Note : Merci pour vos reviews ! Les points sont donc attribués aux tributs que vous avez choisis, et je vois déjà une nette préférence pour Seith. N'hésitez pas, chers lecteurs, a laissé un petit message, ne serait-ce que pour indiquer que vous lisez/avec lu mes chapitres, c'est toujours plus motivant de savoir qu'on a des lecteurs ! )
Ce chapitre est assez court, car je réalise vraiment les chapitres par thème (la moisson/les adieux/l'arrivée (ici)), le prochain chapitre « le spectacle » arrivera dans les prochains jours ! Merci à vous :)
Vous pouvez, par review sur ce chapitre-ci, attribuer un point au tribut de votre choix (que vous ayez déjà voté ou non au chapitre précédent, vous avez tous un point à attribuer PAR chapitre)
Chapitre III – L'arrivée au centre du nouveau régime
Exodus Keepling, district 6, la science
Le voyage me semble long, vraiment long. Ma mère essaie d'aborder tout ce qu'il est possible d'organiser avant mon entrée dans l'arène.
- Dans l'arène, il faudra que tu te comportes de façon exemplaire et impitoyable, tu m'entends ? Laisse de côté ta nonchalance, mais accentue ton air dédaigneux habituel. Et puis ils te couperont ta tignasse, ça te fera du bien.
- Et pourquoi ça ?
Des années que je les laisse pousser, je n'ai absolument pas envie qu'on coupe mes dreadlocks.
- Sais-tu combien de filles se sont fait attraper par les cheveux et trancher la gorge, dans les Hunger Games ? Des dizaines. Ma mentor avait eu l'intelligence de demander aux stylistes de me raser le crâne.
Mary Littlebig et sa sœur, Lyda, nous rejoignent.
- Le mieux, ce serait de vous allier, explique ma mère. Une vraie alliance, sur laquelle vous reposer, ne pas vous tuer jusqu'à ce qu'il ne reste que vous. Vous devez vous faire confiance, totalement.
- Très peu sont les tributs qui ont réussi à gagner les jeux en étant seuls de bout en bout, acquiesce Lyda. Vous serez bien plus forts, bien plus intelligents, vous irez plus loin.
Mary s'approche de moi et redonne de l'ordre dans ses longs cheveux roux avant de tendre sa main vers moi en haussant un sourcil. Elle a l'air suffisante et prétentieuse. Je ne sais pas si je peux lui faire confiance, moi qui suis loyal et fidèle dans mes engagements, j'attends la réciproque de tous ceux auprès de qui je m'engage.
- Alliés ? demande-t-elle.
Je regarde ma mère qui me pousse d'un simple regard à accepter cette main tendue.
- Alliés, je lui réponds.
Nekael Harper, district 3, l'astronomie
Je suis émerveillé devant le centre de l'ancien régime. Rien ne ressemble à chez nous ici, tout est de béton, tout est de pierre, de tuiles, d'ardoises. Je suis émerveillé, mais pas vraiment dans le bon sens du terme. Je suis émerveillé par la capacité de l'être humain à tout détruire, à prendre sa place là où elle n'est pas, à se penser supérieur à tout être, toute vie, toute chose.
Assis dans l'aérotrain arrêté, j'attends qu'on nous appelle pour sortir. Il est déjà 18heures. Je vois par les hublots la foule se presser autour du tapis d'entrée. Je ne veux pas être un spectacle, je veux rentrer chez moi, je veux me réveiller sous les étoiles une fois encore.
- Ça va ? me demande mon frère.
Je regarde Fabulus.
- Si je n'avais jamais gagné, tu ne serais pas ici.
Je ne réponds rien.
- Je ne te serais d'aucune aide dans l'arène, tu le sais ? Je ne saurais même pas te conseiller. Je n'ai jamais tué personne. Mon dernier adversaire est mort des blessures infligées par l'avant dernier.
- Je sais.
- Mais j'essaierai de te trouver des sponsors.
Il se détourne de moi et regarde par la fenêtre. Je n'aurais pas de sponsor. Je ne suis pas fort, pas puissant, je n'ai aucun muscle, je ne cours pas vite, je n'ai jamais manié aucune arme. Je ne pourrai jamais tuer quelqu'un. Jamais. Je n'ai aucun droit d'enlever la vie à quoi que ce soit sur terre. C'est fini pour moi, avant même d'avoir commencé.
Je peux toujours avoir l'espoir de gagner comme mon frère.
Nimue, l'autre tribut de mon district, parle avec sa grand-mère. Je l'entends dire qu'elle devrait gagner car Mars, Vénus et Pluton sont alignés que Mars est la planète de la guerre et que, comme elle vient de Pluton, c'est un signe des anciens dieux des astres lui annonçant sa victoire prochaine. Je ne pourrais donc même pas compter sur un allié dans mon district.
Deux signaux sonores et la porte de notre wagon s'ouvre. Une femme à la peau diaphane et aux cheveux violets entre, suivie de deux gardes. Elle salut notre hôtesse puis nos deux mentors et nous sourit enfin.
- Bonjour, je m'appelle Céleste Hawford et je suis votre styliste. Je vous demanderai de me suivre, nous devons vous préparer pour le défilé antique de demain soir.
Nimue et sa grand-mère la suivent en premières, elles parlent de tout et n'importe quoi –surtout n'importe quoi -. Fabulus reste silencieux. On nous amène à travers une foule qui nous acclame jusqu'à une estrade sur laquelle se trouvent déjà les tributs des districts 1 et 2. J'espère que les deux machine à tuer du premier district trouveront des adversaires à leur taille, histoire qu'ils disparaissent le plus vite possible de l'arène.
Aiko Li, district 10, la finance
Une fois que tous les districts sont arrivés, notre styliste nous emmène, Vright et moi, à la suite des districts 9. Nous pénétrons à l'intérieur de l'immense bâtiment réservé aux tributs.
- J'imagine que vous avez déjà deviné que le 10ème étage était le vôtre ?
- Non, mais merci de nous en informer, réponds Vright avec un ton amical.
L'ascenseur monte lentement les étages dans un silence total. On n'entend plus que des soupirs quasi-inaudibles. Je me concentre sur les battements de mon cœur, je contrôle ma respiration. Il faut que je continue de m'entraîner à la méditation si je veux être capable de garder mon sang-froid dans l'arène.
L'ascenseur s'arrête et la porte s'ouvre. Nous entrons dans un couloir avec seulement deux portes.
- Vous avez exactement la même chambre pour la semaine d'entrainement qui vous attend. Vous pourrez profiter de tout le confort des chaînes Ikaäu qui ont bien voulu s'occuper de meubler vos appartements.
J'imagine que nous sommes filmés, si notre styliste fait de la publicité pour un premier sponsor.
- A gauche, le garçon, à droite, la fille ! Et par galanterie, je commencerai avec toi Aiko.
La styliste ouvre la porte de mon appartement à l'aide d'un badge qu'elle me confie ensuite. J'entre derrière elle dans une immense et unique pièce. Un grand lit se trouve au milieu d'un des murs, en face, sur l'autre façade, un immense écran fait face à un canapé et une table basse. Dans un des coins, un espace cuisine avec micro-onde et réfrigérateur est installé. A l'opposé, un rideau de velours rouge ferme un espace carré qui doit être le coin eau. Le sol est fait d'une moquette moelleuse, et les murs sont crémeux, beige, saumon, avec une frise à motif couleur chocolat tout en haut. La lumière est légèrement tamisée, chaleureuse. Et une immense baie vitrée, que j'imagine incassable et inouvrable, laisse apercevoir l'horizon et les toits de la ville. Tout est fait pour que l'on si sente bien, c'est le dernier repas d'un condamné à mort.
- Est-ce qu'il y a des caméras ? je demande.
Elle me répond en désignant les quatre coins de la pièce du doigt.
- Oui, ici, ici, là et ici. Lorsque le voyant rouge est allumé, c'est qu'elles sont en état de marche. Elles peuvent s'allumer à tout moment, mais elles restent toujours éteintes de deux à six heures du matin. Maintenant, je vais devoir prendre tes mesures pour la tenue de demain. Les tissus et les dessins sont déjà préparés mais j'ai besoin de savoir tes tailles avant de découper les patrons. Allez, vite, vite, un long travail m'attend ! Ton mentor aura le droit de venir te voir d'ici une heure.
Je soupire : je n'ai aucune envie d'être exposée comme un animal. Mais c'est ce qui m'attend pour les deux prochaines à venir, autant me faire à l'idée tout de suite. Je lève les bras et ma styliste passe son mètre autour de moi.
Seith Helfryn, district 4, les énergies renouvelables
Mon styliste avait dit une heure. Cela fait déjà deux heures que je l'attends. Nous avons eu notre premier repas, seuls dans nos chambres. Apparemment, nous ne devons pas rencontrer les autres candidats avant le défilé de demain soir. J'ai allumé la télévision deux minutes, dans l'espoir de pouvoir mieux observer mes adversaires, mais tout ce que j'ai vu était le baiser que Gavyn m'avait donné, repasser en boucle, encore et encore, sous les commentaires des présentateurs. Je commence à m'inquiéter : après son excès de rage de cet après-midi, un nouvel écart et la présidente n'hésiterait pas à l'envoyer dans le district 12 pour le faire payer son arrogance. Mais elle a besoin de lui pour être mentor. Elle a besoin de lui, oui, c'est ça, elle a besoin de lui, elle ne peut rien lui faire. J'essaie de me rassurer tant bien que mal mais j'ai toujours une boule dans la gorge qui rend chaque déglutition difficile.
Quand soudain ma porte s'ouvre, je me retourne tellement brusquement du lit extra-moelleux, que j'en glisse et tombe par terre. Gavyn m'aide à me relever.
- Je te fais cet effet-là ? demande-t-il avec un sourire.
Il remet en ordre une mèche de ses cheveux blonds et pose sa main sur ma joue. Je lève les yeux vers la caméra dont l'œil me fixe, le voyant est allumé. Nous ne sommes pas forcément en direct, mais si quoique ce soit se passe, je suis sûr que tout sera rapidement enregistré. Je me détourne gentiment de Gavyn et me dirige vers le réfrigérateur.
- On t'a dit quelque chose, pour ce qu'il s'est passé ?
Je me baisse pour prendre deux bières dans le tiroir du frigo.
- Ton père m'a appelé, il est furieux.
- Ca, j'en ai franchement rien à foutre.
Il sait la relation que j'entretiens avec mon père, il sait que j'ai été l'exutoire de sa violence depuis que maman est morte. Je n'ai aucun compte à lui rendre : depuis que j'ai quinze ans, Gavyn est le seul sur qui j'ai vraiment pu me reposer, le seul à qui j'ai donné ma confiance, mes frères et sœurs ont toujours été trop occupés par leurs petits problèmes personnels pour vraiment faire attention à moi. Mais notre relation affective s'est transformée en relation amoureuse depuis seulement un mois : lorsque j'ai été assez courageux pour lui dire ce que je ressentais vraiment pour lui.
Je lui tends une des deux bières et m'assieds dans le canapé. J'allume la télé, et cette fois-ci, ce sont les autres candidats qui apparaissent. Ils font des fiches récapitulatives de chacun et je vois s'afficher le visage souriant de Lilly Meyer, ma « co-tribut ».
- Je pense que tu peux t'allier avec celle-là, elle a l'air fiable, et bien plus forte que son frère. Il a pourtant gagné, si tu vois ce que je veux dire.
- On s'est déjà mis d'accord pour s'associer.
Gavyn tourne la tête vers moi, l'air sévère.
- Tu comprends que tu vas devoir être redoutable et sans pitié ?
J'acquiesce d'un signe de tête et Gavyn saisit mon menton pour planter son regard dans le mien.
- Vraiment sans pitié, je veux dire. Si tu croises quelqu'un, tu le tues. S'il n'y a plus que toi et un de tes alliés, tu le tues. Ne t'attaches pas, ne te fais pas d'amis, il n'y aura qu'un vainqueur.
- Je sais, Gavyn, je sais.
Il reste un instant les yeux plantés dans les miens, son visage à quelques centimètres seulement. Puis, il jette un coup d'œil à sa montre.
- L'un des techniciens me devait une faveur, j'ai pu obtenir qu'il coupe les caméras de ta chambre à vingt heures.
Je regarde l'heure sur la télé : 20 : 03. Gavyn me saute alors dessus, enfouit une main dans mes cheveux bouclés et se presse contre moi.
- Si on a qu'une semaine, murmure-t-il tout contre mes lèvres, je veux en profiter un maximum.
Ses mains descendent sur ma chemise et sans prendre la peine d'en défaire les boutons, il l'arrache violemment.
Wanda Jones, district 11, la haute couture
Je me réveille en sursaut, plein de sueur. Je me dépêche d'ôter tous ces draps trop doux, trop chauds, trop moelleux, de mon corps. J'ai besoin d'air, j'ai besoin de respirer... Je n'arrive plus à respirer. J'inspire, j'expire, mais je ne sens rien, rien dans mes poumons. Je ne sais plus respirer. J'ai besoin de sortir. Il faut que je sorte d'ici, je dois sortir d'ici. Sans prendre la peine de mettre quoi que ce soit sur mes épaules, je prends mon badge et ouvre la porte d'entrée. Nous avons normalement accès au toit, à ce qu'a dit mon grand-père tout à l'heure. Je prends l'ascenseur, toujours en pleine crise de panique, et la porte s'ouvre enfin dans l'air frais de la nuit. Je frémis légèrement à cause du vent glacial qui fouette mon visage à la première bourrasque. Mais toute la pression retombe doucement, mes muscles se décontractent, mes mains se décrispent, et je me remets à respirer normalement.
J'aurais dû sonner chez Diego, mais je ne voulais pas le réveiller et l'embêter avec mes frayeurs nocturnes. J'ai de toutes façons de plus en plus de mal à le regarder en face. C'est mon meilleur ami depuis quatre ans maintenant. Je ne peux pas tuer mon meilleur ami, je ne peux pas le laisser mourir non plus. Je devrais me sacrifier, tout faire pour le sauver puis me sacrifier. Je devrais. J'ai peur de mourir. J'ai peur du néant, du vide, de ne plus rien être.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?
Je sursaute en retenant un cri, surprise dans ma crise existentielle. Je reconnais Nekael Harper, le district 3, à ses cheveux bouclés, longs pour un garçon, ses grands yeux bleus et ses taches de rousseur. Il est allongé par terre, le buste relevé à l'aide de ses coudes.
- Et toi, qu'est-ce que tu fais là ? je réponds, avec un air de défi.
- Je n'arrive à dormir qu'en regardant les étoiles.
Il se recouche comme si je n'étais pas là. Je lève les yeux. La cloche transparente qui nous protège de tout suicide est ouverte, au-dessus de nous. Les étoiles, par milliers, brillent dans un ciel noir sans nuage.
- Je peux m'allonger avec toi ? je demande.
Il accepte silencieusement et je m'installe à quelques centimètres de lui, les yeux rivés sur le ciel.
- Tu sais, dit-il, quand on sera dans l'arène, le ciel et les étoiles seront les mêmes. Je les regarderai tous les soirs avant d'être tué, pour me rappeler qui je suis et d'où je viens.
- Tu ne mourras peut-être pas.
Il rigole, d'un rire frais et sincère.
- J'ai déjà fait mon deuil.
- Tu n'as pas peur de mourir ?
Il secoue la tête et se tourne vers moi :
- Non, parce que quand je serai mort, j'irai observer le monde avec les étoiles.
fin du chapitre
