Chapitre 2 partie 2 : hCG hormone chorionique gonadotrope
Après que tout le monde se soit remis au travail depuis quelques heures, et certains plus que d'autres, Anne entra dans la pièce où Ai travaillait sur son ordinateur qui vrombissait en harmonie avec toutes les machines qui l'entouraient.
-Hum ? Anne ? Tu as besoin de quelque chose ?
-Je… j'ai eu les résultats des tests que je t'ai fait passer hier.
Ai se figea quelques instants. Elle avait hésité au début de sa phrase. Donc elle amenait des mauvaises nouvelles. La scientifique passa en revue tout ce qui pourrait être une mauvaise nouvelle. Kudo est mort. Non, ça n'a aucun sens. Sa récente gastro n'était peut-être pas le fruit du hasard. C'était peut-être un effet secondaire de l'apotoxine, et Anne avait découvert le poison dans ces veines. Ai se leva, sure que sa collègue avait trouvé l'anomalie.
-Anne. Je peux t'expliquer, mais avant, on va devoir monter à l'étage du dessus.
Cette dernière s'assit en face d'Haibara.
-Nous n'avons pas besoin de monter à l'étage. Et je ne savais pas que tu étais au courant, ça va rendre les choses moins difficiles.
Ai fronça les sourcils.
-Je dois bien dire que quand j'ai vu que tu étais positive à l'hCG, j'ai voulu te le dire tout de suite pour ne pas te le cacher, parce que c'est quand même quelque chose, et je ne voulais pas interférer avec ça et...
Anne regarda sa collègue bizarrement. Ai avait serré ses poings et ne bougeait plus du tout. Elle avait pali instantanément et ses paupières ne se rabattaient plus. Elle ouvrit la bouche, qu'elle avait sèche, et prononça d'une voix rauque :
-Je suis positive à l'hormone gonadotrophine chorionique ?
C'était une question rhétorique. Anne passa sa main devant sa bouche.
-Tu ne savais pas.
-Je ne savais pas, et je ne voulais pas.
Anne lui prit la main.
-Peut-être, mais je suis ravie pour toi. C'est une belle chose.
Ai la regarda avec un regard de chien battu, comme si elle ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait. Elle se reprit, ferma les yeux, et demanda à Anne de quitter la salle pour lui laisser le temps d'encaisser. Elle se leva, fit les cent pas, puis se rassit puis recommença, sortit son téléphone, puis le rangea, et recommença comme ça pendant une demi-heure. Finalement, elle alla aux toilettes, se passa de l'eau sur le visage, puis se focalisa sur elle-même en retournant dans son bureau-laboratoire.
Elle sortit du coton, de la bétadine (désinfectant) et se préleva du sang au niveau du pli du coude. Elle le déposa dans plusieurs machines qui l'analysèrent à tour de rôle, et regardait chaque mécanisme se faire un par un, absorbée par ceux-ci, comme s'ils pouvaient dégager une sorte de magie mystérieuse.
À la fin dans chaque test faits -les machines peuvent générer plusieurs tests, histoire d'être surs-, sur l'écran d'ordinateur, elle pouvait lire :
hCG : positif
Et à chaque fois, elle s'enfonçait un peu plus dans son fauteuil, comme si chaque rempart de déni et de résistance s'affaissait de plus en plus. Le dernier écran apparut, elle finit par regarder son ventre, une expression mi- émerveillée mi- effrayée.
Sur le toit de l'immeuble, dans le même temps.
Akai, une canette de café à la main, regardait au loin le toit des immeubles de Tokyo qui n'arrivaient pas au-dessus de leur propre bâtiment. Il sortit sa deuxième main, jusqu'alors enfouie dans sa poche droite. Finissant sa boisson d'un dernier coup en la renversant vers l'arrière, il attrapa de sa nouvelle main libre son paquet de cigarette dans sa poche arrière tandis qu'il lançait la canette dans la poubelle. Elle fit du bruit en tombant pile dans l'ouverture. Il sourit en s'allumant une cigarette.
-5/10. Tu n'avais pas de difficulté aujourd'hui, il n'y a pas de vent, et tu réussis toujours sans vent.
-Ne sois pas jaloux, Edogawa.
Conan se tenait à ses côtés, appuyé contre la rambarde, le regard perdu au loin. Akai s'approcha de lui et lui proposa une cigarette.
-Tu sais bien que je répondrais non à chaque fois.
-Sauf quand tu es sous stress intense, fit remarquer Akai en expirant la fumée de ses poumons.
Conan grogna quelque chose d'incompréhensible qui se voulait râleur, et Akai se pencha sur la rambarde comme son collègue.
-Tu m'en veux pour ta copine.
-Ce n'est pas ma…
-Là n'est pas la question, le coupa Akai. Tu es agacé parce que je l'ai amené à se souvenir de ses années organisation.
-Oui.
-Je suis désolé.
-Non.
-C'est vrai.
Conan se tourna vers l'homme au bonnet :
-Akai. Quand nous sommes entrés au FBI, j'ai passé un accord. Elle ne devait pas être impliquée.
Akai tira sur sa cigarette longuement, brûlant le tabac de quelques millimètres.
-Je sais, j'ai passé le même.
Le jeune agent du FBI se tourna vers l'ancien :
-Quoi ?
-On dit « comment », malpoli.
-Comment ? demanda Conan, légèrement agacé.
-J'ai promis à sa sœur de la protéger, et c'est ce que je vais faire.
-Pour moi c'était une des conditions de mon engagement. Et toi ?
-Tu n'as pas besoin de le savoir.
-Non, mais je veux savoir, et tu vas me répondre, pourquoi alors tu l'as impliquée, merde ! avait crié Conan, se tournant vers Akai, toujours aussi calme.
Le jeune homme était à la limite de le prendre par le col pour le secouer tellement il était maintenant énervé. Akai jeta sa cigarette dans le vent qui venait de se lever, et après avoir remis une mèche de cheveux qui venait de se mettre dans son œil, attrapa les avant-bras de son collègue et les lui fit baisser alors qu'il les avait quasiment en garde sans grande difficultés. Il lui lâcha les bras, tout en s'assurant quelques secondes qu'il n'allait pas lui sauter dessus et l'étrangler.
-Si tu lui avais demandé, qu'est-ce qu'elle t'aurait demandé ?
-Je ne sais pas, mais je m'en fiche. Elle est mieux en sécurité.
-Egoïste.
-Peut-être, mais jusque-là, elle est vivante.
-Cigarette ?
Conan regarda Akai d'un air désespéré.
Quand Conan rentra chez lui le soir avec un mal de tête pas possible. Il était très tard, aussi fut-il surpris de trouver sa colocataire assise sur le canapé, droite. Il souleva un sourcil, et se dirigea dans la cuisine après avoir retiré sa veste, se retrouvant en chemise et se sortit un verre à whisky après avoir salué Ai, qui lui répondit vaguement. Il attrapa une bouteille qui contenait un alcool doré, surement un malt. Il avait besoin d'un remontant. Il lança à son amie :
-Je te sers un verre ?
-Si tard ? demanda-t-elle un peu dans la lune.
Conan la regarda bizarrement.
-Ce ne serait pas la première fois qu'on prendrait un verre à cette heure-ci, dit-il en pointant du nez une horloge qui se trouvait sur un mur à sa gauche. Le soir de mon anniversaire, on a bu tard.
-Et bien, je n'en veux pas ce soir. Et d'ailleurs, tu ne devrais pas en boire.
Conan exprima une onomatopée alors qu'il avait son nez dans le creux du verre.
-Pourquoi ?
-Euh… tu ferais mieux de t'assoir.
Conan alla la rejoindre, s'asseyant en face d'elle sur le fauteuil. Il déposa son verre sur la table basse et passa une main sur son visage. La jeune femme était assise en tailleur et en pyjama. Il avait une couleur bleu ciel et lilas, avec quelques parcelles de dentelles délicates. Par-dessus elle portait une veste qui lui tombait mi cuisses en ces temps rafraichissants.
-Ai. La dernière fois que tu étais comme ça…
-Personne n'est mort.
-C'est ce qui s'est passé ce matin ? demanda l'ex-détective, consterné. Je suis désolé, j'ai essayé d'arrêter Akai, mais…
Ai secoua la tête doucement pour le couper.
-Non, non. Ça n'a rien à voir.
Il fronça les sourcils.
-Alors ? Qu'est ce qui se passe ?
-Tu sais, à propos de ma gastro…
Conan se leva et s'assit en vitesse à côté d'elle, sans qu'elle n'ait le temps de finir sa phrase. Il prit ses deux mains, réunies et posés au niveau du creux que ses jambes bordaient du fait de leur position.
-C'est grave ?
Elle respira calmement. Une fois. Deux fois.
-Ai ? demanda-t-il, une pointe de panique dans la voix.
Elle avait une boule terrible dans la gorge. Si elle parlait, elle allait s'effondrer. Et elle ne voulait pas s'effondrer. Comment quelque chose d'aussi beau pouvait rendre aussi … triste ? Elle ferma les yeux, contractant la plupart de ses muscles, puis se décida à mettre des mots sur la condition qu'elle s'était découverte dans l'après-midi :
-Je suis enceinte.
Conan ouvrit la bouche. Puis la ferma. Puis l'ouvrit. Puis se tata de demander si elle était sure, ou s'il était vraiment le père. Mais il ne voulait pas poser ces questions, parce qu'il en connaissait les réponses et les savait rhétoriques. Elle le regarda avec insistance, parce qu'elle voulait qu'il dise quelque chose, elle en avait besoin, puis se leva en détournant le regard et en lui disant :
-Je te laisse digérer quelques minutes, moi j'ai eu le droit à dix heures.
Le cerveau de Conan redémarra et fonctionna très rapidement à ce moment-là de sa vie, même plus que pendant une enquête. Très bien. Ai était enceinte de lui. Il se leva, mais ne savait toujours pas quoi dire. Il attrapa la main de son amie, et quand elle se retourna impulsé par la douce poigne de Conan, il vit qu'elle avait les larmes aux bords des yeux. Il la tira vers lui refermant son étreinte avec son deuxième bras, alors que le corps de sa meilleure amie était secoué de sanglots.
