Chapitre 3 : Un discours avant les cieux
« Je ne me sens pas près de ça, pas du tout, vraiment. »
« Arrête donc tes bêtises, tu as dit que tu allais faire un discours, tu vas le faire. »
« Je n'ai jamais dit ça, Giréléna ! C'est toi qui veut que j'en fasse un ! Ne te moques pas de moi ! Et pourquoi est-ce qu'ils me regardent tous ? »
« Car ils attendent ton discours ! Tu n'as pas compris ce que j'avais dit ou quoi ? »
« Tu rigoles, j'espère ? Tu leur as dit que j'allais faire un discours sans même me demander mon avis ? Tu exagères ! Ne te moque pas de moi ! Je ne sais pas quoi dire ! »
« Dis à ce que tu penses sur le moment ! Allez zou ! » s'exclame t-elle avant de me pousser en avant. HEY ! MAIS OH ! Je ne veux pas de ça ! Non non ! Pourtant, le silence commence à planer alors que je déglutis. Y a trop de monde, beaucoup de trop de monde. Je hais Giréléna. Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé que je pouvais l'aimer. Me faire ça ! A moi ! Et voilà que le silence plane devant tout le monde. Nombreux, ils sont trop nombreux ! Giréléna tient Gilitée devant elle alors que même les générales des trois cousines sont présentes. Et Niny ? Et Migacirpy ? Y a trop de monde ! Beaucoup trop !
« Ahem … euh … bon, zut alors. Je dois me présenter. Je m'appelle Nev. Nev tout court, je n'ai pas de nom de famille ou du moins je ne m'en rappelle plus. J'ai environ une vingtaine d'années et depuis déjà deux voire trois ans, j'ai commencé mon initiation pour devenir le héros de la déesse Harsia. Qui dit héros, dit bénédiction. Malheureusement, je n'ai pas put obtenir cette dernière mais j'ai alors quand même décidé de partir à l'aventure bien que cela était beaucoup plus risqué puisque je n'avais aucune protection. Sur mon chemin, peu de temps après mon départ, j'ai rencontré Giréléna, la reine des femmes-pokémon ici là. »
Je tiens à la présenter d'un geste de la main, Giréléna observant l'assemblée sans un sourire, visage neutre . Je dois continuer, n'est-ce pas ? Je le dois.
« A partir de là, je dirai que la vie n'a pas été rose tous les jours. Pour une raison des plus étranges, Giréléna a décidé de m'accompagner mais surtout de me former. Car oui, je n'avais aucune connaissance en ce qui concernait le métier de héros. Soyons sérieux, je sais que cela peut paraître fou : la reine des femmes-pokémon qui entraîne un futur héros à devoir la tuer ? C'est illogique et totalement déraisonnable. Mais pas seulement, pourquoi ? Pourquoi faire une telle chose ? A quoi est-ce que cela reviendrait ? Mais surtout … une femme-pokémon qui se promène avec un humain ? Bien entendu, il y a quelques cas rares, certains villages, depuis déjà des décennies, autorisaient la cohabitation entre femmes-pokémon et humain. Mais là, nous parlions de la reine des femmes-pokémon, non pas une femme-pokémon lambda. C'est là que je me suis posé une question : pourquoi la déesse Harsia veut-elle la mort de Giréléna alors que celle-ci semble pouvoir cohabiter avec les humains ? »
Je dois reprendre mon souffle. Je ne sais pas si ce que je dis est absurde ou non réaliste. Je veux juste que tout se termine calmement et posément. Je dois encore dialoguer ! Non ! Pas dialoguer, je dois continuer à parler ! Il le faut ! Je dois murmurer quelque chose aux esprits élémentaires, leur demandant de sortir une par une, chose qu'elles font.
« Je vous présente les esprits élémentaires de la glace, du métal et de la roche. Des éléments naturels et importants dans la vie de tous les jours. Comme vous pouvez le voir, ce ne sont que de petites filles et pourtant, elles ont un nombre d'années incalculables. Vous avez dût voir aussi qu'elles sortaient de mon corps et c'est normal. Oui, des filles-pokémon aident les humains à combattre la tyrannie d'autres femmes-pokémon. Oui, les humains combattent les femmes-pokémon mais les humains combattent aussi d'autres humains. Là où je veux en venir, c'est que rien n'est blanc ou noir. Non, toutes les femmes-pokémon ne sont pas des créatures assoiffées de sexe et de sang, qui ne désirent qu'à tuer un nombre incalculable d'humains. Les femmes-pokémon ne sont pas les ennemies des humain dès leurs naissances. Pourtant, c'est ce que la déesse Harsia tente de nous inculquer depuis des siècles. Mais est-ce la vérité ? La réponse est facile à trouver : Non. »
J'ai l'impression d'être l'un de ces nobliaux qui parlent trop. Je n'aime pas ces dialogues, je n'aime pas du tout. Je ne regarde pas Giréléna car sinon, je perdrai mon audition.
« Et dès que l'on n'est pas d'accord avec la déesse Harsia, comment réagit-elle ? En tuant tout simplement les humains qui ne suivent pas ses ordres. Une bien belle moralité. Depuis quelques années maintenant, le monde est en proie au chaos. Bien entendu, les plus fanatiques diront que c'est la déesse Harsia qui a décidé de punir le peuple des humains pour leur incapacité à combattre les femmes-pokémon mais la vérité est toute autre : la déesse Harsia veut tout simplement effacer toute trace de vie sur cette planète pour la former à sa convenance. Est-ce que l'on doit se laisser faire ? La réponse est non ! Je ne suis meilleur qu'un autre homme, je ne suis pas meilleur qu'une femme-pokémon. En fait, je suis des deux. Oui … je suis un homme-pokémon. Je ne connais pas exactement mes origines mais mes pouvoirs sont capables d'atteindre la déesse Harsia mais pour arriver jusqu'à elle, il me faudra l'aide de tout le monde. D'ailleurs, certains doivent se demander pourquoi je l'appelle encore « déesse Harsia » alors qu'elle ne mérite pas ce titre. Tout simplement car au fond de moi, j'aimerai ne pas croire qu'elle est le responsable de tout cela. Et pourtant, il faut quelqu'un pour l'arrêter. Car je veux un avenir pour les humains. Je veux un avenir pour les femmes-pokémon. Je veux un monde en paix pour chacun et chacune. Je veux que mes proches puissent avoir un endroit où vivre. Je veux que ma femme et mon enfant puissent être en sécurité, sans qu'à chaque pas, elles soient conspuées par les autres femmes-pokémon ou les humains ou alors une personne qui se prend pour une divinité. J'aime ma fille Gilitée mais j'aime aussi ma femme Giréléna. Je compte vivre des dizaines d'années à ses côtés, être heureux et fier d'avoir épousé une femme-pokémon, sans que j'ai besoin de me cacher de cela à chaque fois que je me promène dans les rues. »
« Est-ce que cela veut dire que le mariage entre toi et Giréléna sera fait après notre victoire ? » demande alors Rygagagi avec un sourire aux lèvres. Sans rien dire, je vois Giréléna qui lâche Gilitée qui fonce aussitôt en rampant vers moi. Je viens m'agenouiller pour la prendre dans mes bras alors que je répond à Rygagagi :
« C'est l'idée que j'avais en tête. Si j'aime une femme-pokémon, je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas respecter les coutumes qui sont les mêmes pour les femmes-pokémon et les humains. Maintenant, à voir avec Giréléna, je ne connais pas sa réponse. »
« Nous verrons cela après le mariage. Hum, je veux dire, la défaite d'Harsia. » dit-elle en croisant les bras alors qu'elle a un grand sourire aux lèvres, le visage complètement rougi sur les joues alors qu'elle n'ose pas continuer à parler.
« Bref, je terminerai par une seule et unique chose : beaucoup d'entre nous ne reviendront pas de ce combat contre la déesse Harsia. Néanmoins, n'oubliez jamais une chose, vous vous battez pour une cause que vous estimez noble et juste. Je peux vous certifier que je donnerai ma vie pour réussir à battre la déesse Harsia, lui faire comprendre ses erreurs et qu'enfin, nous puissions avoir un monde pour les futures générations qui seront issus du mixage entre femmes-pokémon et humains. J'ai terminé. »
Des applaudissements, beaucoup d'applaudissements même. J'ai les oreilles qui bourdonnent à cause de tout ça alors que je regarde le peuple devant moi. J'ai vraiment été apprécié pour mes paroles, c'est vrai ? Je suis le premier étonné avant que mon visage ne s'arrête. Adossée à un arbre, une femme aux cheveux blancs, yeux bleus et et aux habits noirs est en train d'applaudir avec les autres. Elle a un sourire aux lèvres, quelques larmes aux yeux.
« Dyrkri ? » murmure-je avant de lâcher doucement Gilitée, commençant à courir à toute allure en la direction de cette femme-pokémon. Dyrkri était là ! J'en suis sûr et certian ! Je regarde autour de l'arbre, murmurant : « Dyrkri. Tu n'as pas besoin de te cacher. »
Aucune voix ne se fait entendre. Ce n'est pas encore le moment ? Mais si ! Ca l'était ! Je fais un petit mouvement puis je manque d'écraser une sphère noire au sol. De la taille d'une perle, un petit message est écrit à côté :
« Tu es devenu un bel héros, Nev. Ce que tu étais auparavant serait fier de toi. JE suis fière de toi, Nev. Sois heureux avec Giréléna et pardonnes-moi d'avoir tout fait pour que tu sois séparé d'elle. Acceptes cette perle en guise de pardon. »
Qu'est-ce qu'elle raconte ? C'est n'importe quoi ! Je ne veux pas de ça ! Je le refuse ! Je serre la perle noire avec insistance, retenant mes larmes. Pourquoi est-ce qu'il a fallut ça ? Est-ce vraiment un abandon de sa part ? J'entends une voix derrière moi :
« Nev ? Qu'est-ce qui t'a pris de courir comme ça ? Est-ce que les applaudissements te font si peur que ça ? Ca m'étonne quand même grandement de toi. Comme quoi, on ne connaît jamais véritablement une personne, n'est-ce pas ? »
« C'est vrai, Giréléna. Je pensais connaître une personne et il s'avère que je me suis trompé lourdement. Est-ce que ce discours te convenait ? »
« Un peu cliché, il faut l'avouer … mais au moins, les sentiments sont là. »
Les sentiments, c'est le plus important non ? Je regarde toujours la perle noire dans ma main avant d'observer mon pendentif. Il y a l'emplacement exact pour cela. Je l'y mets puis je me retourne vers Giréléna, lui souriant :
« Il faut que l'on aille combattre Harsia. Est-ce que tu es prête ? »
« Est-ce que tu l'es, toi ? Je te rappelle que tu es celui qui lui portera le coup fatal. »
« Oui, je le suis. Je le suis depuis bien longtemps. Alors, nous pouvons y aller, Giréléna. » dis-je en passant à côté d'elle. Je ne veux pas qu'elle voit que j'ai les yeux presque rougis. Elle m'arrête subitement, me disant d'une voix lente :
« Tu n'oublierais pas quelque chose par hasard ? »
« Quoi donc, Giréléna ? Qu'est-ce que j'ai put oublier de si important ? »
« Tu ne voulais pas une réponse à ta question ? » me dit-elle tout en venant m'enserrer de son carquois cylindrique écailleux, me ramenant à a hauteur, son visage auprès du mien. « Tiens ? Mais tu as pleuré ou quoi ? Comment ça se fait ? »
« Ce n'est pas bien grave, snif. Ah … ce n'est pas bien important. »
« C'est l'émotion qui te submerge, n'est-ce pas ? Je vais te donner ta réponse. »
Ca n'a aucune tendresse sur le coup. Au moment où elle pose ses lèvres sur les siennes, c'est une telle ardeur qui m'envahit que j'en ait un peu le cœur qui se retourne et la tête qui divague partout. Sa langue véloce cherche la mienne, me forçant à faire un ballet.« Et voilà, est-ce que la réponse te convient, Nev ? »
Je tente de reprendre mes esprits alors qu'elle se lèche les lèvres, essuyant la salive qui s'y trouvait, signe de notre baiser fougueux à tous les deux. Je bafouille :
« Verbalement ? Est-ce que tu peux me le dire ? »
« T'exagères quand même ! J'y mets la langue et tu veux en plus que je le dise ouvertement ? Tu abuses, Nev ! Tu abuses vraiment ! »
« S'il te plaît, Giréléna. J'ai juste besoin d'entendre ça. »
« Je t'aime, Nev. C'est clair comme de l'eau de roche ? Tu crois vraiment que j'irai coucher avec n'importe quel mâle juste pour avoir un gosse ? Je ne suis pas n'importe qui, je choisis seulement un homme plus fort que moi. Or, il n'en existe aucun à part toi. Et à côté, si j'avais vraiment décidé d'en terminer avec toi, ça aurait été fait depuis longtemps. Est-ce que c'est suffisant ? Tu comprends cela ou pas ? »
« Je crois que je comprends parfaitement. On devrait y aller un peu. »
« Ah non ! Tu me rends mon baiser maintenant que tu m'as forcé à te le dire. »
Je m'exécute sans aucune difficulté, venant déposer un chaste baiser sur ses lèvres en espérant qu'elle apprécie. Elle me prend par la nuque, me forçant à le continuer avant de me plaquer contre un arbre. Ses mains caressent mon torse alors qu'elle me force ensuite à faire de même avec sa poitrine si généreuse. Le baiser se stoppe avant qu'elle ne dise :
« Voilà, comme ça qu'il faut faire. Tu n'es plus puceau non ? Tu as un peu d'expérience. »
« Oui mais ça ne change pas que c'est gênant quand même. »
« Mais est-ce que c'est déplaisant ce toucher ? Ça ne doit pas vraiment te déplaire, n'est-ce pas ? Je pense que tu apprécies grandement tout ça, non ? »
Je ne réponds pas alors qu'elle connaît déjà la réponse. Elle cherche à me faire oublier Dyrkri. Je sens qu'elle est au courant à ce sujet. Mais elle a la décence de ne pas m'en parler. Finalement, il est l'heure alors de partir vers l'endroit où se trouve la déesse Harsia.
Marcher, marcher, marcher, ce n'était pas qui menait la marche mais Dénialka et Panilkia. Elles savaient où se rendre. Giréléna préférait rester auprès de moi et Gilitée. Est-ce que l'on devait la mettre à l'abri ? Ce n'était qu'une enfant.
C'est long, très long mais je fais confiance à Dénialka et Panilkia. Parfois, je jette un regard en arrière ,espérant que Dyrkri me suivrait mais rien de tout cela. Je me dis que j'ai rêvé tout cela mai la perle noire dans mon pendentif me prouve tout le contraire.
« Nous y sommes. » déclare tout simplement Panilkia.
C'est aussi simple que cela ? En la regardant, je dirai que oui. Je ne vois que l'horizon. Il n'y a rien autour de nous. Puis avec lenteur, Dénialka sort une flûte de couleur bleue, commençant à en jouer doucement. Je crois rêver ?
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Tais-toi, Nev, et regarde. » me dit Giréléna en me pinçant la joue. HEIN ? Des escaliers ? C'est vraiment ça ? Je n'arrive pas à le croire. Pourtant, les escaliers sont gigantesques et Dénialka fait un mouvement vers ces derniers. Sauf qu'elle disparaît subitement ! Comme ça ! POUF ! Comment c'est possible ?
« Suivez-nous tous, nous y allons. »
C'est bien moi qui vient de dire ça alors que je fonce derrière Dénialka. Un flash de lumière m'aveugle, m'empêchant alors de voir ce qui se passe autour de moi. Quand finalement, je retrouve la vision, je suis émerveillé. C'est beau, vraiment beau. Je m'étais imaginé le paradis mais même dans mes plus belles pensées, ça ne ressemblait pas du tout à cela.
