Idiot

Ils étaient tous les deux dans la voiture. Jane conduisait. Ils rentraient d'une soirée à laquelle Jane avait invité Lisbon, histoire de « se détendre pour une fois ». Lisbon arborait un sourire pensif et Jane était intérieurement heureux de la voir comme ça. Oh oui, il était tellement heureux d'être revenu, d'avoir retrouvé sa Lisbon et la complicité qu'ils partageaient.
Tout à coup, il gara la voiture au bord de la route.

- Qu'est-ce que vous faites ? demanda Lisbon.

- Descendons.

Il joignit le geste à la parole et la jeune femme n'eut pas d'autre choix que de le suivre. Il l'entendit claquer la portière et le rejoindre. C'était la nuit, le vent était assez fort, mais il ne faisait pas trop froid. Il tourna le visage vers elle. Elle l'interrogeait du regard et il prit une grande inspiration. Il avait tout à coup l'impression de se retrouver deux ans plus tôt, lors de ce fameux coucher de soleil. Il se tourna complètement vers elle et posa une moins sur sa joue, la caressant de son pouce. Le visage de Lisbon exprima toute sa surprise et elle s'apprêta à parler pour finalement se taire et voir. Jane la regarda longuement, puis retira sa main. Il baissa la tête et soupira.

- Je ne comprends pas, souffla Lisbon sincèrement.

Il releva la tête.

- Ce n'est rien. Désolé. On peut remonter dans la voiture.

Lisbon ne répliqua même pas sur le coup, se contentant de le suivre et de reprendre place dans la voiture. Ils reprirent leur chemin.

- Vous comptez m'expliquer ou… ? demanda Lisbon sur un ton plus brusque.

Jane semblait regretter beaucoup ce qu'il avait fait. Finalement, il répondit :

- Vous voulez vraiment savoir ?

Lisbon lui fit un signe de tête pour le pousser à répondre.

- Et bien en fait, j'allais vous embrasser.

Le cœur de la jeune femme rata 4, 5, 6 battements, peut-être un escalier entier. Non. Elle n'avait pas bien entendu.

- Vous pouvez répéter ?

- J'ai dit que j'allais vous embrasser.

Elle sourit alors, croyant à une blague.

- Vous n'êtes pas sérieux, arrêtez vos conneries.

Jane la regarda.

- Je suis tout ce qu'il y a de plus sérieux, Lisbon.

Elle vit qu'il disait la vérité et tourna le visage vers la vitre. Il pleuvait dehors maintenant, et pas qu'un peu.

- Donc, vous alliez m'embrasser. D'accord. Cette situation est tout à fait normale. Qu'est-ce que je dois en découdre ?

On sentait une pointe d'énervement dans sa voix.

- Vous n'avez rien à découdre, vous le savez déjà.

- Quoi ?

- Que j'ai des sentiments pour vous, dit Jane sur le ton de la conversation.

Nouvelle dégringolade de battements de cœur pour Lisbon, et un peu plus d'énervement.

- Je ne le savais pas, Jane.

- Vous ne le saviez pas ?

- Non. Comment aurais-je pu le savoir ? Vous ne m'avez jamais donné aucun indice.

Jane haussa les épaules.

- Je croyais.

Lisbon se sentait au bord de la crise de nerfs. Elle fixait Jane, ne croyant pas la situation dans laquelle elle se trouvait.

- Non mais enfin… Comment vous pouvez me balancer ça comme ça ? Qu'est-ce qui vous le permet ?! Vous n'êtes pas bien ou quoi ? Comme si c'était tout à fait normal, je veux dire… Vous êtes con. Vous êtes vraiment, vraiment con !

Jane lui jeta des regards en biais, ne s'alarmant pas de son énervement.

- Vos sentiments sont réciproques.

Elle continua de le regarder. Elle ouvrit la bouche. Comment pouvait-il… ?

- Vous êtes gonflé, cracha-t-elle. Arrêtez la voiture.

- Quoi ?

- Arrêtez la voiture tout de suite ! Je veux descendre.

- Mais Lisbon, vous êtes folle, il pleut des cordes dehors ! Laissez-moi vous ramener…

- Jane.

Il la regarda, poussa un soupir et arrêta la voiture. Elle se dépêcha de descendre et des trombes d'eau lui tombèrent dessus. Pendant les quelques instants où il fut seul, Jane se gifla intérieurement. Il s'était comporté comme le roi des crétins des pires idiots qu'il n'avait jamais vu. Quel imbécile. Mais quel imbécile…
Il se hâta de sortir à son tour de la voiture et de courir pour la rattraper.

- Lisbon, attendez ! Je suis désolé, je ne voulais pas…

- La ferme, Jane !

Il l'attrapa par le bras et elle se dégagea d'un coup sec. Elle était bien contente que la pluie cache ses larmes.

- Vous êtes toujours là quand il s'agit de gâcher quelque chose ! cria-t-elle en le frappant à l'épaule.

- Teresa, s'il-vous plaît… Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, je…

- Laissez tomber, je ne veux plus vous voir ! Vous avez dépassé les limites ! Y en a marre à la fin ! déblatéra-t-elle en recommençant à marcher d'un pas énergique.

- Attendez… fit Jane d'une voix faible. Il ne vit plus qu'une solution pour la retenir. Il savait que c'était une idée très peu sécurisée, mais tant pis. C'était quitte ou double. Il s'avança une nouvelle fois, l'appela et le temps de voir qu'elle se retournait, le regard rageur, il fondit sur elle et l'embrassa.

Il avait encadré son visage de ses mains et le baiser était fougueux car au soulagement de Jane, elle y répondit. La pluie continuait de s'abattre sur eux. Ils se détachèrent et Jane reçu une gifle en pleine figure. Mais la colère avait disparue dans la voix de Lisbon lorsqu'elle déclara en secouant la tête :

- Espèce d'idiot…

Ses yeux étaient rouges. Elle attrapa la chemise trempée de Jane pour l'attirer à elle dans un second baiser, plus calme, plus tendre. Jane l'entoura de ses bras, tout en se disant que cette femme était bien trop merveilleuse pour lui.