Ce Qu'il Nous Reste


Disclaimer, rating et genre : voir le premier chapitre de cette histoire.

Relectrices : Morgane, Gwendoline et Lilou Black


Je voulais poster plus tôt mais pas évident avec les contretemps de la vie IRL. Je ne vous garantis pas un chapitre toutes les semaines, mais je ferai de mon mieux pour poster régulièrement. Vos commentaires m'ont beaucoup aidé d'ailleurs à prendre le temps de m'y remettre. Je vous remercie tous très grandement et je vous laisse de ce pas en compagnie de Severus et certains de ses souvenirs...

Bonne lecture !


3

La Nouvelle Gouvernante

Severus se sentait vidé de toutes ses émotions. Son esprit était engourdi par ce qu'il voyait : derrière la vitre de la nurserie se trouvait son fils.

« Son fils... » Comme ces deux mots sonnaient étrangement à sa conscience. Et pourtant... Il s'agissait bien de son enfant à lui, « son fils ».

Le nourrisson se battait pour vivre. Bien qu'il soit né prématuré dans des circonstances dramatiques, il démontrait à tous les médicomages que les sciences, mêmes magiques, n'étaient pas aussi justes qu'ils auraient pu le prétendre.

Monsieur Snape ? demanda une voix derrière lui.

Il se figea instantanément avant de se retourner avec raideur. Avisant froidement la personne qui osait le déranger en un moment pareil, il reconnut aussitôt l'infirmière qui s'était occupée d'Hermione quelques semaines auparavant. Son Hermione... qui ne se souvenait plus de lui, ni de leur histoire, ni de ce qu'il était advenu durant toute cette étrange année. Un étau de fer lui broya douloureusement la poitrine. Il ne devait plus y penser. Il devait rester fort pour cet enfant qui n'avait plus que lui au monde. Il se tourna vers la femme qui lui faisait face et faillit perdre son impassibilité feinte devant son regard désolé.

Il ne voulait pas lui inspirer ce sentiment, ni à elle, ni à personne. Il aimait être craint, ça lui donnait presque l'illusion qu'il était puissant, intouchable une forteresse imprenable... dans de telles circonstances, il aurait souhaité être encore plus fort que ça. Mais Hermione avait démoli son château de cartes aussi facilement que Lily l'avait fait vingt ans plus tôt.

Les châteaux de cartes ne valaient rien.

Oui ? répondit-il d'une voix qui lui sembla trop sourde et trop angoissée.

L'infirmière ne semblait pas l'avoir remarqué, à moins qu'elle ne fasse semblant, se dit-il avec amertume.

Le médicomage qui s'occupe de votre fils aimerait vous parler, répondit-elle avec douceur et professionnalisme.

Qu'il détestait ça. Il avait envie de lui aboyer au visage, lui inspirer de la peur, la voir frémir d'incertitude... Comme lui.

Très bien, lâcha-t-il finalement avant de la suivre jusqu'à un vaste bureau où se trouvait un vieux sorcier à la mine revêche.

Enfin quelqu'un de normal, pensa-t-il avec soulagement.

Monsieur Snape, déclara ce dernier en lui faisant signe de s'asseoir en face de lui. J'ai de bonnes nouvelles pour vous. Nous allons pouvoir transférer Sebastian au service de néonatalogie. Il va beaucoup mieux. D'ici une semaine ou deux, vous pourrez le ramener chez vous. En attendant, il doit juste apprendre à se nourrir sans magie et prendre encore un peu plus de poids.

Severus cligna plusieurs fois des yeux avant de passer une main tremblante sur son visage tiré de fatigue. Le soulagement qu'il ressentît alors fut si intense qu'il faillit se noyer dedans, juste avant de se rembrunir totalement.

Il ne devait pas craquer devant ces étrangers. Il ne devait pas perdre pied. Ça ne lui ressemblait pas du tout. Pris au dépourvu par ses propres faiblesses, il se releva et quitta inopinément le bureau du vieux sorcier pour se rendre aux toilettes les plus proches. Il claqua la porte avec brusquerie, puis la verrouilla avec sa baguette. Il insonorisa ensuite la pièce étroite avant de s'effondrer à terre avec un gémissement plaintif.

Là, il se mit à pleurer sur tout ce qu'il avait perdu.

Il pleura la première femme qu'il avait aimée, son amour de jeunesse.

Il pleura celle qu'il ne voulait pas perdre et la petite fille qu'il ne serrerait jamais dans ses bras. Cette belle enfant qui serait devenue une femme magnifique, mais qui ne grandirait jamais car elle était morte avant même d'avoir pu vivre.

Il pleura, pleura, pleura, jusqu'à ce que la source de son désespoir se tarisse complètement.

Ses pleurs se transformèrent en reniflements avant qu'il ne reprenne enfin contenance. Il se redressa brusquement, respira profondément tout en dévisageant le sorcier qui lui faisait face dans la glace accrochée au dessus du lavabo.

Vous êtes pathétique Severus Snape, se tança-t-il durement. Vous valez bien mieux que ça. Vous avez un fils qui vous attend. Votre enfant... « Mon enfant », termina-t-il dans un souffle.

Et Hermione...

Il se promit que quoiqu'il advienne, il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'ils se retrouvent. Elle était sienne en son âme et en son cœur.

oO§Oo

— Papa, papa, entendit Severus alors qu'il avait les paupières encore baissées. S'il te plaît, réveille-toi ! Papa !

Soupirant doucement, Severus ouvrit enfin les yeux et vit son fils à moitié affalé sur ses genoux. Ce dernier le regardait, la mine renfrognée. Que lui arrivait-il donc ? se demanda-t-il. Sebastian ne semblait pas du tout content et il était bien parti pour le lui faire savoir. À cinq ans, il avait déjà un très fort caractère et ne se laissait pas marcher sur les pieds. Severus en était très fier, même si cela impliquait aussi des difficultés à se faire obéir.

— Que t'arrive-t-il, Sebastian ? marmonna-t-il d'une voix encore pâteuse.

— C'est Sélena, gémit son fils. Je suis sûr qu'elle ne veut pas qu'Hermione vienne vivre avec nous. En plus, elle m'a dit qu'Hermione ne m'aimait pas. Dis papa, c'est vrai qu'elle ne m'aime pas, Hermione ?

Devant ce babillage enfantin, qui ressemblait presque à une agression verbale en bonne et due forme, Severus regretta presque de s'être réveillé. Il aurait dû continuer à faire semblant, mais Sebastian aurait insisté jusqu'à le secouer comme un prunier.

— Papa ! insista son fils. C'est vrai ? Hermione ne m'aime pas ? Dis !

Severus secoua la tête avant de poser son regard sur l'enfant. Sebastian le regardait, la bouche pincée, prêt à fondre en larmes.

Parfois, il ne comprenait pas Sélena. Quel intérêt avait-elle eu de lui dire une chose aussi stupide ? Il n'était encore qu'un gamin sensible au moindre mot.

Pourtant, il avait été un temps où elle avait été indispensable à leur vie.

Un beau matin, à peine un mois après son retour de Sainte-Mangouste avec son fils, elle était apparue sur le pas de sa porte. Il avait craint qu'elle exige de lui ce qu'il ne pourrait pas lui donner mais dès qu'il l'avait vue avec le bébé dans les bras... Il avait compris qu'elle leur serait peut-être d'une très grande aide.

Il ne pouvait nier qu'elle avait été essentielle les premières années. Il aurait eu du mal à s'occuper tout seul du nourrisson. À plusieurs reprises, il avait tenté de persuader Minerva de changer d'avis concernant Hermione mais la vieille dame n'avait rien voulu entendre. Il fallait lui laisser du temps. Un an s'était écoulé et Sélena avait fini par emménager chez lui pour mieux s'occuper de Sebastian tandis qu'Hermione n'était toujours pas là. Puis la seconde année était arrivée, suivie de la troisième et aujourd'hui, cinq longues années s'étaient écoulées durant lesquelles Sélena avait tenté plus d'une fois de se rapprocher de lui. Mais Severus était têtu, persévérant. Il avait aimé Lily d'un amour fou durant plus de vingt ans avant que son Hermione ne vienne se lover dans le coin de son cœur, grappillant ainsi la place déjà acquise par la belle rousse aux yeux verts. Hermione n'était pas morte, elle était là, quelque part et il devait attendre patiemment le bon vouloir de sa mémoire. Il pensait que Sélena l'avait compris mais aujourd'hui encore, il voyait bien qu'elle n'avait pas perdu espoir.

Toutefois, sa relation avec Sebastian commençait à se détériorer. Jusqu'à ses trois ans, son fils avait considéré Sélena comme une mère de substitution. Severus n'avait pas apprécié que la jeune femme ne le détrompe pas, et il avait bien vu qu'elle même le considérait comme son propre enfant. Sans doute avait-il agi avec beaucoup d'égoïsme et de maladresse en avouant sans détour la vérité à son fils. Sa mère n'était pas Sélena.

Depuis ce jour, la complicité qui avait existé entre eux n'était plus. Ce n'était pas juste mais comment Hermione aurait-elle pu trouver sa place s'il n'avait pas réagi à temps ?

Toutefois, Sélena s'était refusée à quitter l'Impasse du Tisseur. Il comprenait bien pourquoi mais même s'il l'appréciait beaucoup, sa place n'était plus ici. Sebastian allait retrouver sa véritable mère, et lui reconquérir la femme de sa vie. Qu'allait faire Sélena au milieu de tout ça ?

Elle devait partir, c'est tout.

Revenant au présent, il vit que son fils l'observait toujours, attendant sans doute qu'il lui réponde.

— Sebastian, Miss Granger semble être une personne tout à fait acceptable. Elle ne te connaît pas encore assez pour t'aimer, mais je suis certain qu'il n'en sera pas autrement quand elle découvrira qui tu es.

— Je le savais ! s'écria l'enfant victorieux. Sélena est méchante, je ne l'aime plus.

Voilà ce qu'il avait fait, songea-t-il. Était-il un monstre pour avoir saccagé aussi froidement une relation pour en privilégier une autre à venir, qui serait à ses yeux, bien plus importante pour son fils et lui-même ? Avisant l'heure, il fronça les sourcils. Il était déjà très tard.

— Il est temps d'aller te coucher, fils, grogna-t-il tout en donnant une légère tape sur le haut du crane de Sebastian avant de se lever de son fauteuil.

— Non, je veux pas me coucher, protesta ce dernier.

Voyant qu'il n'arriverait pas à le convaincre, Severus le prit dans ses bras avant de l'emmener dans sa chambre. L'enfant protesta à peine quand il le déposa dans son lit. Il s'assit à ses côtés pour le border un peu.

— Dors, veux-tu. Bientôt ce sera ta m... Miss Granger, qui te contera des histoires le soir pour que tu t'endormes.

—Quand ? insista Sebastian la mine boudeuse.

— Bientôt, répondit Severus dans un sourire sincère.

— C'est long, bientôt, soupira son fils déçu.

Son père émit un petit rire rauque avant de se redresser.

— Bonne nuit Sebastian.

— Bonne nuit papa.

Après avoir quitté son fils, il se rendit directement à son bureau pour travailler un peu. Il n'était plus professeur de Potions depuis 1998 et il ne le redeviendrait probablement jamais. Bien que Minerva ait joué un rôle fondamental dans le procès qui l'avait innocenté auprès de la communauté sorcière, elle n'avait pas émis le souhait de le revoir à Poudlard quand les travaux seraient terminés aux alentours de l'année 2016. Il avait donc modifié son plan de carrière et avait ouvert une boutique près du Chemin de Traverse où il vendait des potions commandées par les clients. Il travaillait aussi en secret sur le nouveau manuel de Potions pour les étudiants en Sorcellerie Britannique, après en avoir reçu la demande du nouveau ministère de la Magie. Il en avait été surpris, mais aussi incroyablement flatté. On reconnaissait enfin son talent pour quelque chose. Quand Sebastian irait à Poudlard, il étudierait un livre écrit par son propre père. De quoi se rengorger. Bien sûr, il aurait intérêt à être très bon dans cette matière. Severus y veillerait personnellement.

oO§Oo

Hermione regardait sa valise avec hésitation.

Elle avait été prise pour le poste de gouvernante et ce, à partir du lundi suivant, soit le lendemain. Dorénavant, elle vivrait chez Severus Snape à l'Impasse du Tisseur.

L'antre du diable ... ou du serpent, plutôt ! songea-t-elle avec fatalisme.

Minerva McGonagall lui avait signalé que ce poste lui rapporterait bien plus qu'une compensation financière. Travailler à temps plein avec un enfant serait une belle expérience qui compterait beaucoup dans son parcours professionnel. Hermione n'en doutait pas un instant. Elle avait toujours adoré les enfants et le petit Sebastian Snape semblait aussi avenant que vif et intelligent. Elle avait été surprise de se retrouver face à une espèce de clone de son ancien professeur. Son fils lui ressemblait tant. Il lui avait semblé presque impossible de déceler les traits éventuels de la mère. Cette dernière restait un mystère pour Hermione qui se demandait qui avait pu entretenir une relation avec un tel homme ? Severus Snape semblait tellement... intouchable !

Quand elle s'était rendu à l'entretien, elle s'était persuadée qu'il la renverrait aussitôt. Et pourtant, elle allait être celle qui enseignerait et guiderait sa progéniture jusqu'à ce qu'il soit en âge d'aller à l'école élémentaire.

Elle s'apprêtait à déménager et à changer de vie, toutefois elle n'en avait toujours rien dit à ses amis. De toute façon, elle les voyait assez peu depuis la fin de la guerre. Harry et Ginny s'étaient installés au 12 Square Grimmauld pour un temps indéterminé et Hermione les voyait de plus en plus rarement. Entre les habitudes de la vie quotidienne et le travail, ils avaient eu peu d'occasions pour tous se retrouver autour d'un verre. De temps en temps, elle croisait Ginny sur le Chemin de Traverse mais c'était assez rare. C'est pourquoi, elle avait pris la décision de ne rien leur dire pour le moment. Bien sûr, il faudrait qu'elle leur écrive pour leur signaler sa nouvelle adresse… Rien qu'à imaginer leur réaction, elle préféra laisser tomber cette option pour le moment.

Revenant à sa valise qui attendait toujours son bon vouloir, elle sortit sa baguette de la poche arrière de son jean et lança un sortilège de lévitation pour la faire descendre de l'armoire sans encombre. Hermione avisa ensuite d'un coup d'œil ce qu'elle allait emmener. Ses affaires personnelles étaient si peu nombreuses qu'elle se sentait incapable de se séparer de quoi que ce soit. C'est alors qu'un grand sourire illumina son visage. Son sac à main! Farfouillant dans son bagage, elle finit par mettre la main dessus. Elle y avait lancé quelques années auparavant un sortilège d'extension indétectable.

Elle pourrait mettre bien des choses dedans sans que ça lui pose le moindre problème. C'est avec un peu plus de baume au cœur qu'elle emballa ses affaires et oublia ce qui allait l'attendre ne serait-ce que pour quelques heures.

Elle allait vivre sous le même toit que Severus Snape. Cet homme l'avait toujours effrayée. Il l'avait aussi pas mal déçue. Toujours odieux avec elle, se moquant de sa soif de reconnaissance tout autant que de son physique d'adolescente. Enfant, elle avait cru qu'il l'apprécierait du fait de son intelligence, mais en devenant adulte, elle avait compris qu'il ne privilégierait jamais la maison qu'il détestait le plus au monde, et ce quel que soit le niveau des élèves qui y étaient apparentés.

Demain, ne put-elle s'empêcher de penser, elle aurait son fils à charge, n'avait-il pas peur qu'elle se venge sur lui ?

Cette question lui fit secouer vigoureusement la tête. Non, bien sûr que non ! Jamais elle ne pourrait faire ça. Elle n'était pas un Serpentard. Elle n'était pas méchante non plus et jamais elle ne pourrait faire du mal à un enfant, qu'il soit le fils de Severus Snape ou du pire ennemi de sa vie. C'était impossible.

Après avoir casé tant bien que mal ses affaires dans sa valise et dans son sac, elle les déplaça, toujours par magie, près de la porte. Hermione se prépara ensuite un mince repas pour le soir avant d'aller se coucher. Elle en profita pour boire une potion pour l'aider à mieux dormir qu'elle avait trouvé chez l'apothicaire du coin, puis ferma les yeux.

oO§Oo

— C'est lundi papa ! hurla Sébastian en pénétrant dans la cuisine.

Severus, occupé à boire son café tout en lisant le Daily Prophet, faillit avaler de travers.

Son fils, toujours en pyjama, semblait plus qu'impatient de l'arrivée d'Hermione et cela le conforta encore plus dans sa décision d'avoir la jeune femme à ses côtés. Il espérait pourvoir l'aider à retrouver la mémoire. Pendant des années, il avait fait des recherches dans le but de trouver un remède à son mal, mais il n'avait jusqu'alors, rien trouvé de très concluant. La magie « intuitive » était la plus difficile à parer.

— Va t'habiller, Sebastian, lança-t-il d'une voix stricte — celle qu'il gardait pour ses élèves d'antan — et rejoint moi pour le petit déjeuner.

— Oui, oui, oui ! s'écria le petit en faisant l'oiseau autour de la table où était installé son père, avant de repartir dans sa chambre.

Un troupeau d'hippogriffes en furie n'aurait pas pu faire plus de bruit quand l'enfant monta les marches de l'escalier. Pour une fois, Severus ne put retenir son sourire devant tant de joie et de spontanéité. Lui aussi avait bien envie de faire l'oiseau et de crier sa bonne humeur à tue-tête.

Hermione allait arriver !

Cette maison n'avait véritablement jamais connu de débordement insouciant. Il était positivement ravi de voir que son fils soit en train de changer l'atmosphère de cette demeure aux allures de taudis délabré.

Il allait sortir de la cuisine pour superviser les derniers préparatifs avec son elfe de maison quand apparut Sélena. Elle était en robe de chambre et semblait avoir passé une mauvaise nuit. Fronçant les sourcils, Severus fit demi-tour avant de prendre un sachet qu'il conservait dans l'un des placards de la cuisine et en versa une bonne rasade dans une tasse de thé qu'il prépara pour la jeune femme.

— Sélena, l'avisa-t-il en lui tendant le mug. Bois. Ça te fera du bien.

Cette dernière regarda la tasse fumante avant de la prendre à deux mains. La chaleur bienfaisante du breuvage l'apaisa un peu.

— Merci Severus, murmura-t-elle en allant s'asseoir.

Ce dernier l'observa un court instant avant de parler.

— Je sais tout ce que tu as fait pour nous, Sélena. Au vu et à la façon dont je t'ai traitée par le passé, ma dette envers toi restera éternelle, j'en ai bien conscience. Je suis navré de ne pouvoir t'apporter ce que tu désires le plus et je reste persuadé que rester ici n'est pas bon pour toi. Ça ne t'apportera que de la peine. Toutefois, j'accepte de te laisser ta chambre autant de temps que tu le voudras. Si tu veux rester, reste, mais sache que je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Compte tenu de ce que tu as fait pour nous, je ne souhaite pas te voir souffrir. Tu mérites mieux.

Il sortit de la cuisine sans attendre de réponse, la laissant réfléchir à ce qu'il venait de lui dire. Il espérait vraiment qu'elle ferait le meilleur choix. Il ne pouvait pas s'occuper d'elle. Il avait beaucoup d'affection pour Sélena, et il l'avait utilisée à des fins personnelles à de trop nombreuses reprises. Il fallait que ça cesse une bonne fois pour toutes et que chacun apprenne à tourner la page sur un passé aussi sordide que douloureux.

Une fois que tout fut prêt pour recevoir Hermione, il alla vérifier que c'était également le cas de son fils avant de s'enfermer dans son laboratoire. Il avait beau ne plus être professeur de potions, ça n'enlevait à rien son envie d'améliorer son savoir-faire sur certaines préparations et il devait finaliser l'ouvrage destiné aux élèves d'ici l'année suivante. Il avait encore beaucoup à faire.

Et puis... ça lui permettrait aussi de patienter.

oO§Oo

Hermione venait de transplaner avec succès devant la porte d'entrée de l'Impasse du Tisseur. Elle allait frapper mais, prise de doutes, elle se retint au dernier moment. Et si elle faisait le mauvais choix ? Si ce boulot ne lui convenait pas ? Avant de quitter définitivement son petit appartement, elle avait dû rendre les clefs à la propriétaire des lieux.

Elle ne pouvait plus revenir en arrière, il était un peu tard pour ça, se fustigea-t-elle. Relevant la tête elle enclencha la sonnerie magique. La maison des Snape était certes branlante et semblait des plus sinistres mais il lui suffit de repenser à la bouille du petit garçon qui y habitait pour se rassurer un peu. De toute façon, elle ne pouvait pas être plus malheureuse qu'elle ne l'était déjà.

Elle allait sonner à nouveau quand elle entendit du bruit derrière la porte qui s'ouvrit avec fracas sur le maître de la demeure. Toutefois, devant elle se tenait un petit garçon aux cheveux noirs, incroyablement ébouriffés qui la regardait avec des étoiles dans les yeux comme s'il venait de découvrir Saint Nicolas en personne.

— Bonjour Hermione ! babilla-t-il, tu es en retard et papa est vraiment très, très en colère contre toi.

Elle faillit tomber à la renverse en entendant le petit garçon lui débiter tout ça d'un air joyeux. Observant l'enfant un long moment, elle vit l'ombre du père se profiler derrière lui.

— Sebastian, répondit Severus Snape en avisant son fils. Ce ne sont pas des façons d'accueillir quelqu'un.

Le cœur d'Hermione se mit à tambouriner dans sa poitrine sans qu'elle ne sache pourquoi. Elle faillit se trouver mal quand l'homme planta ses deux obsidiennes dans ses prunelles noisette. Il semblait... en colère ? Les coins de sa bouche tremblaient, elle en était certaine.

— Vous êtes en retard, Miss Granger, lui dit-il d'une voix étonnamment douce.

— Mais papa ! Hermione c'est pas juste quelqu'un. C'est ma gouvernante ! Papa, pousse-toi, je veux mieux la voir ! criait Sebastian d'une voix rendue suraiguë par l'excitation du moment.

Hermione passa son regard du grand Snape impassible, qui ne bougeait pas d'un iota — et qui la fixait toujours lui-même—, au petit Snape miniature qui faisait tout son possible pour pousser son père.

Cette image était d'une telle... mignonnerie — ce qui ne concordait pas du tout avec l'austère maître des potions — qu'Hermione ne put empêcher l'éclat de rire qui sortit de sa bouche sans qu'elle ne puisse le contrôler.

Elle était persuadée que cet enfant devait donner bien du fil à retordre à son père. Severus Snape l'avait bien mérité. Elle avait hâte d'être témoin de tout ça maintenant qu'elle allait vivre avec eux.

À Suivre


J'espère que ce chapitre vous a plu ? Pour ma part, j'ai adoré travailler dessus. Les souvenirs de Severus — j'ai adoré imaginer ce qu'il aurait réellement ressenti —, l'attente impatiente du père et du fils concernant l'arrivée d'Hermione. J'essaie vraiment de faire de mon mieux pour les rendre crédible, j'espère y parvenir. Bref, vous savez ce que j'aimerai maintenant ?

Vos avis ! Me laisser un petit commentaire me rendrait très heureuse.