Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.
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– Et tu as fait un pas sur le côté tant qu'on y est, s'esclaffa un officier.
A ces mots, Camille pencha la tête sur le côté et fronça les sourcils, se concentrant. Elle était certaine que « pas sur le côté » était un terme familier qu'elle devait connaître. Elle commençait à être plus que frustrée par sa mémoire défaillante.
Elle avait l'impression qu'une muraille infranchissable avait été placée entre elle et ses souvenirs. Et bien, si elle ne pouvait la franchir, elle allait la détruire.
Elle imagina un bélier fondant encore et encore sur la muraille. Des fissures apparurent à partir du point d'impact et il ne fallut pas bien longtemps pour qu'elles se propagent au reste du rempart. Encore un coup et le mur vola en éclat, les pierres se dispersants.
Les souvenirs coulèrent à flot. Loin d'être submergée, Camille se sentit rassérénée à l'idée d'avoir retrouvé son identité. Cette sérénité descendit sur elle, l'aidant à trouver la force de s'adresser au commandant de l'armée alors que les autres continuaient de se moquer de ses présomptions.
– J'ai réalisé un pas sur le côté. Un grand pas. Et je m'appelle Ewilan Gil' Sayan.
Le silence s'abattit de nouveau sur la tente. Puis les hommes éclatèrent de rire. Mais pas le commandant. Il avait ses yeux vrillés dans les siens, comme incapable de s'en détacher. Il sembla y trouver la certitude qui l'habitait maintenant.
– Elicia… murmura-t-il.
Ewilan sursauta presque. Il venait de prononcer le nom de sa mère.
– Sais-tu où est le reste de ta famille ? lui demanda-t-il.
Entendant leur commandant prendre au sérieux les propos de la fillette, les hommes se turent pour connaître la réponse à cette question irrésolue à ce jour : la disparition des Gil' Sayan.
– Je ne sais pas. Maman nous a déposé Akiro et moi dans l'autre monde pour nous mettre à l'abri de… de ça je suppose. Après je ne l'ai pas revue, ni elle, ni Papa. Akiro doit encore être dans l'autre monde…
– Pourquoi ne pas avoir donné ces informations avant ? s'enquit le commandant.
– Je ne me souvenais pas. Maman avait effacé nos souvenirs mais j'ai finalement réussi à détruire la barrière.
On sentait une certaine fierté à la conclusion de sa phrase.
– On ne s'est pas déjà croisé ? demanda-t-elle intriguée au commandant.
– Une fois, lui répondit-il. Tu n'avais pas six mois.
– Commandant, intervint des officiers, vous êtes sûr… ?
– Autant que je peux l'être, affirma-t-il. Je n'ai jamais vu de pareils yeux que chez Elicia et ses enfants. Et cela concorde avec le peu d'informations que nous possédons.
– Mais un grand pas à six ans ? ne put s'empêcher de faire remarquer l'officier.
– Et puis Merwyn, réellement ? ajouta un autre homme.
– Si le premier est vrai, je ne douterais pas plus que cela du second, décréta le commandant avant de se tourner vers Ewilan. Tu crois que tu pourrais dessiner une lumière ?
Ewilan se concentra un instant, fermant les yeux. Elle avait souvent vu faire ses parents. Elle devait bien être capable de les imiter. Elle trouva le chemin vers l'Imagination et s'y engouffra. Sous les yeux de tous les hommes présents naquit une sphère bleutée qui flotta paisiblement au milieu de la tente.
