SUR UNE FEMME FORTE (1)

La lumière un peu jaune qui se filtrait par le coin entre les rideaux chatouillait mes yeux. Elle était chaude. J'adorais ça : ça me rappelait Phoenix, la ville désertique et ensoleillée où j'avais grandi. J'y avais souffert, étant la fille d'une mère trop jeune et loufoque dont je devais souvent m'occuper, mais j'y avais été aimée, et si les problèmes devenaient trop grands, j'avais toujours trouvé du réconfort dans sa nature chaude, colorée et mystérieuse. Cependant, sans le savoir, j'y ratais toute chance de rencontrer un vampire. Je souris et touchai mon époux dur et froid, et me sentis heureuse.

- Bonjour, ma Belle.- me salua-t-il.

Je levai les yeux vers lui. Il était allongé tout contre moi et me contemplait; je sentais sa température et sa texture contre ma peau, mais grâce à la chaleur tropicale de l'île, je n'avais pas froid.

- Bonjour, mon amour.- je répondis avec un sourire.

Il me le rendit, et nous échangeâmes un regard complice qui dit tout: notre joie, notre bonheur, notre plaisir et notre amour.

- Merci pour avoir confiance en moi. – me dit-il de sa voix solennelle.

- C'est toi-même qu'il faut remercier.

Il rit.

- C'est vrai, tu sais.- j'insistai.

Il s'approcha de moi et murmurant à mon oreille, me confia :

- Hier soir a justifié un siècle d'attente.

Et je l'embrassai, et il me rendit le baiser lente et fougueusement.

- J'ai besoin des choses humaines.- dis-je finalement, en me séparant de lui.

- Que veux-tu comme petit déjeuner ?

Je lui adressai un sourire amoureux.

- Des œufs ! Ton omelette d'hier était simplement parfaite, et j'en ai une envie folle. Tu crois que tu peux la refaire ?

- Bien sûr, ma Bella. – il toucha son front – mémoire de vampire, tu sais.

Je ris.

- Et avec l'omelette ?

- Euh… je ne sais pas… des fruits ?

Il se dirigea vers la cuisine, et moi vers la salle d'eau.

Une vingtaine de minutes plus tard, propre et habillée, les cheveux humides avec l'empreinte du peigne, j'allai rejoindre Edward.

- Mmm, ça a l'air délicieux !- fis-je en entrant dans la cuisine.

- Tout est pour toi.

Il me servit une omelette aussi grande que celle de la veille, et qui sentait aussi merveilleusement bon, ainsi qu'un exubérant mélange de couleurs : une sélection des fruits tropicaux de l'île.

- Merci.

Il avait possiblement recrée le plat molécule par molécule, mais c'était encore meilleur que le précédent. Et les fruits ! Tant de saveurs que je n'avais jamais connues, de parfums tantôt doux, tantôt acides, dont les jus multicolores emplissaient ma bouche ! Mmmm…

- Et que veux-tu faire aujourd'hui, Edward ?- je lui demandai lorsque j'eus fini.

Il arbora son sourire coquin.

- J'avais prévu de t'emmener faire de l'escalade – mon expression de dégout à l'idée de grimper une roche escarpée avec mes antécédents sportifs l'amusa.- Mais j'ai plus envie de visiter le mont Bella…

- Je suis d'accord.- fis-je, sensuelle.

Et nos deux corps collisionnèrent comme par gravité, sans nous donner l'occasion de retourner dans la chambre.

...

Depuis ce jour-là, nous ne sortîmes presque plus du manoir. Nous étions heureux, libres de problèmes, et notre relation était devenue plus solide. Je me réjouissais pour Edward, qui n'était plus terrassé par cette peur de me faire du mal. Et je me réjouissais d'avoir surmonté mes angoisses et accepté de l'épouser. C'était marrant comme je le craignais, le mariage. Ma mère m'avait élevée en me répétant de ne pas commettre ses erreurs : ne pas me marier jeune et avoir un enfant avant de finir la fac, et moi j'avais promis, et commencé à voir le mariage comme l'ennemi n° 1. Pour les enfants, c'était pareil : je les adorais, mais j'imaginais qu'être mère serait une corvée que je serais incapable de mener à bout, une corvée capable de ruiner une relation (comme celle de mes parents)… J'étais un peu soulagée de ne pas devoir faire l'expérience. Je serai une vampire et partagerai l'éternité avec mon Edward…. Bien sûr, ce serait différent : je ne serai plus en danger, j'aurai autant de pouvoir que lui, ou plus, je ne serais plus la proie que tout le monde veut chasser et n'aurai plus jamais à l'attendre revenir sain et sauf d'une bataille…mais surtout… je serai le monstre : soif avant tout, force menaçante, et qui sait quand je pourrais vivre ma relation et ma sexualité normalement ? Chaque jour j'avais moins envie de changer, mais je savais que c'était nécessaire. Alors, je ne parlais pas du lendemain, et espérais que notre retour s'oublie encore quelques temps.

Or un jour, je me levai avec la nausée.

- Bella ? – la voix angoissée de mon époux me poursuivit quand je courus aux toilettes subitement.- Que se passe-t-il, mon amour ?

Je n'eus pas le temps de répondre : je levai la cuvette des toilettes et vidai mon estomac. Il saurait bientôt ce qui se passait.

Comme je n'avais pas fermé la porte, il entra. Je ne pouvais pas l'empêcher de voir ça, et même si je ressentais de la honte, j'avais appris à accepter qu'avoir de dégoutants besoins humains qu'Edward n'avait pas faisaient partie du lot de différences que nous devions accepter. Cependant, il serait préoccupé, et je détestais lui provoquer de l'angoisse...

Finalement, Edward m'aida à me lever et me rincer la bouche.

- Merci - je murmurai.

Il m'entoura de ses bras.

- C'est la moindre des choses. Mais qu'est-ce qui t'a mise dans cet état ?

- Je n'ai aucune idée. Mais t'inquiète pas, tu sais bien que j'ai un estomac sensible.

Nous nous regardâmes, la préoccupation luisait dans ses yeux. J'essayai de l'en détourner.

- Je crois que prendre de l'air me ferait du bien. – je dis.

Pas très rassuré, il sortit avec moi pour une petite randonnée.

Le paysage vibrant de couleurs de l'Ile réussit à me relaxer. Nous marchâmes le long du ruisseau, autour des grands arbres. La nature était tout simplement merveilleuse.

- Ca va mieux ?- me demanda mon époux à un moment.

- Oui. – je lui souris.

Je me sentais comme n'importe quel autre jour: mon malaise était passé aussi vite qu'il était venu.

Edward se tourna vers moi et me regarda dans les yeux.

- N'essaie pas de me cacher les choses pour que je ne sois pas préoccupé. Je suis là pour toi.

- Je sais. Et c'est vrai, je me sens normale à présent. D'ailleurs, j'ai même un peu faim.

- Alors, une omelette comme tous les jours ?- il me demanda, coquin.

- Tous les jours, vraiment ?- je feignis l'innocence, mais je trouvais cela bizarre, moi qui n'avais jamais eu de préférence aussi marquée pour un aliment…

- Bella, tu ne manges que ça ces dernières semaines.- il me révéla, avec la réprobation que je craignais. Ce n'était donc pas une exagération.

- C'est que tu les cuisines comme le meilleur des chefs.- j'opinai, pour m'excuser.

Son visage d'adolescent dessina un sourire, et il me reconduisit au manoir, pour me préparer le fameux petit-déjeuner.

Mais en chemin une odeur insupportable me produit de nouvelles arcades.

- Bella !

Je me redressai.

- C'est bon, c'est passé. Mais allons loin de ces fleurs rouges…

- Celles que tu m'as dit que tu aimais lors de notre première randonnée ?

- Oui, leur odeur m'est insupportable…s'il te plaît, Edward, sortons d'ici…

Confus, il se dépêcha de me prendre dans ses bras et courir (à une vitesse raisonnable) vers le manoir. J'étais confuse aussi, mais mon corps semblait savoir ce qu'il voulait.

- Merci, amour.- je le remerciai alors qu'il me déposait délicatement sur notre lit.

- Ne me remercie pas, Bella. Plutôt explique-moi ce qui t'arrive. Tu m'avais dit que tu adorais le parfum de ces fleurs !

- Et c'était vrai avant ! Edward, je ne comprends pas pourquoi, mais c'est ainsi.

- Alors ce n'est pas une maladie normale, ce que tu as.

- Mais non, je ne suis pas malade…- ma voix sentait le mensonge.

Mon mari ne crut pas un mot :

- Je veux entendre Carlisle le dire.

J'étais fatiguée par la conversation et le stress, alors je lui proposai :

- Pas maintenant. Je suis épuisée. Attends quelques heures, et si je ne m'améliore pas, on l'appelle, d'accord ?

- Tu as dormi treize heures, et c'est encore le matin, Bella. – il remarqua.

- Et alors ?- je fis, rougissant.

- Ce n'est pas normal. Tu couves quelque chose, c'est sûr.

- Mais laisse-moi le temps d'aller mieux toute seule... – je baillai.

- D'accord.- il céda, impuissant.

Je souris, et me laissai aller au sommeil.