Chapitre deux : Plongée toute en délicatesse dans le monde sorcier

C'est la douleur dans ses bras qui la réveilla. Elle avait dû s'endormir dans une mauvaise position. D'ailleurs, elle avait mal partout. Mais quand elle essaya de reprendre une posture plus confortable, une douleur aiguë vrilla son épaule dans un cliquetis métallique de mauvaise augure. Ses yeux s'ouvrirent péniblement sur des murs suintant d'humidité et de moisissures qu'éclairait une lumière chiche.

Alors elle se souvint :

La porte d'entrée avait littéralement explosé. Le coeur de la jeune femme s'en était presque arrêté de battre. Elle ne reprit ses esprits qu'en entendant Kip hurler de frayeur. Elle le fit passer derrière elle mais n'eut pas le temps de se redresser. Une sorte d'éclair vint la cueillir en pleine poitrine et elle se sentit projetée en arrière, comme soufflée. Un brin de paille ne se serait pas envolé plus facilement. Elle atterrit rudement contre la table de la cuisine qui s'effondra avec elle. Sonnée, elle entendait l'enfant hurler mais ne parvenait pas à se relever.

Une main sortant d'un ample vêtement noir vint l'agripper au collet et un objet pointu s'appuyer contre sa gorge. Elle chercha péniblement son souffle. Ses bras battirent l'air un moment avant que ses mains se referment sur la poigne ferme qui l'étranglait. Alors qu'elle perdait peu à peu son oxygène et tout doucement sa conscience, elle entendit contre son oreille :

Vous allez regretter d'avoir enlevé mon fils !

Pour soulager un peu ses épaules, Apryll se redressa douloureusement contre le mur. Ses poignets étaient retenus par de longues chaînes pendant du plafond, dont le poids ajoutait à son inconfort. Leur longueur avait été ajustée de telle façon qu'elle pouvait se mettre à genoux, mais ni s'asseoir, ni se coucher. Elle avala péniblement sa salive et tenta de faire le point sur sa situation surréaliste : des cachots au vingt-et-unième siècle ! Elle nageait en plein délire. Sans parler du fou qui avait fracassé sa porte ! Et elle avait volé ! Littéralement !

Après avoir pleuré tout son saoul, elle essaya de se consoler :

- Allons courage. Tout cela n'est qu'un horrible malentendu... ça va s'arranger...

Après ce bien piètre encouragement, elle se remit à pleurer. Impossible de dormir à cause de la douleur et de sa posture. L'obscurité l'empêchait de mesurer le temps qui passait.

Après ce qui lui sembla des heures, la porte s'ouvrit et dans le rectangle de lumière qui se découpait sur le mur d'en face, une haute silhouette se découpa. L'homme s'immobilisa sur le seuil avant de ricaner et de s'approcher lentement d'elle. Dans l'obscurité, elle ne pouvait distinguer ses traits.

Le concert des maillons métalliques contre les pierres révéla les violents tremblements qu'elle essayait de réprimer. Claquant des dents, elle supplia :

- Écoutez, je n'ai rien fait ! J'ai juste trouvé Kip dans la rue et je...

- Silence !

Bien que l'homme ne l'ait pas touchée, elle ressentit une vive douleur, comme si elle avait été frappée à l'estomac.

La voix reprit :

- Mon fils était en sécurité dans une chambre verrouillée et protégée par des sorts très puissants ! Jamais il n'aurait pu sortir seul ! Seul un sorcier a pu défaire les protections que j'avais posées. Qui est-ce ?

- Mais que... Vous vous trompez, je...

- Ne faites pas l'innocente ! Qui vous a dit où le trouver ? Qui est votre complice ?

- Mais il n'y a pas de complice. Je vous en prie... écoutez-moi...

- C'est vous qui allez m'écouter. Vous persistez à vous taire ? Vous allez comprendre ce qu'il en coûte de s'attaquer à un Malfoy ! Vous aurez même beaucoup de temps pour y réfléchir... Et vous parlerez... Sinon je vous promets que vous appellerez la mort de tous vos voeux d'ici peu !

- Attendez ! Non !

Son hurlement résonna encore longtemps après que les pas de son tortionnaire se soient éteints dans le corridor dallé qui menait à sa geôle.

En remontant des cachots, Draco vibrait d'une rage froide. La porte du sous-sol claqua derrière lui et les verrous magiques se mirent en place un à un dans une mécanique bien huilée, tandis qu'il passait le seuil de la bibliothèque. La vision de Blaise affalé dans son fauteuil le plus confortable, une bouteille du meilleur Whisky-pur-feu de sa cave près de lui, ne contribua pas à le rendre de meilleure humeur. Il alla se servir un verre du breuvage infernal et s'affala avec mauvaise humeur derrière son bureau, attendant l'inévitable « interrogatoire en règle » de son ami.

- Alors, que vas-tu faire d'elle ?

Draco haussa les épaules.

- Je vois, ironisa son ami. Une petite séance de torture comme papa ?

Draco se leva à moitié de son siège. Son visage étincelait maintenant de fureur :

- Ne me compare pas avec mon père !

- Non. Tu n'es pas ton père, Drac'. Mais tu as dans tes cachots une moldue enchaînée... Avoue qu'on s'y tromperait !

- Elle a enlevé mon fils ! Un peu de jeûne et quelques heures de méditation, seule avec sa conscience, me semblent un châtiment approprié. Peut-être est-ce même trop clément ! En tout cas, ça va peut-être lui délier la langue.

- Mais as-tu seulement les preuves de sa culpabilité ? Et si elle est vraiment impliquée, tu aurais dû la confier aux aurors.

- Sûrement pas ! Un Malfoy n'a pas besoin de ces incapables ! Et comment expliques-tu que mon fils ait pu quitter le Chaudron Baveur alors que j'avais posé des protections sur la porte ?

- Mais c'est une moldue, Draco ! Comment aurait-elle pu...

- Elle devait avoir un complice. Et je trouverai qui c'est... Bon sang ! Qui a pu découvrir l'existence de mon fils ?

Blaise soupira. C'était mission impossible. Son interlocuteur ne l'écoutait déjà plus. Il reprit machinalement une gorgée de Whisky-pur-feu pendant que Draco activait la baby-boule® (1) posée sur son bureau. Mais il eut beau la scruter, il ne parvint pas à retrouver son fils.

- Bon sang ! Ça recommence ! Il était pourtant en train de dormir dans sa chambre ! Les sorts auraient dû m'avertir de son réveil !

Il sortit comme un fou et se précipita dans la chambre de son fils qu'il trouva vide et grande ouverte. Il fouilla tous les recoins du manoir, explora toutes les cachettes où il aurait pu se dissimuler, exhumant au passage des souvenirs dont il se serait bien passé.

- Les cachots !

Stupéfait, il découvrit la porte qui descendait dans les sous-sols de la maison, grande ouverte elle aussi. Impossible ! N'était-elle pas censée être protégée également ?

Dévalant les marches, il cria le nom de son fils et s'arrêta sur le seuil du cachot de la kidnappeuse, dont la porte béait comme toutes les autres : le petit garçon était là, roulé en boule comme un petit chat, couché sur les genoux de la prisonnière. Son regard remonta jusqu'aux poignets de celle-ci. Ils étaient toujours entravés. Il descendit jusqu'à son visage. Elle regardait l'enfant avec quelque chose dans les yeux qui blessa étrangement Draco.

Il se précipita et prit son fils dans ses bras. Celui-ci se réveilla et balbutia :

- Papa ?

Il lui offrit un sourire endormi et tendit les bras pour entourer le cou de son père.

- Mon fils ! Comment es-tu sorti de ta chambre ? Qui a ouvert la porte ?

- Moi ! Fit Kip en se montrant fièrement du doigt.

- Mais comment as-tu fait pour enlever les sorts ?

- Avec ma baguette !

- Que... Com... Qui t'a aidé ?

- Tout seul !

Sa baguette ! Mais c'était un simple jouet ! Ensorcelée pour lancer quelques étincelles colorées tout au plus, mais incapable de jeter de sorts ! Très intrigué, il reposa le petit à terre et se dirigeant vers la porte, il la referma en posant les scellés. Puis, réprimant son énervement, il s'efforça de s'exprimer le plus calmement possible pour ne pas effrayer l'enfant :

- Tu peux me montrer ?

Le petit bonhomme s'approcha. Il atteignait à peine la poignée de la porte ! Il pointa sur elle l'extrémité de sa baguette de bois blanc et prononça de sa voix claire :

- A'omora !

Dans un déclic, la porte s'ouvrit. Par Merlin ! Son fils faisait de la magie sans baguette ! Sidéré, Draco se tourna lentement vers la jeune femme enchaînée au mur. Il prit sa tête entre ses mains et la releva jusqu'à plonger ses yeux dans les siens. Puis il commença à sonder son esprit. La jeune femme se plia à son pouvoir de legilimens et lui laissa voir la ruelle, l'homme au rictus menaçant et les gâteaux au chocolat. Fou de rage, Draco laissa éclater sa fureur en oubliant de se retirer de l'esprit de sa prisonnière. Elle hurla et s'évanouit.

(1) modèle déposé par Môa ! Sioban Parker, je te le prête quand tu veux !