Coucou tout le monde ! :D Et voici le troisième chapitre posté !

J'espère que ce chapitre vous plaira malgré le fait qu'il ne s'y passe pas grand chose, c'est un chapitre transitoire, le prochain sera plus mouvementée, j'ai néanmoins fait avancer les relations et j'espère que vous le ressentirez et que cela vous plaira :D

Sur ce je vous souhaite une très bonne lecture ! :D

NOTE : les informations concernant les familles de Woodes Rogers et Julien Du Casse ne sont pas du tout inventée de ma part, tout est inscrit sur leur biographie dans le Wiki Assassin's Creed, que ferait-on sans lui X)


« Un peu d'eau et de sel,

Juste pour me souvenir,

Que derrière les nuages du ciel,

Se cachait ton sourire ».

(« Juste Pour Me Souvenir » de Nolwenn Leroy).

La Havane, Cuba, 1715.

C'était encore plus beau qu'elle ne l'aurait jamais imaginée.

Rien à voir avec Londres. Tandis qu'elle découvrait La Havane, Londres lui paraissait lointaine, grise et triste. Plus elle avançait dans ses ruelles colorées aux bâtiments bas mais à l'architecture si belle, elle ne pensait qu'une chose : Jamais plus je ne pourrais vivre à nouveau à Londres après avoir vu un endroit pareil. Et se sentait plus sincère que jamais en pensant cela.

Le ciel était d'un bleu sans le moindre nuage et le soleil chauffait la ville telle un four mais la brise marine rendait l'air respirable, bien que si on ne se couvrait pas la tête, on pouvait facilement avoir une migraine avec ce soleil tapant comme elle put le constater. Très différent des cieux souvent nuageux de Londres, et même lorsque le soleil brillait dans la capitale anglaise, jamais il n'aurait fait rayonner Londres comme rayonnait La Havane. Le sol même n'avait rien à voir avec celui de Londres. Ici, il était à la base d'un blanc nette mais était quasi entièrement recouvert d'une fine couche de sable portée du port et était à de nombreux endroits recouverts d'herbes et de plantes en tout genre. Il était parfois fait de planche de bois, mais là encore, était recouvert de sable et d'herbes.

Les bâtiments étaient décrépits par le soleil, jamais très haut, mais toujours si colorés ! Du bleue, du orange, du jaune, du vert, du beige et du blanc souvent, quelque fois ils se mélangeait, un étage jaune, l'autre vert, et il y avait toujours des fleurs, des fleurs aux fenêtres, au grands et ronds balcons, des fleurs au sol devant les portes des maisons, maisons souvent recouvert de lierres et de feuilles d'un vert luxuriant. De grands arbres s'élevaient dans la ville ainsi que des tas de cocotiers un peu partout, et elle pouvait voir des vieilles carcasses en bois d'anciennes cargaisons traînée un peu partout. La Havane avait un petit quelque chose de négligé et chaotique tout ayant une harmonie sans pareille. Le brouhaha de la ville était encore plus prenant, l'anglais se mélangeant à l'espagnol dans les voix des gens au teint halé, parlant fort et avec de grands gestes, tout en fusionnant avec d'étranges dialectes qui était aussi agréable qu'étrange à entendre.

Charity était en extase, littéralement, tandis qu'elle marchait silencieusement aux côtés de Julien Du Casse, alors que plusieurs gardes les suivait à l'arrière, quelque peu en retrait. Elle jetait souvent des coups d'oeils à Du Casse, qui mastiquait un brin d'herbe jaune entre ses dents, sous son éternel chapeau. Elle mourrait envie de parler, de poser un millier de question mais le regard du Du Casse et ses paroles à la demeure du gouverneur l'a retenaient. Son regard vert était concentré et perdu à la fois, fixant la route droit devant lui mais pensant de toute évidence à quelque chose de bien plus important. Cet homme lui faisait décidément penser à un tigre perpétuellement tendu, prêt à bondir, il se mouvait comme un fauve même. Elle n'osa pas lui demander quelle était leur destination exacte et quel matériel il comptait récupérer. Il ne l'avait emmené avec lui qu'à contrecoeur et elle ne voulait pas chercher la petite bête malgré la curiosité qui la rongeait. Cela dit, elle pouvait profiter de cette longue marche et c'était déjà suffisant pour la couvrir de bonheur. Jamais elle ne s'était sentie aussi bien de toute sa vie, elle avait l'impression. Et surtout depuis la fin de son cauchemar. Plus que jamais, elle se sentait en sécurité, avec des hommes capables de se défendre et de l'aider, et avec autant d'espace et de liberté qu'elle désirait.

Ils finirent par arriver dans une grande place où Charity manqua de gémir tellement la beauté des lieux la ravissait. En face d'eux s'élevait une immense église blanche, premier grand bâtiment qu'elle voyait depuis le castillo – comme ils l'appelaient avait-elle appris – du gouverneur Torres et cette église avait fière allure, malgré son blanc devenu quasiment jaune et décrépit aussi à cause du soleil et du vent de la mer. Dans ces coins là, les bâtiments étaient plus colorés que jamais, chaque mur prenant une teinte différente et totalement à l'opposé de la précédente. Des couloirs ouverts et bordés de colonnes se trouvaient sur la droite et la gauche de la place, et elles ouvraient sur d'autres petits couloirs fermés qui menaient aux rues de l'autre côté. Au milieu de la place se trouvait une grande fontaine en marche dont l'eau bleue brillait sous le soleil et elle vit plusieurs petits stands posé autour de la fontaine, et comprit rapidement que c'était un petit marché de fortune, vraiment petit, à peine deux où trois vendeurs mais un marché quand même. L'envie d'aller jeter un coup d'oeils aux marchandises la tenta immédiatement mais elle se rappela alors que tout l'argent qu'elle possédait avait disparu en mer en même temps que ses affaires sur le Lengendary.

Son humeur joyeuse en fut quelque peu assombrie. Elle se moquait bien des robes et d'autres tenus coûteuses que sa mère avait fait préparer pour elle, mais la perte des livres qu'elle avait emmené lui brisait le cœur… certains était des éditions uniques, qu'elles ne retrouverait jamais. Et dans l'immédiat, elle ne pourrait pas racheter le reste. Elle espérait que le gouverneur Torres possédait néanmoins une bibliothèque dans son castillo qu'elle pourrait aller explorer, cela comblerait le manque que ses lectures quotidienne n'allait pas manquer de creuser.

Le vent de la mer se fit plus fort ici et elle comprit qu'ils était tout près du port et en effet, si elle se penchait pour regarder un peu sur les côtés de l'église, elle pouvait voir l'eau bleue de l'océan. Du Casse ralentit le pas et s'avança dans le couloir ouvert derrière les colonnes où il s'appuya contre le mur couleur pamplemousse, observant la place d'un œil scrutateur, comme si il cherchait quelqu'un. Ne pouvant plus se retenir, elle demanda :

- Pourquoi nous arrêtons nous ici ?

- C'est ici que je dois retrouver mon livreur, répondit-il d'un ton négligent. Qui est de toute évidence en retard.

Charity hocha la tête, cela ne la dérangeait pas le moins du monde d'attendre. Elle aurait pu passer sa journée entière à se perdre dans cette ville, elle en était certaine. Son regard s'égara sur les stands en face d'eux et elle remarqua un vendeur de tissus colorés qu'elle ne put s'empêcher de trouver magnifique. Elle s'avança un peu pour mieux regarder, habituellement les tissus ne l'attiraient pas le moins du monde, mais ceux-ci étaient de couleur vive et joviales, du bleu, du rouge, du turquoise, cela devait vraiment être magnifique à portée. Un ricanement se fit entendre derrière elle et elle se retourna pour regarder Du Casse qui la dévisageait, une expression narquoise sur le visage :

- Vous la voulez au final, votre robe, n'est-ce pas ?

Sa voix lui paraissait encore plus grave quand il passait au français, avait-elle déjà remarqué. Elle ne put s'empêcher de baisser les yeux sur la robe qu'on lui avait donnée au réveil, faite de simple coton beige, qui ne la mettait absolument pas en valeur. Elle s'en était moquée, comme elle se moquait toujours de ses tenues, c'est sa mère qui choisissait ses robes la plupart du temps car elle n'y accordait pas suffisamment d'importance pour s'y intéressée. Elle leva la tête vers Julien et répliqua dans sa langue :

- Non, je pensais à vous offrir de quoi décoré votre chapeau, un joli tissu qui irait avec votre plume de perroquet.

Un des gardes étouffa un rire, qui de toute évidence comprenait lui aussi le français, à côté de Du Casse mais un regard jeté par celui-ci le calma immédiatement. Elle n'aurait su déchiffrer le regard de Julien qui se posa sur elle, à cet instant. L'avait-elle vexée en se moquant de son chapeau ? Elle se mordit la lèvre, se disant une fois encore qu'il fallait vraiment, vraiment qu'elle apprenne à se taire.

- Vous avez un problème avec mon chapeau, lady Greyson ? Murmura-t-il, les sourcils haussés.

- Je ne voulais pas vous manquez de respect, je m'excuse, s'empressa de dire Charity, préférant choisir la prudence.

Il ne fallait surtout pas qu'elle se mette cet homme à dos. Elle ne le connaissait pas bien mais ce qu'elle savait de lui ne la rassurait pas tant que cela. Elle l'observa attentivement, cherchant à déceler de l'agacement où de la colère dans ses traits, ou le moindre signe qui indiquerait qu'elle commençait à s'en faire un ennemi, mais son éternel sourire sarcastique et arrogant revint sur ses lèvres et il secoua la tête.

- Ce n'est pas la peine de vous excusée. C'était comique. Je réfléchirai à votre suggestion d'ajouter un tissu coloré à mon chapeau, soyez en assurée.

Elle ne put s'empêcher de rire doucement, quelque peu soulagée de ne pas l'avoir fâchée. Soudain, en l'observant, elle se rappela que quelqu'un l'avait soutenu en sortant du Lady Lavinia, quand elle s'était effondrée. Sur le coup elle ne s'était pas demandé qui c'était, elle s'en fichait un peu, mais maintenant qu'elle y réfléchissait, elle se rappela de l'odeur de l'eau de mer sur la chemise, teinté de celle de la poudre à canon aussi, odeur qu'elle avait vaguement senti aussi lorsqu'il s'était approché d'elle pour lui faire tenir le pistolet correctement. C'était donc contre lui qu'elle s'était effondrée et qui l'a portée. Charity sentit ses joues rosir doucement à ce souvenir extrêmement flou dans sa tête. Décidément, elle avait été plus en contact des hommes cette dernière semaine que dans toute sa vie entière.

Sentant Julien moins rembruni, elle s'approcha un peu de lui et posa une question qui la taraudait depuis quelques heures :

- D'où venez-vous, monsieur Du Casse ? De Paris ? J'ai déjà été à Paris, c'est une ville vraiment merveilleuse.

Il baissa les yeux vers elle et mit quelques secondes à lui répondre, comme si il hésitait entre l'envoyer au diable où satisfaire sa question mais il finit par déclarer :

- Pas de Paris, non. Je viens de Montpellier. Un endroit nettement plus agréable, à mon goût.

- Montpellier, c'est dans le Sud de la France, n'est-ce pas ? Interrogea Charity, revoyant dans sa tête la carte de France. Une ville en bord de mer. Vous étiez tout destiné à travaillée dans la marine dès votre naissance.

- Je suppose que oui, acquiesça Julien sans la regarder, scrutant la foule, cherchant de toute évidence son livreur.

La conversation n'avait pas l'air de l'intéressé plus que cela, mais maintenant qu'elle était lancée, elle aurait été incapable de s'arrêtez, même si elle l'aurait voulu. Cet étrange personnage l'inquiétait autant qu'elle lui trouvait quelque chose de vraiment intéressant. Peut-être justement parce qu'elle en savait peu sur lui, où même sur Woodes Rogers où sur le gouverneur qu'elle ne tarderait pas à rencontrer, elle en était certaine. Elle avait remarqué sa phrase sur le fait que Montpellier était un endroit nettement plus agréable à ses yeux et posa la question qui s'imposait :

- Vous n'aimez pas Paris ? Comment est-ce possible ?

- Paris est une grande ville, belle certes, mais bruyante et fatigante, répondit Julien en la regardant cette fois. Je travaille dans des villes bruyantes et fatigantes et cela me convient. Pour vivre, je préfère le calme et la tranquillité.

Elle hocha la tête. Elle pouvait comprendre cela. Charity ignorait en quoi consistait le métier exact de Julien Du Casse, à part qu'il était capitaine de toute évidence, mais il devait bien y avoir autre chose, mais elle savait que le calme des endroits tranquilles était parfois des réconforts pour ceux qui avaient un travail difficile. Elle le dévisagea mais il à avait à nouveau détourné le regard d'elle et elle sentit l'agacement le gagner, bien qu'elle avait l'intuition que ce n'était pas dirigé vers elle mais plutôt contre son livreur qui tardait à venir.

- J'aimerais bien retourner dans votre pays, un jour, dit-elle joyeusement en regardant la foule elle aussi, se rappelant de la beauté de Paris. Pour mieux le découvrir. Il y à tant d'endroits magnifiques en France. C'est pour cela que j'ai été heureuse d'apprendre le français, je…

- Vous parlez merveilleusement bien ma langue, ça je l'avais remarqué, la coupa Julien en se redressant, mais s'il vous plait, taisez-vous maintenant. Je crois que mon livreur est là.

Julien s'avança quelque peu et en effet, un homme sortit de la foule et s'approcha lentement d'eux. Il était petit et trapu et portait un chapeau de cuir marron presque aussi grand que celui de Julien. Il était en revanche beaucoup plus vieux que celui, au moins soixante ans passés. Charity se préparait à le rencontrer quand Julien lui tendit quelque chose qu'elle mit une seconde à reconnaître. Des reales. De l'argent espagnol…

- Allez donc achetez un tissu pour mon chapeau, Charity, je n'en aurai pas pour longtemps.

Il m'éloigne, pensa-t-elle immédiatement en lui jetant un regard suspicieux. Ce n'était pas une suggestion qu'il venait de lui faire mais bel et bien un ordre. Julien descendit et alla à la rencontre de l'homme en disant derrière son épaule :

- Guillaume, Roberto, Uarez, restez avec la demoiselle et assurez vous qu'il ne lui arrive rien.

- Une minute, monsieur Du Casse, qu'est-ce…, commença Charity mais fut interrompu par l'un des gardes – Guillaume, Roberto ou Uarez pour ce qu'elle en savait – qui la poussa doucement vers les stands, l'obligeant à s'éloigner de Julien.

Charity se résigna et s'approcha du stand de tissu qu'elle avait remarqué, ou un vendeur enthousiaste se mit à vanter sa marchandise, en perdant son temps, car elle ne comprenait rien à son espagnol. De toute manière, elle ne parvenait pas à se concentrer sur les tissus et ne pouvait s'empêcher de jeter des coups à Du Casse et au livreur, qui marchait tout les deux accompagnés du reste des gardes, s'éloignant doucement de la place pour disparaître alors derrière l'église. Elle soupira lourdement. Ce n'était pas ses affaires, après tout, il avait entièrement le droit de vouloir garder ses transactions privées. Son éternel curiosité l'a picotait mais elle n'avait d'autre choix que de l'ignorer et elle se concentra enfin sur les tissus, cherchant un qui correspondrait au chapeau de Du Casse. Eh bien quoi ? Elle allait simplement l'écouter et elle trouverait le moyen de lui arracher ce chapeau pour coudre le tissu dessus. Elle finit par se décider sur une couleur rouge teintée d'or qu'elle trouva tout simplement splendide. Elle prit soin d'ailleurs de choisir un second tissu de couleur bleue vive agrémenté de violet pour se faire en effet une robe qui serait à son goût, très coloré donc. Elle devra demander de quoi coudre mais elle ne doutait pas qu'elle trouverait cela facilement dans le castillo.

Pendant qu'elle attendait Julien et qu'elle flânait dans la place, regardant ce qu'il y avait vendre ici et là, elle se dit qu'elle devrait écrire à sa mère. Pour au moins la rassurer, lui dire que tout allait bien pour elle. La pauvre devait être morte d'inquiétude sans la moindre nouvelle d'elle. Savait-elle ce qui lui était arrivée ? Elle en doutait, leur père avait tendance à faire le mort dès qu'il quittait Londres pour revenir à la vie à chaque fois qu'il revenait et s'attendant à être accueilli comme un roi à chaque fois. Charity remarqua des fruits qui avaient l'air bien juteux et délicieux dans un stand un peu éloigné quand une silhouette familière passa rapidement devant lui, et son regard s'attarda immédiatement sur lui. C'était cet homme, ce… Duncan qu'elle avait vu au castillo. Elle aurait reconnu ce charmant visage et la tenue bleue quelque peu étrange qu'il portait n'importe où.Il semblait presser et préoccupé et avançait d'un pas vif. Charity eut cependant à peine eu le temps de vraiment l'observer que déjà il disparaissait dans la foule. Elle le chercha des yeux pendant quelques instants sans parvenir à le trouver.

Elle se demandait vraiment qui était cet homme. D'après ce qu'elle avait compris des mots de Woodes Rogers à son égard, il venait à peine de les rencontrer, Julien et lui. Et elle se rappelait de l'étrange regard de Julien posé sur lui… un regard qu'elle aurait presque dit méfiant. De toute évidence, Julien ne faisait pas confiance à ce nouvel… « associé » sans doute. Etait-ce normal qu'il se balade ainsi en ville, avec cet air inquiet ? Ils avait d'étranges affaires, tous ces hommes sur lequel elle était tombée.

- J'espère que vous avez trouvez votre bonheur parce qu'il est temps d'y aller.

Julien était apparu à ses côtés, une expression sombre sur le visage. Son ton avait été aussi quelque peu dur, elle comprit donc que cela ne s'était pas exactement passé comme prévu avec le livreur.

- Le votre, plutôt, rétorqua-t-elle en le regardant. Je vais avoir besoin de votre chapeau.

- Vous ne l'aurez jamais, affirma-t-il en ayant un petit ric sec. Allons-y, cette foule commence à me donner la migraine.

- J'ai vu votre ami, dans la foule, tout à l'heure, lança-t-elle brusquement alors qu'ils commencèrent à quitter la place.

Elle n'avait pas été certaine au début de devoir le lui dire, peut-être que cela n'avait aucune importance dans le fond, cet homme pouvait bien se balader comme il le voulait. Mais de toute évidence, elle avait eu raison d'en parler vu la manière dont Julien se figea et la regarda durement… ou tort après tout, elle n'était pas sûre. Peut-être qu'elle n'aurait pas du non plus le qualifier d'ami. Son regard d'acier la mit quelque peu mal à l'aise mais elle ne détourna pas les yeux.

- Quel ami ? Interrogea-t-il doucement.

- Celui qui à quitté le castillo tout à l'heure, répondit-elle, la voix incertaine. Celui qui s'appel Duncan. Il était dans la foule. Il avait l'air pressé.

Du Casse fronça les sourcils et tourna ses yeux vers la foule, le cherchant du regard. Charity quand à elle observait le visage de Julien, cherchant à comprendre ce qu'il ressentait, mais elle avait du mal à le dire, à part le fait que cet homme, ce Duncan, semblait le contrarier sans qu'elle sache pourquoi. Et elle n'était pas certaine que Julien non plus sache pourquoi exactement il se méfiait de cet homme, sinon quoi elle avait la conviction qu'il ne serait pas à rester là à regarder dans la foule, mais qu'il se serait jeter à la poursuite de cet homme. Il se méfiait de cet homme mais il ne savait pas pourquoi. Une lueur étrange s'alluma dans le regard de Julien tandis que ses yeux vagabondaient d'un endroit à l'autre sur la place. Une lueur… dangereuse qui ne rassura pas Charity.

- Il n'aurait pas du être là, monsieur Du Casse ? Demanda-t-elle au bout de quelques minutes de silence.

Cela sembla sortir Julien de ses pensées et ses yeux, redevenus normaux, se posèrent sur elle et il ricana sèchement en secouant la tête.

- Monsieur Walpole fait ce qu'il veut. Et par l'enfer, arrêtez de m'appeler monsieur Du Casse. J'ai l'impression d'être mon oncle. J'ai un prénom, utilisez-le, comme tout le monde. Rentrons maintenant, j'ai des choses à régler avec le gouverneur.

Julien passa la main derrière le dos de Charity pour la pousser doucement en avant, malgré son ton dur et cassant, elle ne put s'empêcher de sourire à ces mots. Cela faisait un moment qu'elle l'appelait occasionnellement Julien dans sa tête, ce ne serait pas un problème de le faire à voix haute. Et ainsi donc, le nom entier de cet homme était Duncan Walpole. Intéressant. Elle aurait bien voulu continuer à explorer La Havane car elle se doutait bien que la ville était bien plus grande que cela, mais elle ne devait pas trop en demander, surtout à cet instant, où Julien était un véritable paquet de nerfs sur patte. Elle jeta un dernier coup d'œil à la place qu'ils laissèrent derrière eux pour revenir sur leurs pas, et elle se promit de revenir le plus rapidement possible… que ses hôtes le veuillent ou non.


La nuit venait de tomber sur La Havane. Elle n'avait même pas vu le temps défiler. Après que Julien et elle était rentrés au castillo, il l'avait laissé dans la cour et était parti sans un mot vaquer à ses occupations et certainement aller voir le gouverneur. Livrée à elle-même, Charity avait néanmoins remarqué un pistolet d'entraînement sur la table de bois devant les cibles sur lequel ils avaient tirés plus tôt dans la journée. Elle avait sourit à sa vue. Julien l'avait certainement laissée là à son attention, n'ayant pas oublié le défi qu'il lui avait lancée. Elle se promit d'y venir rapidement, mais elle en avait d'abord profiter pour explorer davantage les lieux. Et en effet, comme elle l'avait prédit, c'était plus grand encore qu'elle ne l'imaginait. Elle avait monté les marches de marbre blanc qui menaient à la demeure depuis le petit espace d'entraînement et était resté ébahie d'extase devant la beauté de l'immense cour intérieure au toit ouvert qui s'était étalé sous ses yeux. C'était presque aussi grand que la place qu'elle avait vue à La Havane. Une immense fontaine qui faisait presque toute la longueur de l'espace trônait au milieu de la cour, majestueuse dont l'eau bleue brillait au soleil. Des cocotiers plus grands encore que ceux qu'elle avait vus en ville parsemaient toute la cour, agrémenter de fleurs et de lierres. La Havane était très fleuri, décidément. Tout le manoir était tellement tropical ! Chaud, coloré, rempli de fleurs et de plantes en tout genre, l'exact opposé des manoirs qu'elle avait vu à Londres, qui ne manquait pas d'être fleuri pourtant. En longeant ce magnifique lieu au coucher du soleil, elle s'était sentie totalement détendue et calme. Le soleil chauffait sa peau, cet espace était immense et d'une beauté sans limite, et elle se sentait libre. Libre de courir autour de cette radieuse fontaine, et sur tout le reste du domaine. Elle avait continuée à marcher, découvrant un petit espace au coin de la cour avec un toit mais dont les murs était grandement ouvert, avec une immense table de bois au milieu, un endroit parfait pour un dîner ne put-elle s'empêcher de remarquer. En continuant son exploration, elle vit que toute la demeure était légèrement surélevé par tout ces espaces et ses escaliers en marbre, un peu en hauteur par rapport aux granges et aux champs. Elle découvrit derrière la demeure principale également un petit pavillon et plusieurs petites fermes et écuries encore, et dans ce même pavillon, une petite pièce vide avec des barreaux. Une prison de fortune, de toute évidence. Cela avait quelque peu assombri sa paix, elle ne connaissait que trop bien la sensation d'être enfermée et n'avait aucune envie de repenser à ces moments là.

Elle avait donc rebroussé chemin pour retourner au lieu d'entraînement et avait commencer à tirer avec son pistolet de fortune, qui était de qualité bien plus médiocre que l'objet d'art qu'elle avait tenu entre ses mains toute la journée mais dont le tir avait tout de même de la puissance. Charity lâcha le pistolet à plusieurs reprises sous le coup de l'arme. Elle y passa des heures, sentant au fur et à mesure que le temps passait sa détermination monter. C'était plus difficile que ce qu'elle croyait, car garder le pistolet en main à chaque tir était presque douloureux avec les détonations dans ses petites paumes. Au bout de quelques heures, alors que la nuit s'annonçait, elle finit par renoncer pour aujourd'hui et monta dans sa chambre, se disant qu'elle aurait un peu de mal à avoir ce pistolet, et elle découvrit alors sur son lit un paquet avec un papier poser dessus. Charity, surprise, s'en approcha et prit la petite lettre entre ses mains pour la déplier. Elle y lut qu'elle était invitée dans la cour intérieure pour dîner avec le gouverneur, monsieur Woodes Rogers et Julien dans une heure environ. Charity reposa la lettre sur le lit et ouvrit alors la boite et y découvrit une robe somptueuse, à la jupe blanche et vaporeuse et au corset rouge et élégant. Charity rejeta un coup d'œil à la lettre. C'était signé « Loreano Torres y Ayala, gouverneur de Cuba ».

Elle ne pouvait pas s'empêcher d'être troublée. Bien sur, en lui ouvrant les portes de son castillo, le gouverneur lui offrait son hospitalité et de surcroît, devait lui fournir nourriture et soins et vêtements. Mais cette robe était faite de velours et de satin. Elle devait valoir une belle petite fortune. Bien sur, il devait être très riche aussi et cette robe ne devait rien représenter pour lui… Une bouchée de pain. C'est ce qu'elle se répétait tandis qu'elle enfilait la robe, appelant une servante dans le couloir pour l'aider à serrer le corset, et elle ne put s'empêcher de grimacer quand Alma, qui s'était vu apparemment attribué le rôle de sa servante personnelle étant donnée qu'elle n'était jamais bien loin, tira sur les lacets dans son dos. Bon sang, ce qu'elle pouvait détester les corsets, ces instruments de tortures…

Le temps passa vite et à peine eut-elle finit de se préparer – Alma avait tenu à la coiffer de manière élégante et surtout très compliqué et à bien sur lui infliger cet abominable maquillage que les femmes aimait tant habituellement – qu'elle était déjà en train de quitter sa chambre pour rejoindre ses hôtes. Et à mesure qu'elle marchait pour sortir de la demeure, elle sentit une légère boule se former dans son ventre. Elle allait dîner tout de même avec trois hommes, deux qu'elle connaissait à peine et un qui lui était parfaitement inconnu. En Angleterre, jamais on ne l'aurait laissé dîner avec des hommes sans un chaperon. Mais peut-être les lois était-elles plus laxistes à Cuba. Si revoir Rogers et Julien ne la dérangeait pas plus que cela – au contraire, elle pourrait même dire qu'elle appréciait, quelque part, leur compagnie – rencontrer ce gouverneur l'angoissait quelque peu. Mais elle s'inquiétait certainement pour rien, comme à son habitude.

Quand Charity arriva dehors, la nuit était totalement tombée et plusieurs torches et bougies étaient accrochées au mur du manoir et dans les escaliers, éclairant la demeure. Elle avait l'impression que le nombre de gardes avait tout à coup doublé. Partout où ses yeux se promenaient, elle voyait des hommes habillés de jaune et parlant espagnol. Quelque peu mal à l'aise, elle avança néanmoins vers la grande entrée ouverte de la cour, où quatre hommes armés de mousquet et de sabre était posté. Elle crut qu'elle allait avoir quelques problèmes mais ils s'écartèrent automatiquement quand ils la virent approcher.

Charity pût alors que la cour constater que la cour était encore plus belle de nuit que de que jour. Toutes les flammes allumés et accrochés aux colonnes qui soutenait l'immense balcon de la partie de la demeure en face de l'entrée de la cour se reflétait dans l'eau de la fontaine et lui donnait une apparence légèrement orangée. Elle soupira, le sourire aux lèvres. Jamais elle n'avait aimée une maison comme elle aimait celle-ci, décidément.

- Lady Greyson ! Ah, vous voilà !

Charity tourna la tête vers la gauche, d'où venait la voix de Woodes Rogers, qui en effet s'approchait doucement d'elle en souriant poliment. Il s'inclina à son approche et prit sa main pour la baiser et lui demanda avec son éternelle courtoisie comment elle allait et indiqua qu'elle était vraiment ravissante. Ce à quoi elle répondit par un remerciement et un grand sourire et elle le suivit jusqu'à la table qui avait été installée dans la cour, tout au bout de la fontaine, où elle vit deux hommes assis ainsi que deux autres chaises libres.

Elle reconnut immédiatement Julien, évidemment, qui même pour un dîner avec le gouverneur ne semblait pas décider à enlever son chapeau. Il était confortablement assis à côté d'une des chaise libre, sirotant un verre de vin, et son demi sourire sarcastique revint sur son visage quand il l'a vit apparaître, demi sourire qu'elle lui rendit ce qui le fit rire doucement. De l'autre côté de la table se trouvait le deuxième homme, qui se leva à son arrivée et se tourna vers elle.

Le gouverneur Torres était plus âgé qu'elle ne l'avait imaginé. Il devait au moins avoir 65 ans, si ce n'est plus. Ses cheveux et sa barbe blanche contrastait néanmoins avec sa peau encore plus matte que celle des autres, trahissant ses origines espagnoles. Elle devina à ses traits élégants mais ridés qu'il avait du être un homme d'une grande beauté autrefois. Encore aujourd'hui, il lui restait un charisme évident. Il avait une expression chaleureuse et il était encore d'un gabarit solide pour son âge. Quelque peu intimidée, elle s'approcha de lui et à l'instar de Rogers, il lui baisa la main avec un sourire accueillant :

- Ravi de faire enfin votre connaissance, lady Charity Greyson. Vous êtes de toute beauté, cela fait plaisir à voir après ce que vous avez vécu.

- Je vous remercie… monsieur le gouverneur, répondit-elle avec un sourire timide. Vous aurez à jamais ma gratitude, à l'instar de monsieur Rogers et monsieur Du Casse, pour votre hospitalité, vos cadeaux…

- Allons, ce n'est rien, je ne fais que mon devoir, sourit le gouverneur en l'invitant à prendre place aux côtés de Julien. Il est fort agréable d'avoir sous son toit une jeune personne aussi radieuse.

- Il est vrai que cela change des sales têtes que vous avez habituellement comme Rogers et moi, n'est-ce pas ? Ricana Julien, ce qui fit rire le gouverneur et Woodes Rogers.

Charity ne put s'empêcher de rire aussi et fut tout à coup moins angoissée à l'idée de ce dîner. Elle prit place aux côtés de Julien, ce qui, étrangement, avait quelque peu le don de la mettre plus à l'aise aussi. Peut-être parce que c'était avec lui qu'elle avait passée le plus de temps depuis son arrivée à La Havane. Woodes Rogers s'assit quand a lui aux côtés du gouverneur Torres et ce dernier appela les serviteurs afin que le dîner soit servi.

A son étonnement, elle passa une soirée des plus agréables. Le gouverneur était un homme très calme et sage, d'après ce qu'elle pouvait en juger, qui avait de toute évidence un long vécu derrière lui. Elle mit un certain temps à réaliser pourquoi elle s'était sentie si bien dans ce dîner mais elle finit par comprendre. Aucun de ses hommes ne la méprisait à cause de son statut de femme. Mise à l'aise par l'ambiance, elle ne put s'empêcher d'aborder des sujets « d'hommes », la politique, la guerre, les pirates, des sujets qui lui était quasiment interdit à Londres et dans lequel les hommes lui affichait clairement leur mépris. Mais ici, il n'en fut rien. Woodes Rogers sembla même intéressé par les théories qu'elle avançait et par ses idées, et dit même à un moment donnée qu'il serait tenté de l'emmener avec lui à Nassau pour traiter avec les pirates de l'île ! Elle en rit mais d'un rire quelque peu forcé, car l'idée d'aller à Nassau au milieu de ses pirates la glaçait littéralement mais elle tacha de le cacher pour ne pas gâcher la soirée, bien qu'elle sentait le regard d'aigle du gouverneur sur elle.

Jamais elle n'avait aussi bien discutée et rit avec des hommes et elle finit même par oublier qu'elle était au milieu d'inconnus. Durant toute la soirée, elle eut l'impression de les connaître depuis toujours et réalisa qu'elle n'avait même jamais aussi bien parlé avec sa propre famille. Elle se sentait respectée, avec eux, un sentiment qu'elle n'avait jamais vraiment connu, elle qu'on traitait toujours avec condescendance ou déception. Elle aimait énormément discuter avec Woodes, il avait un esprit critique et pratique très intéressant, mais elle aimait particulièrement ses petites joutes verbales avec Julien. Il se moqua d'elle plusieurs fois dans la soirée mais à aucun moment elle n'eut l'impression que cela la diminuait, il parlait de la même manière à Woodes et même au gouverneur, bien que son ton était toujours plus respectueux lorsqu'il s'adressait à ce dernier. C'était là tout simplement son caractère et elle doit avouer qu'elle n'aimait rien de plus que de le remettre à sa place. Elle y réussit quelques à plusieurs reprises, et elle en tira une grande fierté.

Elle adora aussi écouter le gouverneur, qui raconta deux où trois fois des vieux souvenirs de sa jeunesse en Espagne. L'écouter était tout simplement fascinant. Il restait toujours très calme, même quand il riait, au contraire de Woodes et Julien qui s'y laissait un peu plus allée. Elle put également en apprendre un peu plus sur chacun d'entre eux. Elle apprit ainsi avec surprise que Woodes et Julien ne se connaissait que depuis une semaine ! Et que Woodes Rogers avait ainsi une épouse et qu'il avait trois enfants mais qu'il en avait perdu un. Elle sentit immédiatement que le sujet était trop sensible et n'en demanda pas davantage à Woodes, se contentant de lui présenter ses sincères condoléances. Perdre un enfant devait être ce qu'il pouvait arriver de pire à un parent, de cela elle en était certaine. Elle vit aussi rapidement à quel point la rage qu'il avait envers les pirates était bien plus grande qu'elle ne l'avait cru au premier abord. Il en paraissait même obsédé. Il disait que Nassau devait être « purgée » de la « vermine » qui s'y était installé et avait contaminé les lieux, et qu'il était fortement décidé à le faire. Il avait un feu qui brûlait littéralement dans son regard quand il parlait de cela, et elle ne put que s'en réjouir. Les pirates avaient en lui un sérieux adversaire. Et tout ce qui pourrait conduire de près où de loin à la chute de ces monstres la réjouissait du plus haut point. Woodes Rogers trouva en Charity une oreille intéressée quand à ses plans sur les pirates et sans même s'en rendre compte apparemment, il s'en réjouit et parla bien de ce qu'il comptait faire. Julien et le gouverneur Torres ne semblait pas particulièrement intéressé par ses propos, sans doute les entendait-ils depuis longtemps mais Charity resta captivée du début à la fin. Il comptait offrir un pardon royal à chaque pirate qui acceptait de se rendre. Cela ne plut pas tant que cela à la jeune fille. Elle voulait les savoir pendu, tous autant qu'ils sont. Pour la venger, elle et tout les autres innocents qui s'était retrouvés dans ce genre de situation. Woodes dut remarquer son changement d'humeur car il ajouta rapidement que la plupart des pirates finissaient toujours par refuser, à cause de leur fierté assommante et agaçante. Elle hocha brièvement la tête, l'esprit restant néanmoins assombri, et Woodes finit par changer de sujet.

Elle en apprit moins sur Julien et sur le gouverneur quand elle y regardait mais elle sut néanmoins que Julien était le neveu de Jean Du Casse, un éminent corsaire au service du roi de France qui était considéré comme l'un des plus grands de son pays et de son époque et qui avait personnellement éduqué Julien après la mort du père de celui-ci. Au contraire de Woodes, parler de la mort de son père semblait laisser Julien indifférent, mais il paraissait en revanche agacé au fait qu'on le relie à son oncle sans que Charity ne comprenne pourquoi. A un moment donnée pendant la conversation, il fut question des navires et Charity entendit à nouveau le nom du navire de Julien, qui l'avait amenée jusque ici : Le Déserteur.

- Pourquoi avez-vous appelé votre navire ainsi ? Ne put-elle s'empêcher de demander. Ce n'est pas très flatteur pour le bateau.

- Et pourquoi cela ? Répondit Julien en tournant son regard vert vers elle. La désertion est-elle vraiment un péché, lorsqu'on cesse de croire en la cause pour lequel on se bat ? Je l'ai nommé ainsi car c'est ce que je suis, lady Greyson. J'ai déserté les camps français alors que je devais rejoindre mon oncle pour nous battre contre les espagnols dans ce que vous connaissez aujourd'hui comme la bataille de Vélez-Malaga. Je ne croyais plus en ce que je faisais et je ne voyais pas pourquoi j'irai risquer ma vie et perdre mon sang pour départager deux empires aussi corrompus et misérable l'un que l'autre. J'ai appelée mon navire avec l'un de mes titres, car je n'en ai pas honte. J'ai fait ce qu'il fallait ce jour là pour mon avenir et je n'ai jamais regretté mon choix.

Charity ne répondit pas, réfléchissant aux mots de Julien. On lui avait toujours enseigné que la désertion était l'un des pires crimes qu'un soldat puisse commettre, coupable souvent de mise à mort. Et voilà que cet homme se disait haut et fort déserteur et en tirait même de la fierté. Car il ne croyait plus dans les causes pour lequel il se battait, disait-il. Il est vrai que si on ne voyait en ses supérieurs et même en son propre pays que de la pourriture, quelle noblesse y avait-il à se battre pour la pourriture ? Elle n'avait jamais observé la désertion de ce point de vue là, trop ancrée sur l'idée qu'on lui en a donnée. Mais c'était ça l'une des pires erreurs humaines. Se laisser aveugler par les jugements des autres. Elle sentait Julien quelque peu sur la défensive, même si il affichait un air blasé et indifférent et elle devinait que cette insulte de déserteur avait du souvent revenir sur lui. Et pourtant, il arborait ce titre de déserteur avec fierté, en donnant même le nom à son plus grand navire. Charity en ressentit pour lui une once de respect immense. Il fallait oser faire cela, se moquer ouvertement de l'avis des autres, et c'est quelque chose qu'elle aurait bien aimée réussir à faire pour pouvoir toucher à tout ce qu'elle désirait découvrir ! Mais elle en avait incapable. Et lui y avait réussi haut la main.

- Vous avez fait ce que tous jugent comme votre pire faiblesse l'une de vos forces, murmura-t-elle doucement en le regardant. Je suis sincèrement admirative, Julien.

Il haussa les sourcils, et elle ne sut dire si c'était du scepticisme, de la surprise où de la méfiance qu'elle voyait dans son regard. Peut-être un peu des trois et elle pouvaient difficilement lui reprocher d'être sceptique et méfiant vis-à-vis des gens qui disait ce qu'elle venait de dire. Il ne devait pas entendre cela tous les jours. Comme si il entendit ses pensées, il ricana légèrement en buvant une gorgée de vin et dit :

- Vous êtes exactement la deuxième personne à me dire cela, lady Greyson. Je vais finir par y croire, à votre admiration.

- J'ai un prénom, Julien. Utilisez-le, ne put-elle s'empêcher de dire en entendant encore ce « lady Greyson » qui l'agaçait, et prenant un certain plaisir à lui renvoyer ses propres mots. Cela vous pour vous aussi, messieurs, ajouta-t-elle à l'intention du gouverneur et de Woodes avant de regarder à nouveau Julien et d'ajouter : Je ne dis que ce que je ressens. J'ai toujours voulu agir de la sorte. Me moquer de l'opinion des autres sur mes choix, qu'ils méprisaient. Mais je n'en ai jamais été capable. Vous, si.

Julien ne répondit pas cette fois-ci, laissant son doigt tourner sur le verre de vin, son regard plissé et concentré droit sur elle. Elle eut l'impression de vraiment retenir son attention pour la première fois depuis qu'il l'avait sorti du navire de pirates. Une lueur vraiment intéressée brillait dans ses yeux, plus de trace de l'éternel regard sarcastique et moqueur. Et sans vraiment savoir pourquoi, le fait qu'il l'a considère d'un œil nouveau lui faisait plaisir. Un demi sourire apparut sur les lèvres de Julien, celui-ci plus malicieux et quelque peu complice aurait-elle même dit que celui auquel elle avait le droit d'habitude.

- Eh bien, voilà encore une chose que je vais devoir vous apprendre… Charity, répondit-il en buvant son vin sans la quitter des yeux, et sans que son sourire disparaisse.

Charity rit à ces mots, et posa alors la question qui lui taraudait dans l'esprit depuis qu'il lui avait répondu :

- Vous avez dit que j'étais la deuxième personne à vous dire cela. Qui était la première, si je ne suis pas indiscrète ?

- Moi, répondit la voix du gouverneur Torres vers lequel Charity se tourna. J'ai toujours pensé cela à propos de Julien, bien qu'il ne m'ait jamais vraiment cru, je le crains. Peut-être allait-vous réussir à le convaincre, Charity.

Cela ne surprit étrangement pas Charity que ce soit le gouverneur qui ait dit cela à Julien. Après avoir parler avec lui durant tout le dîner, Charity avait vite compris que l'intelligence et la clairvoyance de cet homme était grande et qu'il n'était pas du genre à se laisser aveugler par les convenances et les traditions. Julien ricana mais ne dit rien et Woodes secoua la tête avec un léger sourire. Elle remarqua qu'il s'abstenait de donner son avis sur le sujet. Peut-être ne pensait-il pas tout à fait comme le gouverneur et Charity, comme bien des anglais. Elle aurait pu poser la question mais quelque chose lui disait que cela pourrait mettre le feu aux poudres, ce qu'elle ne désirait absolument pas. Mais de toute manière, elle n'aurait pas eu le temps de parler car le gouverneur Torres se leva doucement et déclara :

- Bien, mes chers amis, il se fait tard. Demain sera une longue journée, et il est grand temps que nous cessions de boire. Nous devons avoir la tête claire demain matin.

- Bien sur, gouverneur, approuva Woodes en posant son verre de vin.

Charity baissa les yeux vers le sien qu'elle avait à peine touché, à dire vraie elle n'avait jamais vraiment aimée le vin. Bien que celui-ci était de loin le plus doux qu'elle ait goûté, elle persistait à ne pas en apprécier le goût. Julien fit tournoyer son verre dans sa main quelques minutes et soupira avant de le poser sur la table. Cela faisait un moment qu'ils discutaient et que le dîner était fini. Charity n'avait même pas vu le temps passé mais la nuit devait être bien avancée car elle sentit la fatigue de la journée lui tombée dessus d'un coup.

- Je crois qu'il est temps pour nous tous d'aller nous coucher, ajouta Woodes en se levant à son tour, rapidement suivit de Charity et de Julien.

- En effet, Woodes, en effet, approuva le gouverneur en s'approchant alors de Charity pour lui prendre doucement les mains entre les siennes. Charity, je m'efforcerais d'essayer de contacter votre père malgré le blocage du port de Kingston, je vous en fais la promesse. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à demandez ce que vous voulez aux serviteurs où aux gardes de la demeure et si vous avez un problème, mon bureau est au premier étage, au fond à gauche de cette partie de la demeure. N'hésitez pas à venir me trouver, surtout.

- Je vous en remercie, gouverneur Torres, sourit chaleureusement Charity. Sachez que même lorsque je retournerais à Kingston, je n'oublierais pas ce que vous avez fait pour moi.

- Vous avez beaucoup de sagesse pour votre jeune age, Charity, déclara doucement le gouverneur. C'est une qualité rare, qui ne fera que se développer avec les années. Vous deviendrez une femme surprenante, j'en suis persuadé. Ce fut un plaisir, madame.

- Moi de même, gouverneur.

Il lui sourit une dernière fois avant de lui lâcher les mains et de saluer brièvement Woodes et Julien et quitta la cour et elle ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait une grande forme pour son âge. Quel charmant personnage, en tout cas. Un homme pour lequel elle ne pouvait s'empêcher d'avoir déjà une grande admiration. Si seulement elle avait été la fille d'un homme qui voyait les choses comme lui, de manière si ouverte, au lieu d'être l'enfant d'un Anglais plus qu'Anglais, qui ne la voyait que comme un objet pour lequel il pourrait gagner beaucoup.

Elle soupira et se tourna vers Woodes et Julien, dont le premier s'avançait également, affichant un visage apaisé mais fatigué, comme chacun.

- Ce fut une belle soirée, Charity, votre compagnie est des plus agréable. Il y a de grands risques que je parte demain pour Londres, donc je risque de ne pas vous revoir avant un moment…

- Vous partez pour Londres ? S'étonna-t-elle, surprise. Demain ?

- Si les vents me sont favorables, oui, sourit-il. Et j'espère revenir avec le titre de gouverneur de Nassau, afin de mettre mes projets à bien. Il ne me reste qu'à convaincre notre crétin de roi.

Elle rit doucement et hocha la tête, étant néanmoins quelque peu déçue. La compagnie de cet homme lui plaisait, il discutait avec elle comme si elle était son égale, et Dieu que cela faisait du bien et elle approuvait avec ferveur ses intentions avec Nassau et regrettait presque de ne pas vraiment pouvoir y participer. Elle espérait bien que le roi ne ferait pas la sourde oreille et lui donnerait ce qu'il veut. Cela ne ferait que sauver plusieurs vies.

- Je vais priez pour votre succès, monsieur Rogers, et priez pour que le roi George se montre moins stupide cette fois-ci.

- Ah, je crois que vous serez plus douée comme philosophe qu'en prières, ma chère, mais je vous en remercie. Nous nous verrons peut-être à mon retour, sinon quoi je vous inviterais à Nassau une fois que je l'aurais nettoyez. Cela vous changera un peu de Kingston.

- Ce sera avec plaisir, acquiesça-t-elle joyeusement.

Woodes Rogers lui baisa la main et la quitta avec un dernier sourire, et il marcha sur les pas du gouverneur et entra dans cette partie de la demeure, certainement celle réservé aux personnes importantes. Une fois encore, elle se retrouva seule avec Julien, qui se tenait de façon nonchalante debout devant elle, sa main passant doucement sur sa barbe de plusieurs jours, son sourire sarcastique à nouveau sur ses lèvres, bien qu'elle voyait toujours ce quelque chose de différent dans le regard quand il posa les yeux sur elle et dit :

- Vous n'avez pas oubliez notre petit défi, n'est-ce pas ?

- Pas le moins du monde, répondit-elle en souriant malicieusement. Je le veux, mon pistolet.

- Fort bien, alors gagnez, lança-t-il en riant quelque peu. Je veux voir cela avant de rentrer chez moi.

- Vous rentrez chez vous, vous, alors ? Et c'est où, chez vous ? A Montpellier ?

Julien secoua la tête et une lueur noire traversa à nouveau son regard. Décidément, il n'appréciait pas qu'on lui rappelle sa ville d'enfance où son oncle, et elle ne cessaient de se demander pourquoi. Elle se promit alors de lui poser la question, un jour.

- J'aime bien trop les Caraïbes pour m'en éloigner. Je ne partirai pas aussi loin que notre cher Woodes.

Il n'ajouta rien et elle comprit qu'elle n'aurait pas plus de précision sur le lieu où il habitait. Peut-être était-ce dangereux de se confier pour lui, après tout. Où bien considérait-il que ce n'était pas ses affaires ce qui était probable aussi. Tant de questions sans réponses encore à son sujet. Un élan de fatigue la parcourut alors et elle ne put s'empêcher de bailler longuement, ce qui fit rire Julien qui s'avança vers elle, de plus en plus près lui semblait-il.

- Allez-vous coucher, Charity, où vous allez dormir debout. Je ne vais pas vous portez encore une fois.

- Pourquoi, suis-je donc si lourde ? S'offusqua-t-elle légèrement, bien qu'elle s'en moquait quelque peu, de son poids. Encore une chose auquel elle n'avait jamais vraiment fait attention mais la nature semblait l'avoir naturellement doté d'une taille de guêpe.

- A peine plus qu'une plume, ricana-t-il. Allez dormir, Charity. Je veux voir debout en train de vous entraîner, demain.

Il prit alors sa main entre les siennes et elle sursauta légèrement tandis qu'il l'approchait des lèvres. Il ne lui avait encore à aucun instant baiser la main, au contraire de Woodes qui lui avait fait à chaque rencontre et dont les lèvres était toujours froide et polie. Elle en avait conclu que ce n'était pas en ses habitudes. Sa main était chaude, rugueuses et forte, et lorsque ses lèvres se posèrent sur sa main, un violent frisson parcourut la jeune fille. Sa bouche aussi était chaude et il s'attarda une seconde de trop, remarqua-t-elle. Le cœur de la jeune s'emballa alors dans sa poitrine. Plus que troublée, elle le regarda se redresser et il lui semblait qu'il avait quelque chose de sombre dans le regard. Regard qui s'égara doucement sur elle, passant de sa poitrine jusqu'à son visage et elle sentit son visage rougir quand les yeux de Julien revinrent dans les siens. Son demi sourire s'étirant, il murmura, sans lâcher sa main ni se redresser :

- J'aime vous voir dans cette robe, Charity. Là, je vois une vraie femme. Une femme d'une beauté infinie.

Elle fut incapable de répondre, hypnotisée par son regard et ses lèvres et pendant un instant, un bref instant, elle crut qu'il allait l'embrasser tandis qu'il se redresser… mais il eut un petit rire sec et marcha alors sur les pas de ses compagnons, murmurant un « Bonne nuit, ma jolie » au passage, la laissant sur place. Charity cligna des yeux, quelque peu hébétée et mit plusieurs secondes avant de se mettre à marcher en direction de la partie de la demeure où elle logeait. Il lui faudrait un moment avant de pouvoir penser correctement à ce qu'elle venait de ressentir.

C'est le vin, le vin et la chaleur, se dit-elle intérieurement. Ce n'est que cela.