PARTIE 3

La fumée se dissipa…

Parker se retrouva à l'extérieur. Elle observa les alentours, elle se trouvait dans le jardin d'une jolie villa qui s'élevait un peu plus loin. Celui-ci n'était pas limité par des barrières et s'étendait aux champs qui le bordaient. Un arbre avait apparemment été choisi par des enfants, il abritait une cabane en bois et à l'une de ses branches une balançoire avait été accrochée.

Tandis que Parker observait, curieuse, ce nouvel univers, deux enfants sortirent en courant de la villa. Un garçonnet de sept ou huit ans courait après sa sœur du même âge. Leur rire s'envolait et se faisait certainement entendre jusque loin dans la plaine.

Le bonheur et l'insouciance résumaient ce qu'elle voyait là. Le garçon arborait de belles boucles fauves et des tâches de rousseur. Il avait l'air très dégourdi pour son âge. Sa sœur avait de grands yeux noirs dans lesquels des étoiles semblaient briller. Ses longs cheveux noirs dansaient chaque fois que la gamine riait. L'innocence de ces enfants était bien loin de l'univers du Centre et Parker se demanda si le Maître du Temps ne s'était pas trompé dans son zapping spatio-temporel. Alors que celle-ci commençait à se diriger vers la villa, il apparut derrière elle.
Elle se retourna alors.

- Vous êtes sur que cette vie-là est l'une de mes vies parallèles… ?
- Ce n'est pas l'une de vos vies, mais je pense que ce sera instructif…

Que voulait-il dire ? Elle appréhendait d'en savoir plus après avoir vu ce que déclenchaient ces choix.
Aux sourcils relevés de Parker, le Maître s'expliqua.

- Cette vie résulte d'un choix que vous avez fait environ quatre ans après l'évasion de Jarod du Centre. Un soir, après une journée où Jarod vous avez envoyé dans le Kansas puis dans le Maine suivre les traces du Magicien d'Oz, vous avez longuement réfléchi sur une phrase qu'il vous avait transmise. Rien ne vaut la chaleur d'un foyer. Les Maîtres du Temps étaient persuadés que vous alliez enfin laisser Jarod tranquille. Mais ce soir-là, comme beaucoup d'autres, vous avez terminé la soirée un verre de scotch à la main. Et le lendemain, vous repartiez à la chasse.
- Je me souviens de cette stupide journée avec ce Magicien d'Oz, où Jarod nous avait brinqueballés en long, en large et à travers le pays…
- Stupide… ? Dans cette vie-là, dit-il en balayant la plaine du bras, vous avez fait un autre choix. Vous avez choisi d'arrêter de poursuivre Jarod, et de lui laisser l'occasion de trouver un chez-lui.
- C'est impossible. Si j'arrêtais de poursuivre Jarod, un autre membre du centre, Lyle, Raines, n'importe qui se serait mis à sa poursuite. Et par-dessus le marché ils m'auraient sûrement abattue plutôt que de me laisser m'installer et fonder une famille avec lui…

Le Maître du Temps sourit tristement. Tandis qu'un voile de fumée les enveloppa à nouveau, il ajouta :

- Je n'ai jamais dit que c'était avec vous que Jarod s'était installé…

Le voile se dissipa et ils se retrouvèrent dans une cuisine, à l'intérieur de la jolie villa sans doute en conclut Parker.

Puis elle vit Jarod entrer dans la pièce. Il avait un tablier noué à la taille et préparait visiblement la cuisine. Il parlait à quelqu'un dans la pièce d'à côté.

- Mon Amour, je suis sûre que ce serait une bonne idée de partir en France tous les deux, rien que toi et moi…
- Et les enfants ? Jarod… je ne vais pas les confier à ma grand-mère encore une fois…!
- Mais ils l'adorent… ! ils aiment passer du temps avec elle, et elle aussi les adore… ! »

Une jeune femme, rousse aux cheveux mi-longs et bouclés entra à son tour.

- Chéri, lui dit-elle en passant ses bras autour de sa taille, je t'aime, je t'aime, je t'aime, mais je pense que notre voyage pour la France peut attendre… je garde un excellent souvenir de Venise, tu te souviens…

Elle l'embrassa tendrement dans le cou, puis dénoua lentement son tablier.

- Oui… je m'en souviens… le cadre était idyllique, les promenades en gondole très romantiques, le carnaval exquis… n'est-ce pas… ?
- Hmm… je me souviens que la chambre d'hôtel était particulièrement intéressante, lui susurra-t-elle à l'oreille.

Elle l'emmena alors dans le couloir tout en commençant à lui retirer son T-Shirt. Des rires succincts et des murmures venaient à l'oreille de Parker.

Celle-ci était rouge. Voir Jarod l'avait empli de bonheur, mais quand elle avait vu entrer cette femme qui lui était inconnue, une boule s'était formée au bas de son ventre. Elle s'était retenue d'intervenir et de lui mettre son poing dans la figure. A quoi cela lui aurait-il servit ? Elle ne pouvait pas changé le cours de l'histoire dans cette vie-là…
Elle se retourna vers le Maître.

Celui-ci vit qu'elle était furieuse, rouge de colère et qu'elle faisait tout pour se maîtriser. Sur ce, il n'attendit même pas qu'elle lui demande des explications, il prit les devants.

- Le Magicien d'Oz, cette phrase… Ce soir-là vous avait décidé d'aider Jarod à couper ses liens avec le Centre. Vous avez mis plusieurs jours à élaborer votre plan dans les moindres détails. Au bout de quelques semaines vous en avez parlé à Jarod et il était d'accord.
- Abrégez…! Dites moi ce qu'il s'est passé…
- Vous avez simulé sa mort. Vous avez mis en scène un accident de voiture, vous deviez avertir le Centre que vous aviez enfin capturé Jarod et créer l'explosion d'une voiture suite à un accident. Les talents de pyrotechnicien de Jarod vous ont aidé et vous avez ainsi brouillé les pistes. Le Centre a été fâcheusement contrarié par la mort de leur caméléon mais il s'est vite intéressé à un autre problème.
- Mais… et moi… que suis-je devenue ?
- Après la fausse mort de Jarod, vous avez du continuer à travailler pour le Centre pour ne pas devenir suspecte. Vous aviez rajouté une partie à votre plan, connue de vous seule. Même Jarod n'était pas au courant. Votre propre fausse mort. Après réflexion c'était la seule issue pour vous de quitter le Centre. Vous avez donc maquillé votre propre mort en jetant votre voiture dans l'océan. Au Centre, après quelques recherches infructueuses pour retrouver votre corps, ils ont vite classé cette affaire.
- Ensuite… continuez…
- Votre plan avait tellement bien marché que tout le monde vous a cru morte, la mort de Jarod vous ayant extrêmement marqué. Après de longs mois de silence, vous avez essayé de retrouver Jarod. Après des semaines de recherches, guidée par un sixième qui s'était doucement développé, vous l'avez retrouvé. Au total, un an s'était passé depuis la maquillage de sa mort, et vous l'avez revu ici, vivant avec Zoey, qu'il aime – ou du moins qu'il pense aimer. Jarod avait été profondément choqué d'apprendre votre mort et a mis des mois à s'en remettre. Il s'est tout de même raccroché à la vie grâce à cette femme. Zoey. Fait qui échappe complètement aux Maîtres du Temps, vous n'avez pas essayé de renouer le contact. Vous vous êtes exilée en France où vous vivez seule, et Jarod et Zoey ont eu deux beaux enfants.

Un nuage de fumée les enveloppa puis se dissipa beaucoup plus rapidement. On vit Parker dans un bar français un verre de scotch à la main, qu'elle tournait, les yeux dans le vide.

- Pourtant mon choix partait d'un bon sentiment, non ? demanda-t-elle au Maître du Temps.
- « Oui… mais le résultat ne vous convient pas, n'est-ce pas ?

Parker fit une drôle de moue et s'observa dans ce bar.

- A votre avis qu'est-ce qui aurait pu modifier cela… ? C'est à vous de trouver ce qui vous a échappé…

Elle renversa sa tête en arrière et ferma les yeux. Elle savait ce qui aurait pu modifier tout ça. Elle le savait au fond d'elle dès le début. Mais cet élément était ancré si profond en elle qu'elle n'arrivait – ou ne voulait – pas le déterrer.
Les sentiments pour Jarod qu'elle cachait désespérément à la vue de tous n'avaient évidemment pas échappé aux Maîtres du Temps, et ceux-ci s'étaient permis de s'introduire dans sa vie, d'en chambouler le cours pour lui mettre devant le nez ce qu'elle refusait obstinément depuis des années. De quel droit ? Qui étaient-ils pour décider ainsi qu'une vie devait être changée ? Qu'une vie était gaspillée ?! Elle n'avait pas besoin que des Hommes venus d'elle-ne-sait-où se mêlent de sa vie privée ! Après tout si elle foutait sa vie en l'air c'était son problème.

- Je ne vous forcerai pas à prendre de décision, murmura le Maître du Temps comme s'il percevait ce qu'elle pensait à ce moment-là. Je ne suis là que pour vos ouvrir les yeux.

Parker se posta devant lui, les poings sur la taille. Elle le dépassait d'une tête.

- Vous voulez que je vous dise quelque chose…
- Non. Non… attendez, la coupa-t-il. Je sais que vous êtes une forte tête et que vous avouez rarement vos faiblesses mais réfléchissez bien. Il est exceptionnel que nous intervenions ainsi dans le cours du Temps, ne nous faites pas regretter notre choix.

Parker pestait. Elle recula et fit les cent pas. Tout semblait si facile vu de cet angle.

- Nous savons que vous en êtes capables… Souvenez-vous…

Le voile les enveloppa et les emmena dans une petite pièce. Un feu dansait dans l'âtre d'une cheminée. Parker put voir par la fenêtre qu'à l'extérieur il neigeait. Et quand elle se retourna elle vit qu'elle tenait en joue Jarod devant le sapin décoré.
Elle se souvint d'avoir passé les fêtes de Noël en compagnie de Jarod et de Sabina. Jarod était devenu amnésique et les sentiments de Parker avaient refaits surface alors qu'elle ne s'y attendait pas. Elle se souvint de ce qui s'était passé avec Jarod, puis la promesse faite à Sabina et la manière dont elle avait laissé s'enfuir le Caméléon.

- Je vous ai ramené juste avant que vous laissiez Jarod partir. Observez comment, dans cette vie, vous avez fait le bon choix…

Parker se déplaça pour mieux observer la scène.