Le cœur d'une succube
-Brûlez le sorcier !
La colère était palpable dans l'air. On entendait les flammes des torches crépiter et les habitants de du petit bourg hurler. L'hiver nouveau venu, aidé par les privations, le froid et la rancœur insensée avait fait perdre la raison à plus d'un. Les mauvaises récoltes étaient déjà un facteur aggravant, mais quand il y a quelques jours, la jeune Andrea Cole était morte d'une fièvre apparemment inexpliqué, le curé de la paroisse proche y avait vu un signe. Un sorcier avait empoisonnée leurs champs et s'attaquait maintenant aux innocents enfants. Il fallait l'attraper et le purifier par le feu pour sauver le village. Et ce sorcier c'était Rhaegar Targaryen, un grand homme aux cheveux blonds et longs, qui se cachait au coin d'une ruelle en espérant que personne ne l'aperçoive.
-Abrutis, vous avez oubliés que c'est moi qui ait sauvé trois de vos gosses il n'y a pas si longtemps?Je ne suis pas responsable du temps qu'il fait et je ne peux pas sauver tout le monde alors pourquoi essayer de me brûler ? Murmura-t-il pour sa propre personne.
Il ne connaissait aucune magie, n'était pas sorcier, n'avait jamais pactisé avec le diable etc... Tout ce qu'il faisait c'était préparer des remèdes à base de plantes et, quelques fois, faire un tour de passe-passe pour faire rire les enfants. Rien de magique, mais ça ne semblait plus être si évident pour les villageois qui brandissaient maintenant des fourches et des faux vers le ciel froid. Il ne pouvait pas fuir, la neige aurait raison de lui aussi sûrement que le bûcher construit sur la grand place.
Le curé avait beau être un idiot stupide assoiffé de pouvoir, il ne laisserai pas échapper sa proie. Ce qu'il voulait c'était asseoir son pouvoir dans cet endroit où les gens commençaient à nouveau à croire aux anciens dieux. Rhaegar le soupçonnait d'ailleurs d'être à l'origine de la mort de la petite Andrea, celle-ci était venue le voir en racontant le comportement étrange que ce prêtre avait avec les enfants. Curieusement, sa fièvre avait commencé peu après.
-Je ne peux revenir en arrière... Je crois que je n'ai plus qu'a prier et me livrer.
-Pff, quel manque d'imagination.
Une voix douce avait surgie derrière lui. Il se retourna précipitamment pour faire face à une jeune femme. Elle avait un visage ciselé magnifique des yeux gris pâles comme la lune et de long cheveux bruns qui tombait en cascade sur ses épaules dénudées. Sa tenue était un chef-d'œuvre d' érotisme, une longue robe sombres aux motifs ésotériques taillé très de telle façon qu'elle dévoilait la peau de ses jambes et du haut de sa poitrine, des bottes montant jusqu'à ses genoux et des gants de velours à chaque mains.
Rhaegar sentit le rouge lui monter à la tête, jamais il n'avait vu une femme aussi belle, séduisante et envoûtante. Et il n'était pas non plus habitué à voir une fille aussi dénudée. Alors stupidement, la première chose qui lui vient à l'esprit fût :
-Vous n'avez pas froid comme ça ?
Elle le regarda un instant avec une expression surprise, puis éclata de rire. Par réflexe il lui couvrit la bouche de sa main en sifflant un « Chuuuuuut ».
-Oh, tu veux faire ce genre de trucs alors que tu es pourchassé par des bouseux assoiffés de sang ? Ça me va.
-Faire quoi ? Non je veux juste que tu te taise parce que sinon il vont me retrouver. Et puis, qui es-tu ? Qu'est-ce que tu fais là ?
-Tu pose trop de question, laisse moi le temps de t'expliquer.
Rhaegar remarqua alors un... léger détail. Des cornes de diables sortaient du crâne de la jeune fille et il aperçut également un queue fourchue.
-Que les dieux me protègent... murmura Rhaegar. Une diablesse...
La diablesse en question fit la moue comme si cette appellation la dérangeait. Elle posa un ongle pointu sur la poitrine de l'herboriste en grinçant des dents.
-Le terme exact c'est succube, pas diablesse. Les diablesses se sont justes des poufs qui se baladent avec les cheveux en feux, elles passent leur temps à piailler quand quelque chose ne vas pas dans leur petit enfer et jouent avec le cœur des démons. Nous les succubes vallons mieux que ça !
Devant le soliloque indigné d'une succube haïssant les diablesses, Rhaegar eût une réaction plus que coutumière devant se genre de spectacle. Il lâcha un « hein ? » portant toute son incompréhension quant à légitimité du débat. Ce qui fût moyennement au goût de la démone qui continua de faire la tête, boudant comme une gamine à qui on n'a pas donné son bonbon favori.
-Il est là ! Regardez c'est une démone avec lui ! C'est un preuve ! Brûlez le sorcier !
Le prêtre venait de surgir en brandissant une torche et une croix. Derrière lui, la foule colère repris le dernier slogan et s'avança d'un air menaçant. Le prétendu « sorcier » se mit alors à courir pour sa vie en laissant sur place la succube.
C'est sans peine qu'il sema les villageois encombrés par leurs attirails de lames et ralentis par le manque de cohésion. Il s'enfonça dans la toile blanche formée par le blizzard et le brouillard. Ses bottes s'enfonçait à peine dans la neige tant il allait vite. L'air glacé lui gelait graduellement les poumons mais il ne le sentait pas. Seul l'adrénaline et la peur comptaient. Hors de question de finir comme feu de joie pour une bande d'hystériques. Quand enfin il s'arrêta, ce fût au pied d'un sapin entièrement blanchi par de la poudreuse. Contemplant un instant les étoiles brillantes sur leur monochrome de noir, il réfléchit un instant à tout ce qui s'était passé. Et il se mit à pleurer.
-Je peux savoir pourquoi tu fond en larme le cul dans la glace ?
La succube était là, plantée dans la neige à deux mètres de lui, toujours sans se soucier de la morsure du gel. Rhaegar la regarda sans bouger, puis les mots sortirent de sa gorge comme des morceaux de verres.
-Je pleure parce qu'on veut me tuer. Je pleure, parce que j'ai pas pu sauver une petite fille de dix ans. Je pleure parce que ce connard de curé à gagné son petit jeu de pouvoir en abrutissant un village paisible et en rendant ces habitants sanguinaires. Je pleure parce qu'à l'heure qu'il est, ma maison doit être en train de brûler avec toute ma vie dedans ! Je pleure parce que mes livres, mes meubles, mon lit, mes vêtements sont en train de se transformer en cendres. Je pleure car en plus de détruire toute trace ma vie sur cette terre, ils ont détruit mon honneur en me forçant à fuir comme un lapin de garenne. Je pleure parce que je suis meurt de froid au milieu d'un blizzard. Et par dessus tout ! Je pleure parce que si il y avait une seule chance que tout ça soit évité, une saloperie de démone est apparue et a tout ruiné ! Qui es-tu et que me veut-tu ? De quelle droit tu as détruit ma vie !
Sa gorge était brûlante tant il avait hurlé ces mots gorgés de haine et de rancœur. La succube le regarda, l'air repentante. Ses yeux gris brillaient comme si elle allait pleurer et ses lèvres tremblaient comme si le froid avait soudain eût prise sur elle.
-Je m'appelle Lyanna Stark. Et je n'ai jamais voulu de te faire de mal.
Son ton de voix rappelait celui d'un enfant mal dans sa peau. Son charisme s'était subitement métamorphosé. De tentatrice suintant la luxure par tout les pores, elle ressemblait maintenant à une frêle jeune fille perdue dans un monde inconnu. Lyanna s'approcha de Rhaegar et serra ses mains dans les siennes.
-J'ai été envoyée pour surveiller le curé à dire vrai. Le monde des démons ne fonctionne pas comme ont le raconte. On ne punit pas tous les pécheurs, seulement ceux qui le méritent. C'est une cour de justice géante mais les innocents sont toujours épargnés. Nous ne sortons jamais des enfers pour nous mêler de ce monde, mais quand des gens nous invoquent, ont doit intervenir. Invoquer un démon, c'est le soumettre, le dominer et l'obliger. Satan n'aime pas qu'on s'en prenne à nous, c'est un réflexe de père mais c'est comme ça qu'il est réellement. Alors quand on repère des mouvements magiques, on dépêche une succube ou un diablotin pour éliminer l'invocateur avant qu'il n'agisse. Ce curé pratique des expériences sous sa chapelle, des petits trucs d'alchimistes sans grands dangers pour nous. Mais il a commencé à vouloir invoquer des forces qui le dépassent dans le but de devenir immortel. Et c'est pour ça que je suis ici. Seulement, à mon arrivée...
Elle stoppa son histoire, n'osant apparemment pas raconter la suite. Toujours amer malgré les explications, Rhaegar ne pût retenir un coup de sang.
-Et alors quoi ? Tu as décidé d'attendre qu'il me tue pour intervenir ?
-Non... j'étais prête à l'achever quand je t'ai vue... Tu t'opposais à lui en montrant à tous ce qu'il est, un fou de pouvoir. Lorsqu'il t'a traité d'hérétique devant tout le village tu n'as pas nié et tu l'a défié. Je n'avais jamais vue un homme aussi droit et courageux que toi, en enfer, on ne voit que des lâches et des monstres qui ne méritent même pas le titre d'homme. Tu m'intriguait, alors j'ai voulu en savoir plus. Je t'ai regardé jouer avec les enfants, faire des potions, aider les grands-mère. Lire des contes des anciens temps, soigner les gens avec des herbes, garder le sourire en toute circonstances. Je passais mes journées à te regarder vivre. J'étais heureuse à tes côtés même si tu ne me voyais pas, j'ai appris à vivre comme une humaine sans toutefois le faire vraiment et tout ça m'a fait oublier ma mission. Quand je suis apparue tout à l'heure, ma seule idée c'était de te tirer de ce guêpier, de tuer le prêtre et de faire finir cette histoire. Mais j'ai misérablement raté. Alors je t'en supplie, pardonne-moi je ne voulais pas te faire de mal. Ne me rejette pas, je t'en prie. Parce que je t'aime et je ne peux exister sans toi.
Rhaegar la regarda pleurer sans pouvoir réagir. Son cœur battait à tout rompre. Cette succube, Lyanna, venait de lui avouer ses sentiments et le suppliait de ne pas la maudire. La seule pensée qui lui vient alors à l'esprit fût :
-Je ne veux plus l'entendre pleurer.
Il agrippa les épaules de la succube et la serra contre sa poitrine. Celle-ci hoqueta de surprise mais accepta son étreinte et nicha son nez dans le coup de l'herboriste.
-Je sais pas quoi faire, ni quoi te dire. Dit-il. Mais maintenant que je n'ai plus rien à perdre, tu es la seule personne à qui je peux me raccrocher. On ira tuer ce curé ensemble. Pour la suite... Advienne que pourra mais je ne te lâche pas.
Rhaegar n'avait jamais été attiré par les filles, il préférais lire que satisfaire sa libido. Mais quand Lyanna releva la tête, les yeux brillants de bonheur, il oublia tout ce qu'il pensait savoir.
Et il l'embrassa doucement.
