Plusieurs heures après, lorsque les invités furent tous partis, la famille Potter se retrouva dans la chambre d'Harry. Après la suite parentale, c'était la plus grande chambre du manoir, décorée dans des tons crème, avec plusieurs touches de rouge. Autour du grand lit sans baldaquin, un épais tapis moelleux invitait à s'allonger par terre pour regarder l'éternel lever de soleil peint au plafond. Contre la fenêtre, avec une vue sur le jardin, un bureau bien entretenu, et juste à côté une petite bibliothèque remplie de livres, qui allaient du Livre des sorts et enchantements de Miranda Fauconette aux Vingt-six farces entres amis, en passant par Les aventures du clan des six. A proximité de là, une poire, un peu trop petite pour un adulte, mais largement assez confortable pour un enfant, attendait un lecteur.
Pour l'instant, c'était Lily, qui était assise sur le pouf, et James sur la chaise du bureau. Harry, assis sur son lit, observait alternativement chacun de ses parents, attendant que l'un d'eux prenne la parole, tandis qu'Azalée avait pris place dans l'encoignure de la porte. A voir les regards que s'échangeaient les deux adultes, il était évident qu'aucun des deux ne souhaitait commencer.
— Bien, Harry. Est-ce que tu sais pourquoi le ministre est venu à ton anniversaire ? commença James après un soupir, en évitant le regard noir de sa femme suite à cette introduction détournée.
— Non, et je m'en serai passé. Il n'a pas arrêté de m'appeler « le Survivant », et de vouloir faire des photos avec moi... répondit le garçon.
— Bon. Ça remonte à avant ta naissance. Il y avait à l'époque un mage noir très puissant.
— Celui des histoires d'oncle Sirius, celui qui voulait tuer les gens comme Maman ?
— Oui, Harry, confirma Lily. Ton père, tes oncles et moi faisions partie d'un petit groupe de sorciers qui se battait contre lui et ses sbires.
— Un jour, Albus nous a convoqués dans son bureau, reprit son père. Il avait découvert une prophétie, qui lui faisait penser qu'un enfant en particulier aurait le pouvoir de détruire Voldemort. Et nous craignions qu'il ne s'attaque à lui ou elle dès sa naissance. A l'époque, trois enfants étaient concernés... Toi, Neville... et Azalée.
Ça, pour la fillette, c'était nouveau. C'était la première fois qu'elle se voyait rattachée à une histoire qu'elle connaissait en partie, pour avoir espionner les conversations des adultes.
— Et pourquoi c'est moi alors, le Survivant ? Pourquoi pas Neville ou Azalée ?
— Parce que c'est vous qu'il a attaqué. Ta mère et moi... Ta mère et moi nous cachions avec vous deux depuis presque un an, tout comme Neville et ses parents. Ce soir-là, Alice et Franck avaient échappé de justesse à une attaque sur Neville, et avaient besoin d'aide pour installer de nouvelles protections sur leur cachette. Lily est la meilleure pour ce qui est des rituels, alors nous sommes allés aider, en vous confiant à vos grands parents.
— Cette nuit-là, tu es le seul à avoir survécu. Je ne sais pas comment, mais je n'aurais pas supporté de perdre mes deux enfants.
La voix de Lily se brisa en un sanglot, laissant Harry et Azalée se regarder, stupéfaits.
— Mais j'suis pas morte...
— Maman ? Tu sais qu'Azalée est juste en face de toi ?
Des sanglots redoublants furent sa seule réponse, tandis que James se levait du bureau pour entourer sa femme d'un bras protecteur.
— Harry, ça suffit. Ta sœur est morte il y a 10 ans...
— C'EST PAS VRAI ! JE SUIS LA!
Avançant pour frapper son père, une chose qu'elle n'avait jamais fait, elle eut la surprise et la douleur de ne rien sentir arrêter son coup, si ce n'est une sensation de brûlure. Sans prêter attention à la surprise de son père, la fillette prit la fuite, laissant la dispute se poursuivre dans la chambre. Quelques heures plus tard, la trappe de son refuge s'ouvrit, laissant apparaître une tête aux cheveux en bataille et aux yeux verts.
— Azalée ? Je peux te parler ?
L'absence de réponse de sa sœur n'empêcha pas le garçon de venir près d'elle et de s'asseoir sur l'autre petit matelas.
— Ils pensaient que maman était malade. Papa dit que les fantômes sont des gens qui ont des regrets, qui ont peur de mourir... Tu étais bébé, il pensait vraiment que t'étais... j'sais pas, au paradis, un truc comme ça... Quand maman a commencé à lui dire qu'elle te voyait, et que tu avais l'air parfaitement vivante, ils ont pensé qu'elle était malade, que t'étais une hallucination... Ils ont essayé de la soigner, mais forcément, ça pouvait pas marcher, elle te voyait vraiment... Même papy Albus, il n'avait jamais entendu parler d'un bébé qui devient un fantôme et qui grandit normalement. Il est en bas à essayer de comprendre ça...
— Génial. Je passe de « paria de la famille » à « curiosité scientifique ». T'en as d'autres du genre ?
Un rire doux lui répondit, puis d'autres phrases, douces, sans forcément de sens, mais qui la soulageaient. Même si ce qu'elle venait d'apprendre lui faisait mal, comprendre qu'elle n'était pas simplement non désirée était rassurant, en un sens. Lorsque le soleil se leva, elle avait séché ses larmes, et refait connaissance avec son frère.
— Tu veux descendre voir papa et maman ? Ils doivent s'inquiéter, j'suis même pas sûr qu'ils aient dormi.
— Non, répondit la fillette après un moment d'hésitation. Je me sens mal pour maman, et j'aurais du mal à parler à papa...
— Tu vas faire quoi alors ?
— Je ne sais pas. Laisser les choses retomber. Essayer d'en apprendre plus sur les fantômes... Essayer de partir, peut-être...
Un hochement de tête, et un changement de sujet. Quand Harry finit par redescendre, l'enfant se sentit plus apaisée qu'elle ne l'avait jamais été.
Voilà. Pour moi, l'histoire peut se finir ici. Azalée connait la vérité, et va pouvoir faire son deuil (oui, 10 ans après...). Et Lily va pouvoir arrêter la thérapie et de se considérer comme folle, et pourra compter sur James pour l'aider. Harry pourra entrer à l'école avec ses questions résolues. Ils auront tous des hauts et des bas, mais j'estime que je n'ai pas à les conter.
Pour ce qui est d'Azalée et de ses actions sur le monde, j'ai simplement pris pour théorie la première leçon du sorcier : Les gens ne veulent voir que ce qu'ils veulent croire. Voilà comment une fillette de 11 ans peut se persuader qu'elle intéragit avec les objets, fait de la magie... Bien sur le fait de vivre dans un monde magique, ça aide aussi.
J'espère que ça vous a plu.
