Je regarde cet étrange petit village s'endormir. Les foyers s'éteignent les uns après les autres et tous ses habitants gagnent le pays des rêves en toute quiétude. C'est à cette heure-ci, quand tout le monde se croit en sécurité, que l'on me demandait de faire mon boulot. Je peux avoir des allures de jeune femme gentille, je peux charmer et faire baisser la garde de n'importe qui quand je le souhaite. Mais se fier aux apparences est une grave erreur … En fait, je mérite bien mon nom de code : DarkAngel. Un sourire sardonique ourla mes lèvres à ce surnom quand j'entendis la porte d'entrée s'ouvrirent et se claquer. Je me tournai et vis Kili et Fili, ils me semblent être les plus jeunes de la compagnie et contrairement aux autres, ils s'approchent plus des Hommes que des Nains, sans doute à cause de leur barbe inexistante par rapport à leurs comparses.

« Et bien dit donc. Dit Fili en s'étirant de tout son long. Cette quête promet.

- Oui, entre Victoria et Bilbon, on ne risque pas de s'ennuyer. Renchérit Kili avec un sourire.

- Si le Hobbit vient. » Coupai-je.

Les deux Nains sursautèrent en me voyant et Fili dit :

« Excusez-nous, nous ne vous avions pas vu.

- On me remarque souvent au dernier moment quand je ne me manifeste pas. » Dis-je.

Si je m'étais mise à rire, ça aurait été un rire de psychopathe. C'est vrai que les gens ne me remarquent qu'au dernier moment, hélas pour eux. Je sens que ces Nains trépignent, ils veulent absolument combler ce trésor que Mère Nature a appelé silence.

« Hum … D'où venez-vous tenta Kili ?

- D'une dictature que je ne regrette pas d'avoir quitté. » Répondis-je avec mon habituel ton glacial et distant.

Enfin … C'est une dictature sous le nom de démocratie, mais je fais partie de ces rares personnes à ne pas être en possession de ceux que les autres appellent des droits. Je suis juste un chien enchaîné, tenu par un maître inconnu qui ne cautionne aucune rébellion. J'ai pourtant essayé mainte fois au début de me libérer de cette entrave, mais quand ce liquide rouge et poisseux qu'est le sang les a imprégné, j'ai su que ce fer souillé ne me quitterait plus jamais. Ce collier me brûle sans cesse la peau et m'empêche de respirer, il ne me l'a jamais enlevé et ne me l'enlèvera jamais. Néanmoins, ce que m'a dit Gandalf m'a donné cette étrange illusion que l'on nomme espoir … Je ne l'avais jamais entraperçus, mais je pense que cela vaut le coût de s'y accrocher.

Je poussai un infime soupir avant de me lever et rentrer sans adresser un seul regard aux deux Nains. Je posai ma veste dans l'entrée avec mon épée lorsque j'entendis Balin dire :

« Je pense que nous avons perdu notre cambrioleur. »

Cambrioleur ? Il doit peut-être parler du Hobbit. Si c'est le cas, cela signifie qu'il ne viendra pas avec nous. Tant mieux pour lui, il n'aurait pas survécu une seule seconde hors de son petit nid douillet.

« C'est sans doute mieux ainsi, tout était contre nous. Continua-t-il. Après tout que sommes-nous ? »

Je me figeai sur place à cette question. Ça, c'est le début d'un discours pessimiste.

« Des marchands, des mineurs, des rétameurs, des gens qui font des jouets. Pff, pas de quoi faire des héros.

- Il y a quelques guerriers parmi nous. »

C'est Thorin qui a prononcé cette phrase. Je tournai mon regard vers lui, son expression n'est ni ironique, ni arrogante, mais celle de quelqu'un qui flatte sans arrière pensée son interlocuteur.

« De vieux guerriers. Corrigea Balin.

- Je n'échangerai pas un seul de ces Nains contre une armée des Monts de Fer. Quand j'ai fait appel à eux, ils ont accouru. De la loyauté, de l'honneur, un cœur vaillant, c'est tout ce que je demande. »

Waouh … C'est bien le Roi imbus de sa personne qui dit ça ? Quand il m'a parlé, il s'est montré méfiant et avait une touche de dédain dans sa voix. Mais là … Il est entrain de remonter le moral à ses guerriers sans se mettre en avant, bien au contraire il les valorise et avec un sourire léger, mais chaleureux et amical.

Balin se leva et lâcha ce qui me semblait avoir sur le cœur depuis un moment :

« Tu n'es pas obligé de le faire, tu as le choix, tu as agis avec honneur envers notre peuple. Tu nous as offert une nouvelle vie dans les Montagnes Bleues. Une vie de paix, et d'abondance, une vie qui vaut plus que tout l'or d'Erebor.

- De mon grand-père en passant par mon père, ceci est venu à moi. Dit un Thorin stoïque en montrant une clé en métal à son ami. Ils ont rêvé du jour où les Nains d'Erebor reprendraient possession de leur Terre. Il n'y a pas d'autre choix Balin, pas pour moi. »

Il est aussi têtu qu'une mule … Si la vie de son peuple est encore plus belle encore que tous les trésors que leur a volé le dragon, pourquoi se jeter dans la gueule du loup ? Les Nains et les Hommes ne sont donc pas différent sur un point, ils veulent le beurre et l'argent du beurre.

« Nous te suivrons mon garçon, nous réussirons. » Conclut Balin en donnant une tape amicale sur l'épaule de Thorin.

Thorin retrouva son léger sourire avant de le perdre aussitôt en me voyant les fixer.

« Qu'y a-t-il de si intéressant pour avoir autant votre attention ? » Me demanda-t-il froidement.

Ben non, il est bel et bien présomptueux et méfiant. Je gardai mon expression impassible que j'ai toujours collé au visage et me détournai sans rien ajouter pour aller dans la cuisine où je retrouvai Gandalf. Il fume une longue pipe d'où la fumée blanche en sort et fixe un point sur le mur d'en face, il ne prête aucune attention à ce qui l'entoure. Je m'assis sur une chaise à côté du magicien en regardant le feu danser dans la cheminée sous la marmite.

« Pourquoi m'a-t-on choisi ? » Finis-je par demander sans détourner mes yeux des flammes.

Le magicien tourna son regard vers moi et m'observa un instant, puis il dit :

« Aucun être vivant ne devrait se retrouver dans la situation dans laquelle vous étiez. Si vous avez été choisi, c'est pour que vous puissiez réaliser vos rêves. C'est l'une des rares choses que l'on ne vous a jamais interdit de faire, je me trompe ?

- C'est l'une des rares chose qu'il ne pouvait contrôler.

- Une occasion de vous sortir de ce piège vous est offerte Victoria, ne la gâchez pas. »

La gâcher ? Mais de quelle manière ? Je portai mon regard sur le magicien mais il fixe à nouveau son point sur le mur. Intérieurement, je fus un peu amusée de ce comportement, j'ai à peu près le même quand je clos un sujet. Je reportai mon attention sur le brasier quand un chant s'éleva derrière nous dans le salon :

« Au-delà des montagnes embrumées,

Non loin des sombres cavernes du passé.

Dans l'aube bleutée, il faut aller

En quête de l'or, pâle et enchantée.

Les pins rugissaient, hauts et fiers,

Les vents gémissaient dans la nuit d'hiver,

Rouge le feu sur mille lieues,

Flambaient les arbres, torches de lumières. »

Je me tournai lentement vers les Nains, ils chantent vraiment très bien à l'unisson. Ils sont quasiment tous debout, mais tous sont tournés vers Thorin qui est accoudé à la cheminée.

Je dois avouer qu'il a une aura noble et courageuse je sens aussi une fierté modeste, sans ironie qui émane de lui. Les autres dégagent du respect et de l'admiration pour sa personne, ils sont loyaux et sont prêts à tous les sacrifices pour le montrer.

J'appuyai ma tête contre le dos de la chaise et fermai les yeux, laissant les bras de Morphée m'enlacer pour me mener dans ce monde où j'ai toujours été maître de mon destin.

Je ne vois rien … je ne sens rien … pourtant j'entends des chuchotements près de moi … Je ne distingue pas ce qui se dit … Le silence se fait, il dure et semble s'éterniser … Il est brisé par le sifflement de balles dans les airs et leur départ des canons … des cris déchirés … des pleures … une porte qui claque … Soudain, il n'y a plus que le bruit de mes talons sur le sol … Un bruit étrange me parvient … C'est … UN BABILLEMENT ?! … J'entends un pistolet que l'on charge …

« NON ! »

« Victoria ? »

J'ouvre soudainement les yeux en dégainant mon pistolet et le pointe sur le front de Balin. Le vieux Nain me regarde un instant sans comprendre tandis que mes yeux sont fixés dans les siens. Le pauvre, il ignore que d'une simple pression de l'index, je pourrais lui retirer la vie. Il comprend tout de même que c'est une arme et se recule de deux pas. Je rangeai mon arme et il me demanda :

« Vous allez bien ?

- Oui. » Répondis-je sèchement.

Je me levai en faisant craquer ma colonne vertébrale pour faire partir toutes ces courbatures qui se sont accrochées à moi durant la nuit. Après mon rapide étirement, je remarquai que tous les Nains me regardent comme si j'avais quatre bras.

« Quand on a appris les bonnes manières, on s'excuse auprès de la personne qu'on a menacé. »

C'est Thorin qui vient de parler. Il me fait encore son coup du ton et du regard censés glacer son interlocuteur.

« Les excuses ont été inventé pour soulager la conscience de celui qui les prononce, pas pour épargner celui qui les reçoit. Dis-je froidement. Et je suppose que les gens préfèrent des excuses sincères et spontanées que celles qui sont hypocrites et forcées. »

Les Nains me regardèrent avec des yeux ronds. Je fendis la foule sans leur prêter le moindre intérêt, mis ma veste et par-dessus mon épée.

« Alors non, je n'excuserai pas un réflexe qui m'a à plusieurs reprises sauvés la vie.

- Vous ne respectez donc aucun fondement basique d'une communauté. Me cracha Thorin au visage.

- Si je ne respecte aucun fondement basique d'une quelconque communauté c'est parce que je ne les connais pas car je ne me suis jamais intégrée dans une quelconque forme de société. »

Je sortis avant que l'un d'eux ne fassent la moindre remarque et retrouvai Gandalf dehors à côté de plus de quinze poneys. J'entendis la portes claquer derrière moi, tous les Nains sont sortis. Le magicien s'approcha de moi et me tendit les rênes de l'un des canassons noirs. Je poussai un soupir et me résolus à prendre le poney. J'ai horreur de ces bestioles … mais on m'avait obligé à apprendre à les tenir. Je montai donc sur son dos avec légèreté et aisance.

Une fois que nous sommes tous fin prêt, Gandalf prit la tête et je me mis juste derrière lui, je n'ai pas envie d'être au milieu de tout ce petit monde. L'aurore se lève, les habitants se réveillent mais pour le moment, il y a personne dehors. Ces Hobbits vont se réveiller et referont les mouvements qu'ils ont fait hier et qu'ils feront encore et encore dans l'avenir. J'ai bien compris avec Bilbon que les Hobbits n'aiment pas ce qui sort de leur quotidien. C'est peut-être mieux ainsi. Le changement c'est bien, mais si il est trop conséquent, les gens, les peuples et le monde sont défigurés. Vous pouvez ressembler à une chose aujourd'hui et à une autre le lendemain.

« 10 qu'il ne nous rejoindra pas.

- Tenu. »

Je me tournai légèrement, les Nains se tapent dans la main pour sceller un pari. Thorin et Balin lèvent les yeux au ciel, apparemment je ne suis pas la seule à trouver ce genre de jeu d'argent totalement stupide.

« 10 qu'il nous rejoint avant ce soir. Dit Gandalf.

- Ça fait 4 contre 7. Résuma Glóin. Vous voulez parier aussi Victoria ?

- Non, ça ira. »

Mais si Gandalf parie sur le Hobbit, c'est qu'il nous rejoindra à coup sûr.

En milieu de matinée, nous quittâmes les habitations et les champs pour nous retrouver sur le sentier de forestier que j'ai suivi hier soir. Les Nains n'arrêtent pas de parler quand j'entendis des pas précipité derrière nous. Je stoppai ma monture, ce qui me valut un regard noir de la part de Thorin qui est juste derrière moi. Une voix essoufflée s'écria :

« Attendez ! Attendez ! »

Cette fois tous s'arrêtèrent et se retournèrent pour voir un Hobbit complètement éreinté arriver près de nous. Bilbon s'avança près de Balin et montra fièrement le contrat en disant :

« Je l'ai signé. »

Il le donna au vieux Nain qui lui sourit en sortant sa lunette pour vérifier la signature.

« Et bien, tout me semble en ordre. Bienvenu Mr Sacquet, dans la Compagnie de Thorin Écu-de-Chêne. »

Tout les Nains eurent un sourire et lui souhaitèrent la bienvenu, à part Thorin. Gandalf m'adressa un clin d'œil et je levai les yeux au ciel. Ce Hobbit est suicidaire …

« Donnez-lui un poney. Dit Thorin en remettant le sien en route sur un ton un peu agacé.

- Non, non, non, non, non. Dit immédiatement le Hobbit. Ça ne sera pas nécessaire merci. »

Je remis le mien en route derrière celui de Gandalf, il va pas avoir le choix.

« Je suis sûr que je peux suivre à pied, j'ai déjà fait tout un tas de randonnées voyez. Je suis même allez jusqu'à la grenouillère … OH ! »

Les Nains l'ontattrapé par les épaules et soulevé pour le placer sur un poney bai. Gandalf se mit sur le côté et me fit un signe de la tête. Je me mis moi aussi sur le côté, comprenant ce qu'il veut faire. Nous laissâmes passer une partie de la compagnie et nous nous retrouvâmes un peu avant la fin de la file aux côtés du Hobbit. Il n'est vraiment pas à l'aise avec ces bêtes.

« Allez Nori faut payer ! » S'exclama Óin juste derrière nous.

Nori lança une petite bourse qui tinta quand elle atterrit dans la main de Óin. Je me baissai pour laisser passer les deux bourses venant des deux jeunes frères pour Ori.

« Que se passe-t-il ? Demanda Bilbon.

- Oh et bien … ils ont parié sur les chances que vous veniez ou pas. La majorité a parié que non. » Expliqua Gandalf.

Le Hobbit passa son regard surpris de Gandalf à moi. Il trouva pourtant un air neutre et demanda :

« Et qu'en pensiez-vous ?

- Oh moi … »

Gandalf ouvrit lâcha ses rênes pour attraper une bourse qui volait vers lui. Il eut un petit rire et dit en rangeant les pièces dans son manteau :

« Mon cher ami, je n'ai pas douté de vous un seul instant.

- Et vous ? Me demanda le Hobbit.

- Je n'ai pas parié. Répondis-je.

- Mais si vous l'aviez fait ?

- Je trouve les jeux d'argent vraiment idiot. Et baissai vos bras, vous allez vous fatiguer plus vite en tenant vos rênes de cette manière là.

- Oh … Euh … Merci. »

Il éternua et dit :

« C'est le crin de poney, je suis allergique. »

Il chercha quelque chose dans ses poches et s'exclama :

« Attendez, arrêtez-vous ! Arrêtez-vous ! Il faut faire demi-tour ! »

Nous nous arrêtâmes tous et Gandalf demanda :

« Mais bon sang que se passe-t-il ?

- J'ai oublié mon mouchoir. »

Il est vraiment désespérant …

« Tenez. »

Bofur sorti de sa poche un bout de tissu vert très sale et le lança à Bilbon en disant :

« Prenez ça. »

Le Hobbit l'attrapa et je lançai un regard entendu à Gandalf. Sérieusement, pourquoi de tous les être qui peuvent exister en Terre du Milieu, et je suppose qu'il y en a beaucoup, ce magicien a choisi ça ?!


Bon ... ben c'est allé plus vite que prévu. Bonne lecture. ;)