Chapitre 3 : Entraînement et conflits.
Harry se jeta sur son lit, exténué. La journée d'entraînement venait de prendre fin. Il avait couru autour de la piste de sable rouge pendant près de trois heures sans s'arrêter, Drago à ses côtés.
Cela faisait maintenant une semaine que Harry avait voyagé dans ses souvenirs en sa compagnie. Il avait pu voir combien celui-ci avait souffert depuis son plus jeune âge, peut-être même plus que lui-même. Drago lui avait fait jurer de ne répéter à personne ce qu'il avait vu. Et il avait promis. Depuis lors, une solide confiance s'était établie entre eux, un lien plus fort que tout ce que Harry avait pu connaître avec Ron.
Le jeune Survivant avait donné sa décision : Drago et Severus étaient sous sa protection. Ils lui en avaient été très reconnaissants, et après l'avoir remercié, ils étaient redevenu eux-même, froids, arrogants. Mais pas avec Harry. Lui seul avait l'occasion de les voir tels qu'ils étaient vraiment.
Severus
avait pris en main leur entraînement, et avait mis au point un
planning de la semaine avec Minerva et Remus. Minerva s'occupait du
lundi matin, du mercredi et du samedi matin, Remus s'était
engagé pour les après midi de ce jour-la et Severus se
chargeait de tous les autres jours, et occupait ses séances de
cours de potion, d'occlumencie avancée, mais aussi
d'entraînement physique et de magie noire.
Il avait
demandé à être entièrement libre des ses
mouvements, mais Harry avait dû intervenir en sa faveur pour
que Minerva accepte.
Une véritable complicité s'était forgée entre Harry, Drago et Severus, au grand étonnement de ce dernier. Lui, qui avait toujours vu en Harry Potter une mauviette qui ne valait pas beaucoup mieux que son père, avait découvert un garçon intelligent, fort, courageux, et surtout près à tout pour arriver à ses fins : tuer Voldemort.
Ils passaient de longues heures à parler tous les trois, de choses et d'autres, mais au grand dam de Harry, le souvenir de Dumbledore planait parfois.
Ce soir-là,
ils étaient assis autour du feu de cheminée, Harry osa
enfin poser LA question :
- Pour quelle raison t'a-t-il supplié
? Demanda-il, la voix cassée par l'émotion.
- Il …
il se doutait que quelque chose se tramait. Il m'a confié
ses craintes, et je lui ai avoué que j'étais sous
serment concernant Drago… En fait, je le suis toujours … Bref, il
a donc très bien compris ce que cela signifiait : je devrais
le tuer si Drago n'en avait pas la force. Et il acceptait cette
idée.
Quand je me suis retrouvé sur cette terrasse,
je savais ce que je devais faire, mais je n'y arrivais pas. Alors
il … il … il m'as supplié, et je l'ai tué !! Je
ne voulais pas que ça se passe comme cela, termina-t-il,
tremblant.
Je sais très bien ce qu'il s'est passé, mais entendre Severus le raconter, sans rien cacher de ses émotions est bouleversant. J'ai conscience des changements qui se sont opérés, en l'espace de quelques jours, en nous tous. Harry nous a sauvé la vie, et il nous respecte, je crois même pouvoir dire qu'il tient à nous, il est aussi devenu plus sombre, plus distant avec ses amis, Hermione et Ron, eux, n'apprécient pas notre amitié, c'est certain. Ils me regardent de travers, et Ron a tenté à plusieurs reprises de faire changer Harry d'avis, mais il a refusé. Il dit avoir VU, vu ce qu'il ne verra jamais, vu ce que personne d'autre avant lui n'avait vu de moi. Et c'est vrai. Il a raison.
Il a vu mon père frapper ma mère, comme
moi je l'ai vu.
Il a vu ma mère tenter de se suicider
parce qu'elle n'avait plus le courage ni la force de supporter
son fou de mari.
Il a vu mon père violer ma mère, et
me tabasser ensuite parce que j'avais osé essayer de la
défendre.
Il a vu quand le Seigneur a posé sa marque
sur moi de force, malgré mon refus de devenir
mangemort.
J'aurais aimé qu'il ne voit pas ça, mais ce n'est rien comparé à ce qu'il a vu de mes sentiments ; maintenant il sait que je l'ai toujours envié d'avoir des amis comme les siens, il sait que ça me déchirait le cœur de l'insulter, d'insulter ce qu'il était, car c'était insulter l'ami que je rêvais d'avoir.
Je pense que c'est pour ce qu'il a lu dans mes sentiments plus que pour mes souvenirs qu'il est devenu si proche de moi. Je sais qu'il me fait confiance. Je sais qu'il donnerait sans hésitation sa vie pour moi, tout comme je sais que j'en ferais de même.
Ca arrive souvent qu'il me sourit, ou qu'il me regarde fixement, mais gentiment, je sais que ça peut paraître étrange, mais je préfère ça à des aveux d'amitié toutes les cinq minutes.
Aujourd'hui, nous avons couru pendant quatre heures, j'ai bien vu qu'il avait du mal, qu'il peinait, mais je l'ai laissé se débrouiller, car même si nous sommes maintenant très proches, inutile de dire qu'il a encore sa fierté et que jamais il n'avouera à quel point il a souffert. J'ai vu qu'il avait apprécié mon geste quand il a planté ses yeux verts dans les miens, et pour la première fois eu envers moi un geste que je ne sais toujours pas interpréter : il s'est penché à mon oreille et a murmuré : merci, puis il est tranquillement parti prendre une douche.
Après ça, mon cœur
battait à cent à l'heure, comme un gamin amoureux …
Mais … non c'est impossible … je ne peux pas être
amoureux de lui, ça fait si peu de temps que je le connais
VRAIMENT.
Je le regarde pendant qu'il mange. Ses yeux verts
regardent Hermione par dessous ses lunettes, il lance quelque chose,
elle répond, il rit. Il boit, une goutte d'eau tombe sur son
tee-shirt noir. Il est entièrement habillé de noir, il
est beaucoup plus sombre depuis que Severus et moi le fréquentons.
Mais son style vestimentaire ne change en rien son caractère :
il est blagueur, rieur, et très chatouilleux, ça, c'est
Ginny qui me l'a dit. Elle est la seule à m'accepter à
peu près.
Nos regards se croisent, il baisse la tête, pioche un morceau de saucisse dans son assiette et me regarde de nouveau. Entre nous, pas besoin de paroles, je sais que ce soir, pour la première fois depuis longtemps qu'il avait le sourire. Voilà autre chose que je lui enviais : pouvoir être heureux d'un rien. Je n'en suis pas capable. Peut-être ne le serais-je jamais, qui sait ?
Je me re-concentre sur mon
assiette. C'est Molly qui a tout préparé, c'est
délicieux. Elle aussi a été très présente
pour moi : elle a forcé Ron à me serrer la main, mais
n'a pas eu besoin de faire la même chose avec les jumeaux.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, ils ont cru mon
histoire, et en sont venus à me faire leurs excuses pour leur
comportement les années précédentes. Après
que je me sois moi aussi excusé, ils m'ont averti que si
jamais je trahissais Harry ou que je lui faisais du mal, ils
m'étriperaient et feraient de mes boyaux des sacs … Peuh…
Qui achèterait des sacs en boyau ? Hein, qui ? Mais … je les
crois.
C'est Molly qui est allée à Gringotts
retirer de l'argent de mon compte, et qui a acheté des
vêtements pour moi, sans faire la moindre faute de goût.
Quand je lui ai fait remarquer, elle m'a répondu
dédaigneusement qu'elle n'avait pas été
couturière chez Mme Guipure pendant 10 ans pour rien !! Harry
me parle, il essaie d'attirer mon attention, je ferais bien
d'arrêter de penser…
-Drago !! Drago !!
-
Quoi ? répondit-il sèchement.
- Ca fait trois fois
que je t'appelle ! A quoi tu penses ?
- A rien.
- Drago …
-
Je pensais à tous ces changements dans ma vie, dans nos vies.
Mon pire ennemi est devenu l'espace d'une semaine mon meilleur
ami.
- C'est normal que tu sois un peu perdu, n'importe qui le
serait à ta place. Moi aussi je trouve que c'est étrange.
Il y a une semaine de ça, j'aurai tout donné pour
vous tuer, Severus et toi, mais aujourd'hui je donnerais tout pour
vous.
- Je … euh … merci ! Moi non plus je ne comprend pas
vraiment ce qu'il s'est passé, mais malgré la
guerre, je n'ai jamais été aussi heureux.
-Harry,
intervint Hermione. Je ne veux pas vous déranger …
Ce ne fut pas Harry qui répondit, mais Drago, au plus grand étonnement d'Hermione.
- Non, Hermione, tu ne
déranges pas du tout.
- Ah… tant mieux ! Avec Ron, on a
beaucoup réfléchi et on pense que ce serait une bonne
chose que l'on s'entraîne avec vous deux, enfin si ça
ne vous pose pas de problème bien sûr.
- Quelles sont
vos vraies motivations ? Demanda Severus, prenant la parole depuis le
début du repas. Vous voulez être sûrs que votre
cher Harry est bien traité ? C'est ça ? Ajouta-t-il,
moqueur.
- Pas du tout !! Nous avons toujours été
avec Harry, et nous avons choisi de nous battre à ses côtés
bien avant que vous ne fassiez notre numéro du pauvre
Mangemort repenti !!
- Je ne vous permet de me parler ainsi !!
Nous avons mis notre vie entre ses mains, et nous voulons avant tout
le protéger !!
- Bien sûr ! Ca paraît évident
! Vous avez pourri sa vie pendant six ans, et maintenant vous voulez
le protéger contre nous ? C'est ça ? Alors que nous
avons toujours tout fait pour l'aider ?
- Hermione …, tenta
Drago.
- Ne me parle pas !!Tu n'as pas à m'appeler par
mon nom !! Je sais qui tu es, et je ne me laisserai pas avoir par tes
larmes de crocodile !!
- HERMIONE !!
Elle tourna la tête pour voir qui avait parlé, et croisa le regard peiné de son meilleur ami. Tous autour de la table étaient sidérés. Jamais Harry ne s'était adressé à elle de cette façon.
- Je ne te permet pas de leur parler ainsi
!! Je sais à quel point ce changement peut te paraître
bizarre, mais crois moi, ce n'est pas par hasard que je leur ai
accordé mon amitié et ma confiance. Je sais des choses
qui te feraient changer d'avis si tu étais au courant.
-
Ah merveilleux ! Je vois que tu es avec eux plutôt qu'avec
tes amis ! Super ! Et quelles sont ces preuves infaillibles s'il te
plait ? Railla-t-elle.
- Je ne peux pas te le dire. Mais tu dois
me croire !
- Non, Harry, désolée, c'est au dessus
de mes forces. Tu n'es plus toi même. Tu passes tes journées
avec ces deux Serpentards, et tu en deviens un toi aussi. Mais
regardes toi !!
- Hermione … je suis vraiment navré d'en
venir là, mais si tu es incapable de supporter Drago et
Severus, tu devras partir. Sinon, ton aide sera la bienvenue.
- Je
vais vous aider, mais je ne veux pas leur parler et ils ne
m'adresseront pas la parole. Bonne nuit.
Et elle sortit,
claquant la porte derrière elle. Ron, qui voyait combien son
ami souffrait, mis sa main sur son épaule et dit :
- Moi,
je veux bien leur parler. J'aimerais savoir ce qui t'a fait
changer d'avis.
Il serra la main de Severus et Drago qui, ému,
le serra contre lui, avant de reculer, gêné.
Harry
n'aurait su dire combien il était dérouté
devant ce qui se passait ; à vrai dire il aurait pensé
que ce serait Ron qui refuserait de faire un effort, mais rien
n'avait été comme il l'imaginait. Il sentait que
quelque chose s'était cassé entre Hermione et
lui.
Il souhaita bonne nuit à tout le monde et monta
dans la chambre qu'il partageait avec Drago. Ce dernier le
rejoignit quelques minutes plus tard, et sans rien dire, le prit dans
ses bras.
- Pourquoi est-ce qu'ils ne veulent pas comprendre que
pour toi et moi aussi c'es dur tous ces changements ? C'est quoi
leur problème ? Demanda Harry, le visage enfoui dans le
tee-shirt de Drago, les larmes coulant sans qu'il puisse les
arrêter.
- Je ne sais pas. Pour moi non plus ce n'est pas
facile, mais Hermione… je la comprend d'un côté.
-
Elle qui est censée être très intelligente…
-
Ne dit pas ça. Ce n'est pas simple pour elle non plus,
murmura Drago se reculant légèrement.
Il prit le
visage de Harry entre ses mains et l'approcha très près,
de plus en plus près … mais Harry recula brusquement.
-
Désolé, je ne peux pas… C'est trop d'un seul
coup… Et …
- … Ginny. Je comprends. Pas grave. Bonne nuit
Harry. Merci pour ce que tu as fait pour moi. Dit Drago en se
déshabillant posément et en se couchant.
Harry ne
répondit pas. Il se déshabilla à son tour, puis
se coucha. Il ne se doutait pas que Drago l'observait … Tout deux
mirent longtemps à s'endormir.
