Chapitre 3
CHANGE OF PLAN
« Filsdepute ! »
« Mon Général ? » Sam passait près du bureau de Jack et s'arrêta net au son du juron qui sortit de l'intérieur. Elle passa la tête à l'intérieur. « Est-ce que tout va bien ? »
« Non... » Jack donna un violent coup de poing sur le bureau et sembla le regretter immédiatement. Il souffla un « aïe » silencieux et agita la main blessée, tentant d'ôter la douleur.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » Sam se dit qu'il était sans risque d'entrer maintenant. Une fois que Jack avait une vraie douleur sur laquelle se concentrer, il était plus facile de lui parler. Cependant, au lieu de parler, il jeta une feuille de papier devant elle et continua de frotter sa main qu'il avait si bien endommagée.
« Voilà pourquoi je ne lis jamais les mémos, » gronda-t-il, une expression de pure frustration s'affichant sur son visage.
Sam prit la feuille et parcourut des yeux la page. Lisant le contenu deux fois pour s'assurer qu'elle comprenait, elle leva les yeux sur Jack, sans rien dire, ne comprenant toujours pas la raison de sa colère.
« Le Général Hammond prend sa retraite, » offrit-elle, obligeamment.
« Oui ! » s'exclama Jack, levant les deux mains, soulagé qu'elle comprenne. Excepté qu'elle ne comprenait pas. Sam était toujours perplexe.
« Vous aussi, » ajouta-t-elle, lui rappelant. Cela ne faisait que dix jours qu'ils étaient revenus de son chalet. Dix jours qu'il lui avait dit qu'il prenait sa retraite. Dix jours qu'ils avaient mis leurs grades de côté et porté leur relation à un tout autre niveau. Cela avait été un risque : Jack ne prenait pas sa retraite avant un autre mois, mais après toutes ces années à nier leurs sentiments, cela semblait en valoir la peine. Cela en valait la peine, pensa Sam, avec un demi-sourire.
« Non. Ce n'est plus d'actualité. »
Ses mots la frappèrent comme une gifle. Elle sentit une étrange sensation de froid la parcourir, une sorte de prémonition.
« Que voulez-vous dire... ce n'est plus d'actualité ? » demanda-t-elle, d'une voix basse, pour ne pas lui faire connaître la terreur qu'elle commençait à ressentir.
« Je veux dire que je ne peux pas. » La colère dans sa voix était réelle. « Du moins, pas maintenant. Le Président veut que je prenne la tête du Homeworld Security. Que je prenne la place de Hammond. Que je dirige tout le tralala. »
Sam fit tout ce qu'elle put pour ne pas s'appuyer sur le bureau.
« Vous plaisantez, » réussit-elle à dire à la place. Jack la regarda avec des yeux noirs.
« Est-ce que je donne l'impression de plaisanter ? » Il se leva, le fauteuil se renversant presque, et il se mit à faire les cent pas. « Merde ! Je déteste ça. Je déteste vraiment ça ! »
Elle savait qu'elle n'avait pas besoin de dire ce qui était évident, mais elle le dit quand même.
« Vous n'êtes pas obligé d'accepter. Vous pouvez quand même prendre votre retraite. »
Jack cessa de faire les cents pas et se passa les doigts dans ses cheveux avant de la regarder dans les yeux.
« Et les laisser nommer un vermisseau pour diriger tout ça ? La Zone 51 ? Le programme 304 ? Le SGC ? Est-ce que vous savez comment quelqu'un pourrait foutre tout ça en l'air ? C'est déjà assez pénible que l'IOC jette un œil par-dessus nos épaules toutes les deux minutes. Trop de gens ont travaillé trop dur et trop sacrifié pour laisser un idiot, nommé par des politiciens, foutre tout ça en l'air d'un revers de la main. »
Sam se retrouva à étudier le sol. Il lui paraissait soudain incroyablement intéressant. N'importe quoi pour ne pas lever les yeux et voir l'expression sur le visage de Jack. Ou le laisser voir l'expression qui était, elle en était sûre, sur son visage à elle.
« Alors vous devez accepter. » Elle fut stupéfaite par le calme et la lucidité absolus dans sa voix alors qu'elle ne désirait qu'une chose : laisser libre cours à sa colère et tempêter comme Jack.
La réponse de Jack fut soudain sombre.
« Oui, bon sang ! Je le dois. »
Se pinçant les lèvres et se forçant un sourire, Sam réussit à débiter, elle ne sut comment, un « Félicitations, monsieur. »
Elle se tourna pour partir. Elle devait partir. Maintenant.
« Sam - attends. Ferme la porte. »
Contrecarrée, Sam ne put se forcer à le regarder, mais obéit en fermant soigneusement la porte, sa main sur le montant jusqu'à ce qu'elle entende le penne s'enclencher. Même alors, elle ne put se retourner. Jack vint derrière elle. Sa proximité physique mit tous ses sens en alerte. Elle espérait qu'il ne la toucherait pas : elle ne savait pas si elle pourrait maintenir sa maîtrise de soi s'il le faisait.
Il attendit, cependant, jusqu'à ce que finalement elle n'eût d'autre choix que de se retourner et lui faire face. La colère qui avait été sur son visage était partie et elle vit non pas le Général O'Neill, mais Jack, ses sentiments pour elle à nus sur son visage, aussi visibles que le nez au milieu de la figure. Sam déglutit pour refouler l'émotion qui menaçait de l'emporter. Alors c'était la fin. Fini avant même d'avoir à peine commencé, juste comme elle l'avait craint.
Il avait dû lire l'expression sur son visage.
« Ceci ne change rien entre nous, » lui assura-t-il. Sam leva les yeux sur lui, ses yeux humides, malgré elle.
« Comment peux-tu dire ça ? » demanda-t-elle, sa voix peinée.
« Ecoute, je sais que DC est un peu moins pratique que Colorado Springs, mais... »
Elle le coupa.
« Ce n'est pas la distance ! Il y a le règlement, Jack. A ton avis, qu'est-ce qui nous a gardés séparés si longtemps ? »
« J'en ai rien à foutre du règlement ! » Ses yeux étaient sombres, sa voix basse et fervente.
« Ils te jetteront dehors, Jack. Ils nous jetteront tous les deux. Et ensuite, un idiot quelconque sera mis à la tête de tout ça et nous serons... »
« Quoi ? Sans emploi ? Déjà été là. Pas tellement différent de la retraite, à mon avis. »
Sam secoua la tête violemment.
« Tu détesterais ça, Jack. Tu le sais, et moi aussi. Penses-tu honnêtement que tu pourrais être heureux de simplement quitter tout ça, sachant tout ce que nous savons et ne plus pouvoir rien faire de tout cela ? »
Il l'étudia pendant un instant.
« Je pensais que c'est ce que je faisais. »
Sam ferma les yeux et soupira.
« Je sais. Mais ça n'a jamais semblé juste. Pas pour toi. »
Quand elle regarda de nouveau Jack, ses yeux étaient troublés.
« Je suis censé avoir de nouvelles priorités maintenant, tu te rappelles ? » lui dit-il. « Tout ce 'je suis fatigué de ce bordel' ? »
Elle sourit faiblement.
« Oui. Je n'y ai jamais cru, tu sais ? »
Jack grimaça et la regarda du coin de l'œil.
« Vraiment ? Je pensais que j'avais été plutôt bon dans mon baratin. »
Sam secoua la tête.
« Désolée. Ca devait être le clair de lune qui se reflétait sur le lac. »
Il ne répondit pas.
« Ecoute, Jack... » commença-t-elle, mais il la coupa, un début de colère ou de frustration, ou peut-être les deux, s'insinuant dans sa voix.
« Je ne renonce pas à toi, Sam. Pas pour l'Air Force. Pas pour le Pentagone. Pas pour le destin de toute cette putain de planète. »
Le frisson qu'apportèrent ses mots fut amoindri par ce que Sam connaissait de la froide réalité de tout cela. Jack le savait aussi, c'est juste qu'il ne voulait pas l'admettre.
« Je ne veux pas te perdre non plus, Jack... » lui dit-elle, le touchant presque de la main, mais s'arrêtant à temps. Trop de vues dans le bureau du général. « Mais il y a plus que toi et moi. C'était une jolie petite fantaisie de croire que nous pourrions simplement chevaucher ensemble vers le soleil couchant, mais la réalité est qu'aucun de nous ne le peut. Et je pense que tu le sais. »
Il la regarda et haussa un sourcil.
« Trop cliché ? »
Sam ne put que hocher la tête.
« J'en ai bien peur, mon Général. »
Les yeux de Jack s'assombrirent.
« Ne... » Sa voix était rauque d'une émotion à vif. Il leva un doigt. « Ne fais pas ça, Sam. Pas quand nous sommes seuls. Et juste parce que nous ne pouvons pas chevaucher ensemble vers le soleil couchant ne veut pas dire que nous devons mettre fin à ceci. Je ne peux pas et je ne le ferai pas. »
« Jack - » Qu'est-ce qui allait le faire comprendre ? « Ce n'est pas exactement comme si nous avions le choix. »
« Nous avons toujours le choix, Sam. Faire le bon est ce qui est difficile. »
Il n'y avait qu'une seule autre option à laquelle Sam pouvait penser - celle qu'elle avait envisagée auparavant : celle que Jack, elle le savait, détesterait tout autant.
« Alors, je quitterai le SGC, » offrit-elle doucement.
« Jamais ! » Les yeux de Jack lancèrent des éclairs. Son ton était sec.
« Non - écoute, » poursuivit-elle. Maintenant qu'elle y pensait, cela semblait la bonne solution. « C'est raisonnable, Jack. Ecoute - je dois vraiment passer plus de temps avec Cassie - depuis la mort de Janet... » Le mot restait toujours en travers de la gorge de Sam. « Eh bien, tu sais, elle a eu pas mal de problèmes. Je suis inquiète pour elle, mais je n'ai pas pu lui consacrer autant de temps que j'aurais dû. Teal'c s'en va pour être dans le Grand Conseil. Et Daniel... »
Jack soupira.
« Je sais... Atlantis. S'il ne me casse pas les pieds vingt fois par jour sur ce sujet, il ne me casse pas les pieds une seule fois. » Jack fut pensif pendant un instant, une expression de résignation s'affichant sur son front. « On dirait que la vieille bande se sépare, n'est-ce pas ? »
Sam haussa les épaules, essayant de ne pas montrer à quel point elle se sentait soulagée. Elle n'avait jamais pensé que Jack accepterait l'idée. Pour une fois, elle était heureuse d'avoir eu tort.
« Je suppose que nous savions au fond de nous que cela ne durerait pas éternellement. »
Le sourire de Jack était contrit.
« Non - je suppose que non. Alors - et toi ? »
Elle n'avait pas encore réfléchi à cette partie du plan. Qu'aimerait-elle faire ? De la recherche ? Il y avait tant d'idées qu'elle avait eues au cours de ces huit années et qu'elle avait dû les mettre en attente, tout simplement parce qu'il n'y avait pas assez d'heures dans une journée. Elle avait été Sam la Militaire pendant longtemps. Il était peut-être temps de dépoussiérer le Dr. Carter.
« Je ne sais pas. De la recherche, je pense. Peut-être que je pourrais trouver quelque chose à faire dans la Zone 51. Il y a tant de trucs que nous avons collectés sur d'autres planètes qui se sont retrouvés là-bas - j'ai l'impression que j'ai à peine effleuré la surface dans la compréhension de la plupart de ces choses. »
« Tu en es sûre ? » demanda-t-il, l'étudiant soigneusement, comme s'il essayait de voir si elle était honnête avec lui. Déjà, un petit frisson d'excitation se formait au fond de son esprit rien qu'à songer aux possibilités qu'être à la Zone 51 présentaient. Ceci serait une bonne chose, toutes choses considérées.
« Oui. Je le suis. Vraiment, » lui assura-t-elle.
« Mais - tu sais, la Zone 51 fait toujours partie de la chaîne de commandement du Homeworld Security. Alors, techniquement... » commença Jack.
« Techniquement, oui, » interrompit Sam. « Mais pas directement. Et il y a toute une chaîne de commandement entre les deux. Alors, je pense que si nous sommes... discrets... »
Jack haussa un sourcil d'un air désinvolte.
« Discrets. J'aime ça. »
Sam ne put que sourire.
« Nous pourrions quand même avoir pas mal de problèmes, » avertit-elle, son ton pas aussi sérieux qu'il devrait l'être, elle le savait. Jack avait un grand sourire à présent.
« Le danger aussi. Je pourrais m'y faire. »
Sam sentit ses yeux s'emplirent de larmes, ce qui ne lui ressemblait pas. Elle espéra que Jack ne remarquerait pas, mais il le fit.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Elle secoua la tête et tenta de les chasser en clignant ses yeux.
« Rien – c'est juste que... je veux dire, j'adore où ceci va, entre nous. Et je sais que tout ceci arriverait, que toi et moi soyons - tu sais - ensemble ou pas. Mais je déteste quand même voir tout ça changer ainsi. » Elle sourit tristement. « Cela ne sera plus jamais la même chose, n'est-ce pas ? Toi, Daniel et Teal'c. Le Général Hammond. Janet... »
Pour une fois, Jack n'eut pas une réplique spirituelle. Il resta là assez gauchement quelques instants, puis dit ce en quoi elle avait trouvé le réconfort si rarement au cours des huit dernières années, « Viens-là. »
Sam décida qu'elle se fichait des fenêtres donnant sur la salle de briefing. Elle se lova dans les bras de Jack et le laissa l'envelopper en sécurité dans son étreinte. Pendant près de neuf ans, ces bras avaient été là pour elle. Pour la mettre en sécurité. Pour protéger ses arrières. Pour la porter quand elle avait été blessée. Pour la supporter quand son cœur ou son corps avait été torturé. Peu importe ce qu'ils étaient devenus de plus au cours des dernières semaines, ils étaient d'abord et avant tout les bras d'un ami. Et c'était à ces bras-là qu'elle se donnait, sachant que, quels que soient les changements, ils seraient toujours là.
Et sachant cela, Sam était prête à avancer.
