Chapitre 3 : Familier ?

Louise se réveilla avec les premiers rayons du soleil. Elle se leva de son lit avec un grognement mécanique. Le fait de ne pas pouvoir utiliser de magie sans la faire exploser dans la figure la forçait à se lever tôt pour se préparer. De toute façon, la jeune fille était une lève tôt. Comme à son habitude, elle pris son temps, passant une bonne heure à profiter de l'eau chaude de son bain, dans une petite pièce attenante. Ce fut d'ailleurs en sortant de celle-ci qu'elle se rendit compte que quelque chose manquait…ou plutôt, quelqu'un.

Guiche, tranquillement installé à la fontaine du hall, discutant avec la jeune fille de Montmorency, fut totalement pris au dépourvu quand une Louise complètement échevelée débarqua dans le hall. Celle-ci réussi à articuler entre deux grandes inspirations haletantes :

- Guiche…aide-moi…à trouver ce clébard !

- D-de quoi ?

- …Il s'est enfuit ! Mon familier s'est enfuit !

Link, toujours assoupis à l'entrée de l'écurie, n'était pas au courant de l'agitation causée par les élèves lancés à sa recherche, hilares de ce qui arrivait à sa maîtresse…et la colère noire de celle-ci. Aussi, fut-il surpris de voir tant de gens accourir vers lui, accompagnés de leur compagnons récemment acquis, pour l'acculer dans un coin de la cour. Les plus excités par cette « chasse au loup » furent cependant bien vite refroidit par le grondement de mise à garde du canidé. Le message était clair : « Tu me touche ? J'te bouffe. »

Le son menaçant fut coupé lorsqu'une voix tonitruante retenti, prononçant des mots aux sonorités familières…

Mais pourquoi diable parle-t-il de volaille ?

L'hylien n'eut guère le temps de se poser d'avantage de question, qu'il fut soulevé du sol par une force mystérieuse. Il fut tellement surpris – et un peu effrayé, il fallait l'avouer- qu'il lâcha un glapissement penaud.

- Un chien devrait rester à sa place au pied de son maître, se moqua Guiche, hautain. Je vais t'apprendre les bonnes manières !

Le loup fut balloté dans les airs, guidé par la rose qu'agitait le magicien blond comme une baguette de chef d'orchestre. Cette situation fort désagréable lui donnait la nausée.

Dès qu'il me dépose je lui fait sa fête ! Oh purée je vais vomir…

- Guiche ! Je t'ai demandé de m'aider à le retrouver, pas de le punir !

La jeune fille à la chevelure rose étonnante qui l'avait amené dans ce monde arriva. Elle martelait le sol d'un pas décidé alors qu'elle s'avançait vers eux. Le dit Guiche mis fin à son sort, laissant le loup s'affaler au sol lourdement. Link ne se releva tout de suite, et alors qu'il luttait contre son envie de vomir – encore plus désagréable sous cette forme – l'adolescente lui passa quelque chose autour du cou. Il fut étonné lorsque, voulant donner une leçon au blondinet, son élan fut arrêté par un coup sec, coupant momentanément son souffle. Derrière lui, la jeune fille, Louise, s'il se souvenait bien, tenait une chaine fine dans les mains dont la fonction ne faisait aucun doute.

Dites-moi que je rêve !

Le Héro anonyme était outré, et bien que le choc le laissa figé sur place, tout son corps tremblait d'une rage difficilement soutenue. Le jeune homme n'aimait pas être le centre d'attentions, jugées encombrantes dans sa vie qu'il souhaitait tranquille…au moins d'un point de vu social. Si on le reconnaissait pas dans la rue, tant mieux, mais s'il y avait une chose que son ego ne supporterait jamais, c'était qu'on le sous-estime.

J'ai l'air d'un gentil toutou que tu peux promener en laisse peut-être ?!

Louise serra sa main sur la laisse, sans pouvoir autant l'empêcher de trembler. Le regard de son familier était si pénétrant ! Ces deux orbes saphirs aux éclats d'améthyste, derrière cette lueur acérée et prédatrice, contenaient tant d'émotions vives qu'elle avait l'impression de les entendre résonner dans sa poitrine. Il était clair que le loup avait une fierté, qu'elle avait blessée en lui passant un collier autour du coup comme à un chien. C'était-il enfui à cause de cette fierté qui l'empêchait d'accepter d'être à son service ? Etait-ce seulement possible ?

Et si je n'avais réussi qu'une partie du sort ? Sans les runes du Familier, le Contrat ne sera jamais valide…et il sera libre de partir.

La simple idée d'avoir raté ce sort lui faisait monter les larmes aux yeux. Pas une seule ne coula pourtant. Elle avait l'habitude. Si elle pleurait, cela sonnerait définitivement sa défaite.

Je ne perdrais pas !

Et ce fut ce que le loup lu dans ses prunelles à la couleur surnaturelle. La colère ne s'en irait pas facilement – même si Link n'était pas du genre rancunier – mais la curiosité l'emportait. Le jeune bretteur se demandait à qui était adressée cette lueur de défit dans le regard de cette jeune fille. Il ne se sentait pas directement visé, mais quelque chose lui soufflait qu'il avait sa part là-dedans. Allez savoir pourquoi, cela lui procura un sentiment d'excitation qu'il n'avait pas ressenti depuis…oh, il ne le savait pas lui-même.

Leur combat de regard fut interrompu par l'arrivée du professeur Colbert. Ce dernier était mécontent de l'attitude des élèves : ils mettaient la pagaille dans l'Académie et sautaient le petit déjeuner, retardant ainsi les cours, pour donner la chasse à un familier ? Qui plus est celui qui n'était pas – pour être franc – normal ?

- Retournez au réfectoire ! Et dans la discipline ! ordonna-t-il d'une voix ferme. Vos familiers mangeront dehors dans la cour du Cantinier.

Louise allait suivre le reste des élèves, quand, elle aussi, fut tirée en arrière. Le loup, s'était assis, refusant de bouger. La petite magicienne tira un coup sur la laisse pour le forcer, mais rien y fit. Tout ce qu'elle eut comme réaction fut un rictus moqueur (assez glauque l'image en fin de compte). Il ne fallait pas être devin pour comprendre que le canidé sauvage se fichait d'elle et lui rendait la pareille.

- Mademoiselle Louise, y-a-t-il un problème avec votre familier ?

- Il…il n'était pas là quand je me suis éveillée se matin, j'ai cru…

La petite adolescente n'osait pas avouer ses suspicions quand à l'échec partiel de son invocation. Si elle n'était même pas capable de réaliser ce sort, que vaudrait sa vie en tant que mage ? Rien du tout. Le professeur soupira. Il ne lui en fallait pas plus pour comprendre la situation : quel mage tiendrait son familier en laisse comme un animal de compagnie ? Un coup d'œil vers ce dernier lui indiqua que le concerné ne comprenait pas de quoi parlaient les deux humains devant lui.

L'intelligence de ce familier est surprenante. Est-ce une créature magique puissante ou un véritable humain ? se questionna-t-il.

Le comportement de la créature invoquée était anormal. En général, les premiers jours, les familiers ne quittaient pas leur maître d'une semelle, instaurant ainsi un lien étroit avec ceux-ci. Cela avait tendance à poser quelques problèmes parfois (d'ailleurs, il fallait qu'il soumette le problème concernant le familier de la petite Tabitha. Il était si gros qu'il ne pouvait l'accompagner nul-part !).

La réaction lors du marquage des runes lors de la cérémonie était étrange, remarqua-t-il. Cela devrait expliquer pas mal de choses.

Le professeur espérait que cela ne rendra pas la relation entre Louise et son compagnon plus difficile…Quoique, là, cela ne partait déjà pas sur un bon pied.

- Il semble qu'il soit nécessaire d'avoir une discussion avec votre familier, finit-il par dire. Je crains qu'il ne comprenne pas ce qui lui arrive. Alors soyez détaillée dans vos explications.

- Oui…professeur.

Louise lâcha un soupire ennuyé. Pourquoi devait-elle faire ça ? Est-ce que les autres l'avaient fait lorsqu'ils avaient passé la nuit toute entière à faire connaissance avec leur familier ?

La jeune magicienne rejoignit les autres élèves dans le réfectoire, une immense salle longée par des colonnes faisant penser aux troncs d'arbres de pierre immense, dont les cimes se perdraient dans les hauteurs vertigineuses du plafond, et les fruits seraient les majestueux lustres en cristaux supportant une bonne trentaine de bougies chacun. Link en fut époustouflé, jamais de sa vie il n'avait vu pareille architecture. Bien qu'elle lui rappelait certaines pièces des nombreux temples anciens qu'il a pu explorer, il y avait quelque chose de surnaturel dans la hauteur du plafond, et l'éclairage. On y voyait comme en plein jour, sans qu'il y ait l'ombre d'une fenêtre !

Le bruit assourdissant des élèves discutant et s'installant dans des raclements de chaises contre le carrelage en damier, se tari rapidement à l'entrée de la magicienne et de son familier tenu en laisse. Ceux qui étaient au courant s'échangeaient des regards complices et des commentaires moqueurs chuchotés à l'oreille, tandis que les autres regardaient les deux arrivants avec une perplexité non dissimulée.

C'est dans ce pseudo silence, un peu tendu, que Louise pris place sur son siège attitré, entre deux camarades de classe. Le loup s'assis à ses pieds. Ses yeux scannaient la pièce avec une certaine froideur, on pouvait presque entendre les rouages et engrenages de son cerveau tourner dans sa tête. Il n'avait pas l'air très fort comparé au la salamandre des montagnes de Kirche…

Mais, ce qui est sûr, c'est qu'il est bien plus intelligent que les autres familiers, songea Louise.

Le seul à pouvoir potentiellement rivaliser d'intelligence avec le loup, était le dragon ryme de Tabitha.

Très vite, le petit déjeuner fut servi et la prière du matin retenti dans la pièce, le son des voix unies amplifié comme dans une cathédrale au plafond vouté.

Brimir ? Est-ce le dieu créateur de ce monde ? Un Gardien ?

Link espérait juste que les habitants de ce monde soient tolérants vis-à-vis des autres religions…Non pas qu'ils pouvaient condamner celle d'un autre monde, non ? Et puis il y avait son apparence. Pour l'instant, il n'avait pas vu de grande différence de morphologie parmi eux, pas plus que par chez lui, surtout qu'à l'adolescence, le corps n'avait pas fini de se sculpter. Détail quand même non négligeable : ils avaient tous des oreilles bien rondes. Ses longues oreilles, qui se remarquaient même au sein d'Hyrule, risquaient de provoquer des réactions peu plaisantes.

Mieux vaut les cacher, pensa-t-il. Heureusement, je pourrais les dissimuler sous ma capuche quand je serai sous ma forme humaine.

Cependant, le jeune homme décida de rester un peu plus longtemps sous sa forme animale. Cette dernière le rassurait dans les situations inconnues, car ses sens en étaient plus accrus. Les gens de ce monde semblaient être parfaitement à l'aise avec des créatures pour le moins étranges (comme l'espèce de gros œil volant qui lui avait donné des sueurs froides), son apparence animale devrait, pour une fois, lui éviter des ennuis.

Le fil de ses pensées fut interrompu par l'odeur alléchante de viande qui émanait des tables. Il pouvait presque sentir le goût de la graisse animale fondante, agrémentée de quelques herbes, sur la langue. Il y a si longtemps qu'il n'avait pas eut autre chose que de la viande séchée et des morceaux de cactus ! Son cerveau embrumé par la délicieuse odeur fut très vite remplacé par son estomac, laissant ses instincts prendre les commandes. Louise fut surprise quand elle senti quelque chose lui tapota le coude, manquant de lui faire lâcher sa fourchette. A ses pieds, le loup la regardait, une lueur de gourmandise dans les yeux, et si elle n'avait pas compris le message, le gargouillement bruyant qui retenti ne pouvait pas être plus efficace.

- Pas la peine de faire tes yeux de chien battu. Tu auras ta part avec les autres.

L'adolescente retourna à son assiette, bien déterminée à ne pas se donner d'avantage en spectacle. De quoi aurait-elle l'air si elle cédait au caprice du canidé sauvage comme ces femmes complètement folles de leur chien ? Déjà que l'effet de la chaine attachée au cou du loup rendait pas mal d'élèves autour d'elle hilares… Cependant, ce n'était pas ça qui allait faire renoncer son familier. Ce dernier se lève soudainement et pose ses pattes sur la table. Sa taille, bien au-dessus de la moyenne, s'affichait d'avantage. Les élèves attablés autour d'eux s'écartèrent, impressionné par ce gros chien qui les dépassait d'une tête ou deux. Louise allait le réprimander violemment : Il n'allait quand même pas se servir dans son assiette ?! Cependant, l'animal resta immobile, se contentant de battre avec une anticipation retenue la queue pendant qu'il fixait les quelques tranches de bacon restés intouchés dans un coin de son assiette. Quand l'adolescente croisa son regard, le loup émit un petit jappement plaintif au message clair : « Ne sois pas radine, je sais que tu n'en veux pas. »

En tout cas, elle ne perdait rien à lui donner ces tranches de bacon. Elle détestait manger de la viande de bon matin. Du bout des doigts, Louise lui tendit une tranche, au grand bonheur de Link, qui salivait déjà. Délicatement, il se saisit du bout viande et le goba d'un coup. Quel dommage que cette forme ne lui permette pas de mâcher ! Le bonheur aurait duré plus longtemps ! Heureusement, il y en restait encore. Après cette petite gâterie, il se lécha plusieurs fois les babines, espérant encore y trouver le goût du bacon. Ce petit spectacle attira la curiosité des premières années, encore dépourvu de compagnon, et les plus proches lui tendirent d'autres tranches ou encore quelques œufs durs. En temps normal, Link n'aurait pas vraiment apprécié d'être pris pour un animal de compagnie, mais l'estomac avait moins de fierté, surtout quand les papilles étaient aussi bien stimulées. Quand le cuisinier intervint pour que l'agitation cesse dans le réfectoire, le loup était déjà bien repu.

- Je suppose que tu ne voudras pas des croquettes qu'on a préparé ?

L'homme éclata de rire à la réaction, très humainement outrée, du loup.

- Bah ! Ca fait toujours plaisir de savoir qu'on apprécie ma cuisine !

Le petit déjeuné terminé, la grande salle se vida peu à peu. Louise et Link partirent parmi les derniers. Les premières et les troisièmes années se rendirent dans leur salle de classe, tandis que les secondes années se précipitaient vers leurs nouveaux compagnons. La jeune aristocrate déambula dans la cour juste à l'extérieur du réfectoire, où avait été installé des tables rondes et des chaises en fer forgé, avant de trouver un coin tranquille, à l'écart des conversations. Assise à cette table isolée, la petite magicienne réfléchissait à comment expliquer au loup sa situation. Son intuition lui soufflait qu'il n'était pas certain que ce dernier apprécie son statut de familier. De son côté, Link laissait l'adolescente arranger ses idées. Il profitait du beau temps : le ciel était dégagé, la brise un peu fraiche…Tout était réuni pour piquer une sieste. Il commençait à somnoler quand une voix un peu hésitante le tira de son état léthargique :

- Tu…tu voudrais bien te retransformer en humain ? Ce sera plus facile…pour discuter.

Le familier hésita un instant, regardant autour de lui, et ne voyant personne regarder dans leur direction, se releva. Un nuage d'étrange matière noire enveloppa son corps alors que ce dernier se dressait sur ses postérieurs. Lorsque le nuage noir se dissipa, un homme avait remplacé le loup. Il n'était pas particulièrement grand, plus petit qu'en posture bipède dans sa forme canine. A vrai dire, même s'il dépassait Louise d'une bonne tête, il était plus petit que la plupart des adultes qu'elle avait pu rencontrer.

Il doit avoir mon âge.

Le jeune homme était vêtu bizarrement. Une longue cape recouvrait son corps quasi-entièrement, s'arrêtant au niveau des genoux, et une capuche pointue, d'où s'échappait quelques mèches blond-cendré, recouvrait sa tête, rendant ses traits plus difficiles à détailler. Les plus marquants étaient ses yeux, de la couleur du ciel, réchauffée par des reflets aux couleurs chatoyantes du crépuscule. Son regard était acéré, comme ceux du loup, mais bien plus humain, l'instinct de la bête caché dans le gouffre sombre de ses pupilles. Ca et là, il y avait des traces de sang séché et de sable. Il n'était pas difficile de comprendre que la petite magicienne l'avait interrompu en plein voyage, et que ce dernier ne semblait pas de tout repos.

Sans dire un mot, Link s'installa en face d'elle, ses mains aux doigts entrelacés posés sur la table. Il attendait des explications, que Louise donna en détails. Un silence suivit le long monologue de la jeune aristocrate, pendant lequel l'hylien l'assimilait lentement. Mais ce qui lui laissait vraiment un goût amer dans la bouche, c'était cette histoire de familier.

Bon, c'est pas comme si je n'avais pas eu le choix.

En effet, il aurait très bien pu ignorer sa curiosité et se tenir éloigné de ce…portail ?

Et puis, je ne suis pas mort.

Le fait qu'il acceptait sa condition ne signifiait pas pour autant qu'il l'appréciait. Parce que, franchement, cette méthode était plutôt proche du kidnapping. Autour de lui, les autres créatures semblaient heureuses, et les mages à leur côté semblaient ravis. Une ambiance de bonne entente émanaient d'eux…si on oubliait les runes plus ou moins subtilement visible sur le corps des familiers. La marque avait l'apparence d'un tatouage, et la couleur était à peine plus foncée que la surface (peau, poils, écaille ou plume) sur laquelle elle était apparue. Malgré la discrétion de la marque runique, Link ne pouvait ignoré la douleur, comme s'il avait été marqué au fer rouge. L'idée de voir cette chose tamponnée sur sa main était des plus désagréable. Il fut pourtant surpris -agréablement- de ne rien voir. Sa joie ne dura pas longtemps. Si le dos de sa main était vierge de toute marque, le fer qui ne quittait jamais la patte du loup se retrouvait attachée à son poignet. Les runes étaient là, gravée dans le fer - étrangement transparent - avec élégance, brillant d'une légère lueur dorée, à peine perceptible.

Cette chaîne, associée à des biens mauvaises expériences, provoqua une expression sombre, presque colérique, sur le visage de l'hylien.

Louise vit son expression pensive se muer en mécontentement affiché. Elle se préparait à une explosion de colère et d'indignation. Mais elle ne reculerait pas ! Elle n'aura pas droit à une autre chance ! Son expression déterminée s'effondra lorsque, en suivant le regard de son familier, elle posa les yeux sur ce qui lui enserrait le poignet.

- Hein ?! Mais qu'est-ce que…?!

Pas étonnant qu'il soit mécontent ! On dirait qu'il est devenu mon esclave !

- C'était déjà là avant.

La voix du jeune homme calma immédiatement l'adolescente. Pour être honnête, elle était surtout prise au dépourvu. Bien sûr, elle ne pansait pas qu'il était muet, mais depuis le début, elle n'avait pas encore eut l'occasion de communiquer aussi directement avec lui. Louise était également un peu intimidée : son attitude imposante et sa voix baryton étaient totalement à l'opposé de son physique que l'on aurait pu qualifié de frêle…ou du moins pas bien costaud.

- Je…je ne comprend pas…

Elle n'apparaît que lorsque je me transforme en loup…normalement…

- Ah…

L'atmosphère à leur table était gênante. D'habitude, Louise était une personne plutôt bavarde, mais l'homme en face d'elle ne semblait pas être quelqu'un qui s'épanchait beaucoup en parole. Sans compter qu'il y avait de forte chance qu'il soit un étranger complet et que le comportement de l'adolescente pourrait provoquer la colère de ce dernier. Pour la première fois de sa vie, Louise devait faire preuve de prudence, comme ses parents lors de rencontres diplomatiques avec leurs voisins de Germania qui ont le sang chaud. Elle ne savait pas trop comment continuer la discussion. Elle avait expliqué les bases : les nobles pouvaient utiliser la magie alors que les roturiers en étaient incapables cette cérémonie du Contrat du Familier était un rituel d'invocation ancien qui permettait de trouver une créature compatible avec un mage pour devenir son compagnon…Sincèrement, elle ne savait pas exactement quoi d'autre elle aurait pu ajouter.

- Et ? Quelles sont les closes du contrat ? demanda le jeune homme.

- Hein ?

-Tout contrat a deux côté. Chaque partie doit remplir sa part.

Un petit sourire calculateur apparu sur les lèvres du jeune homme. L'ombre de la capuche appuyant sur l'éclat de ses yeux vifs, l'expression de ce dernier avait un côté mystérieux et, sans mentir, un peu dangereux. Louise avait l'impression de signer un pacte avec un de ces démons dont parlent les légendes. Mais la jeune fille se repris bien vite et répondit à la question.

- Ah ! La plus part du temps, le familier aide son maître en fonction de ses capacités : ça peut être tout et n'importe quoi. En contre partie, ce dernier est protégé des chasseurs et reçoit une ou plusieurs capacités, là aussi cela est très varié. Le plus commun est le don de communication par langage humain ou la télépathie.

C'est un peu tordu comme méthode mais je suppose que c'est mieux que l'esclavage. Ce n'est pas totalement à sens unique.

- D'après ce que tu viens de dire, invoquer un autre être humain n'est pas chose courante.

- Je n'ai jamais entendu parler d'un autre cas. Je ne suis pas sûr non plus de ton statut. Je suppose que cela pourrait être similaire à un servant ou un garde du corps ou conseiller…

Link resta pensif. En clair, le rôle du familier est varié en fonction de ses capacités et des besoins du mage qui l'a invoqué. Le sien serait plutôt servant ou garde du corps. Le jeune hylien lâcha un soupir. Voilà quelque chose qui rappelle des souvenirs ! En espérant que la nouvelle « petite princesse » ne soit pas comme celle qui prenait son dos pour un matelas ! Cette situation ne lui plaisait pas trop, mais il n'avait pas le choix. Il espérait quand même pouvoir trouver un moyen de renter chez lui. En attendant, il allait devoir se plier aux règles de ce contrat. Tout cela le rendait tendu comme un arc. Il n'avait pas fait beaucoup d'effort, mais il avait déjà les muscles fatigués et douloureux. D'un geste mécanique, il passa une main sur la nuque…avant de se figer.

Ne me dites pas que je suis actuellement sous ma forme humaine avec ce fichu collier !? réalisa-t-il.

Ses oreilles, dissimulées sous la capuche, prirent une teinte pivoine. Comment ne pas être déjà mort de honte ? Même les railleries de Midona sonnerait douces et mielleuses à côté de ça !

Lentement, Link défit cet objet maudit et le tendis à la personne en face de lui.

- Je n'ai nulle part où aller. Ce genre de chose est…inutile.

Quand la réalisation la frappa, Louise devint plus rouge qu'une tomate. Ce collier était un cadeau de sa sœur aîné Eléonore ! Cette dernière avait un penchant sadique en plus d'un caractère bien trempé, ce qui, il fallait honnête, ne l'aidait pas dans son projet de mariage.

- C-ce n'est pas du tout ce que tu crois ! Je n'ai pas ce g-genre d-d'idées vulgaires !

Elle était tellement embarrassée qu'elle s'en mordit la langue en parlant. Les larmes lui montèrent aux yeux rapidement, surprenant Link qui ne s'attendait pas à une telle réaction. Il ne savait pas pourquoi elle faisait allusion à ce…genre d'intérêt, mais cela lui rappela un autre détail qui provoqua de nouveau une montée de chaleur dans ses joues.

- Euh… Louise, c'est ça ? Il y a un petit détail dont je voudrais te parler.

- L-lequel ?

- C'est…c'est obligé pour la cérémonie ? Le…le baisé ?

A cet instant, le jeune bretteur soupçonnait ses mèches blondes d'avoir pris la même teinte surprenante que ceux de son interlocutrice, dont la tête était devenue instantanément de cette même couleur. On aurait dit que son visage était fait de barbe-à-papa.

- Je suppose ? répondit-elle d'une toute petite voix

Un silence embarrassé suivit ce court échange, chacun pensant à ce précieux premier baisé perdu. Oui, premier, parce qu'il ne comptait pas les quelques bouches à bouches qu'avait dû pratiquer la princesse du Crépuscule.

« J'étais sous ma forme de loup. Ca ne compte pas. » avait-il répondu à Midona qui l'avait taquiné sur le sujet.

C'était l'une des rares fois où il avait pu stopper cette machine à moquerie…mais il n'avait pas osé lui rendre la pareille. Qui sait, elle aurait pu trouvé une contre-attaque plus violente encore ! Il regrettait quand même un peu de ne pas être allé jusqu'au bout de sa lancée cette fois là.

- Tu…tu connais mon nom, mais je ne connais pas encore le tien, commenta Louise, brisant ainsi le silence.

- Link. Je m'appelle Link…se présenta-t-il en tendant le bras pour une poignée de main. J'ai entendu ta voix, petite Louise.