En commençant par remercier chaleureusement toutes les review qui se montrent intéressées par cette fic, et toutes les alertes qui témoignent de votre fidélité, je vous offre le chapitre de 3 de cette histoire qui fait son chemin ! Maintenant on va en apprendre un peu plus sur le contexte et les personnages, ainsi que leur sentiments (et oui si c'est platonique c'est moyennement intéressant !)

PS: Je tiens à m'excuser platement pour les fautes d'orthographes et les erreurs qui échappent à mon regard malgré mes 10 relectures! A chaque fois que je parcours le texte j'en trouve des nouvelles, et je peux parfaitement comprendre que ça en irrite certains!

Titre: Clow Corporation.

Disclamer: Tous les personnages appartiennent au Clamp! Scénar' sortit de mon cerveau étriqué !

Couple: KuroxFye of course!

Raiting: T (bientôt ça va saigner!)

Univers Alternatif: 21ème siècle. Tokyo bout dans l'effervescence d'une course à l'héritage aussi vénale que dangereuse. Âmes perdues et esprits corrompus s'opposent, se défient, s'affrontent ...ou parfois se rencontrent.


Chapitre 3: L'altercation

La chaleur estivale s'intensifiait déjà en cette fin de printemps, et les matins perdaient depuis peu de leur fraîcheur. Nous étions aux prémisses du mois de Mai et déjà une atmosphère étouffante embaumait la ville dès les premières lueurs de l'aube. On pouvait dire que ce n'était pas un temps idéal pour notre protagoniste bougon et associable. Kurogané haïssait tout ce que pouvait procurer la chaleur sur son organisme: une moiteur pestilentielle, les vêtements qui collent désagréablement à la peau, la sensation d'humidité sous les aisselles et derrière le cou, la peau dégoulinante au moindre effort, le goût amer de sa propre sueur au coin des lèvres et la cervelle qui bout comme dans un four. Le pire était que la canicule ne s'associait que trop mal avec ses séances régulières de jogging. Oui, Boss Suwa avait d'autres petits bonheurs plus sains que ceux consistant à rabrouer quotidiennement son personnel. A croire que perdre des litres de transpiration par tous les pores de la peau évacuait mieux la tension. Ou bien mettre à rude épreuves ses muscles en pleine action l'empêchaient de se focaliser sur le boulot.

C'est donc par cette journée extraordinairement radieuse que parmi les citoyens ordinaires le grand brun en survêtement foncé arpentait le sentier sablonneux du Parc Ueno de Tokyo. A peine sa secrétaire lui avait donné le programme de la journée que son seul vœu avait été de sauter par la fenêtre avec un deltaplane, et entamer une carrière de professionnel dans les sports extrême. Alors tant que la rosée pouvait encore mouiller ses baskets, il se détendit comme il le put.

Ce n'est pas tant l'apothéose de la compétition le crispait, mais plutôt cette agitation permanente, cette masse de questions rhétorique attendant ardemment une réponse divine, ce flux constants de nouveaux intervenants, cette aura de malaise l'accablait au possible. Lui si calme et serein, apathique et glacial, jamais il n'aurait cru être obliger de fuir cet ennemi qu'on nomme « stress ».

Après quelques minutes de grandes foulées libératrices, il s'arrêta près d'un banc pour reprendre son souffle. Ce fut le moment que choisit une voiture de police noire pour se garer sur le trottoir à quelques mètres de lui. Le conducteur, un jeune homme tout aussi brun, les cheveux également indisciplinés, mais abordant un regard noisette beaucoup plus espiègle, ouvrit la portière côté passager.

« Tu fais ton footing matinal? » Sa voix grave était emplie de la bonne humeur qu'inspirait ce temps radieux.

« Non, je course une grand mère qui vient de me voler mon portefeuille. »

« Veux tu que je l'abatte? » Renchérit le jeune brun en adoptant l'attitude sarcastique de son interlocuteur.

Kurogané semblait habitué et las de ces échanges de répliques cinglantes. Il hésita un instant mais s'assit côté passager, non sans émettre un grognement désappointé:

« On va croire que je me fait embarquer. »

« Tout le monde ne dispose pas d'une Porsche comme voiture de fonction! »

Sur ce, le brun démarra entraînant le véhicule à vive allure sur la voie publique.

« Cela faisait bien longtemps, commissaire Toya. »

«Inspecteur. » corrigea ce dernier sans dissimuler la pointe de fierté dans sa réponse.

« Oui... très longtemps alors. Je vois que tu n'as eu aucuns soucis pouvant compromettre cette brillante promotion. »

Toya partit dans un grand éclat de rire que son interlocuteur paru comprendre.

« C'est sûr, ce n'est pas avec tes histoires que je vais grimper facilement les échelons. »

« Mais c'est parce que je sais que tu vas t'en sortir que je te confie ce genre de missions! Regarde-toi maintenant, tu n'es pas devenu inspecteur pour rien. »

Pour marquer sa contrariété, Toya pilla lorsque le feu passa brusquement au rouge et la voiture de derrière manqua de justesse d'encastrer son pare choc.

« Ha ! Bientôt tu vas me demander de te remercier! Fit-il irrité et suffisamment fort pour couvrir le klaxon exacerbé du véhicule de derrière. Fait pas le con, Kurogané: si j'avais été chopé pour cacher des dossiers si importants, je peux être sûr que c'est certes toi le premier qui serait allé me voir en tôle, mais tu aurais brillé par ton absence à mon procès. »

« Oui en effet, répondit Kurogané, l'air absent comme pour fuir toute part de responsabilité. Comment ça marche maintenant au poste? »

« Tu veux plutôt dire: "Toya mon cher ami ! Tu arrives toujours à couvrir illégalement l'orphelin que j'héberge chez moi depuis 3 ans?" »

Une seconde fois, Kurogané ne répondit pas immédiatement. Il ne voulait pas offrir à Toya le plaisir d'avouer qu'il s'écartait ouvertement du chemin de la légalité et de la justice qu'il prônait ouvertement dans sa propre campagne. Pourtant ce n'était pas une infraction des plus répréhensibles quand on savait à quel décret il dérogeait.

Depuis des décennies les orphelins étaient, dans la ville de Tokyo et dans tout le Japon, considérés comme les parias. Si le monde avait encore besoin de boucs émissaires pour justifier les défaillances économiques, ces enfants sans papiers, sans famille et sans droits étaient tout désignés. Un décret établit il y longtemps par un ministre extrémiste, dont on n'avait pas le temps de contester les ordres tant le pays était en crise. Il stipulait que ce n'était pas à l'Etat de servir de mère pour tous ceux qui était déjà un fardeau pour leurs propres parents. S'ils ne voyaient pas d'autres solutions que de s'en débarrasser, la société ferait de même. En d'autres termes, il n'y avait aucun avantage à témoigner de l'intérêt à des enfants qui n'aurait pas dû naître.

Cet état d'esprit était depuis bien longtemps entré dans les mœurs, et on avait perdu toute objectivité pour pouvoir le revendiquer. Les orphelins ne bénéficiaient d'aucune éducation et n'ayant pas leur place dans les rues, ils vivaient cantonnés dans des locaux aux allures de prison nommés Orphelinats. C'est ainsi qu'on les encadrait aussi bien physiquement qu'intellectuellement : ni les sciences, ni la culture, et encore moins la politique ne traversaient les murs. Il va de soit qu'étant considérés comme la bassesse sociale, on les traquait tel des criminels si jamais on détectait par malheur la présence de l'un d'eux « hors les murs ».

Pour un pays si développé sur tous niveaux, il restait une brèche béante sur les principes d'humanité. Et cela Kurogané le supportait bien mal.

Oui la place des orphelins étaient dans des Orphelinats contrôlés par l'Etat afin de réduire leur existence d'humain à celle de détenus pour la postérité.

Oui, Fye était un orphelin.

« Il est inutile de te dire les choses directement, souffla Kurogané désappointé de ressasser ce bilan social désastreux. J'imagine que tu intercepte toujours aussi bien ce que j'en pense. »

Toya soupira, et accéléra lorsque le feu tourna au vert:

« Je sais que tu n'es pas comme tout le monde et qu'au fond de toi tu entretiens l'utopie d'un monde meilleur. Ce que je veux dire, c'est que tu pourrais au moins t'inquiéter un peu de ma carrière! Je risque ma place pour toi… » Finit il en adoptant une mine boudeuse.

« Quand je serais à la tête de la Clow Corporation, tu auras la place que tu veux, et sans geindre comme un gosse de 5 ans. »

« ''Si'' »

« Je vais gagner, tu le sais. »

« Toujours aussi irréfragable! N'oublie pas Ashura... »

L'évocation de ce nom, qui était tabou dans toutes les conversations, ne manqua pas de faire palpiter une veine sur le front de Kurogané, qui rétorqua:

« Je pense à lui chaque minutes de mes journées et chaque secondes de mon sommeil. Il est tel un cauchemar si prégnant qu'il me hante le jour, et une ombre si diffuse qu'elle me hante la nuit. C'est comme si son image entière possédait mon esprit et engourdissaient mes membres. Un être que je veux rejeter de tout mon corps mais qui semble paradoxalement être mon complémentaire. C'est mon seul égal, glorificateur du côté que j'exergue. Je ne peux pas ne pas penser à lui. »

Toya écarquilla les yeux de surprise:

« A t'entendre on dirait que tu es amoureux. »

Kurogané dû maîtriser sa soudaine pulsion meurtrière mais ça serait donner satisfaction au conducteur suicidaire à sa gauche.

« A moi de poser les question, reprit Toya alors que la circulation semblait se fluidifier au fur et à mesure qu'ils arpentaient les ruelles moins fréquentées. Puisqu'on en parlait, comment va ton petit protégé? »

« Il n'as pas le temps de s'ennuyer. »

« Ouh la! Dois-je faire intervenir les services sociaux? »

« Et bien sache que ca sera la dernière intervention qu'il te sera donné de faire de ton vivant! » grogna le brun au regard assassin.

Aborder le sujet de Fye le mettait plus hors de ses gongs que son l'évocation des ses problèmes relationnels avec son concurrent, et ce fait n'échappa pas à Toya, qui décida de continuer sur ce chemin épineux qu'est la provocation:

« Les Orphelinats ne sont guère réputés pour leur hospitalité, mais ils ont légalement tous droits sur les enfants. Tu pourrais te faire évincer de la compétition pour héberger un orphelin. »

« Pourquoi tu me dis ça d'un ton aussi menaçant que si je détenait 50 kilos de marijuana? C'est un être humain, pas de la drogue! »

Toya ne dit rien, approuvant mentalement la réplique du politicien qui était bien un des rares japonais à penser cela. Il décida de poursuivre son jeu mais par un autre chemin beaucoup plus subtil:

« Tu t'es adouci, Kurogané. »

« Je ne crois pas t'avoir adressé une seule parole aimable depuis le début de notre entretien, alors qu'est ce qui te fais dire ça? »

« La vision de l'univers qui t'entoure semble plus large. Tu n'es plus le centre du monde. »

« Bien sur que si, je n'ai pas encore changé d'orbite. »

« Je veux dire, tu n'es plus le seul. Il est avec toi. »

Kurogané se tut, mais son regard sembla envahit de reproches. Pourquoi Toya s'évertuait à ramener le jeune blond dans toutes ses conversations? Kurogané voulait éviter de trop en parler, le laisser en dehors d'une multitude de problèmes le concernant...

« Il est devenu important pour toi, non? »

Par ces mots doucereusement prononcés, Toya appuya là où le cœur de Kurogané se compressait déjà douloureusement. Comment pouvait-il justifier à Toya le renforcement de son lien envers Fye? Certes, l'inspecteur était le seul au courant des origines du blondinet, et sa meilleure couverture, mais cela n'impliquait pas qu'il avait le pouvoir de sonder l'âme de Kurogané.

« Je... »

Et lui, comment pouvait-il se justifier? Impénétrable, détaché, indifférent, stoïque, voila comment il s'était toujours vu évoluer dans le lac aux requins qu'est Tokyo. C'était le meilleur moyen de survivre sans se faire manger, et de manger les autres pour survivre. Petit à petit, ces adjectifs peu dithyrambiques avaient pris possession intégrante de son psychisme.

Alors était-ce simplement la présence d'un adolescent de 17 ans qui pouvait l'affaiblir au point qu'il laisse se creuser une brèche sous sa carapace? Et s'infiltraient alors de la compassion, de l'affection, de l'adoration pour un être autre que sa propre personne?

« Je ne veux pas qu'il lui arrive quelque chose, c'est tout. »

Toya ne goba pas plus ce mensonge que s'il s'agissait là de l'annonce du retrait d'Ashura pour une vocation champêtre.

« Ca s'appelle de l'attachement. » força-t-il.

« Ca s'appelle de la surveillance rapprochée! »

« Non, Kurogané ! »

Toya s'énerva de l'entêtement acharné de son ami :

« Tu t'es attaché à lui et tu ne veux plus le perdre! »

« Vas y, justifie cette assertion digne d'un shôjo manga! »

« J'affirme ceci parce que tu ne lui as toujours pas dis la VERITE. »

A la vue de la décomposition du visage du brun aux yeux grenat, Toya su qu'il avait, encore une fois, touché dans le mille.

« Tu ne le lui a pas dis, n'est-ce pas? » Ajouta-il pour combler le mutisme de son partenaire.

Kurogané fit mine de ne pas avoir entendu, même s'il était persuadé que cela ne marchera pas avec Toya. Il détourna le regard et regarda par la fenêtre le sommet des grattes ciels ainsi que les nuages qui flottaient perdu dans l'immensité du ciel azur.

« Tu ne lui a pas révélé pourquoi tu l'avais amené chez toi, après cette nuit. »

« Il m'avait agressé, par son service il paye une dette envers moi et cela il en a parfaitement conscience. »

« Mais ce que sa conscience ignore, c'est qu'au fond tu lui mens! »

« Pfff arrête d'extrapoler la situation! Je ne suis pas un hypocrite.»

Toya s'arrêta enfin devant le commissariat, et se retourna le visage rouge de colère face à un Kurogané aussi perplexe que jamais:

« Je n'extrapole rien du tout, tonna-t-il. C'est toi qui te voile la face et te persuade que Fye reste avec toi pour s'amender comme tu le prétends. Alors qu'en fait tu es obligé de faire ça pour le maintenir vivant! »

« Mais de quoi m'accuse tu, alors que je lui sauve la vie ? »

« Exactement, tu lui sauve la vie car c'est à cause de toi qu'elle est encore en danger. »

« Vas y accuse moi d'avoir tué sa mère et son frère tant que tu y es! » S'énerva à son tour le brun.

« Je ne te mets pas sur le dos les crimes atroces de l'autre psychopathe en puissance. »

« Ah bon? J'ai pourtant cru, mais c'était peu être implicite! »

Toya se massa l'arrête du nez afin de chercher son calme et d'expliquer clairement les raisons de son emportement:

« Chaque jour et chaque nuit moi aussi j'y pense. Je tente de ne pas laisser les regrets prendre le dessus sur la décision qu'on a prise. Mais je le répète, tu sais très bien qu'on aurait pu enfermer Ashura suite à cette histoire, et que c'est à cause de ta tête brûlée et de ton aura prétentieuse qu'il est encore libre. »

Kurogané ne dit rien, acceptant les faits.

« Et tant qu'il est libre, finit Toya, Fye est en danger permanent. »

Kurogané fouilla dans les tréfonds de sa mémoire afin de ressortir la même réponse qu'il avait énoncé il y a 3 ans, la dernière fois que ce sujet avait été abordé entre les deux hommes:

« Ne remet pas sur le tapis un incident clos. Si l'affaire avait été révélée, Ashura aurait quand même échappé aux tribunaux par une habileté du destin... et là Fye serait mort. »

Ne supportant plus de ressasser le passé et de parler ainsi de son jeune majordome, il ouvrit la porte et descendit du véhicule.

Toya fit de même et ils claquèrent en chœur les portières. Leurs regards se croisèrent encore avec une lueur de défi, le combat de justifications n'étant pas encore terminé.

« La différence entre toi et moi, fit alors l'inspecteur, c'est que tu n'as pas la moindre confiance au monde autour de toi. D'après tes principes si les gens ne sont pas corrompus, ils sont pourris. »

« Pour quelle raison crois-tu que je suis devenu politicien et que je participe à la plus grande course financière de tous les temps? »

« Tu veux sauver le monde? Il fallait devenir justicier, Kurogané. »

« Et toi en étant inspecteur, tu te persuade de jouer ce rôle? »

« Au moins j'agis officiellement. »

« Et bien laisse moi m'occuper du côté officieux de la Justice. »

Ce fut Kurogané qui clos l'altercation et il repartit en direction de son domicile.

oOo

Arpentant les rues sans honte d'être en survêtement et dégoulinant de sueur, il ne pouvait s'empêcher de songer aux faits que Toya avait ramenés à la surface. Tel un impact sur une étendue d'eau calme, les remouds s'étendaient en cercles concentriques, partant de son cœur jusqu'à son corps tout entier. La plus troublantes de ses ondes concernait Fye, et le sentiment qu'il éprouvait pour lui.

Il réalisa alors qu'il n'avait même pas pris conscience... de l'ampleur de son ressentit. En 3 années, celui ci avait lentement évolué, d'abord creusé une entrée dans son âme pour ensuite la perforer de multiples galeries. Autant de conduits complexes et sinueux que d'émotions indéchiffrables et confuses.

Depuis quand le jeune orphelin était il si essentiel dans sa vie ? A quel moment, depuis le temps que Fye a passé chez lui, a-t-il fait parti intégrante de sa routine? Comment le dirigeant en était-il arrivé au point de penser chaque jour à ce jeune garçon, pas seulement à sa protection, mais à son attitude vive et à ses sourires rayonnants?

Il entra finalement dans son appartement encore hagard quand le jeune blond se rua vers lui l'air exaspéré:

« Comment faites-vous pour courir avec ce temps et supporter ces vêtements poisseux pour rentrer! Allez vite prendre une douche où il va falloir changer l'air de la pièce! »

Kurogané n'eu même pas conscience de rester ébahi devant le blondinet qui s'agitait sous ses yeux.

Fye... la seule personne qui l'attendait, qui s'inquiétait pour lui, qui supportait ses sautes d'humeurs et les maîtrisaient tout à la fois. Lui dont le regard suffisait à apaiser sa colère et dont le sourire annihilait ses doutes.

Fye faisait partie de lui, de son quotidien, et sa présence ancrée dans son cœur purifiait son âme chaque jour. Lui seul comptait pour Kurogané à présent. Il avait besoin de lui.

Et c'est pour cela qu'il ne pourrait jamais lui dire toute la vérité. Toya pouvait bien jouer de remontrances, mais ce n'était pas à lui d'avouer la véritable logique du dramatique passé de ce garçon... Le rôle qu'il avait eu... S'il l'apprenait, Fye ne s'en remettrait pas, il se sentirait trahi et furieux. Pire, il le haïrait à un point que Kurogané ne pourrait pas supporter.

Quel égoïste il faisait. Pourtant il le savait. Il l'avait toujours su. Dès le soir où il a illégalement recueilli Fye sous son toit, il savait que ce garçon bouleverserait trop de choses en lui.

« Monsieur Kurogané? »

Le ton mélodieux de Fye le tira de ses réflexions et il retrouva ses esprits face à de grands yeux aussi immense et profond que le ciel de Tokyo.

« Euh oui.. juste un coup de barre. Je vais aller prendre une douche, lave moi ce survêt' il sent le chacal. »

Il lança nonchalamment ses vêtements au jeune garçon et partit se refroidir la tête sous un jet d'eau glacé. Il devait vite se rendre à l'évidence: la relation intime qu'il entretenait avec son majordome était déjà posée comme à sens unique.

Fye avait été contraint de rester ici jusqu'à décision de son hôte. S'il était à ses côté depuis ce temps, ce n'était pas par choix. Si Kurogané le lui laissait, il y avait de grandes chances pour qu'il parte de son plein gré et le brun verrait là la seule personne en qui il plaçait amitié et confiance glisser entre ses doigts comme un spectre immatériel.

Mais l'attitude contraire ne lui amenait pas plus d'espoir. Si Fye manifestait un réel attachement, le poids du mensonge dissimulé depuis trop longtemps accableraient Kurogané. Alors, pour survivre à ce sentiment de lâcheté, il devrait avouer à Fye une vérité qui pousserait ce dernier à le détester du plus profond de son être...

Le politicien éteint la douche. Le froid ne l'aidait visiblement pas à remettre ses meilleures idées en place.

Il se rhabilla plus décontracté et rejoint Fye dans la buanderie. Il le regarda manier les vêtements avec une grâce et une délicatesse ensorcelante. Il se demanda alors quel effet pourraient avoirs ses doigts fins et gracile sur sa peau tannée. Un contact glacial sans doute, ou alors une douce caresse. Un toucher excitant, électrisant…

Se sentant ainsi épié, le blond se retourna et plongea sans gêne son regard dans celui de son maître qui craignait que ses pensées indécentes soient facilement déchiffrables. Un sourcil blond relevé, ses lèvres fines étirées dans un sourire en coin, Fye resta immobile, attendant une remarque qui ne venait pas. Kurogané resta, pour la seconde fois de la journée, coi devant le jeune homme.

Veux-tu rester avec moi? Ces mots étaient si simples à prononcer mais leurs conséquences pouvaient s'avérer plus désastreuses qu'une simple réponse.

Positive comme négative, le malaise ne pouvait être plus qu'intense.

« Fye… »

Ce dernier ne cessa de le fixer même après cette interpellation étonnement sensuelle. Le brun sentit néanmoins l'expression du doute et de la curiosité se battre sur son visage.

Mais cette réaction avenante ne pu palier la crainte d'une réponse, et le brun se ravisa.

Rien ne le poussait à précipiter les choses: il avait agit égoïstement pendant des années, et ce n'est pas un mois de plus qui rallongerait la liste de ses innombrables pêchés devant Bouddha.

« Non, ce n'est rien. Ce soir j'aimerais manger des makis au thon. »

Le jeune blond ne cacha pas l'étonnement sur son visage mais laissa avec délicatesse son maître quitter la buanderie. Il était bien étrange ces derniers temps, et Fye espérait pouvoir attribuer ça à la conclusion imminente de la compétition.

Ses doigts se crispèrent involontairement sur le survêtement. Son inquiétude grandissait chaque jour, tout comme son attachement envers Kurogané. Si jamais en mettant les pieds ici, il s'était attendu à cela... s'enticher d'un politicien! Alors qu'il n'y avait pas individus plus méprisable sur terre selon ces critères? Tout cela car l'un d'entre eux, hautement acclamé sous le nom d'Ashura, avait détruit son enfance.

Quand, suite à un concours dramatique de circonstances, Kurogané l'avait hébergé, la première chose à laquelle il avait songé était qu'ainsi il se rapprocherait de sa vengeance. Quoi de mieux pour en savoir plus sur un politicien que de vivre chez un politicien?

Mais ce qui le surprenait, c'est il avait appris à en savoir plus sur Kurogané que sur le véritable objet de son enquête. Le jeune brun au caractère lunatique, tantôt bougon tantôt si confus, était parvenu à l'intriguer. Lorsque Fye pensait percer sa carapace froide et austère pour y découvrir un regard tendre ou un sourire franc, il en venait à se demander laquelle de ces facettes était le visage, laquelle était le masque...

Et Kurogané, par son attitude parfois distante parfois chaleureuse, pansait ses blessures chaque jour plus délicatement.

Et Fye, avec une insolente hypocrisie, exhibait sourires et entrain pour gagner un peu plus son aide et sa confiance. Sauf que le blond avait depuis réalisé que plus son cœur cicatrisait, plus son manège paraissait naturel et spontané.

Mentir : une échappatoire évidente et facile. Mais obligatoire quand on sait que la vérité peut détruite tout ce qu'on s'est appliqué à construire. Ces deux âmes n'ignoraient en rien que leur imposture d'aujourd'hui engendreraient les douloureuses conséquences de demain. Ainsi par leurs pensées communes elles formulaient un vœu égoïste, idyllique, sincère:

Un jour viendra où je ne serais même plus capable de te demander de me pardonner tant mes fautes seront devenues innombrables. Alors ton dégoût à mon égard sera mon châtiment. Mais en attendant, laisse-moi me noyer dans mon égoïsme et profiter encore de ta présence, en espérant naïvement qu'elle me sauve de ma propre folie...


Hé beh, en voila deux qui se prennent trop la tête! Mais c'est un mal nécessaire car sinon l'histoire s'arrêterait trop vite et n'aurait aucun intérêt! (oui bon ok, je fais partie de celles qui adorent torturer un peu les héros héhé!) N'hésitez pas à lâcher vos review pour entretenir mes projets sadiques =) Prochain chapitre, rétrospective : suite à des retrouvailles imprévues, Fye se remémore son passé.