corps, toujours, dans n'importe quelle circonstance. »

A ces mots, Heero devint écarlate : « Heu, c'est vrai, c'est ma mission. »

La jeune fille fit glisser une de ses bretelles : « Alors, mission acceptée ? »

Heero, intimidé, fixa son épaule nue : « Je... »

Yami haussa les épaules et lui fit un clin d'œil coquin : « Je crois que ma prochaine tenue achèvera de te convaincre ! »

Elle s'en retourna dans la salle de bain d'une démarche chaloupée que Heero observa d'un oeil qui commençait à se faire expert.

Quelle allait être la prochaine tenue qu'elle porterait ? ... Cuir ? Latex ? Soie ? ... Velouuuuurs ? Plastique ? Ou peut-être même, rien ?

Soudain, Yami ouvrit brusquement la porte et s'appuya contre le mur dans une pose sexy : « Omae o korosu. C'en est fini pour toi Heero parce que voici mon arme ultime ! »

Elle s'avança vers lui avec un air amusé. Plus elle s'approchait de lui, plus Heero pouvait sentir une odeur de fraises chatouiller ses narines. Elle semblait venir de la jeune fille et plus précisément de son porte-jarretelles rose pâle. D'ailleurs, celui-ci avait une apparence étrange, un peu comme de la pâte d'amande.

Ce serait quelque chose qui se mange ?

Yami se hissa sur la pointe des pieds et murmura à son oreille : « Heero, manges-moi. »

« Qu-QUOI ? »

Elle lui sourit et prit sa main pour la poser sur sa poitrine : « Allez. »

Heero se pencha en avant : les bonnets avaient l'air si appétissant.

Peut-être que juste pour goûter ?

Il avança ses lèvres timidement et...

DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIING !


Wufei entra dans le bureau de Lady Une, qui l'accueillit à bras ouverts :

« Ah vous voilà ! Vous voulez tout savoir à propos de cet amour exceptionnel que Sunny vous porte ? »

« Oui mais, c'est juste pour LE TRAVAIL ! » répondit Wufei, gêné.

Lady Une laissa échapper un charmant petit rire avant de reprendre : « Oui, bien entendu ! Hé bien, cachez-vous là, je vais lui tirer les vers du nez ! »

Elle le poussa derrière un rideau et bizarrement Wufei se trouva dans l'impossibilité de bouger.

« Mademoiselle Sunny ! » s'exclama la voix de Lady Une.

Sunny entra avec un grand sourire sur les lèvres et un charmant petit air innocent et pur : « Oui, me voilà ! »

Lady Une se pencha vers elle et la regarda fixement, d'un air déterminé : « Dites-moi tout sur Wufei ! Tout, ce que vous pensez de lui...vos projets d'avenir avec lui, TOUT ! »

La jeune fille, gênée et rougissante, minauda un peu : « Oh, Lady Une...c'est si personnel : je ne peux pas vous en parler ! Je ne voudrais sûrement pas qu'il soit au courant ! »

« Ça restera confidentiel, c'est promis ! » lui répondit Lady Une avec un clin d'œil complice.

Aussitôt, Sunny mit de côté sa pudeur et se lança dans une longue tirade : « Bon, alors, je vais vous dire la vérité. En fait, c'est terrible car JE SUIS AMOUREUSE DE LUI ! (À ce mot, Wufei sursauta) Lady Une ! Si vous saviez comme ce sentiment me harcèle ! (Il tendit l'oreille et écouta attentivement) Dès le matin, je pense à lui : j'imagine qu'il me réveille en me prenant dans ses bras ! (Air très rêveur) Wouaaaah ! Et c'est de pire en pire au fil des heures ! ... En fait je passe mon temps à rêver de lui ! C'est tellement agréable, je me sens complètement, complètement... (Elle cherchait ses mots d'un air rêveur) Vous voyez, quoi ! »

Wufei pensa derrière son rideau : « Alors c'est vrai ! Lady Une disait bien la vérité. Hm. Pourquoi est-ce que cela me perturbe ? »

« AaaaAaaaaah ! L'amoooooour ! » S'exclama Lady Une d'un air rêveur, avant de se reprendre : « Oui, c'est intéressant mais, qu'est-ce qui fait que vos sentiments envers lui sont si forts ? »

« C'est parce qu'il possède quelque chose de spécial et que PERSONNE d'autre n'a ! » commença Sunny avec un air mystérieux. « Une sorte de charisme très très impressionnant. Vous savez, quand je suis en sa présence, je ne peux pas m'empêcher de l'admirer et de penser « il est tel un lion superbe et généreux. C'est qu'il est tellement fort et puissant ! »

Wufei commença à suer et à sourire béatement : « C'est vrai, elle le reconnaît ? Alors, je devrais sans doute sortir d'ici pour... »

« Oooh. » murmura Lady Une, troublée.

Sunny conclut alors, avec un air un peu bizarre : « Et enfin, je dois vous avouer qu'il représente aussi le summum de mes fantasmes : ce côté homme fort, ça me fait... Ça me rend carrément... folle ! Un jour, j'aimerais tellement me retrouver seule avec lui, et là, il me prouverait que tout ce que j'ai écrit dans « Marriage Prospect » est vrai ! Il me…

« WOUAAAAAAAAAH ! NOOOOOOOON ! »

Wufei fut brutalement sorti de son rêve par un cri d'horreur qui provenait du lit de Sunny. Il alluma aussitôt la lampe de chevet, très déçu de n'avoir pu entendre la fin du discours et se tourna vers la jeune fille : « Que se passe t-il ? »

Sunny regarda autour d'elle, un peu perdue : « Je suis où là ? (Elle aperçut Wufei) Ah ! Wufei, ça y est, je me rappelle, la photo, la prison, le projet débile de Lady Une… Excuses-moi, je t'ai réveillé : je faisais juste mon cauchemar habituel dans lequel je tombe dans un trou noir et infini. »

« Un trou noir et infini ? » répéta Wufei, intrigué. Il se rappela soudain que ce que Sunny appréciait chez lui, c'était son côté « homme protecteur », alors il se leva et alla s'asseoir près d'elle, mais pas trop près non plus. En fait il ne savait pas comment se placer pour avoir l'air « protecteur ») C'est un peu étrange. Tu te sens inquiète ? »

Sunny se recoucha : « Oh, laisses, je suis de nature angoissée alors c'est normal que je fasse ce genre de rêve, même si tu es dans la même chambre que moi.

- Pourtant tu sais bien que tu ne crains rien ici : je suis là et tout le bâtiment est sécurisé par la police préventive.

- C'est vrai. Ça finira sûrement par passer. BON ! Je vais essayer de me rendormir. »

Wufei retourna donc dans son lit, espérant pouvoir reprendre son rêve là où il s'était arrêté.


Duo, quant à lui, fit un affreux cauchemar.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! »

Il alluma brusquement la lumière et regarda autour de lui, l'air hagard, haletant et dégoulinant de sueur. Il aperçut Sora dans le lit d'à côté, qui dormait paisiblement. Il aurait bien aimé pouvoir en parler avec elle pour qu'elle le réconforte un peu.

« Sora ! Hé, Sora ? »

...

...

« C'est rien, Sunny, c'est encore un cauchemar... Rendors-toi maintenant… Et n'oublie pas d'éteindre la lumière ! »

A SUIVRE...