Le cadavre de Rogue se relevait en la fixant d'un air mauvais "Granger, vous dormez encore ? Cinquante points en moins pour Gryffondor !"
Ron et Harry ne semblaient pas avoir remarqué, mais ils la dévisageaient tous les deux. "Il est vivant" leur dit-elle, et leurs visages fondirent comme de la cire chaude.
Un instant plus tard, ils avaient les traits des parents d'Hermione. Ron était son père, Harry sa mère.
Son père demanda d'un ton infiniment triste et implorant "pourquoi nous as-tu abandonnés ?"
Elle leva sa baguette et cria avec fureur "Oubliettes !", et ses deux parents se détournèrent d'elle, firent quelques pas ensemble puis tombèrent, morts.
Harry était de nouveau là, assis en tailleur, le serpent de Voldemort lové sur ses jambes. Autour de lui flottaient en l'air une coupe, un diadème, un pendentif et une bague.
Harry lisait un journal percé d'un trou, et murmura avec la voix de Dumbledore "cela fait huit, pas sept..."
Puis Harry partait sur son balai, sans un regard en arrière.
Voldemort apparut, et leur dit que Harry était un lâche et qu'il les avait laissés mourir. Il disait que résister était inutile, et qu'il n'en avait qu'après Harry et ceux qui continueraient de le protéger.
Ron n'était visible nulle part. Neville se rebella, mais Voldemort l'humilia et fit brûler le Choixpeau sur sa tête, annonçant que la Répartition serait inutile puisque tout le monde désormais serait Serpentard.
McGonagall s'élança pour secourir Neville, Hagrid se libéra et sema le désordre dans les rangs mangemorts, et la bataille reprit.
Elle vit un maléfice lui arriver en plein visage...
Hermione se réveilla en sursaut, le souffle court, totalement désorientée.
Elle était allongée sur un lit, dans une chambre minuscule.
Elle tenta de s'asseoir, mais elle était si faible qu'elle n'y parvint pas. Sa baguette n'était visible nulle part.
Paniquée par son rêve et son incapacité à bouger, elle appela à l'aide.
Aussitôt, la porte de sa chambre s'ouvrit, laissant passer une petite sorcière menue vêtue de longues robes vertes.
« Oh, vous êtes réveillée ! N'essayez pas de bouger ou de parler. Vous êtes à l'Hôpital Sainte Mangouste. Vous étiez dans le coma. »
Hermione pensa confusément que l'annonce de l'infirmière manquait un peu de tact. La petite femme avança jusqu'au lit d'un pas vif, saisit la pancarte qui y était accrochée et la parcourut des yeux en hochant la tête.
« Très bien. Vous avez de la chance de vous être réveillée. Vous avez plutôt bien réagi au traitement malgré... Le délai. Nous allons vous faire quelques examens et rétablir un peu vos muscles, ils sont atrophiés. »
Hermione resta allongée, et tenta de mettre de l'ordre dans sa tête. Alors elle avait été dans le coma.
Combien de temps ? Pourquoi ? Quel était son dernier souvenir ?
Poudlard. La bataille.
Quoi d'autre ? Son esprit semblait engourdi, formuler la moindre pensée était douloureux.
La fuite de Harry. Le sortilège qu'elle avait reçu au cours du combat.
A moins que ce ne soit seulement son rêve, ou plutôt son délire ?
Des milliers d'autres questions se bousculaient douloureusement dans sa tête, sans qu'elle parvienne à y mettre de l'ordre.
Elle se rendit compte que penser l'épuisait, et s'assoupit.
Elle se réveilla plusieurs fois. Parfois elle était seule, parfois un sorcier ou une sorcière en robe verte l'examinait ou lui faisait boire une potion. Ces phases d'éveil étaient toujours très courtes, et son esprit restait engourdi. Elle aurait été incapable de dire combien de temps cette convalescence dura.
Puis un jour, on lui fit passer quelques tests psychologiques. Les guérisseurs refusèrent de répondre à ses questions, mais la déclarèrent apte à recevoir des visites. Les nombreuses interrogations qui lui hantaient l'esprit à l'état éveillé ne l'empêchèrent pas longtemps de retomber dans le sommeil.
Quand elle se réveilla à nouveau, Ron était là, lui souriait et lui tenait la main.
Il avait changé. Un peu vieilli. Mûri, plutôt. Depuis combien de temps était-elle dans ce lit au juste ?
Ron paraissait aussi plus sûr de lui, à tel point que cela se voyait alors même qu'il ne faisait rien d'autre qu'être assis à la regarder.
« Bonjour. Je suis venu dès qu'ils m'ont dit. Tu vas bien ?
— Ça va. Ça fait du bien de voir un visage connu. Sourtout le tien, ajouta-t-elle dans un sourire.
Mais j'ai besoin de réponses. Depuis combien de temps suis-je ici ? Que s'est-il passé après la bataille ? »
Ron détourna les yeux un instant. Quelque chose était passé dans son regard, comme une ombre. Hermione sentit son pouls s'accélérer. Quelque chose n'allait pas.
« Ron, dis-moi ce qu'il se passe, commanda-t-elle d'une voix ferme où transparaissait l'angoisse.
— Ça... ça ne s'est pas passé pour le mieux, Hermione. C'est... Harry, il a fui. Il a abandonné tout le monde.
Le Sei... Tu-Sais-Qui avait demandé qu'il se rende, et il ne l'a pas fait. Alors forcément... Il y a eu des représailles.
Tu as été blessée pendant la bataille. Beaucoup de gens sont morts. Ça... Il eut une hésitation.
Ça fait sept ans Hermione. »
Les yeux d'Hermione s'étaient écarquillés à mesure que Ron parlait.
Sept ans... Mais surtout...
Cette fois en plus de l'inquiétude, elle ne put dissimuler une forme de supplication dans sa voix.
« Arrête, tu me fais peur... ne me dis pas qu'il... Qu'il a gagné...
— Calme-toi Hermione, tout va bien. J'ai tout arrangé. Tu es en sécurité.
— Arrangé ? Arrangé ! Qu'est ce qui peut bien être ARRANGÉ ? »
Ron baissa brièvement la tête, et eut un léger mouvement du bras.
Le bras gauche.
Hermione sentit son sang se glacer. Elle regarda Ron droit dans les yeux, avec une intensité telle qu'il détourna le regard.
Puis elle ordonna, d'une voix parfaitement maîtrisée :
« Ron. Montre-moi ton bras gauche.
— Her... Hermione, il faut que tu comprennes, je n'avais pas le choix je.. C'était ça ou ils...
— Ronald Weasley. Ton. Bras. »
Un torrent glacial de fureur et de terreur menaçait de submerger Hermione.
Elle avait la certitude d'avoir raison, et pourtant elle espérait de toutes ses forces avoir tort. Ron ne pouvait pas être crétin au point de...
Il releva sa manche, les yeux braqués sur son propre bras pour éviter de croiser son regard.
Sur son bras gauche était gravée une tête de mort, avec un serpent sortant de la bouche.
La Marque des Ténèbres. Le signe des Mangemorts.
Hermione secoua la tête.
« Non... non, tu n'as pas pu faire ça... Ta famille...
— Ma famille est morte Hermione ! »
Cette fois il y avait de la colère dans sa voix. Il se releva, et planta son regard dans le sien.
« Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour toi. Je n'avais plus rien. Il ne reste plus que Ginny, et j'ai agi pour vous protéger autant elle que pour toi.
Tu ne comprends pas ? Vous ne serez pas inquiétées.
Je t'ai sauvé la vie, Hermione.
— L'Ordre du Phénix...
— L'Ordre était en cendres après la bataille ! Les principaux membres sont morts au combat, ont été capturés ou ont fui. Comment pouvais-je les contacter ?
Et comment auraient-ils pu faire quoi que ce soit ? C'était fini. Le Seigneur des Ténèbres avait gagné. Je n'ai fait que composer avec cette nouvelle donnée.
— Tu es devenu un Mangemort. Ce que tu combattais depuis le début.
— C'est ce qu'Il a exigé de moi ! Et puis, je combattais les Mangemorts parce qu'ils étaient ennemis de ma famille, et qu'ils voulaient tuer Harry.
Il ne reste presque rien de ma famille, et Harry nous a trahi. Harry a trahi tout le monde.
Son ton s'adoucit.
— Je n'ai plus que toi. Hermione. »
Il s'approcha pour l'enlacer.
Elle le repoussa avec un haut-le-cœur accompagné d'une expression de dégoût.
« Ne me touche pas. Tes nouveaux amis Mangemorts n'apprécieraient pas que tu corrompes ton Sang Pur avec une Sang-de-Bourbe comme moi. »
Une nouvelle fois, Ron regarda ailleurs.
« Ils s'en moquent. En tant que Sang Pur, je suis théoriquement marié avec une vraie sorcière, et ce que je fais avec les Sang-de-Bourbe me regarde.
Tant que... tant qu'il n'y a pas... de bâtard », finit Ron, sur un ton hésitant.
Il avait prononcé ces derniers mots alors qu'Hermione se demandait quel était le traitement réservé aux sorciers nés de parents moldus sous le règne de Voldemort, si ce traitement n'était pas la mort. Elle eut alors une terrible intuition, mais hésita même à formuler l'idée dans son esprit tant elle lui paraissait odieuse. S'ils voulaient préserver leur "pureté du sang" sans tuer, alors...
« Tu es "théoriquement" marié et... elle porta une main à son ventre. Tu les as laissés me stériliser ? Vous stérilisez les nés-moldus et les Hybrides ? »
L'expression de Ron et son silence répondirent à sa question. C'était la goutte de trop. Sa colère explosa d'un coup.
Un instant elle était à moitié abattue, l'instant suivant elle avait retrouvé toute son énergie et bondissait de son lit pour frapper Ron de toutes ses forces.
Ron surpris tomba sous le choc, et encaissa durement les coups de poings rageurs qu'Hermione lui assénait en plein visage.
« IMBÉCILE DE ROUQUIN ! POURRITURE D'ENFOIRÉ DE MANGEMORT ! »
La petite sorcière en robe verte jaillit dans la pièce, la maîtrisa avec un sort d'entrave, et la réexpédia sur son lit d'un coup de baguette.
Furieuse, Hermione tenta de se débattre, mais en vain. Des larmes de rage troublaient sa vue.
La sorcière en vert était déjà repartie. Ron s'était relevé, et la regardait avec un air profondément choqué.
« Attention à ce que tu fais, Hermione. Je n'ai pas pour habitude de tolérer qu'on me manque de respect. Tu devrais être reconnaissante que je t'aie permis de vivre.
Tu as de la chance que je sois devenu quelqu'un. Personne n'aurait déboursé un sou pour payer une chambre d'hôpital à une Sang-de-Bourbe pendant sept ans.
Mais je pardonne ton ingratitude, c'est certainement le choc de se réveiller après si longtemps et que tant de choses aient changé.
— Écoute-toi. On dirait Lucius Malefoy.
Alors finalement tu l'as eu le succès que tu voulais tant. Tu es sorti de l'ombre de Harry. Tu es devenu puissant et redouté. Tu es fier de toi ?
— Et pourquoi pas ? Pourquoi n'aurais-je pas le droit d'être ambitieux ?
J'ai toujours été comparé, d'abord à mes frères, puis à Harry. Je les ai toujours suivi. J'étais le petit frère Weasley, puis l'ami du grand Potter.
Mais ils ne sont plus là. Aujourd'hui je suis Ronald Weasley. Les gens me respectent pour qui je suis, pour ce que je fais. Pas pour ce que font mes frères ou mes amis.
Hermione secoua la tête, réprima un sanglot.
— La seule chose que tu as faite, c'est te cacher dans une ombre encore plus grande, murmura-t-elle.
Tu n'es pas devenu quelqu'un. Tu as fait au plus facile, et suivi le seul leader disponible.
Tu es devenu le serviteur du Mal en personne. Sors d'ici, je ne veux plus entendre parler de toi. »
Ron ne répondit rien. Il resta là à la fixer, immobile, interdit, le visage impénétrable.
Les secondes paraissaient s'étendre à l'infini. Allait-il la frapper ? Lui lancer un maléfice ?
Finalement il se détourna, et dans un mouvement de cape quitta la pièce sans se retourner ni daigner fermer la porte.
