- Naruto !

Voile sombre de la douleur.

Je ne sais plus où j'en suis.

- Naruto ! Qu'est-ce que tu fais ? Lâche-là !

Plongée dans le néant.

Cette main sur son épaule, ces bras qui la tiennent…

C'est lui…

- Elle respire à peine… Laisse-moi faire !

La main qui hésite, les bras qui s'en vont.

Un soupir. Maintenant…

Maintenant, je peux arrêter de courir.

Inconscience.

.

Chapitre 2

Yume

« Un rêve m'a tourmenté

Durant toute mon enfance

Et c'est aujourd'hui encore un Rêve

Qui attise mes espérances… »

.

- Naruto ?

Assis par terre dans un coin de la pièce, les genoux repliés sur son torse et entourés de ses bras, l'interpellé ne répondit rien, se bornant à fixer un point imaginaire, quelque part devant lui. Après une autre tentative infructueuse, Sasuke renonça à capter l'attention de son coéquipier et s'adossa de nouveau au mur en soupirant. Voilà déjà deux heures qu'ils attendaient dans le bureau de l'Hokage. Dans la pièce adjacente, qui était une sorte de salle de repos pour Hokage surmené, Tsunade, Sakura et une autre apprentie s'activaient à soigner la jeune inconnue. Pourquoi cela prenait-il autant de temps ? Son état était-il donc si grave que ça ?

La patience avait beau être l'un des points forts du jeune Uchiwa, il commençait à s'ennuyer ferme. Et les questions qui lui trottaient dans la tête ne l'aidaient évidemment pas à tuer le temps. Qui était cette enfant, porteuse d'un bandeau de Konoha mais sortie d'on ne savait où ? Peut-être avait-elle trouvé l'objet quelque part, l'avait-elle ramassé sur un ancien champ de bataille ? Cela n'expliquait pourtant pas son état : sale, épuisée, couverte de plaies et de griffures, on aurait cru qu'elle avait passé au moins la nuit dans la forêt, livrée à elle-même.

Et tout ce sang qui maculait ses mains et ses vêtements ? Avait-ce été le sien ? Comment avait-elle pu tenir debout si elle en avait effectivement perdu autant ?

Peu après cette apparition incongrue, Kakashi était parti en éclaireur, recommandant à ses trois élèves de rester sur leurs gardes. Sakura avait aussitôt donné les premiers soins à la blessée, qui avait sombré dans un état d'inconscience plus que préoccupant. Leur sensei était revenu quelques minutes plus tard, son Sharingan découvert et la veste éclaboussée de sang. En entendant le diagnostic de Sakura, il avait décidé d'abandonner la mission et de rentrer immédiatement, sans donner la moindre explication. Visiblement, il s'était battu et avait gagné sans problème. Mais contre qui ?

Et pourquoi avoir amenée l'inconnue à l'Hokage, tout ça dans la plus grande discrétion ? Le personnel de l'hôpital du village était des plus compétents, pourquoi Kakashi avait-il insisté pour qu'elle voit sans plus tarder Tsunade, la médic-nin la plus talentueuse que Konoha ait jamais connu ?

Tout en croisant les bras, Sasuke coula un regard discret à son sensei également appuyé contre un mur, comme toujours en train de lire. Mais malgré ce comportement nonchalant et plus qu'habituel, il savait que Kakashi était préoccupé : voilà plus d'une dizaine de minutes que le jûnin n'avait pas tourné de pages, alors qu'en temps normal il aurait déjà dévoré plusieurs chapitres. De plus, il n'avait pas ce regard un peu lubrique ni cette petite roseur sur ses joues à demi-cachées par son masque, signe que sa lecture, s'il y en avait réellement une, le laissait de marbre. Il avait refusé de retourner chez lui pour se changer, et sa veste tachée de sang lui donnait quelque chose de lugubre.

Sasuke détourna le regard avant qu'on ne le surprenne à espionner Kakashi, et fixa de nouveau la porte face à lui. Depuis qu'elle s'était refermée sur Tsunade, Sakura et une autre élève, un silence pesant régnait, troublé seulement de très rares fois par la voix indistincte de l'Hokage, qui devait donner des directives à ses assistantes. En se concentrant un peu, Sasuke captait sans peine les auras de chakra qui émanaient de la pièce : on prodiguait toujours des soins à la blessée.

Sasuke reporta une nouvelle fois son attention sur Naruto. Lui aussi, il avait un comportement étrange. Depuis l'apparition de la fillette, il n'avait absolument rien dit, se limitant à répondre aux questions par monosyllabes. Son air joyeux, fier et plein d'entrain avait laissé place à une mine renfrognée, et depuis leur arrivée dans le bureau de l'Hokage, il n'avait pas fait un mouvement, clignant à peine des yeux comme pour assurer qu'il était bien vivant. Cette attitude que Sasuke se réservait jusque là était davantage inquiétante chez Naruto. Une aura sombre paraissait planer autour de lui, promesse inconsciente de passer un sale quart d'heure si on venait à le perturber dans ses idées noires.

Efficace, mais incompréhensible pour Sasuke. Jamais il n'aurait pensé qu'un tel incident affecterait son rival et néanmoins coéquipier à ce point. On aurait presque pu croire que Naruto avait subi un sort de genjutsu ou de dôjutsu, mais son Sharingan était formel : mis à part sa réaction purement défensive face à Sakura, l'inconnue n'avait rien fait d'autre qui puisse être considéré comme offensif.

Elle l'avait regardé. Juste regardé. Et elle s'était écroulée. Alors pourquoi Naruto réagissait-il comme ça ? S'étaient-ils déjà rencontrés ? Pourtant, il avait eu l'air au moins aussi étonné que les autres à sa vue. Et aux dernières nouvelles, Naruto n'était pas un très bon comédien… Cacherait-il pourtant quelque chose ?

Avec soudain une idée en tête, Sasuke sonda la Marque de son épaule, mais n'obtint aucun semblant de réponse. Depuis un an que Tsunade, Kakashi et quelques autres jûnins de confiance étaient parvenue à la neutraliser, l'inscription maudite laissée par Orochimaru n'avait pas montré la moindre activité, restée aussi inoffensive qu'un banal tatouage. Si cela lui avait permis jusque là de reprendre une vie normale, Sasuke éprouvait aujourd'hui une étrange inquiétude : si la fille inconnue avait eu un lien quelconque avec Orochimaru, la Marque aurait-elle réagi malgré le sceau de Tsunade qui l'entravait ?

A force de ressasser toujours les mêmes questions sans pour autant trouver de réponses plausibles, Sasuke commençait à avoir une sacrée migraine. Il soupira de nouveau, tout en se massant les tempes. C'était décidé, si dans le quart d'heure les choses ne commençaient pas à bouger, il irait faire un tour. Tant pis pour les conséquences que cela aurait. Il avait besoin d'air.

Il parcourut d'un regard le bureau silencieux, que pas même une mouche ne venait troubler de son bourdonnement. Pour la première fois depuis bien longtemps, un tel calme l'insupportait.

xxxxxxx

Le Vide.

- « Yume »… C'est son nom, vous croyez ? fait une voix.

Un sursaut. L'énergie court à travers son corps, file comme de l'eau, vive, inconnue. Bienfaitrice.

- Aucune idée… Ca se pourrait, souffle une deuxième.

La vie appelle la conscience, et la conscience appelle la douleur. Dans un coin de son esprit, elle gémit.

- Restez concentrées, murmure une troisième, grave, impérative.

Le silence.

Elle ne peut plus bouger. Elle ne peut plus voir, à peine entendre. Elle oublie tout, au fur et à mesure.

Sauf la douleur. Sauf la solitude qui l'en préserve.

Un courant de chakra la frôle, elle qui s'est exilée dans un coin de ce corps meurtri. Elle pense soudain. Ses mains baignées de sang. Une clairière jonchée de cadavres. Sa mère qui expire sous ses yeux.

Elle éclate en sanglots. En apparence, son corps reste inerte. Et l'énergie file, courant léger qui l'entoure et glisse sur elle comme l'eau d'une rivière glisse sur la coque d'un bateau. Elle court, court toujours, vaine, sans rien pour s'accrocher…

- Je ne ressens toujours rien, marmonne la voix grave, inquiète.

- Sensei, ça voudrait dire qu'elle est…

- Peut-être.

Le courant de chakra part, revient, se renforce. Elle le repousse, repousse la douleur, repousse la mémoire. Elle ne veut pas de la vie, si ça signifie souffrir à ce point. Elle ne veut pas !

Mais le Vide qui l'entoure s'en saisit pour elle. Une main qui n'est pas la sienne se tend vers l'énergie offerte, l'aspire et la garde jalousement. Le chakra s'engouffre dans son corps épuisé, baigne chacune de ses cellules mourantes. Malgré elle, elle sent sa conscience revenir, les battements de son cœur forcir. Elle ne veut pas. Ca fait mal, ça fait trop mal, que quelqu'un l'arrête !

Mais elle n'a jamais eu le choix. Qu'importe les prochains calvaires à endurer, l'énergie s'accroche désormais à elle, la soigne, la guérit. Une autre forme d'inconscience la happe, celle lourde, profonde et réparatrice du sommeil.

- Elle revient enfin. Continuons.

xxxxxxx

« …Nii-san… »

La tête à demi-cachée dans ses bras, Naruto fixait de ses yeux bleus l'étagère devant lui. Une très belle étagère en bois massif, dont le style s'associait bien avec le bureau et le reste du mobilier. L'ensemble donnait une atmosphère chaleureuse et rassurante, mais imposante : on était quand même dans le bureau du Hokage. De la Godaime Tsunade qui plus est, cela se voyait à la quantité impressionnante de papiers qui s'étalaient sur la table, attendant patiemment que la chef du village les examine, les approuve ou les refuse, y appose sa marque. Attendaient depuis pas mal de temps par ailleurs, vu la couche de poussière qui recouvrait certains documents. En effet, la « paperasse » comme elle disait, n'avait jamais été le fort de Tsunade. Elle aurait volontiers laissé cet ennui à Shizune sa secrétaire et amie, mais cette dernière s'était absentée de Konoha pour quelques jours, laissant sa supérieure au prise avec quantité de rapports, formulaires et banalités administratives.

Naruto fixait toujours l'étagère. C'était intéressant de voir à quel point son contenu détonait avec ce qui traînait sur le bureau : tout y était soigneusement trié, impeccablement rangé. Tout en haut, de gros registres, scrupuleusement alignés. Juste en dessous, un étage empli de rouleaux consciencieusement empilés, gardiens d'un savoir inconnu. Puis toute une bibliothèque d'énormes livres, certains écrits dans des langues étrangères d'après les signes inconnus qui couvraient leur tranche. Probablement des recueils de médecine.

Voila plus de deux heures que Naruto scrutait cette étagère, sans avoir cillé rien qu'une seule fois. Et pourtant, il aurait été incapable de dire quoi que ce soit sur les objets qui y étaient regroupés. Il ne la voyait tout simplement pas, obnubilé par les évènements de la matinée.

« Nii-san… ! »

Les yeux bleus ternes, qui soudain s'étaient illuminés comme l'aube illumine un ciel d'été, le vrillèrent à nouveau, plein de larmes. Il réprima un grognement. Pourquoi cette attitude l'avait-il tant troublé ? Pourquoi n'arrivait-il pas à se défaire de ce regard ? Il ne la connaissait même pas, cette gamine. Il ne savait même pas son nom. Et pourtant, elle, elle avait semblé le reconnaître. Sinon, pourquoi se serait-elle approchée, alors qu'elle était complètement paniquée quelques secondes auparavant ? Pourquoi lui aurait-elle tendu la main ? Pourquoi aurait-elle pleuré… ?

Cette réaction l'avait tellement bouleversé qu'il fouillait depuis des heures dans ses souvenirs. L'avait-il rencontrée lors d'un de ses voyages avec Jiraya-sensei, était-elle la sœur, la fille, la nièce d'une des nombreuses connaissances de son maître ? Ne l'avait-il pas tout simplement croisée au détour d'une rue… ?

…Mais rien ne lui venait. Il ne l'avait tout simplement jamais vue.

S'il prenait en compte son état d'extrême fatigue, il aurait pu en déduire qu'elle délirait, qu'elle l'avait pris pour quelqu'un d'autre. Mais la simple perspective de cette hypothèse lui faisait mal. Tout bêtement parce qu'elle l'avait appelé ainsi…

« …Nii-san… »

Grand-frère… Ce simple mot, ajouté à son regard à la fois soulagé, triste et suppliant, l'avait plus retourné que tout un discours. Il lui avait fallu plusieurs secondes pour réaliser que Sakura lui parlait, lui demandait de lâcher l'enfant inconsciente pour qu'elle puisse l'examiner. Lui qui savait à quel point une seconde d'inattention pouvait être fatidique, pourquoi avait-il été aussi surpris ?

Parce que c'était la première fois qu'on lui parlait ainsi ? Qu'on l'appelait par ce nom avec autant de soulagement, comme s'il avait été quelqu'un… d'important ?

…Parce que, immanquablement, ce mot lui rendait un espoir, éphémère mais si agréable, celui de croire qu'en fin de compte, il n'était pas seul

Enfant, il avait souvent fait un rêve, où ses parents, sa famille réapparaissaient, bien vivants. Avoir, comme les autres qui semblaient si heureux, une mère gentille et affectueuse, toujours là pour l'aider et le consoler. Un père aimant, qui l'aurait encouragé, lui aurait appris tout ce qu'il savait du nindo. Un frère, une sœur pour partager ses jeux et ses secrets…

Avec le temps, il avait appris à oublier ses illusions. Il avait fait face à sa solitude, à ses problèmes pour la plupart liés à l'existence de Kyûbi. Redoublant d'efforts, il avait réussi à montrer de quoi il était capable, les autres avaient appris à le connaître sous un autre jour que celui du cancre braillard et idiot, sans cesse en train de faire les 400 coups. Il s'était fait des amis, de vrais amis. Et un jour, en riant avec eux, il s'était surpris à penser « Que demander de plus ? »…

Mais cette fille, cette inconnue, en un regard, en un mot, avait réveillé cet espoir oublié, ce rêve d'enfant enfoui au fond de lui-même. Et il ne savait plus que penser. Etre bouleversé à ce point pour si peu, ce n'était pas digne d'un ninja. Depuis longtemps déjà, il aurait dû se relever, se secouer et oublier de telles pensées qui n'auraient dans sa vie jamais leur place. En fronçant les sourcils, il sonda l'activité dans l'autre pièce. Comme un peu plus tôt dans la forêt, l'enfant n'émettait pas la moindre aura. Etait-ce du fait de son épuisement ? Autour de l'espèce de « vide » qu'elle incarnait, probablement inconsciente, les deux énergies de Sakura et Tsunade, caractéristiques de leur propriétaire et fondamentalement différentes, tourbillonnaient sans fin, puissantes et salvatrices.

Ca faisait longtemps, bien trop longtemps que cela durait. L'enfant allait-elle mourir ? Est-ce que l'absurde espoir qu'elle avait réveillé en lui disparaîtrait avec elle ? N'importe quel ninja avec un peu de bon sens pratique aurait souhaité que l'objet qui l'avait tant déstabilisé soit mis hors d'état de nuit. Mais Naruto ne savait dire si cela lui conviendrait.

« Pourquoi… pourquoi pleurait-elle ? » songea-t-il encore, en revoyant ces deux yeux, bleus comme les siens, se noyer de larmes alors qu'il lui tendait la main.

xxxxxxx

Après une demi-heure supplémentaire d'attente, Sasuke excédé allait sortir quand enfin la porte face à lui s'ouvrit, livrant le passage à une Tsunade soucieuse et une Sakura exténuée. Aussitôt les trois ninjas présents dans la pièce levèrent les yeux vers elles, attendant le verdict. L'Hokage, en voyant leur expression anxieuse, n'eut pas le cœur à les faire patienter plus longtemps, et alla droit au but.

- Tout va bien, dit-elle d'une voix un peu faible, contrairement à ses habitudes. Elle s'en sortira. Elle dort pour le moment.

Kakashi eut un sourire en refermant son livre, tandis que les épaules de Naruto, toujours impassible, se relâchaient imperceptiblement, comme si une des tensions qui l'habitaient s'était envolée. Sasuke, lui, resta de marbre, mais dans son cas, cela ne surprit personne.

- Ce qui m'inquiétait le plus, c'était cet état de faiblesse extrême dans lequel vous me l'avez amenée, poursuivit Tsunade en allant s'asseoir derrière son bureau avec un soulagement évident. Un véritable phénomène d'endurance, cette gamine… Elle est encore pire que Lee et toi, Naruto. Quoi qu'elle ait pu faire ces dernières heures, elle a puisé sans compter dans ses réserves d'énergie vitale. Il lui restait à peine de quoi vivre, et toutes ses blessures bien que mineures auraient pu lui être fatales. Nous avons dû la magnétiser avec notre propre chakra pendant bien deux heures avant d'obtenir un résultat probant.

Sakura s'assit également, un petit sourire de fierté égayant sa mine épuisée.

- On a beaucoup donné dans cette opération. Mais c'est un succès…

- On sait qu'elle se réveillera, termina Tsunade en souriant. Dans deux ou trois jours, si son corps réagit bien.

Naruto se leva, réalisant alors que ses membres étaient tout engourdis après une attente aussi longue.

- Quand vous dites que vous savez qu'elle se réveillera… Elle aurait très bien pu rester comme ça longtemps, dans le coma ?

- Quand on approche ainsi de la mort, il faut s'attendre à en payer le prix, répondit Tsunade avec une pointe de désapprobation dans la voix. Et dans son cas, elle n'a pas fait que l'effleurer. Un cas comme le sien, on n'en croise pas tous les jours…

Repoussant quelques papiers pour faire une petite place libre sur son bureau, Tsunade y appuya ses coudes et se massa les tempes, les yeux fermés. Visiblement, la guérison avait demandé à elle aussi beaucoup d'énergie. Son visage prit un pli soucieux.

- Bien. A présent, si vous me racontiez ce qui s'est passé ?

Elle regarda successivement les quatre membres de l'équipe, qui restèrent silencieux. Sakura reprenait peu à peu ses esprits et donc n'était pas d'humeur à parler pour le moment. Sasuke, comme à son habitude, aurait préféré se faire arracher la langue plutôt que de dire un mot superflu, et comble de l'étrange, Naruto ne semblait absolument pas pressé de faire le récit de cette aventure qui pourtant sortait si bien de l'ordinaire. Il ne restait donc plus grand-monde.

- Kakashi, ton rapport, murmura machinalement Tsunade.

Avec toute la flemme qu'il se permettait d'afficher devant l'Hokage, Kakashi se décolla du mur et s'avança. Ses trois élèves chûnins ne suivirent que distraitement son récit de la matinée, jusqu'à ce que la Godaime pose l'inévitable question.

- Cette fillette a de nombreuses griffures superficielles sur le visage, similaires à celles qu'on se ferait en courant dans des fourrés. Comme elle aurait pu en éviter la majeure partie en se protégeant avec ses bras, j'en conclue qu'elle avait autre chose à penser, peut-être parce qu'elle fuyait quelqu'un. L'un de vous a-t-il inspecté les environs avant de revenir ?

- Affirmatif, reprit Kakashi. Je suis parti seul en éclaireur, et j'ai pu localiser un détachement de ninjas un peu plus au sud, qui la suivait à la trace. Ils étaient une dizaine mais je n'ai pu en coincer que deux, probablement les plus faibles. Manifestement, ils avaient ordre de battre en retraite dès que les choses se compliqueraient.

- Ils devaient donc passer inaperçus, conclut Tsunade. Que sont devenus les deux autres ? Tu as pu les interroger ?

- Le premier m'a attaqué par surprise… Si j'avais pris le risque de seulement le blesser, c'est lui qui m'aurait tué.

Tous les regards convergèrent quelques secondes vers les taches de sang qui maculaient sa veste de combattant. Oui, manifestement, Kakashi n'avait pas fait dans la dentelle.

- Et le deuxième ? questionna Tsunade en fronçant les sourcils.

- Il avait une pastille de cyanure sur lui. Il est mort avant que j'aie pu faire quoi que ce soit. Les deux corps portaient un parchemin de Destruction Post-Mortem, je n'ai eu que le temps de me mettre à l'abri.

Tsunade eut un geste impatient et déçu, mais pas surpris. Maudits soient ces parchemins de Destruction ! Récemment mis sur le marché, ils étaient comme leur nom l'indiquait conçus pour détruire les preuves. Dans le cas présent, ces parchemins étaient programmés pour s'activer dès l'instant où le corps auquel ils étaient collés cesserait de vivre. Presque indétectables avant l'activation, leur violente explosion permettait de réduire un corps au néant, ce qui empêchait toute identification par un médic-nin tout en radiant de la carte un maximum d'ennemis alentours. Il était déjà heureux que Kakashi s'en soit sorti indemne.

- Un signe distinctif ? Un bandeau, quelque chose qui t'aurait permis de les identifier ? poursuivit Tsunade, qui n'y croyait déjà plus.

- Rien du tout, termina Kakashi d'un air contrit qui disait bien qu'il avait déjà réfléchi à la question.

La Godaime resta quelques instants interdite, les sourcils froncés. Elle se laissa finalement aller contre le dossier de son fauteuil en soupirant.

- Résultat : eux non plus, on ne sait pas d'où ils viennent, ni qui ils sont, encore moins qui les commande. Tout ce qu'on peut supposer avant que Yume ne se réveille, c'est qu'ils avaient pour mission de la capturer sans se faire repérer.

Sasuke fronça les sourcils, étonné.

- I… « Ioumé » ? C'est comme ça qu'elle s'appelle ?

- Si on se fie à ceci. Elle le portait au cou, caché sous ses vêtements.

Tsunade sortit de sa poche un collier qu'elle déposa sur le bureau. Les quatre ninjas s'approchèrent et virent une fine chaîne dorée, passant dans un pendentif en or de la forme d'une petite feuille. Sur le bijou était gravé le kanji « Yume », celui du rêve.

- C'est très beau, murmura Sakura. Mais cette forme me rappelle quelque chose. Il me semble en avoir vu d'autres à Konoha.

- C'est bien moins fréquent maintenant, mais ce genre de pendentifs était encore très apprécié par ici il y a quelques décennies, expliqua Tsunade. Presque tous les enfants en portaient un à leur nom. Pas les adultes en revanche, un tel objet aurait pu les trahir lors de leurs missions. Cet ouvrage était typique de Konoha.

- Ce qui pourrait indiquer que si cette enfant n'a pas de lien direct avec Konoha, c'est en revanche peut-être le cas d'un de ses parents. Portait-elle autre chose sur elle qui pourrait nous renseigner ? s'enquit Kakashi.

- Rien de significatif mis à part le bandeau de Konoha, déclara Sakura. Ses vêtements sont adaptés à un voyage, d'un tissu résistant mais tout à fait banal. Elle avait aussi une poche contenant des shurinkens usés, plus le kunaï qu'elle a utilisé dans la forêt.

- La callosité de ses mains et quelques anciennes cicatrices donnent l'impression qu'elle manie fréquemment ces armes, et sa constitution laisse penser qu'elle suivait un entraînement digne d'une apprentie kunoichi. Je lui donne dix ans, douze au grand maximum, fit la Godaime, catégorique.

- Elle serait donc une aspirante, ou une élève ? dit Sasuke.

- Peut-être bien. Il faudra la mettre à l'épreuve, une fois qu'elle ira mieux.

- Mais en attendant ? Vous allez chercher pour savoir d'où elle vient ? Et comment expliquez-vous qu'elle possède un tel pendentif et un bandeau de Konoha ?

- Je ne me l'explique pas, pour l'instant, répliqua Tsunade. Comme à toi, Sasuke, et à vous tous, cette gamine ne me dit absolument rien. Et pourtant, j'ai épluché il n'y a pas si longtemps tous les dossiers récents de Konoha pour me mettre au courant. Je ne me souviens pas avoir vu quelqu'un qui lui ressemble parmi les disparus ou les déserteurs.

- Que devons-nous faire dans ce cas ? demanda alors Naruto d'un ton impassible. Lancer des avis de recherche ? Vous allez en informer les pays voisins ?

Tsunade le jaugea du regard quelques instants, ne sachant si elle devait s'étonner du fait qu'il prenait enfin la parole, de son attitude distante ou bien parce qu'il la vouvoyait de cette façon si respectueuse, chose plutôt rare.

- Pour le moment, je compte attendre son réveil avant de faire quoi que ce soit d'officiel, dit enfin la Godaime. Je demanderai cependant aux prochaines équipes que j'enverrai en mission d'être attentives, au cas où elles entendraient quelque chose à ce sujet. Manifestement, Yume était une fugitive, et ses poursuivants ne peuvent que supposer qu'elle ait été rapatriée ici, à Konoha. Par mesure de précaution, nous garderons cette info confidentielle aussi longtemps qu'il le faudra.

Elle promena un regard faussement suspicieux sur les personnes présentes dans la pièce.

- A part l'élève médic-nin Hanako qui est en train de lui donner les derniers soins, vous êtes les seuls au courant de cette affaire. Je suppose que je peux vous faire confiance ?

Les membres de l'équipe 7 acquiescèrent sans hésiter. Même Naruto et Sasuke quittèrent quelques instants leur mine renfrognée pour afficher un petit sourire entendu. Mais voyant Sakura réprimer pour la énième fois un bâillement, Tsunade se leva.

- Bien. Je dispose ici de l'équipement nécessaire pour garder Yume jusqu'à ce qu'elle se rétablisse. Votre mission est bien entendu ajournée. Vous pouvez disposer, mais ne quittez pas le village tant que cette affaire n'est pas résolue. Quant à toi, Sakura…

Elle se tourna vers l'interpellée, qui se fit violence pour retenir le bâillement qu'elle s'apprêtait à exécuter discrètement. Tsunade fit celle qui n'avait rien vu.

- Que je ne te retrouve pas à jouer les infirmières à l'hôpital, serina-t-elle d'un ton sévère. Tu en as assez fait pour aujourd'hui.

La jeune fille resta quelques instants stupéfaite, puis voulut protester, essayant de paraître en pleine forme.

- Mais je vais bien ! Le travail ne manque pas à l'Hôpital, et puis, je dois m'exercer…

- Je te répète que cette opération suffira amplement. Je t'attends ici demain matin, comme d'habitude. D'ici là, repose-toi !

- Mais je…

- Ce n'est pas un ordre de l'Hokage, mais une demande de ton professeur, ajouta simplement Tsunade en se détournant, l'ombre d'un sourire au coin des lèvres.

Sakura ouvrit à nouveau la bouche pour insister, mais finalement n'en fit rien.

- …Oui, Tsunade-sensei.

- Bon, les jeunes, il est quinze heures passées ! déclara Kakashi d'un ton joyeux. Ca ne vous dirait pas d'aller manger un morceau ?

A peine avait-il dit ces mots qu'un étrange grondement s'éleva dans la pièce, d'abord sourd puis de plus en plus distinct, pour enfin s'éteindre subitement. Sakura, qui était un peu pâle, reprit automatiquement de belles couleurs.

- Oh, je suis désolée, murmura-t-elle en baissant les yeux, une main sur l'estomac. C'est que je commence à avoir vraiment faim…

Un court silence suivit, mais peu à peu les sourires revinrent sur les visages.

- D'habitude, c'est Naruto qui nous fait ce numéro, remarqua Sasuke en réprimant un sourire, l'air de rien. Ichiraku doit être ouvert, même à cette heure-ci… Ca vous dit ?

Sakura releva la tête, toute rouge, mais en voyant qu'il ne se moquait absolument pas, elle sourit elle aussi.

- Oui ! Un bon bol de ramen, ça ne peut pas faire de mal. Naruto, je suppose que tu viens ?

Le jeune homme en question était le seul à ne pas avoir réagi à la démonstration sonore de Sakura. A l'entente de son nom, il leva lentement la tête, et sa coéquipière dut lui répéter deux fois la question pour qu'il comprenne de quoi il s'agissait.

- Pourquoi pas… dit-il finalement dans un sourire.

Congédiés, les trois chûnins saluèrent respectueusement leur Hokage et quittèrent la pièce. Alors qu'il passait la porte en dernier, Sasuke s'aperçut que Kakashi ne les suivait pas.

- Kakashi-san, vous êtes des nôtres ?

- Allez-y, je vous rejoins à Ichiraku, répondit le jûnin. J'ai encore une affaire à régler.

Doté d'un minimum de bon sens, Sasuke ne demanda pas en quoi consistait cette affaire, ni pourquoi il avait attendu que lui et ses deux coéquipiers s'en aillent pour en parler avec l'Hokage, seul à seul. Après un bref signe de tête, il sortit et referma derrière lui la lourde porte de bois massif. Kakashi attendit que ses pas s'éloignent avant de se tourner vers Tsunade. Cette dernière griffonnait des notes sur un papier administratif, celui-là même qu'elle remplissait et qu'elle avait abandonné aussitôt qu'on lui avait amené la blessée.

- Que se passe-t-il, Kakashi ? demanda-t-elle distraitement tout en écrivant.

- Je crois que je ne vous ai pas tout dit, tout à l'heure.

Le crayon s'arrêta subitement, en plein milieu d'un mot, tandis que Tsunade relevait la tête, les sourcils froncés.

- Tu as réussi à interroger l'un des poursuivants ?

- Non, malheureusement. Mais après la mort des deux autres, je suis monté à la cime d'un arbre en espérant repérer quelque chose en hauteur. C'était peine perdue, ils avaient déjà tous décampé. Pourtant, j'ai remarqué une espèce de fumée noire qui commençait à s'estomper, je dirais à une quinzaine de kilomètres plus au sud. Dans cette direction, il n'y a pas de village, ni de hameau à moins de trente kilomètres. Et ça ne ressemblait pas à un simple feu de camp. De loin, on aurait plutôt dit la fin d'un incendie.

Tsunade fronça les sourcils, pensive.

- En d'autres circonstances, je serais allé inspecter la zone, mais l'état de la fillette semblait préoccupant, et ses poursuivants pouvaient à tout instant revenir. Je ne mets pas en doute les capacités de mes trois anciens élèves, mais se battre tout en protégeant un blessé est difficile. J'ai donc préféré revenir sur mes pas.

- Je vois bien de quoi tu parles. Un de nos éclaireurs nous a signalé cet incendie très tôt dans la matinée, répondit Tsunade en fouillant frénétiquement dans le bazar qui recouvrait son bureau. J'y ai envoyé une équipe de chûnins pour voir de quoi il retournait…

Après avoir soulevé deux ou trois piles de papiers qui menaçaient de s'effondrer, elle retrouva enfin le document qu'elle cherchait.

- Ah, le voilà… Oui, j'ai envoyé l'ex-numéro 8, celle de Kurenaï Yûhi. Kiba Inuzuka peut flairer le danger à des kilomètres, et Shino Aburame par son pouvoir sur les insectes est aussi efficace en tant qu'éclaireur que combattant. De plus, ils ont avec eux une de mes élèves, Hinata. Comme toute sa famille, elle maîtrise le Byakugan, son jûken est plus qu'honorable, et elle a fait des progrès fulgurants récemment en tant de médic-nin…

Du tout premier examen chûnin qui l'avait vue affronter Neji dans un duel à mort, Hinata avait gardé une faiblesse cardiaque, ce qui l'avait obligée à cesser toute activité ninja pour une période indéterminée. Dès son retour à Konoha, la nouvelle Godaime s'était penchée sur son cas, et en quelques mois de patience doublée d'un traitement encore expérimental, l'héritière Hyûga avait retrouvé la santé. Sa reconnaissance envers Tsunade avait peu à peu conduit Hinata à étudier la science difficile des médic-nins, un domaine où elle s'était révélée plutôt douée pour son âge. Malheureusement, pour travailler cet aspect du nindô, elle devait continuellement batailler avec sa famille et principalement son père, Hiashi, qui ne voyait pas d'un bon œil l'intérêt croissant de sa fille pour l'art de la guérison. Aux yeux du chef du clan, les Hyûga avaient été et demeureraient toujours des guerriers respectés et impitoyables, pas des « planqués de médecins ». Le fait qu'Hinata persistait pourtant à s'entraîner d'arrache-pied au nindô ne le faisait pas décolérer.

- Avec de tels atouts, cette équipe est parfaite pour les missions de reconnaissance : je n'ai pas jugé nécessaire d'envoyer plus d'effectifs. S'ils sentent un danger, ils ne tenteront pas le diable. Ce n'est pas dans les habitudes de Kurenaï.

Kakashi ne répondit rien, fixant d'un air absent les rouleaux rangés dans l'étagère à sa droite. Déconcertée par ce silence, Tsunade appuya ses coudes sur le bureau et posa son menton sur ses doigts entrelacés.

- Quelque chose te tracasse, Hatake Kakashi.

- J'ai un mauvais pressentiment sur cette affaire. Cet incendie avait peut-être un rapport avec cette enfant. Peut-être faisait-elle partie d'un groupe de voyageurs, ou d'une équipe de genins…

- C'est une possibilité à envisager. Personnellement, avec ce qu'elle portait, je me demande si elle n'est pas la fille d'un déserteur de Konoha. D'où qu'ils viennent et où qu'ils aillent, ces fugitifs sont rejetés ou capturés, et décident parfois de se regrouper pour survivre. Yume a très bien pu se retrouver au beau milieu d'un règlement de comptes entre deux de ces « clans », elle a pris peur et s'est enfuie.

- Même si ces groupes font parfois preuve d'une certaine animosité, je n'en ai encore jamais vu qui envoie tout un détachement de combattants pour le simple plaisir de tuer une gamine.

- Elle avait peut-être une importance quelconque à leurs yeux, ajouta Tsunade dans un murmure, songeuse. Toujours est-il qu'elle a eu suffisamment peur pour courir jusqu'à épuisement. Il y a rien qui puisse pousser un corps humain à une telle extrémité… Hormis l'imminence de la mort.

L'image de l'enfant couverte d'un sang qui n'était pas que le sien flottait dans les esprits, inquiétante.

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- T'es sûr qu'il ne t'a pas suivi ?

Haletant, l'éclaireur secoua vivement la tête, pour l'instant incapable de parler tant le souffle lui manquait. Les quelques autres ninjas présents se jetèrent des regards méfiants et bourrus, sous lesquels se cachait une véritable inquiétude.

- Pour sûr, sur ce coup-là, on a vraiment foiré, marmonna l'un d'entre eux.

- On n'a fait que suivre le plan ! Discrétion avant tout !

- Mais on a l'air de quoi maintenant ? On a laissé s'échapper une gamine !

- Mais putain ! Si tu y tiens tant, retournes la chercher !

- Et me faire trucider ? Très peu pour moi !

- Alors ta gueule !

Dans la pénombre des sous-bois, les regards incendiaires fusaient.

- Merde, on n'a vraiment pas eu de chance… Que ce soit ce foutu Hatake Kakashi qui tombe sur elle…

- On n'a pas le choix, on retrouve le commanditaire et on lui fait notre rapport, reprit l'un d'entre eux, le chef à en juger l'ascendant qu'il avait sur les autres. La prime ne nous a pas encore totalement échappé. Même lui a certainement entendu parler d'Hatake.

- Et si c'est pas le cas ?

- Alors c'est un demeuré et ce sera d'autant plus facile de lui foutre la trouille. On y va.

A son ordre, tous les autres se redressèrent et ils s'enfoncèrent dans les sous-bois, furtifs et silencieux. Aucun ne surprit la silhouette sombre qui cachée derrière des fourrés, n'avait pas perdu un seul mot de la discussion. L'inconnu eut un rictus énervé.

- Quelle bande de merdeux. Mmh.

Et dans une envolée de tissu noir et rouge, il se volatilisa.

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- Eh, Naruto ! Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne dis rien depuis tout à l'heure…

Pensif, l'interpellé cessa de regarder en arrière et recommença à avancer, déjà distancé par le bon pas de ses deux coéquipiers. Sakura eut un froncement de sourcils.

- C'est ta chute dans la forêt ? Tu as mal quelque part ?

En sentant l'inquiétude de l'apprentie médic-nin pointer, il s'empressa d'afficher un sourire de façade.

- Non, non ! Tout va bien…

- Alors pourquoi tu traînes ? reprit Sasuke, d'un ton glacial comme toujours.

Un an auparavant, avant leur accrochage sur le toit de l'hôpital, Naruto lui aurait répondu par une fantastique grimace narquoise dont lui seul avait le secret, accompagnée très certainement de quelques insultes courroucées et bien senties. Mais cette fois-ci, il ne se donna même pas la peine de lui répondre. Les trois jeunes gens continuèrent leur route en direction d'Ichiraku dans une atmosphère aussi silencieuse que froide, tant et si bien que Sakura chercha très rapidement un moyen de relancer une conversation, même anodine. Surprenant son regard nerveux, Naruto eut un sourire.

- Ca va, je te dis… Cette journée est juste bizarre, non ?

- Oui, c'est vrai, concéda Sakura avant de changer prudemment de sujet. Au fait, comme on est en congés forcés aujourd'hui, Sasuke proposait qu'on aille s'entraîner après Ichiraku. Histoire de ne pas perdre notre journée. Ca t'irait ?

Naruto acquiesça pensivement, déjà ailleurs. Dans d'autres circonstances, l'idée d'allier un entraînement au fait d'enfin pouvoir mettre une dérouillée à son rival l'aurait davantage enthousiasmé. Mais lui-même avait du mal à admettre que ce qui l'intéresserait davantage, c'était de pouvoir poser quelques questions à une certaine petite fille…

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Quatre mois plus tard…

Accroupi dans la neige, posté non loin du sommet de la falaise, Naruto attendait que chacun ait rejoint sa place prévue dans le plan élaboré par Shikamaru. Malgré lui, ses pensées vagabondèrent encore vers ce fameux jour où il l'avait rencontrée. Son état d'esprit d'alors lui parut étranger, absurde, presque naïf. S'était-il vraiment posé toutes ces questions ? Maintenant qu'il savait tout ou presque, il se demandait s'il n'aurait pas pu deviner, au moins pour ce qui était le nœud de toute l'histoire. Ca semblait si évident…

Le regard qu'elle lui avait jeté ce jour-là dans la forêt était gravé dans sa mémoire, intact depuis quatre mois. Cette demande d'aide, cette véritable supplication… Il l'avait déjà déçue une fois. Au sommet de cette montagne lointaine, alors que lui et ses amis s'apprêtaient à déferler sur l'ennemi qui la retenait prisonnière, tandis qu'au fond de lui Kyûbi oscillait entre inquiétude et joie sadique à l'idée de se jeter dans la gueule du loup…

« Nii-san… »

…il se jura de ne plus faire la même erreur. Malgré tous les ennemis qu'elle avait amenés derrière elle en débarquant dans son existence, elle a changé sa vie au-delà du possible. Pour rien au monde il ne reviendrait en arrière.

« Tiens bon. »

C'est pourquoi, lorsque le signal convenu retentit, il s'élança sans hésiter…