LES OUBLIEES
N°XXI : Calixe
La folle indécise

Chapitre II
Découventures [1]


Note d'auteur : Et voilà un nouveau chapitre^^.

N'oubliez pas les cookies (les reviews, quoi...) au chocolat 8D !

Le prochain chapitre sera diffusé le vendredi 23 novembre !


Oxford, Novembre 1862. Toujours pendant les événements de KH I.

Elizabeth acquiesça, puis donna sa main à la petite fille, qui la contempla avec timidité. Sa nouvelle grande sœur avait un certain port altier dans sa robe noire et rouge brodée d'arabesques d'or, qui s'assemblaient un peu comme des cœurs. L'aînée ouvrit la porte et lui montra l'agencement des pièces au rez de chaussée.

Il y avait -bien entendu- le couloir de l'entrée. A sa gauche, une large bibliothèque s'offrait à sa vue, avec une fenêtre qui donnait sur la rue. Un feu dormait tranquillement dans la cheminée de la pièce, et de nombreuses lampes à pétrole étaient disséminées ça et là.

« Nous sommes de grands lecteurs dans la famille... J'espère que ça ne te dérange pas ?

– Pas le moins du monde ! » rétorqua Alice, émerveillée.

« Bien. Comme tu peux le voir, elle est très bien éclairée. »

.

L'enfant hocha la tête, puis vit la partie cuisine, plutôt étroite, et la salle de bain. Puis elles se mirent à monter les escaliers, juste à côté de la bibliothèque, après s'être déchaussées.

« A gauche, il y a nos deux chambres. » l'informa Lizzie avec un doux sourire. « Nos parents sont à droite.

– D'accord ... » murmura la plus jeune d'une petite voix, très impressionnée par les lieux.

Les pièces étaient étonnamment vastes et bien meublées pour une aussi petite maison.

« Veux-tu que je te montre ma chambre, le temps que maman nous prépare à manger ? » s'enquit l'aînée des deux filles, ce à quoi sa cadette acquiesça. « Très bien, allons-y, dans ce cas. Je vais en profiter pour te raconter un secret, afin de nous lier plus profondément l'une à l'autre.

– Ah … Mais … je … je n'ai pas de secret, moi...» se désola la petite.

« Nous verrons bien. » s'amusa-t-elle.

.

Elle s'y rendit et ouvrit la porte, avant de s'asseoir sur le lit.

« Je vais fermer la porte. » fit la fillette, qui tenait à ce que le mystère reste caché et ne soit jamais entendu.

« Non ! » s'exclama Lizzie, soudain bien pâle tandis qu'elle attrapait sa sœur adoptive par le poignet.

Cette dernière la fixa, inquiète de sa réaction.

« Madame Lizzie … Je vais juste fermer la porte. Je ne vais pas-

- Ne la ferme pas. » la coupa l'aînée d'une voix bien peu assurée. « Je t'en supplie, ne la ferme surtout pas. Jamais.

- Mais … Mr et Mme Liddell pourraient l'entendre ! Je ne peux pas …

- Je les entendrai monter. Les marches craquent. Je t'en supplie, promets-moi que jamais tu ne fermeras cette porte. Jamais !

- Je veux bien, mais je ne sais pas pourquoi tu as si peur que je la ferme ... »

.

Elizabeth ferma les yeux avec une expression douloureuse, le cœur battant la chamade. Ce n'était jamais facile d'évoquer ce genre de faiblesse dans ce monde, mais elle sentait qu'elle pouvait faire confiance à Alice. Même si elle était un peu trop curieuse, il n'y avait aucune malice en elle. Puis … Elle devait bien cimenter sa relation avec elle, non ?

« Une chambre fermée n'est rien d'autre qu'une cage. Presque une prison. Je ne supporte pas d'être enfermée. » avoua-t-elle, la gorge nouée d'angoisse.

« Oh... Je suis désolée. » fit la plus jeune, la tête baissée et piteuse de honte.

« Ce n'est rien. » s'adoucit son interlocutrice, attendrie et touchée par sa réaction.« Dorénavant, tu sauras pourquoi je ne ferme jamais la porte.

– Mais … dans la calèche … C'était plus petit. » se rappela Alice.

« Maman et Papa détournaient mon attention. Ils savent pour ma claustrophobie. » lui expliqua l'aînée.

« Je vois... »

.

Lizzie soupira légèrement, puis lui sourit, apaisante. Elle lui prit ensuite les mains avec délicatesse une fois que sa petite sœur adoptive fut assise.

« Je t'ouvre mon cœur, Alice. Pour toujours, sans limite. Pas de serrure.

– Tu n'as pas peur que je répète tes secrets à qui que ce soit ?

– Si tu fais ça, cela signifierait que tu es indigne de confiance et que nos parents t'ont très mal analysée. Ce qui serait dommage vu qu'ils ont toujours été d'excellents juges de caractère. » fit l'aînée, le visage grave.

« Oh ... » murmura la fillette, tandis que sa gorge se nouait d'appréhension.

.

La seule pensée de risquer de décevoir les seules personnes qui semblaient l'accepter pour ce qu'elle était l'effrayait assez, elle devait bien l'admettre. Dans la partie Londres de Neverland, il était assez mal vu d'avoir une imagination débordante, en particulier pour les enfants [2]. Ils étaient obligés de garder leurs aventures dans leur imagination pour eux.

Prise de pitié pour eux, la déesse protectrice de ce monde, Iris [3], avait alors créé le Pays Imaginaire, un endroit où les aventures qu'ils vivaient prenaient vie. C'était la raison pour laquelle son hémisphère nord était devenu un paradis matérialisé pour les esprits rêveurs.

Quoi que tentaient les adultes pour faire grandir les enfants et détruire leurs rêves, ils n'y parviendraient jamais. Les petits s'évadaient toujours dans leur monde quand les choses devenaient trop dures. Et les aînés eux-même gardaient une âme d'enfant au plus profond de leur cœur. Les jeux d'adultes étaient juste plus sophistiqués, mais hélas parfois malsains et cruels.

Heureusement, Alice était bien trop innocente pour le moment pour comprendre et savoir à quel point les grands pouvaient être dangereux. Même si Lizzie voulait la mettre en garde, mais … la candeur de sa petite sœur adoptive était tellement rafraîchissante !

« Et … Qu'est-ce que tu voulais me dire ? » s'enquit la petite.

« Eh bien...

– A table ! » s'écria la mère de famille, joviale.

Elizabeth soupira de déception. Sa mère avait vraiment le chic pour l'interrompre au plus mauvais moment.

« Bon... allons manger tout de suite, sinon, mère va nous punir.

– Entendu...

– Je te le dirai plus tard. » la rassura l'aînée.


Les deux jeunes filles descendirent, puis se rendirent dans la cuisine. Madame Liddell terminait de chauffer le repas, préparé par leur servante. Celle-ci avait ensuite accepté d'être libérée pour l'après-midi, le temps que la famille Liddell fasse connaissance avec leur nouvelle fille. Assez timide au début, la fillette commença à se détendre petit à petit au fur et à mesure de leur conversation. Elle tripatouilla ses champignons de sa fourchette, dubitative.

« Qu'est-ce que c'est ?

- Des cèpes. » fit madame Liddell, douce. « Ce sont les champignons les plus délicieux aux mondes.

– Hm … Ils n'ont pas une belle couleur, ils sont tout bruns... Je préfère quand ils ont des couleurs plus vives, comme le rouge.

– Il ne faut pas se fier à leur apparence, ma petite. » s'amusa Arthur. « Tu sais, les plus beaux sont aussi les plus dangereux.

– Ah bon ?

– Oui. L'Amanite tue-mouche, Alice, est un champignon dangereux. D'une belle apparence. Mais … venimeux. » l'informa-t-il, docte.

« Oh...

– Alors ne te fie pas à la beauté d'une chose. La plupart du temps, elles cachent les pires laideurs...

– Merci, père... » ironisa l'aînée des filles.

« Ça ne s'adressait pas à toi, Lizzie ! » bredouilla Arthur, gêné. « Je sais très bien que tu ne caches pas tes vices !

– … Si tu le dis. » fit-elle, neutre, tandis qu'elle buvait son verre d'eau.

.

Malgré ce petit esclandre, le reste du repas se passa dans une bonne ambiance. La vaisselle sale fut mise dans une bassine, et chacun vaqua à ses occupations... ou presque. Alice regarda la table débarrassée avec intensité.

« Alice ? Tout va bien ? » s'enquit Lizzie.

« Oui ! Je vais essayer un truc !

– Mais que … pourquoi montes-tu sur la chaise ?! » s'exclama-t-elle, interloquée.

« Regarde, Lizzie, je vais sauter, et ma robe va s'ouvrir comme une ombrelle ! » répondit l'enfant, debout sur la chaise de la table de la cuisine, avant de s'exécuter … et de tomber sur les fesses avec un « Aïe ! » à la fois comique et douloureux.

« C'est plutôt raté, tu ne crois pas ? » s'amusa l'aînée.

« Mais nan ! Je n'étais peut-être pas assez haute ! Elle n'a pas eut le temps de le faire !

– De quelle hauteur vas-tu sauter, maintenant ? » s'enquit Lizzie, un doux sourire aux lèvres devant l'obstination de sa cadette.

« – De la table !

– Et si ce n'est pas assez haut ?

– Bah je mettrai la chaise sur la table et je sauterai encore ! J'y arriverai, j'en suis sûre ! Dans mes rêves, ça le fait ! »

.

L'adolescente n'eut pas le cœur à lui avouer que dans la réalité, peu importait la hauteur, la robe d'Alice ne s'ouvrirait pas comme elle le désirerait. L'enthousiasme de la petite devant ses essais la touchait beaucoup. Puis, à cette hauteur-là, tout ce qu'elle pouvait risquer, c'était des bleus aux fesses, à la rigueur une foulure aux pieds ou aux poignets. Une chose était sûre, la plus jeune était déterminée à avoir sa robe-ombrelle ! L'aînée rit avec tendresse, amusée.

« Tu es Française, Alice, c'est sûr ! Une vraie grenouille ! »

.

La France était le véritable nom du monde du Château de la Bête. Les mondes de Wonderland, la Terre des Dragons et d'Ogygie [4] entouraient autrefois ceux de Neverland avant la Guerre des Keyblades. La famille des Liddell avait toujours passé le souvenir de cette époque dans leur héritage, que ce soit de père en fils ou de mère en fille. Actuellement, Elizabeth était la gardienne de l'histoire, qui la passerait quand il serait temps à Alice.

Cette dernière, d'ailleurs, grimpait sur la table puis sauta encore avant de chuter à nouveau sur ses fesses alors qu'une exclamation de surprise mêlée de peur se fit entendre. Mme Liddell venait d'arriver dans la pièce.

« Oups. » songea Lizzie, amusée.

« Si tu sautes encore de la table, tu vas me faire mourir, Alice ! Tu es beaucoup trop imprudente, ma petite chérie. » s'inquiéta Lorina.

.

Tandis qu'elle se relevait, la mère de famille remarqua que le jupon de la fillette se soulevait un peu sous un courant d'air. Son regard se porta sur la fenêtre de la cuisine, qu'elle ferma avec un rire doux alors que la robe d'Alice menaçait de boucher la vue de celle-ci à cause du souffle.

« Lizzie, te souviens-tu de cette vapeur qui a soulevé ta robe par-dessus ta tête ? C'était juste devant chez Harrods. Heureusement que je venais de laver ta culotte. » demanda-t-elle, très amusée.

« Maman ! » couina Elizabeth, morte de honte devant le rappel humiliant de cette scène.

Sa mère rit avec tendresse et recoiffa un peu mieux sa fille aînée.

« Je te taquine, ma belle. Tu le sais très bien. Puis Alice doit comprendre qu'elle est libre de rire et de s'amuser, maintenant. Je suppose qu'à l'orphelinat, tu ne pouvais pas beaucoup le faire ?

– Non. » admit la petite, embarrassée. « Mon imagination fait peur, alors j'étais souvent mise à l'écart des autres. Ce n'est pas de ma faute si j'ai tout un ensemble de petits royaumes dans ma tête !

– Non, bien sûr que non. » l'apaisa Lorina. « Puis c'est très bien d'avoir une imagination aussi fertile.

– C'est vrai ? » fit la fillette d'une petite voix incertaine.

« Oui. L'un de nos plus chers amis est un professeur, mais aussi un écrivain. Peut-être sera-t-il intéressé par tes petits royaumes si tu le lui en parles ? Il aime beaucoup écouter les aventures des enfants. Il en a même couché sur papier, mais il ne les a jamais publié, hélas.

– Pourquoi ?

– Les éditeurs -ce sont ceux qui disent si tel manuscrit peut être publié ou non- ont refusé ses textes.

– C'est dommage. Cependant, je veux bien le rencontrer. Je suis sûre que c'est une personne intéressante. » murmura Alice, touchée.

« Je suis sûre que vous vous entendrez très bien. Lizzie l'adorait quand elle était plus jeune.

– Maman ! » fit la susnommée, agacée.

« Oui ? » s'amusa celle-ci.

« Il pourrait lui faire peur ! Il a toujours eut des problèmes avec les adultes parce qu'il adore être avec les enfants ! »

Ou comment dire de manière polie qu'on le soupçonnait d'être un pédophile. Mais madame Liddell balaya la remarque d'un geste de main.

« Peu importe la réputation qu'on lui fait. Il ne t'a jamais fait de mal, et il aime être avec les enfants juste parce qu'il est mal à l'aise avec les adultes. Il faut dire qu'avec son bégaiement et le fait qu'il soit gaucher, ça rend sa personnalité unique et difficile à comprendre pour ceux qui ne voient que ses « tares ». »

.

Lizzie eut un geste agacé.

« Je le sais très bien. Je dis juste qu'Alice pourrait avoir peur de lui.

– Alice est ici et apprécierait que vous cessiez de la considérer comme un meuble incapable de comprendre ce que vous dites. C'est loin d'être le cas. » claqua la susnommée avec sécheresse.

.

Les deux aînées la fixèrent, choquée qu'elle parle ainsi. La petite fille se rendit compte de son impertinence et baissa la tête, la gorge nouée de honte. Mais elle n'appréciait vraiment pas d'être ignorée !

« Pardon … Je n'aurai pas dû intervenir et quitter la pièce.

– Ce n'est rien. » l'apaisa Lorina, amusée. « Il est vrai que nous avons été malpolies envers toi en oubliant momentanément que tu étais là. Mais tu es une petite fille très étonnante, tu sais ?

– Ah bon ?

– Oui. Une enfant de ton âge n'aurait sans doute pas comprit qu'on occultait totalement sa présence.

– … Est-ce que ça fait de moi quelqu'un de bizarre ? » s'inquiéta-t-elle.

« Bien sûr que non ! » s'exclama sa sœur aînée, outrée qu'elle pense une chose pareille. « Surprenante, certainement, mais pas bizarre. Tu es peut-être surdouée, tu sais.

– Peut-être ... »

.

Si elle l'était … Ça la rendait appréhensive. Les surdoués pouvaient apporter beaucoup de choses aux gens, mais la bêtise de ces derniers faisait que l'intelligence était hélas souvent dénigrée, voire rejetée. Même si les mentalités commençaient lentement à changer, la fillette sentait que les génies mettraient énormément de temps à être acceptés par la société.

« As-tu peur ? » remarqua Lizzie.

« Un peu...

– Ne le sois pas. » fit-elle, douce. « Nous serions enchantés que tu sois surdouée, Alice. Pas vrai, mère ?

– Elle a tout à fait raison. » confirma l'interpellée, un sourire doux. « Ainsi, tu prouveras à ces imbéciles la force de ton esprit et de ton intelligence.

– Mme Liddell... » murmura-t-elle, émue par ces paroles réconfortantes.

« Et si nous allions te coucher ? Tu dois être épuisée après toutes ces émotions et ces nouveautés... »

.

Elle hocha la tête, réalisant que ses yeux semblaient avoir un peu de mal à rester ouverts. Lorina lui prit la main, puis l'aida à monter les escaliers, après avoir récupéré une lampe à pétrole dans la bibliothèque qu'elle avait allumé. La pauvre petite avait trébuché sur quelques marches. Heureusement qu'elle ne s'était pas blessée !

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle, intriguée.

" Nous te laissons une lumière, Alice, une veilleuse pour la nuit. Mais elle restera à l'étage, et seulement jusqu'à ce que tu ais douze ans. » expliqua sa mère, tout en posant l'objet sur la petite table dans le couloir. « C'est pour éviter que tu ais peur la nuit.

– Oh … Oui, c'est vrai qu'à l'orphelinat, les sœurs passaient fréquemment dans les couloirs la nuit pour s'assurer qu'on dormait. Elles réveillaient même ceux qui cauchemardaient. » se rappela la fillette.

« Tu n'as donc pas toujours été malheureuse là-bas. » fit Lorina, rassurée.

« Non, pas vraiment. » dit Alice, perplexe. « Je n'étais malheureuse que lorsque je voyais des enfants partir avec leurs nouveaux parents et pas moi, alors je pensais que je n'étais pas une bonne fille et que je resterai éternellement à l'orphelinat.

– Eh bien, maintenant, tu as la preuve que tout ce que tu pensais était faux. » s'amusa l'adulte. « Comme nous te l'avons dit tantôt, nous t'acceptons telle que tu es. Que tu sois étrange ou non, nous avons eut un véritable coup de cœur pour toi. Quoi qu'il se passe, quoi que l'on tente pour nous faire changer d'avis, tu seras toujours notre fille cadette. »

.

Alice les fixa, les yeux brouillés de larmes et le cœur gonflé d'une étrange chaleur tandis qu'une boule d'elle ne savait quoi prenait forme dans sa petite gorge. Elle gardait encore la crainte que la journée d'aujourd'hui ne soit qu'un doux rêve, mais … elle voulait tellement que ce soit réel !

Comme si elle sentait l'inconfort de leur petite protégée, Lorina sourit avec tendresse et la serra contre elle dans une étreinte chaleureuse et protectrice. Le petit corps, quelque peu tendu au début sous l'incertitude, se délassa petit à petit et la fillette l'enlaça à son tour, une rougeur timide présente sur ses joues.

Combien de temps restèrent-t-elles ainsi, l'une contre l'autre, sous le regard doux d'Elizabeth et d'Arthur ? Elles l'ignoraient, mais ce fut à regret qu'elles se séparèrent. La mère de famille ouvrit alors la porte de la chambre d'Alice, et poussa celle-ci avec douceur pour qu'elle pénètre dans son nouveau chez-elle. L'enfant contempla la pièce, curieuse.

Déjà, c'était moins grand que la chambre de Lizzie. Le mobilier était moins luxueux. Un petit lit trônait près d'une fenêtre à rabat, tandis qu'un chat noir dormait sur son rebord.

« Oh … te voilà, Dinah. » fit Arthur, amusé. « Nous te cherchions partout.

– C'est un monsieur ou une madame ?

– C'est une femelle.

– Elle est belle ! » gazouilla Alice. « Je peux la caresser ?

– Bien sûr. C'est une chatte très gentille. » confessa Lorina.

.

Avec timidité, la fillette s'approcha de l'animal et grattouilla doucement derrière ses oreilles. Dinah ronronna de bonheur dans son sommeil et pencha légèrement son museau pour qu'il aille à la rencontre de ces petits doigts fins, mais si agréables … Elle ouvrit doucement ses yeux verts fendus qu'elle posa sur la petite deux-pattes qui la caressait ainsi, curieuse, avant de renifler sa main. Elle ne connaissait pas son odeur.

.

Elle était proche de celle d'un être humain, mais elle avait quelque chose en plus. Un peu comme une fragrance de prédateur. Le félin sentait cependant que la deux-pattes ne lui ferait jamais de mal. Puis elle grattouillait si bien, alors elle était forcément gentille ! Peut-être qu'elle serait plus sauvage face à ceux qui tenteraient de lui faire du mal, même si la chatte ne voyait pas comment elle ferait avec son frêle corps face à un deux-pattes adulte.

Dinah s'étira, bâilla, puis se rallongea un peu mieux sur son perchoir. Alice étouffa un baîllement, sous l'air amusé de Lorina.
« Au lit, petite grenouille !

– Maiiiiiis ! Je ne suis pas une grenouille !" Rechigna la petite.

« En effet, tu n'es pas assez verte pour ça... Voyons... petite lapine ! Ca correspond mieux !

– … Va pour petite lapine. » accepta la fillette à contre-coeur.

« Oh, allons, qu'est-ce que c'est que cette bouille ?! » s'amusa Henry. « C'est très mignon, les lapins !

– Hm... C'est vrai...

– Chéri, ne me dis pas que tu me quitterais pour une lapine ! » s'amusa la mère.

« Bien sûr que non !

– Je l'espère bien... Bon, allez, dehors ! Je dois la vêtir pour la nuit.

– Mais … Je peux le faire seule... » bafouilla l'enfant, surprise de cette décision.

" – Laisse-moi ce petit plaisir, Alice, s'il te plaît.

– ... D'accord... » murmura l'enfant, perplexe.

C'était bien la première fois que ça se produisait !

.

Elle se laissa déshabiller par sa « mère », un peu gênée, même si elles étaient seules. Elle avait apprit l'autonomie à l'orphelinat, ce qui avait aussi contribué à son isolement par les autres enfants, jaloux de ses facultés d'apprentissage assez développées pour son âge.

« Tu n'as pas à avoir peur. » fit Lorina, apaisante. « Je ne te ferai aucun mal.

– Désolée... J'ai toujours eut l'habitude de tout faire toute seule.

– C'est ce que j'ai cru comprendre avec la directrice. » confirma-t-elle.

« Vous n'avez... vraiment pas peur de moi ?

– Du tout. Je sens que tu es très gentille et courageuse. Et ce n'est pas parce que tu es plus intelligente que les enfants de ton âge que je vais te rejeter. Au contraire, ça me fait plaisir d'avoir trouvé une petite perle comme toi.

– Madame Liddell... » murmura la petite, émue.

Une fois vêtue pour la nuit, elle fut couchée dans son lit, et sa famille adoptive lui baisa le front en guise de bonne nuit. Dès qu'elle fut seule, elle ferma les yeux, à la fois perturbée et épuisée. Si on lui avait dit le matin même qu'elle serait adoptée, elle aurait rit au nez de son interlocuteur !

« Ma foi... on verra bien sur quel chemin ces gens-là me mèneront. » songea-t-elle juste avant de s'endormir.


1) Découventures : Mot-valise composé du mélange des mots « découvertes » et « aventures ».

(2) Dans la partie Londres de Neverland, avoir une imagination très débordante était assez mal vue, en particulier pour les enfants :

Dans le Disney « Peter Pan », Mr Darling prend très mal le fait que Wendy raconte les aventures de Peter aux enfants, car il est quelqu'un de pragmatique. Dans les deux Disney d'Alice au Pays des Merveilles (celui de 1951 et la version de Tim Burton), l'imagination de cette dernière semble assez mal vue.

Bon, les deux livres n'ont pas été sortis à la même époque (1865 pour « Les aventures d'Alice au Pays des Merveilles », de Lewis Carroll, 1902 pour la première apparition de Peter Pan dans le roman « Le petit oiseau blanc », et 1911 pour « Peter and Wendy », de James Mattew Barrie) et ne sont pas du même auteur, mais je pense que la mentalité des gens devait être la même, à savoir que les rêves étaient mal vus en société si on les énonçait.

3) Iris : Déesse grecque, messagère d'Héra, qui se déplace sur terre à l'aide d'arcs-en-ciel. C'est la déesse des arc-en-ciel^^. Comme il y en a deux dans le Pays Imaginaire...

4) Ogygie : Ile mythique « au bout du monde » où vivrait Calypso, la Nymphe qui a gardé le héros grec Ulysse chez elle pendant sept longues années (Ah, l'amour...). La Déesse des Océans de Pirates de Caraïbes se nommant elle-même Calypso, j'ai donc donné le nom de cette île (-titre de Pirates des Caraïbes 3 : « Jusqu'au bout du monde »- selon la bibible Wikipédia) au monde de Pirates des Caraïbes^^.

Par ailleurs, dans la version de Tim Burton, Alice cherche à aller en Chine à la fin, d'où la mention de la Terre des Dragons. De plus, dans Alice Madness Returns, l'avocat des Liddell a aussi bien des objets chinois que japonais chez lui. A l'époque où le livre était sorti, le colonialisme était encore bien présent, d'où le fait que je rende les mondes de Wonderland, la Terre des Dragons, d'Ogygie et de Neverland voisins avant la Guerre des Keyblades... Après, peut-être que des liens commerciaux se sont faits malgré la séparation des mondes... on ne sait pas^^ !