Merci à tous pour vos reviews ! Je suis ravie de voir que vous me suivez dans cette nouvelle aventure !

PBG : *commande du chocolat blanc et des cookies* Tiens, ça devrait te permettre de tenir.

Pline : ABC ? J'aime ce nouveau club et l'ordre des lettres (y a rien de drôle là dedans, vraiment?). Je vais tenter de remédier à l'AIPM !

Ankou : Tiens, une nouvelle tête ! Bienvenue et merci du com. Je vois que tu connais l'AIPM. Ca promet !

DiNozzo-Ncis : Je crois que je vais abréger ton pseudo DN, ce sera plus simple pour répondre. Ca te va ? C'est super de te retrouver là !

Nanoushka : T'es là ! J'adore ta théorie ! Mais je doute qu'elle soit bonne !

Lul : Impressionnante l'influence de la saison 1 !

Amy : Première review d'une lectrice régulière, ça se fête ! Mais penses-tu laisser un com sur les fics que tu as lu tout de même ? *regard du chat Potté* S'il te plait !

pucinette : Sois rassurée, les nouvelles d'Abby ne sont pas pour tout de suite. Je tiens à ménager le suspens. Et puis j'ai une réputation de sadique à tenir quoi !

Qu'est-il arrivé à Abby ? Hélas, pas de réponse dans ce chap', on se concentre sur Gibbs et son suspect. Mais ça va venir !


Chapitre 3 – Interrogatoires

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Gibbs se rapprocha de la vitre le séparant de l'autre pièce. La salle d'interrogatoire n'avait rien de différent de d'habitude. Pourtant, il en dégageait une atmosphère qu'il n'aimait pas. Il n'était pas en mesure d'expliciter davantage son ressenti. Il ne l'aimait pas, voilà tout.

Assise dans l'angle gauche en face de lui, Alex Kem avait ramené ses jambes contre sa poitrine pour les entourer de ses bras. Les yeux fermés, elle avait posé son menton sur ses genoux. Elle était aussi immobile qu'une statue. Pas un frémissement n'agitait ses narines au point qu'il se demandait si elle respirait toujours.

Ses cheveux châtains, mi-longs, encadraient son visage imperturbable. Légèrement ondulés, ils lui conféraient un air enfantin que venait renforcer la douceur de ses traits.

Il avait l'impression de voir une adolescente, une jeune femme sortie de l'enfance sans être entrée pour autant dans le monde des adultes. C'était d'autant plus déroutant quand on connaissait les crimes dont elle était accusée. Mais il suffisait qu'elle ouvre les yeux pour constater qu'elle n'était plus une enfant depuis longtemps. Son regard démontrait plus que tout autre chose sa maturité. C'était bien la seule chose qu'il pouvait y distinguer. Lui qui était réputé pour savoir lire les gens se trouvait réduit au rang de jeune bleu faisant ses premiers pas en matière d'interrogatoire. Il ne lisait rien en elle et cela avait été comme ça dès le début, pour lui comme pour les autres…


Mardi – 11h00 – Parking du Monty's

8 heures après la mort de Petersen

57 heures avant la disparition d'Abby

Un carnet dans une main, un stylo dans l'autre, Tony s'avança vers la serveuse en service la veille au soir, Ziva sur les talons. Bras croisés, la jeune femme se tenait près du véhicule du gérant des lieux et semblait les attendre.

- Alex Kem ? appela l'agent.

La jeune femme redressa la tête, quittant la contemplation du bitume.

- Oui ?

- Agents DiNozzo et David du NCIS. Pouvons-nous vous parler un instant ?

Elle acquiesça sans un mot.

- Connaissez-vous le général Petersen ? attaqua Tony sitôt qu'ils l'eurent rejointe.

- Oui, c'est... je veux dire c'était un client régulier. Je vous ai entendu annoncer sa mort à Cody, ajouta-t-elle devant leurs sourcils froncés, le barman.

- L'avez-vous vu hier soir ? questionna Ziva après un regard pour son partenaire.

- Oui.

- À quelle heure ?

- Il est arrivé vers vingt-et-une heure.

- Quand est-il reparti ?

- Minuit et demi, à quelques minutes près. Je l'ai raccompagné à sa voiture.

- Pourquoi ?

- Il faisait nuit noire et il l'avait garée au bout du parking, là où l'enseigne n'éclaire rien. Et comme j'ai toujours une lampe de poche dans mon sac…

- Vous avez joué les éclaireurs.

- Il avait mis un quart d'heure à ouvrir sa portière la semaine dernière, j'ai voulu lui éviter ça. Les nuits sont glaciales en ce moment.

- Pourquoi la garait-il là-bas ?

- Parce qu'il n'y avait plus de place ailleurs. Le bar est très fréquenté et certains jours plus encore que les autres.

- Avez-vous noté quelque chose d'étrange chez lui ? Vous a-t-il paru inquiet ou différent de d'habitude ?

- Non, il était comme les autres fois. Il a commandé un scotch en arrivant. Il l'a siroté au bar avant de rejoindre le billard et de terminer sa soirée avec des boissons sans alcool. Il ne buvait pas à cause de la route à faire pour rentrer ensuite chez lui. Il n'habite pas à Washington.

- Il venait régulièrement ?

- Chaque jeudi soir pour le billard avec ses amis, au moins. Sinon, il venait de temps en temps dans la semaine, selon son envie, comme hier soir.

- Connaissez-vous quelqu'un qui pourrait lui en vouloir ?

- Non.

- Il n'aurait pas eu un différent avec un client ces dernières semaines.

- Aucun. Il était du genre à imposer le respect. Pas par sa carrure, il dégageait simplement une aura qui rendait doux comme des agneaux tous les gens en sa présence.

- Je vois... commenta Tony. J'en connais d'autre comme ça.

- Étiez-vous proche de lui ? enchaîna Ziva non sans réprimer un sourire en pensant à leur patron.

- Proche, je ne sais pas. Mais on avait sympathisé.

- D'accord. Une dernière chose...

- Oui ?

- Où étiez-vous cette nuit vers trois heures ?

- Dans mon lit en train de dormir, comme tous les jours.

- Quelqu'un peut confirmer ?

- Je vis seule.

- J'en déduis que c'est non.

- Vous voulez savoir autre chose ? Parce que je dois reprendre mon service et...

- Vous pouvez y aller mais...

- Restez dans les parages, termina-t-elle, oui, je sais.

Elle les salua avant de s'éloigner. Tony rangea son calepin et son stylo dans sa poche.

- Elle nous cache quelque chose, affirma Ziva.

- Reste à savoir quoi, répondit-il.


Mercredi – 18h00 – Salle de réunion du N.C.I.S.

39 heures après la mort de Petersen

26 heures avant la disparition d'Abby

Gibbs entra dans la pièce son éternel gobelet de café à la main. Outre être sa drogue quotidienne, il lui permettait de donner une image de lui qui devait amener plus facilement les gens à la confidence, au même titre qu'un dossier ou les photos d'un cadavre lors d'un interrogatoire.

Alex Kem, la serveuse que DiNozzo et Ziva avaient rencontré au Monty's, était installée sur un des sièges, un verre d'eau devant elle. Son entrée avait attiré son attention. Elle le salua poliment et ne le quitta pas des yeux le temps qu'il s'installe.

- Je suis l'agent Gibbs, lui apprit-il en posant son café sur la table.

- Alex Kem. L'agent David m'a appelée en me demandant de venir ici, mais elle ne m'a pas donnée d'explications.

- Vous connaissiez le général Peterson.

- Oui, je l'ai dit à vos collègues. Pourq…

- Comment l'avez-vous connu ? coupa-t-il.

Elle marqua un temps, pas vraiment ravie qu'il l'ait coupée, avant de répondre.

- Je l'ai rencontré deux jours après avoir été engagée au Monty's, en prenant sa commande, un citron pressé avec un demi verre d'eau. Elle n'était pas habituelle et je lui ai fait remarquer. On a fait connaissance comme ça.

- Vous le connaissiez jusqu'à quel point ?

- Nous étions amis.

- Amis ?

- Quand il arrivait, je passais derrière le bar pour que Cody prenne sa pause. Je lui servais son scotch pendant qu'il s'installait. Il me parlait de sa famille, de son fils qu'il ne voyait que trop rarement, de sa femme qu'il aimait comme au premier jour, de ses petites filles qu'il voyait tous les samedis et de son ex-belle-fille avec qui il s'entendait toujours malgré le divorce et qui se liguait avec son épouse pour le décider à repeindre les volets de la maison.

- Vous vous entendiez bien.

- Je suis une oreille attentive et c'était ce qu'il venait chercher.

- Il n'avait personne à qui se confier ?

- Il ne voulait pas le faire avec sa famille, d'autant qu'elle était le principal sujet de conversation. Quant à ses amis... ils se rejoignaient tous le jeudi soir pour un billard afin d'oublier leur vie quotidienne le temps d'une soirée. Vous voyez ? Et puis ce sont uniquement des hommes, il n'avait pas d'entourage féminin en dehors de sa famille. Et comme je suis la seule femme à travailler au Monty's

- Avez-vous une quelconque idée de l'identité du meurtrier ?

- Aucune. Il était apprécié de tout le monde. Je ne lui connaissais pas d'ennemis et jamais il ne m'a raconté quelque chose supposant sa mort prochaine.

- Vous ne voyez vraiment personne qui aurait pu lui en vouloir ?

- Si ça avait été le cas, agent Gibbs, je l'aurais dit à vos collègues lorsqu'ils sont venus me voir.


Jeudi – 22h00 – Salle d'interrogatoire n°1 du N.C.I.S.

67 heures après la mort de Petersen

2 heures après la disparition d'Abby

Cette fois, Tony et Ziva avaient été cherché la serveuse sur son lieu de travail. Elle les avait suivis sans faire d'histoire malgré la suspicion de meurtre dont elle était l'objet. Les agents rapportèrent aux autres qu'elle avait simplement eu un mouvement de surprise à cette annonce. Elle les avait regardés les yeux écarquillés avant de les suivre dans le véhicule de l'agence. De la même manière, elle n'avait pas bronché lorsqu'ils l'avaient conduite dans la pièce, pas plus que lorsqu'ils lui avaient lu ses droits, signifiant ainsi son placement en garde à vue.

Un dossier dans une main, Gibbs attendit que ses agents pénètrent dans la salle adjacente. Il ne leur donna pas l'occasion de dire un mot. Ils n'avaient pas de temps à perdre. C'était d'Abby dont il s'agissait à présent, plus de la mort d'un marine. Et cela changeait tout.

Il entra dans la salle d'interrogatoire comme s'il s'était s'agit d'un suspect ordinaire. Il alla s'asseoir sur le siège face à elle et ouvrit son dossier pour en relire certains passages. Même si cela concernait la gothique, il y avait des choses qui ne changeaient pas. Au quotidien, cela se traduisait aussi par sa manie de claquer les portes (les défoncer étant commun à toute son équipe), son art de la phrase la plus courte, ses cinquante et une règles, son amour pour les lames rétractables et le café serré.

La jeune femme ne prononça pas un mot tout le temps qu'il garda les yeux rivés sur son dossier, pas même lorsqu'il les braqua sur elle. Son regard de glace en aurait refroidi plus d'un. Elle se contenta de lui en renvoyer un chargé de questions.

Gibbs attrapa différents feuillets et les lui présenta. Elle pâlit en découvrant le cadavre de Wallace Petersen sur le papier glacé. Elle déglutit difficilement et releva les yeux vers lui, incapable de soutenir l'image du général une balle dans la tête.

- Je ne l'ai pas tué, affirma-t-elle.

- Vous êtes la dernière à l'avoir vue en vie.

- L'avant-dernière. La dernière personne est son meurtrier.

Elle tapota les photos avant d'ajouter :

- Et ce n'est pas moi.

- Avez-vous une preuve de votre innocence ? Quelqu'un pouvant attester que vous étiez bien chez vous à l'heure du crime.

- Je n'ai pas de témoin, mais vous pouvez faire tous les tests que vous voulez. Vous verrez que je ne mens pas.

À quels tests pensait-elle exactement, il ne le savait pas. Mais il ne se priva pas pour vérifier s'il restait sur elle des résidus de poudre ou de sang.

- Vous pouvez faire la même chose sur toutes mes affaires, assura-t-elle alors qu'elle lui tendait ses bras à sa demande.

C'était déjà fait. Ils avaient ainsi découvert le une-pièce de la jeune femme à trois kilomètres du Monty's, le bar situé à la périphérie de la ville, le plus proche de Norfolk de toute la capitale, entouré plus par la nature que par le béton. Ils l'avaient trouvé vide et, passé la surprise, s'étaient sentis mal à l'aise de s'y trouver tant il était dépouillé. Un micro onde posé sur un petit frigo, un tabouret et un matelas sur lequel reposait un duvet tentaient tant bien que mal de combler l'espace de six mètres carrés qui le constituait. A cela venait s'ajouter un réduit minuscule avec lavabo, douche et toilettes. Le tout ne dépassait par les neuf mètres carrés et n'était pas sans rappeler certains logements étudiants.

Ils n'avaient pas eu de mal à en faire le tour, pas plus que pour ses affaires. Ses vêtements tenaient dans un grand sac de sport noir et un sac à dos gris. Hormis ses habits et des produits de toilette, elle ne possédait rien d'autre qu'un cahier vierge de cent pages à petits carreaux, un bloc note tenant dans une poche, vierge lui aussi, quelques crayons (un critérium, un stylo bleu et un quatre-couleurs), une gomme et une règle de dix centimètres transparente cadeau d'une boite de céréales. La surprise passée d'avoir découvert aussi peu de choses, ils avaient pu constater que le frigo, branché, ne contenait qu'une bouteille de lait, une tablette de chocolat noir, une bouteille d'eau et un bol de compote. Une boite de céréales, du sucre et du cacao en poudre, du thé nature et à la menthe ainsi que quelques boites de conserves étaient disposées sur le sol près de la machine, des couverts de l'autre.

L'atmosphère qui se dégageait du lieu les avait conduits à ne pas s'y attarder. Si tout était propre (les éponges n'étaient pas là en décoration), il en émanait une impression de pauvreté et de solitude extrêmement forte. Le malaise qui les avait envahis en entrant était suffisamment dérangeant pour vouloir fuir au plus vite.

Du côté des proches de la « locataire idéale », dixit le propriétaire, ils n'avaient trouvé personne. Elle ne semblait pas avoir d'amis, seulement des connaissances par le Monty's et n'avait plus de famille. Ses parents, tous deux enfants uniques, étaient morts dans un accident de voiture quand elle avait huit ans. Présente dans le véhicule, elle avait évité leur sort de justesse. Ses grands-parents étant décédés avant sa naissance et en absence totale d'autre famille, la fillette avait été confiée aux services sociaux. Elle s'était échappée du foyer où on l'avait placé la nuit de son arrivée et avait disparu de la circulation pour ne réapparaître que le lendemain de ses dix-huit ans afin de réclamer son héritage, trois cents trente-quatre dollars en liquide et un album photo qu'ils n'avaient pas trouvé dans ses affaires. Jess et Hope Kem n'avaient jamais roulé sur l'or et la vente de leurs biens, comme stipulé dans le testament, n'avait qu'à grande peine remboursé leurs différents prêts, ne laissant ainsi qu'une poignée de billets et photos à leur fille.

Ils avaient eu des difficultés à conserver sa trace après sa réapparition. Des blancs étaient d'ailleurs toujours présents sur son C.V.. Depuis sa majorité, elle avait travaillé dans plusieurs bars et restaurants entre New-York et Washington avant d'atterrir au Monty's.

De tout ça, outre les résultats des tests négatifs, ils avaient seulement retenu qu'Alex Kem était synonyme de solitude. Le bilan était déprimant. Littéralement.

Cela aurait pu les apitoyer. Cela fit l'effet inverse. Ils se confortèrent dans l'idée qu'elle n'était pas la personne à plaindre, les dix ans manquants de sa vie allant dans ce sens. La serveuse cachait des choses, c'était indubitable. Et ces secrets, qu'ils soient révélés ou non, ne faisaient qu'appuyer cette impression. Elle n'était pas la jeune femme réservée, presque effacée qu'elle paraissait être. Qui était-elle ? Ils auraient bien voulu le savoir et espéraient le découvrir rapidement.

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Les résultats des tests pour détecter poudre et sang furent à chaque fois négatifs et Gibbs quitta la pièce tant pour ne pas montrer sa frustration que remettre à ses agents le matériel qu'ils lui avaient fourni. Il prit en échange les feuilles tendues par l'informaticien, venant confirmer ce qu'il savait déjà. Ils n'avaient aucun mobile, aucune preuve.

Lorsqu'il pénétra de nouveau dans la pièce, il prit le temps de détailler la jeune femme. Autour des un mètre soixante/soixante-dix, plus petite que lui, elle était vêtue d'un pantalon de toile gris et d'un débardeur d'un orange vif, presque fluo, sous une veste assortie au pantalon. Des baskets noires complétaient la tenue. Pour ce qui était des bijoux, elle portait seulement de petits anneaux d'argent aux oreilles et une montre du même métal, au bracelet de cuir sombre, au poignet gauche. Aucun vernis n'était visible sur ses ongles, pas plus que du maquillage sur son visage, et il se prit à penser que quelqu'un d'aussi simple dans son apparence ne pouvait pas être une mauvaise personne. Cela expliquait pourquoi le général Petersen s'était tourné vers elle lorsqu'il cherchait quelqu'un à qui parler sans pour autant attendre des conseils ou quoique ce soit en retour. Ce que cela n'expliquait pas en revanche, c'était pourquoi elle l'avait tué. Car, il en était convaincu, son instinct, tous ses sens même, le lui hurlait, elle était responsable de sa mort.

Mais, faute de preuve matériel, il lui faudrait des aveux. Ensuite il pourrait l'arrêter, lui lire ses droits, clore le dossier et, surtout, retrouver Abby.

- Alors ? s'enquit-elle pendant qu'il se rasseyait. Les résultats ?

- Négatifs, avoua-t-il de mauvaise grâce.

- Donc je peux partir ?

- Non.

- Mais je ne suis pas en état d'arrestation que je sache !

Au regard qu'il lui lança, elle comprit cependant qu'il était dans son intérêt de ne pas bouger de son siège.

- D'accord, soupira-t-elle, que voulez-vous savoir que je ne vous aurais pas encore dit ?

- Avez-vous tué le général Petersen ?

- Non.

Il y avait tant de conviction dans sa voix qu'il en vint presque à la croire. Presque.

- Connaissez-vous cette jeune femme ? demanda-t-il en lui présentant une photo d'Abby.

- Non, affirma-t-elle.

Et, cette fois, il la cru. Il était cependant toujours convaincu qu'elle n'était pas étrangère à ce qu'il lui était arrivé.

- Elle a disparu, dit-il.

La serveuse fronça les sourcils.

- En quoi cela me concerne-t-il ?

- Elle fait partie de mon équipe.

- Elle enquêtait aussi sur la mort de Wallace ?

- Wallace ?

- On était ami, je l'appelais par son prénom, il faisait de même. Et vous ne m'avez pas répondu.

- Elle a disparu en se rendant à l'endroit où a été tué le général Petersen.

- Ça veut dire oui alors ?

- Où est-elle ?

- Je n'en sais rien ! Comment…

- Où étiez-vous ces trois dernières heures.

- Au bar. Tous pourr…

- Et lors du meurtre du général ?

- Chez moi.

- Vous mentez !

- Mais non !

- Vous avez tué le général Wallace Petersen.

- C'est faux ! Je n'ai jam…

- Pour quelle raison ?

- Mais puisque je vous dis…

- Il n'avait aucun ennemi. Vous êtes la dernière personne à l'avoir vu vivant.

- Non ! C'est le…

- Pourquoi s'est-il garé aussi loin du bar ?

- Parce qu'il n'avait pas d'autre solution !

- Le parking n'était pas plein à son arrivée.

- Et alors ?

- Répondez ! Pourquoi s'est-il garé à cet endroit ?

- Je l'ignore ! Seul…

- Pourquoi l'avoir raccompagné ?

- Parce qu'il me l'a demandé !

- Il vous a menacé ?

- Non !

- A-t-il eu des propos ou des gestes déplacés vous concernant ?

- Mais non !

- Est-ce pour cette raison que vous l'avez tué ?

- Je ne l'ai pas tué !

- Où avez-vous trouvé l'arme ?

- Je n'en ai pas !

- Vous aviez des complices ?

- Pardon ?

- Ce sont eux qui ont l'arme ?

- Quoi ? Mais…

- Sont-ils responsable de la disparition d'Abigail Sciuto ?

- Qui ?

- Elle ! tonna-t-il en mettant la photo sous son nez.

- Je n'ai rien fait !

L'agent abattit son poing sur la table avec force, faisant trembler le meuble et amenant un mouvement de recul à la serveuse.

- Mensonge ! cracha-t-il.

Il pensa qu'elle allait paniquer, tout lui déballer. Au lieu de ça, sa peur reflua et elle opta pour une attitude stoïque.

- Je suis innocente de ce dont vous m'accusez, martela-t-elle d'une voix ferme teintée de reproches.

Gibbs lui décocha un regard assassin, puis s'empara du dossier sur la table, délaissant les photos du corps et d'Abby.

- Si vous ne m'arrêtez pas, vous devez me laisser partir !

- Vous partirez quand je l'autoriserai, répliqua-t-il férocement avant de quitter la pièce, non sans claquer la porte avec violence derrière lui.

La jeune femme croisa les bras et détourna les yeux vers le mur opposé, aussi furieuse que vexée de la situation. Elle était enfermée dans la salle, sans possibilité de sortie que le bon vouloir de l'agent. Elle ignorait combien de temps durerait son séjour au N.C.I.S., mais elle se doutait qu'elle ne sortirait pas tant qu'Abigail Sciuto aurait été retrouvée. Si elle avait de la chance !


Jeudi – 23h00 – Salle d'interrogatoire n°1 du N.C.I.S.

68 heures après la mort de Petersen

3 heures après la disparition d'Abby

La patience n'avait jamais était la première de ses qualités. C'était même l'inverse. D'habitude, il en faisait une force. Cela lui permettait de mettre la pression aux gens qu'il interrogeait et d'obtenir des réponses franches rapidement. Cette fois, cela lui avait nuit. Son impatience avait convaincu la serveuse de rester maîtresse d'elle-même. Au lieu d'exploser, elle s'était dominée. Et, bien qu'une telle situation se soit déjà produite, sa colère en avait été décuplée.

Gibbs prit le temps de se calmer avant de retourner dans la salle. Il lui fallut de longues minutes pour cela, mais c'était nécessaire. Il prenait l'affaire trop à cœur depuis qu'ils avaient constaté la disparition d'Abby et cela nuisait à son travail. Ce n'était pas pour rien que l'on écartait une personne d'une affaire quand un de ses proches était impliqué. Il en avait de nouveau la preuve.

Ses agents profitèrent de sa pause pour lui signifier la mise en place des équipes de recherches et l'absence de résultats jusqu'à présent pour retrouver la gothique. Présents lors de l'interrogatoire, ils ne se permirent cependant pas de juger sa façon de faire, convaincu que cet échec ne servirait qu'à briser son adversaire la fois suivante, comme c'était le cas en général. Ils donnèrent en revanche leurs avis sur la jeune femme, reflets plus ou moins similaires du sien.

Enfin, il regagna la pièce, son dossier toujours sous le bras. Il ne jeta pas un regard à la serveuse qui fit de même, les yeux rivés sur le mur à sa droite. Il s'installa sur la chaise libre et déposa le dossier sur la table. Il attrapa ensuite les différentes photos. Il en rangea la majorité, n'en conservant que deux. Il mit celle du général à la gauche de la jeune femme, celle d'Abby à sa droite, de façon à ce qu'elle les voit dans le bon sens. Il riva ensuite ses yeux clairs sur son visage, attendant de croiser les siens.

Plusieurs minutes passèrent sans que ni l'un ni l'autre ne daigne bouger. Lorsqu'il fut clair qu'elle ne ferait pas le premier pas, Gibbs se décida à parler.

- Vous taire ne changera pas la situation.

Elle tourna la tête vers lui, le gratifiant d'un regard noir.

- Parler non plus, rétorqua-t-elle.

- C'est ce que vous pensez.

- Je n'ai connais pas Abigail Sciuto, je n'ai pas tué Wallace Petersen, je ne sais pas ce qu'il leur est arrivé, ni qui en est responsable.

- Nous savons tous deux que c'est faux.

- Vous vous trompez, agent Gibbs. C'est la vérité, mais vous pensez que c'est faux. A moins de me faire passer au détecteur de mensonges, je ne pourrai pas vous le prouver. Mais je doute que vous croyiez les résultats de toute manière.

Elle avait raison, jamais il n'y croirait. Ce genre de machine pouvait être trompé.

- Ça a été le cas tout à l'heure avec vos tests, poursuivit-elle.

Là encore, elle marquait un point.

- Vous ne changerez donc pas d'avis sur moi.

Son visage s'assombrit et elle ajouta :

- J'ai l'impression que nous sommes dans une impasse.

Il prit le temps de croiser ses mains sur la table, décidé à ne pas s'emporter comme il l'avait fait plus tôt, avant de lui répondre.

- Dîtes-moi qui est derrière la disparition d'Abby Sciuto et je pourrai envisager de reconsidérer mon avis sur vous.

Elle eut un sourire désabusé.

- Envisager de reconsidérer ? releva-t-elle.

- Qui ? rétorqua-t-il.

Elle haussa les épaules.

- Comment voulez-vous que je le sache ? Je ne connais pas cette femme.

- Elle a disparu en se rendant sur une scène ce crime, celle où a été tué votre ami.

- Vous pensez que ça change quelque chose ?

- Oui.

Elle soupira.

- Je ne sais pas qui est le responsable. Je ne sais pas non plus si ça a à voir avec la mort de Wallace.

- Avec quoi d'autre ?

- Nous sommes en automne, il a beaucoup plu ces derniers jours. Votre collègue a peut-être eu un accident.

- Non.

- Vous êtes sûr ?

- Et vous ?

- Je sais que je n'y suis pour rien et j'ignore qui est derrière cette disparition. Alors c'est logique de se demander quoi à la place.

- Il n'y a aucun danger pour aller jusqu'à l'endroit où le général Petersen a été tué.

- Qu'est-ce-que vous voulez que je vous dise alors ?

- La vérité.

- Mais c'est la…

- Non, coupa-t-il durement, ça ne l'est pas.

- C'est ce que vous croyez. Mais vous avez tort ! Et plus tôt vous vous en rendrez compte, plus vite vous retrouverez mademoiselle Sciuto et le tueur.

Il attrapa les clichés sur la table et les lui mit sous les yeux.

- Regardez ces photos, ordonna-t-il. Dîtes-moi que vous n'y êtes pour rien !

- C'est le cas !

- Mensonge !

Elle repoussa ses mains.

- Pourquoi refusez-vous de parler ?

- Je ne refuse rien ! C'est vous…

- Qui protégez-vous ?

- Personne !

- Qui a tué le général Petersen ?

- Je ne sais pas !

- Où est Abby Sciuto ?

- Je n'en sais rien !

- Qui est responsable de sa disparition ? Vous ?

- Non !

- Un complice ?

- Non ! Je ne…

- Pourquoi avoir raccompagné le général à sa voiture ?

- Il n'y voyait rien !

- Pourquoi s'est-il garé si loin du bar ?

- Je ne sais pas ! Il n'y…

- Dîtes-moi la vérité !

- C'est la vérité ! explosa-t-elle en se levant brutalement, mains posées sur le bord de la table.

Elle le fusillait du regard. Sa respiration s'était faite plus rapide.

- Je ne suis pas responsable de ce dont vous m'accusez ! assena-t-elle avec force.

Il se leva à son tour.

- Arrêtez de me prendre pour un imbécile !

Elle fronça les sourcils, ramenant ses bras le long de son corps, et serra les poings.

- Vous ne changerez pas d'avis, dit-elle, vous être trop buté pour ça. J'espère seulement que personne n'en souffrira.

Elle recula et, après un dernier regard pour lui, gagna l'angle de la pièce. Sans lui accorder la moindre attention, elle s'adossa au mur et se laissa glisser au sol. Elle ramena ses jambes contre elle, les entoura de ses bras et fixa le mur devant elle avant de s'immobiliser. A partir de ce moment, plus un mot ne franchit ses lèvres.


Et un long chapitre, un !

J'espère que les commentaires seront au rendez-vous !