Bonsoir tout le monde !

Comme j'avais mis le chapitre samedi et non dimanche, je vous livre donc le chapitre trois. ^^

Je vous remercie pour vos belles reviews qui me motivent à vous écrire le chapitre 15. Merci pour vos mises en alerte/favoris. Bien sûr, j'ai une petite pensée pour les non-inscrits : Girly, amanda et Nina qui me suivent depuis le début, et qui à l'époque m'avaient boosté (avec les personnes inscrits bien évidemment) à écrire les 10 premiers chapitres. Merci aussi aux fantômes qui restent dans l'ombre (petit humour qui correspond bien avec l'histoire ;-p).

Merci à Snapy49 pour sa correction.

Bonne lecture.


Chapitre trois

Altercation

Bella s'engagea dans le centre-ville dans un silence religieux.

Forks était une ville touristique notamment en cette période hivernale et les avenues étaient bondées de monde, chargés de sacs en mains, en train de flâner et de faire du shopping dans les boutiques luxueuses pour offrir des cadeaux – Noël approchait à grands pas. Les trottoirs étaient joliment décorés de jardinières de fleurs devant les devantures de chaque magasin.

La brune sourit en voyant sa ville s'agiter dans tous les sens. Elle se rendit compte qu'elle ne regardait plus cette ville depuis un moment déjà, ville où elle est née et avait grandi jusqu'à son adolescence.

– On ne va pas chercher mamie d'abord, remarqua Ewen en observant la masse de gens affluer sur les trottoirs, essayant de se frayer un chemin.

– Nous allons directement au mariage de marraine, répondit-elle en s'arrêtant au feu rouge. Mamie doit-être déjà sur place, dit-elle en scrutant dans son rétroviseur son fils assis sur son rehausseur.

Ewen portait pour l'occasion un smoking gris avec une chemise blanche et une cravate grise. Son fils était à croquer dans ce costume. Pour le mariage de sa cousine, elle l'avait amené chez le coiffeur et il lui avait fait une coupe en brosse sur ses cheveux bruns épais, légèrement coiffé de côté.

– Oh, fit-il en cessant de regarder les alentours et se concentra sur sa maman.

Le feu passa au vert, la brune enclencha la première et se fondirent dans le flot des véhicules. Elle mit son clignotant et tourna de sa main droite son volant pour s'amorcer dans un virage serré, menant à un chemin flexueux et désert de toute civilisation. Elles venaient de quitter la ville pour prendre la route de la campagne, où demeuraient Rosalie et Emmett à 5 km de Forks. Le ciel aujourd'hui était dégagé, aucun nuage ne pointait à l'horizon, laissant un ciel bleu avec un soleil brillant de mille feux. Ce qui était rare dans ce patelin et encore plus en période hivernale.

– Tu crois que mamie sera accompagnée d'un amoureux ? quémanda-t-il à voix basse en fixant la route étroite, entre deux rangées serrées de champs de cultures.

– Heu... Je ne sais pas mon ange, répondit-elle, étonné que son fils aborde ce sujet.

À vrai dire, elle ne s'était jamais posée cette question et une partie d'elle ne voulait pas savoir si Renée fréquentait quelqu'un. En revanche, si sa mère sortait avec une personne, elle devait être sacrément discrète, car aucune rumeur ne circulait à Forks. Connaissant Stanley, cette vieille harpie et commère de ce bourg, elle n'avait rien de bien croustillant sous la dent en ce moment et pas le moindre potin à raconter. Bella l'avait entendu jacter avec ses copines ce samedi matin chez le coiffeur, assis sur des fauteuils, magazines en mains, attendant leurs tours.

La brune s'engagea dans une rue bordée de champs donnant des palettes de couleurs, digne de cartes postales et gara sa voiture parmi tant d'autres devant la villa de sa cousine.

La villa en brique bleue était stupéfiante, majestueuse, à couper le souffle. Des parterres de fleurs décoraient les abords de la villa – tous enseveli dans la neige. L'allée en tomette blanche avait été salée pour ne pas que le sol soit verglaçant et casse-gueule. Elle sortit de voiture et alla ouvrir la portière arrière pour détacher son fils.

o°O°o

Bella rajusta sa robe en soie turquoise, sa tresse épi sur son épaule gauche, un visage serein et souriant. Elle était plus que ravie d'avoir accepté d'être la demoiselle d'honneur de sa cousine. Rose était derrière elle, nerveuse. La terrasse aux garde-fous en fer forgé ouvrait sur la nature et en cette après-midi elle était bondée de monde, et des visages joyeux se levaient vers elle à chacun de ses pas. Les bancs rustiques où les convives étaient assis sont joliment décorés de fleurs de Lys blanches. Elle arriva bien vite au milieu de la nef et rencontra le visage de son ami, Emmett Cullen. La brune pouvait ressentir qu'il trépignait d'impatience de voir sa future femme avec une pointe de panique au fond de ses yeux bleus.

Elle le rassura en lui faisant un clin d'œil et mima avec sa bouche :

– Tout va bien se passer.

Rose et Emmett avaient son âge et ils avaient commencé à flirter ensemble au lycée. Depuis quatorze ans qui ne se quittaient plus et s'aimaient comme au premier jour. Le fruit de leur amour avait vu le jour six ans maintenant, renforçant encore plus les liens qui les unissaient. Mélia était une copie de sa maman, des boucles blondes qui descendaient en cascadent sur le bas du dos. Un nez fin. Des yeux bleus, grands comme des billes. Et un sourire éclatant dévoilant deux fossettes sur chaque joue, héritée de son papa. Alice lui avait confectionné une robe blanche à manche longue en dentelle, accompagnée d'un voilage brodé sur le devant. Mélia était élégante, digne d'une princesse.

Ses jambes continuaient d'avancer, elle prit place à côté d'Alice qui était aussi demoiselle d'honneur, et observa sa famille, ses amis. On pouvait y lire dans leurs regards, de l'amour, de la joie et de la sympathie. Ils étaient tous chiquement habillés pour ce jour spécial. Bella sourit, en observant l'expression du visage de sa mère – amour teinté d'une étincelle brillant au fond de ses yeux songeur – qui devait lui rappeler son propre mariage avec son père.

Tous les invités se levèrent et Rosalie avança doucement vers l'autel accompagnée de Marcus Swan, son père. Elle ne quitta pas une seule seconde Emmett des yeux. Sa cousine était splendide, à couper le souffle. Elle avait les cheveux remontés en chignon avec deux boucles qui s'en échappaient sur le devant de ses oreilles serties de diamants. Son voile était majestueux – tout comme sa traîne en dentelle. Sa robe bustier en satin affinait sa taille parfaite. Rosalie avait opté pour cette robe qui correspondait très bien à son couple : un équilibre parfait entre simple, romantisme et charme.

La musique se tut.

Marcus était ému. Il releva le voile de sa fille et déposa un baiser sur sa joue, puis alla s'asseoir au côté de son épouse Dydime – qui partageait sa vie depuis trente-cinq ans – et lui avait donné deux beaux enfants, Rosalie et Jasper. Dydime posa sa tête contre l'épaule de son époux et versa des larmes abondantes, émues.

Mélia se mit en marche et exécuta automatiquement les gestes qu'on lui avait appris, portant les alliances dans un coussin en dentelle. Elle le remit au pasteur Weber sans les faire tomber. Ewen précédait sa cousine tenant un bouquet de Lys blancs dans les mains et le plaça entre les mains de sa marraine après les alliances échangées et le baiser rituel – qui provoqua des cris d'acclamations, des sifflements avec les doigts et des applaudissements des convives.

Après le stress passé, Emmett était euphorique, il l'embrassa pour la deuxième fois d'un baiser fiévreux, langoureux. Subitement, il arrêta et porta Rosalie comme une jeune mariée – sous les éclats de rire de cette dernière. Une fois tous les invités sortis et qu'ils attendaient dans le jardin, ils descendirent les escaliers. Des flashs crépitèrent, éblouissant leurs yeux, figeant ce moment de bonheur à tout jamais.

L'ambiance était festive, grâce à la musique et au bar bien fourni. Les invités se suivaient pour rejoindre la grande véranda, où les nombreux toasts étaient posés sur une table avec des flûtes de cocktails, sans alcool pour certains et d'autres légèrement alcoolisés pour accompagner les amuse-bouche.

Zafrina avait fait du bon travail. La décoration était romantique, mais pas tape-à-l'œil.

Marcus attendit que tout le monde soit enfin réuni et leva sa flûte avant de faire un discours :

– Je voudrais commencer en vous remerciant d'être tous venus aujourd'hui. En mon nom propre et au nom des mariés, je voudrais dire à quel point nous vous sommes reconnaissants d'être venus à cette cérémonie et de partager notre joie, dit-il en regardant toutes les personnes et reprit d'une voix taquin. Ceux d'entre vous qui ignoreraient qui je suis... Soyez plus attentif ! Je suis le père de cette belle mariée ! Si vous ignorez qui je suis, c'est que vous avez sans doute trop profité de l'open-bar ou que vous avez déserté la cérémonie, et êtes passés directement aux réjouissances, plaisanta-t-il en reprenant une voix sérieuse. Je dois reconnaître que je n'aurais jamais cru que Rosalie puisse un jour se marier. Attendez qu'il n'y ait pas de confusion. C'est juste que pour ma fille, le mariage n'est pas le plus important, et qu'il y a d'autre manière de témoigner son amour à l'être aimé. Pour elle, la construction d'un amour et sa fondation était de donnée la vie. Son rêve s'est réalisé depuis six ans déjà que Mélia nous combles de bonheur. Je ne remercierai jamais assez mon beau-fils pour rendre ma petite princesse heureuse et épanouie. Bienvenue dans la famille, mon fils ! termina-t-il en embrassant les jeunes mariés.

Des applaudissements se firent entendre et Carlisle leva sa flûte à son tour et la fit tinter avec une petite cuillère pour que tout le monde l'entende.

– Nous sommes tous rassemblés aujourd'hui pour fêter l'union de mon fils et de ma belle-fille. Pour ceux parmi vous qui ne me connaissent pas, je suis le père d'Emmett, ce ravissant jeune homme, dit-il en le regardant ému. Je me souviens du jour où il est rentré du lycée... Il y a quatorze ans en arrière. C'était un lundi. Ce jour-là, il rayonnait comme je ne l'avais jamais vu. Attention, pas qui n'était pas heureux auprès de nous. Mais son visage était celui d'un jeune adolescent, insouciant et amoureux. Si bien qu'un jour il avait entrepris de faire le mur de chez nous pour rejoindre sa belle, se remémora-t-il en rigolant. Manque de chance pour lui, c'est que sa mère ne dormait pas et la vue descendre la glissière.

Toute l'assemblée s'exclama à cette anecdote du marié.

– Ce jour-là, tout a changé en lui. Il n'a pas eu le moindre doute sur la solidité de leur relation. Cette fois-ci avec Esmée, nous savions que c'était la perle rare et qu'il finirait sa vie auprès de Rosalie Swan qui avait conquis son cœur dans la seconde où il avait croisé son regard. Et nous voilà quatorze ans après, et je me retrouve à faire un discours à leur mariage. Et rien n'aurait pu me faire plaisir. Je suis très fière de mon fils qu'il ait enfin pris les devants pour lui demander sa main et vivre le restant de ses jours auprès d'elle. Merci, ma fille, tu rends mon fils heureux. Bienvenue dans la famille Rose ! termina-t-il à son tour en les embrassant.

Bella essuya discrètement ses larmes, émue par leur discours.

– Dis-moi qui te fait pleurer sœurette et j'le scalpel sur place, chuchota James au creux de son oreille, sérieux.

– Personne, gros nul, fit-elle en lui tapant le bras. C'est juste que j'suis trop sensible par leur discours...

Il leva les yeux au ciel et secoua la tête.

– Y a que les gonzesses pour se mettre dans ces états, se moqua-t-il.

– On verra bien quand ça sera ton tour. Crois-moi, j'me ferais un plaisir à te le rappeler, lui promit-elle, espiègle.

James haussa les épaules et répliqua :

– Ouais, bah... Ce n'est pas demain la veille que j'me caserais !

Bella secoua la tête, dépitée.

Comme si l'amour pouvait se préparer... Bien souvent, elle vous tombe dessus quand on s'y attend le moins. Elle vous frappe et vous foudroie en plein cœur tel un éclair et aucun retour en arrière n'est possible.

Après le dîner, et le fameux découpage du gâteau, la soirée dansante commença, Emmett et Rosalie ouvraient le bal. Une douce musique résonna dans la salle – thinking out loud – ed sheeran. Ils dansèrent doucement, se regardant dans les yeux sans ne jamais briser le contact créant une bulle d'amour, oubliant les convives qui les observaient – tous émus.

La musique se tut un instant et une valse retentit.

James se leva de sa chaise et prit la main de Bella pour enflammer la piste de danse. Son frère avait toujours été un excellent danseur, et la fit tournoyer dans ses bras en exécutant des pas compliqués pratiqués ensemble et mémorisés au cours de leurs jeunesses. Cette soirée lui faisait du bien, oubliant les tracas de vendredi, mettant de côté la venue de Peter et du fameux mot sur sa fenêtre. Renée était dans la confidence et avait volontiers accepté de garder Ewen. Elle avait une semaine seule avec lui pour avoir le courage de lui avouer son petit secret. De plus, Ewen serait en compagnie de sa grand-mère, mais aussi de sa cousine Mélia, le temps que ses parents s'envolent aux Caraïbes pour leur lune de miel.

o°O°o

Le week-end avait défilé à une vitesse, si bien que ce lundi en fin d'après-midi Peter se retrouvait garé devant de la bâtisse de Bella. Le temps était clément, la neige avait recouvert toutes les pelouses des voisins y compris celui de la brune. Il réprima un soupir en prenant sa valise d'une main qui siégeait du côté passager, et sortit de son pick-up noir en claquant sa portière. Il allongeait le pas traînant et remontait l'allée arborée, nerveux.

Après un instant à fixer sa porte, Peter frappa trois coups, et attendit qu'elle vienne l'ouvrir.

Lorsqu'elle ouvrit la porte, il la regardait, les joues rouges, ses longs cheveux bruns qui cascadaient en boucles sur ses épaules. Elle portait un chemisier en soie bleu nuit, légèrement décolleté et un jean taille basse moulant ses hanches comme une seconde peau. Ses pieds étaient nus, dévoilant les ongles de ses orteils brillants turquoise.

Ils demeurèrent silencieux quelques secondes.

– Bonjour, Peter, dit-elle, l'invitant à rentrer. Je vais te montrer ta chambre où tu séjourneras le temps de l'enquête. Tu seras au rez-de-chaussée. J'ai pensé que ça serait plus pratique si une tierce personne rentrait par effraction. Je n'allais pas te faire dormir dans mon bureau sur un lit de camp... Même si je t'avouerais que l'idée m'a effleuré l'esprit, fit-elle, malicieuse.

– C'est très aimable à toi, dit-il, sarcastique.

Dès lors qu'il franchit le seuil du séjour, des senteurs épicées vinrent caresser ses narines, lui mettant l'eau à la bouche. Ces odeurs lui rappelaient son enfance et des souvenirs de sa mère Célestina, confectionnant de bons petits plats espagnols – les origines de sa défunte mère.

Ils marchèrent côte à côte, le bruit de ses chaussures de ville claquait de concert sur le carrelage. Bella s'arrêta finalement devant une porte juste en face de la cuisine et l'ouvrit, l'invitant à la précéder. Il s'avança, avant de s'immobiliser surpris par cette chambre d'ami. La baie vitrée prenait toute la longue du mur et des voilages prune étaient épais pour ne pas que la clarté rentre une fois les rideaux tirés. La chambre était joliment décorée dans un beige, avec un mobilier moderne dans les tons noirs. Deux gigantesques tableaux d'une meute de loups étaient disposés sur chaque toison, et il reconnut aisément son jardin.

– C'est toi qui as pris ces loups en photos ? demanda-t-il, ébahi, par la prise de vue.

Elle s'avança jusqu'aux tableaux et répondit d'une voix douce :

– Ces loups viennent souvent sur mes terres. J'ai pris cette photo quand la femelle Alpha est sortie du terrier avec ses deux petits. On peut les voir explorer pour la première fois le monde extérieur et sur l'autre photo... Ils ont trois mois, jouant entre eux, avec le couple alpha qui les surveille pas très loin.

Peter garda le silence fasciné par cette femme.

– Tu sais qu'il est difficile de les approcher. Comment as-tu fait pour les prendre sans qu'ils s'en prennent à toi ? Les louves sont plus vulnérables quand elles ont leurs petits.

– Je sais, répondit-elle. Le couple alpha vient depuis six ans sur mes terres et la cohabitation se passe bien. Je n'ai jamais eu de problème à ce jour et quand je les photographie, je reste sur le porche, l'informa-t-elle.

Il acquiesça d'un hochement de tête, puis elle quitta la chambre pour le laisser s'installer et s'approprier les lieux.

Peter défit sa valise et rangea les habits dans le dressing tout en songeant : il n'arriverait pas à la haïr comme il le pensait vendredi dernier. En revanche, il était bien déterminé à découvrir pourquoi elle était partie comme si elle avait eu le diable aux fesses, il y'a cinq ans. Et il découvrait la vérité, pas à pas. Il continuait de ranger et tomba sur le dossier de Bella Swan. Il était partagé entre le lire maintenant où ce soir avant de se coucher et se dit que c'était mal poli de la faire attendre en sachant qu'elle avait préparé le dîner. Peter ouvrit le tiroir de la table à chevet, près de son lit, et le glissa dedans.

Il venait de sortir de la chambre lorsqu'il la retrouvait dans la cuisine, debout devant le plan de travail en coupant les oignons qu'elle mit dans un saladier. Et comme si elle l'avait sentie, elle se retourna et encra ses yeux dans les siens.

– J'espère que tu aimes épicer ? demanda-t-elle.

– Tout ce que j'aime, merci, répondit-il.

– Bien. Ce soir, poulet au curry avec une entrée de salade et une salade de fruits en dessert. J'ai fait simple en ne connaissant pas tes goûts alimentaires, dit-elle en partant déposer le saladier sur la table.

Peter la précédait et vit qu'elle avait déjà dressé la table. Ils prirent place l'un en face de l'autre et commencèrent à se servirent.

– Tu peux m'en dire plus sur l'enquête, quêta-t-elle, curieuse en leur servant de l'eau.

– Rien de plus que tu sais déjà, répondit-il.

Il était ébloui par la force qu'il découvrait en elle, assez inattendu dans ce corps délicat, presque fragile. Bella l'impressionnait. Là où les enfants étaient encore insouciantes du danger qui pouvait rôder à chaque instant, préservant encore leurs innocences. Bella, elle avait dû affronter la mort de son père devant ses yeux d'enfant. Et encore, la vie ne l'avait pas épargné. Elle avait presque failli se faire violer, mais là encore, elle ne montrait pas la moindre cicatrice visible, qui laisserait penser qu'elle ait subi des attouchements sexuels. Ou du moins, elle laissait ne rien paraître...

– J'ai quand même bien le droit de savoir, insista-t-elle d'une voix sèche.

– Pour le moment, nous sommes sur la piste d'un potentiel suspect, répondit-il en buvant son verre d'eau. C'est pour cela que tu es mise en surveillance rapprochée, car même si tu étais gamine à l'époque des faits, seule toi pourrais encore reconnaître le son de sa voix. Et il sait très bien que tu étais témoin de loin comme de près ce soir-là, développa-t-il tout en restant vague.

Ils n'allaient pas crier victoire tant qu'ils n'auraient pas suffisamment de preuves.

– Je sais tout ça et cela ne m'apprend rien de plus, dit-elle d'un ton sec en le fusillant du regard. Dernière question, après je te laisse tranquille.

Peter fronçait les sourcils en se touchant l'oreille droite, signe d'inquiétude chez lui.

– Ton nom est bien Brewen ? l'interrogea-t-elle, fébrile de sa réponse.

Il ne savait pas où elle voulait en venir, mais sa question le désarçonna.

– Non, lâcha-t-il. Ce nom est juste un dispositif de protection lors de mes opérations, annonça-t-il en sauçant la sauce avec son pain.

– Ceci explique cela... murmura-t-elle en grinçant des dents.

Peter releva la tête, pas certain d'avoir compris sa phrase.

– Qu'est-ce tu as dit ? quémanda-t-il.

– Rien ! répondit-elle. Mange avant que ça ne refroidisse.

Le brun était indécis. Il ne comprenait pas ce qu'il avait pu dire pour qu'elle réagisse de la sorte.

Le repas fut délicieux, et ils continuèrent de dîner dans un silence religieux.

Trois heures plus tard, Peter était allongé sur le lit, lisant le dossier de Bella. Il était bouleversé, le souffle lui manquait. Un étau lui enserrait le cœur. Lui qui se connaissait d'un calme à toute épreuve, il sentit la panique s'emparer de lui. Il eut l'impression qu'on venait de lui donner un coup de poing dans le ventre. Bon sang ! Des dizaines de questions lui venaient à l'esprit. Il serra les poings. Rien ne servait de se monter le crâne. Ce qu'il fallait, c'était découvrir en premiers lieux le nœud du problème...

Il éprouvait une grande colère envers Bella, en même temps qu'une tendresse infinie envers le gamin qu'elle élevait. Peter se savait trop chamboulé pour pouvoir parler de façon rationnelle avec elle, mais il tenait à lui dire sa façon de penser demain.

Peter sortit une photo de son portefeuille qu'il gardait et chérissait : on pouvait le voir tout petit dans les bras de sa mère et la ressemblance avec Ewen était frappante – on aurait dit lui au même âge. Oui, Ewen était bien son fils, la photo du bambin qu'il avait pu voir le premier jour auquel il ne voulait pas analyser sur le moment lui montrait bien sa similitude à ne pas douter avec lui. De plus, il sourit en faisant le lien de son prénom avec son nom d'emprunt... Ça prouvait en quelque sorte qu'elle ne l'avait pas oublié.

Il se fit la promesse qu'il ne leur tournerait pas le dos, ni à son fils ni à elle. Mais avant ça, il devait crever l'abcès avec Bella.

o°O°o

Ce mardi matin, Bella regarda Dwyer dans les yeux, déterminé à ne pas se laisser intimider par ses yeux bleus froid et hostile. Sam Uley l'avait prévenue qu'il était entré sur ses terres si vastes. Il était le garde forestier protégeant les animaux et la nature que certains promeneurs ou randonneurs ne respectaient pas et surveillait ces lieux majestueux.

Phil se tenait droit devant elle, un fusil à la main. Malgré son gabarit de deux mètres et sa carrure impressionnante, elle ne fléchit pas. Ses cheveux bruns au vent partaient dans tous les sens, dévoilant quelques mèches grisonnant. Il pointa son arme sur l'animal, prêt à le tuer.

Bella franchit les quelques mètres qui les séparaient, décidée à ne rien lâcher devant lui et à lui montrer qu'elle était fermement prête à en découdre avec lui, protégeant le louveteau apeuré. Elle sortit son flingue de sa poche arrière de son jean et le pointa dans sa direction.

– Tue cette bête et je tire sur ta jambe, le prévint-elle, mordante.

– Comme si tu savais te servir d'une arme, railla-t-il, pas impressionné.

Elle le fixa hautaine, et laissa échapper un soupir d'irritation.

– Ne jamais surestimer une personne, Dwyer, menaça-t-elle. Surtout quand ladite personne a ce joujou entre les mains, dit-elle en chargeant son flingue, et tira à trente centimètres de son pied enneigé.

Phil bondit sur ses pieds et recula, mettant une distance entre eux. Bella se délecta de voir une lueur de peur dans son regard.

Le louveteau se faufila en boitant et s'élança derrière la jeune maman, sous ses yeux ahuris.

– Maintenant, dégage ! ordonna-t-elle. Et ne remets plus les pieds sur mes terres, fit-elle en le défiant de nouveau avec son arme.

Dwyer la dévisagea un moment et se remémora la scène qui s'était jouée devant lui auparavant. Il abdiquait et tourna les talons, quittant cette folle furieuse.

Bella souriait fièrement, elle avait sauvé cet animal et rangea son arme dans sa poche arrière de son jean.

Il lui arrivait souvent d'apercevoir une meute sur son territoire. Rien n'était clôturé, les animaux allaient et venaient à leur guise. À ce jour, les loups n'attaquaient pas les humains ou le bétail, car ils avaient suffisamment de gibier pour se nourrir. Elle aimait les observer derrière sa baie vitrée ou sur le porche pour les photographier et avait pu constater que ces canidés s'étaient adaptés aux humains. Parfois, elles les voyaient se prélasser sur la pelouse où bien jouer entre eux. La meute était constituée d'un couple alpha et de ses petits. Plusieurs fois, elles les surprenaient de dormir dans sa grange. Comme s'ils s'étaient approprié les lieux et marqué leur territoire. D'ailleurs, c'était dans cette même pièce que la femelle avait creusé un terrier et donné naissance à ses petits. Elle se souviendra toujours de ce jour où elle avait voulu aller chercher sa tondeuse et était tombée nez à nez devant le mâle, babine retroussée dévoilant ses crocs. C'était un avertissement pour ne pas qu'elle avance. Dès lors, elle avait rebroussé chemin, les laissant tranquilles.

Elle se retourna et s'accroupit devant le louveteau. Il était chétif et amaigri. Sa fourrure beige était terne et ses yeux bleus exprimaient la peur. Bella allait le prendre quand Peter déboula à toute vitesse à ses côtés.

– Non, mais tu as perdu la tête ! cria-t-il en colère. Imagine ce qu'il aurait pu arriver s'il t'avait tiré dessus...

– Justement. Ce n'est pas toi qui m'aurais secouru, dit-elle en lui coupant le clapet. Il allait tuer ce louveteau, je n'allais pas le laisser faire, rétorqua-t-elle en redressant la tête, furieuse.

Peter serra les poings et tenta de se calmer. Elle n'avait rien et bon sang... La voir avec son flingue l'avait excité. Tout son corps la désirait et le besoin de sentir son corps sous ses mains, sa bouche contre la sienne, lui devenait vital. Il dut prendre sur lui pour chasser ses images que lui renvoyait son cerveau de cette délicieuse nuit.

– Où as-tu appris à te servir d'une arme ? demanda-t-il, impatient de savoir sa réponse.

– C'est mon petit secret, Brewen, fit-elle en appuyant bien sur son nom.

Le loup gémit en signalant sa présence.

– Il vient de nous signaler qu'il a faim et froid, déchiffra-t-il. Et il a besoin d'une attelle et de l'immobilisation pour qu'il se rétablisse, conclut-il en l'observant.

– Tu parles le langage des loups maintenant ? demanda-t-elle, pantoise.

Il éclata de rire. Un rire franc, doux et suave.

Bella leva les yeux vers lui, elle eut le souffle coupé. Ses cheveux décoiffés par le vent, lui donnait un côté rebelle et séducteur. Elle était subjuguée, incapable de détourner les yeux de cet homme. Il y avait autre chose dans son regard. Plus...

– Non, dit-il en redevenant sérieux. Mon père est vétérinaire. Petit, j'aimais traîner dans son cabinet, l'observer interagir avec les animaux. Et les loups gémissent quand ils ont faim, froids. Au vu de son état, j'en déduis les deux.

Elle découvrait l'homme qui lui fit face.

– Je crois qu'il t'a déjà adopté, enchaîna-t-il en regardant le louveteau lécher sa main. Les loups sont très intelligents et il a très bien compris que tu l'as protégé. Tu fais en quelque sorte partie de son clan.

Bella allait répondre, mais vis son frère arriver au pas de course et s'interrompit immobile en observant Peter le toiser de haut en bas.

– Oh bordel de merde ! jura-t-il en mettant sa main droite sur sa bouche, les yeux écarquillés.


Alors, que pensez-vous de ce chapitre ?

J'ai hâte de lire vos commentaires et vos critiques constructives qui nous permettent de nous améliorer dans nos écrits.

Petite info, j'écris en parallèle sur un couple qui n'est pas exploité à mon goût et à l'époque quand il m'arrivait d'avoir un peu le syndrome de la page blanche... je jonglais entre les deux. Je sais pas combien il y aura de chapitres encore, mais je la publierai seulement quand cette histoire sera complète. Comme ça j'aurai un peu d'avance sur les chapitres. Le titre est : Peter, mon ami imaginaire.

Je vous laisse le prologue pour un avant-goût :

Jusqu'à ses dix ans, Charlotte passait tout son temps en compagnie de Peter, son ami imaginaire. Vingt ans plus tard, devenue une brillante auteur pour enfant, elle s'apprête enfin à tourner la page sur les sentiments qui la tourmente sur son alter ego irréel. Mais Peter sent bien le lien qui commence à défaillir, prêt à se briser, l'éloignant de lui. Une seule solution s'impose alors à lui : réapparaître en chair et en os.

Je vous dis à bientôt, passez une douce semaine !