Chapitre 2 : Graham Mackenzie

Lorsque Pomona Chourave poussa la porte de la serre trois, un courant d'air chaud vint dénouer quelques mèches rebelles de sous son petit chapeau pointu sali par le travail de Botaniste. La serre numéro trois était celle que préférait Mary car où qu'ils posaient les yeux, une plante magique s'y trouvait. Les élèves de cinquième année se disposèrent autour d'une grande table couverte de traces de terres séchée par la chaleur de cet endroit. Mary, accompagnée par ses trois meilleurs amis, se plaça le plus près du professeur pour bien en entendre les instructions. Ce qui, sans étonnement déplu aux garçons qui arboraient un air renfrogné. A sa gauche Neville était accompagné de Seamus et Dean. Les odeurs de fleurs d'automne se mélangeaient très mal avec celle de l'Empestine du mimbulus mimbletonia, venant titiller l'odorat affûté de la jeune fille qui en fit part à Eliott. Le cours se déroula mystérieusement sans encombre. Au contraire, Mary avait fait gagné quinze points à Gryffondor en répondant juste aux questions du professeur Chourave concernant la leçon sur les tentaculas vénéneuses. Certains même la remercièrent. Elle ne s'étonna elle-même d'ailleurs. Ce devait être l'entrevue avec Dumbledore de la veille qui hantait encore son esprit et l'empêchait de remplir son quota de maladresse pour la journée ce qui n'était pas pour lui déplaire.

Lorsque les élèves de Gryffondor et ceux de Serpentard se préparèrent pour le cours de potion qui suivrait, Mary profita du chemin qui séparait les deux salles pour parler avec les trois jeunes hommes qui lui servaient d'amis. William posa son grand bras sur les épaules de sa « petite sœur » comme pour la rassurer.

Mes parents ne veulent pas que je vienne chez toi pour les vacances de Noël. On a de la famille qui vient spécialement de France. Avoua-t-il désolé. Je voulais vraiment venir, tu sais.

Ce n'est pas grave, Will. Je ne vais pas en mourir et puis ça sera l'occasion de faire un peu plus connaissance avec les Boyne. Ria la petite brune glissant ses doigts entre ceux de son ami. Ils ont l'air sympa.

Tu sais que ce n'est pas en restant cloitré dans ta chambre toute la journée que tu apprendras à cohabiter avec eux. Lança Thomas plutôt fier de sa remarque très psychologique.

La vérité sortait de la bouche de celui dont on s'y attendait le moins. Mary esquissa un sourire en l'imaginant derrière un bureau vernis, de petites lunettes rectangulaires sur son nez et une plaque à son nom en dessous duquel sa profession était précisée en caractères italiques dorés. « Qu'est-ce que j'ferais sans vous, les gars. » Sa pensée sembla si forte que William la serra dans ses grands bras chaleureux.

En réalité, la petite Mackenzie n'aimait pas sa nouvelle famille. Après quatre longues années, ils avaient finalement décidé de prendre les choses en main et de sortir Mary de son antre pour se rapprocher d'elle. Le fait qu'ils aient envie de la connaître ne la dérangeait pas, c'est surtout le fait qu'ils aient attendu aussi longtemps, comme si Mary étaient encore trop fragile pour leur parler. Et toi Eliott ? S'exclama William en le bousculant légèrement. Ce qui n'était pas du tout le cas, elle ne les aimait pas voilà tout et ne comprenait toujours pas pourquoi le docteur Becket l'avait envoyé chez eux. Ils ne supportaient pas qu'Angus se couche sur le canapé quand elle regardait la télévision, ni qu'il fasse ses besoins dans le jardin, ni qu'il aboie le matin et encore moins qu'il lèche le fond de l'assiette de Mary. Ils étaient maniaques sur les bords et la punissaient lorsqu'elle marchait pieds nus dans l'herbe –oui, c'est absurde.

Quoi ? Visiblement il n'avait pas écouté la conversation mais personne ne lui en voulait après tout ce n'était rien de bien important.

Que comptes-tu faire pour tes vacances de Noël ?

Houla, ça fait à peine deux jours qu'on est à l'école et vous pensez déjà aux vacances ? Bougonna-t-il en se contentant de marcher droit devant lui pour rejoindre la salle de Potions la tête baissée. Mes parents partent en Irlande quelques jours pour régler des affaires familiales. C'est mon frère qui me garde même si je suis assez grand pour m'occuper de moi-même.

Le frère d'Eliott avait quitté Poudlard il y avait déjà trois ans de cela et commençait à peine ses études en tant qu'Auror pour le Ministère de la Magie. C'était un jeune homme arrogant avec des cheveux gominés et une mauvaise habitude de bomber le torse à chaque fois que le sujet de la conversation le mettait en valeur. Jack et Daisy Singer était très fiers de ses études et de ses projets, le père étant déjà un auror. Seulement Eliott avait projeté de devenir fabricant de baguette en Irlande et son père désapprouvait sa volonté ce qui n'était pas le cas de sa mère qui l'encourageait dans cette voie. Cela ne semblait pas facile tous les jours chez les Singer et Mary le voyait c'est pourquoi elle lui apportait son soutien.

Bientôt ils entrèrent dans la terrible salle des Potions où le cher professeur Rogue était déjà présent arborant sa face dure et ses cheveux gras comme à son habitude. Les élèves rentrèrent si lentement que le professeur dû intervenir en leur infligeant un questionnaire surprise. Il interrogea sans surprise Harry Potter qui sembla convaincu de ce qu'il avançait sur la potion contre les furoncles. Grâce à son intelligence hors normes, les Gryffondors perdirent dix points. Puis ce fut Neville Londubat qui répondit maladroitement à une question sur les effets de la potion de ratatinage qui leur fit récupérer les dix points bien que difficilement.

« Bien, ça va pour cette fois Londubat mais je vous préviens, beugla-t-il, si vous échouez durant cette préparation c'est votre crapaud qui aura le plaisir de goûter à votre mixture ! Ses yeux noirs semblèrent lancer des éclairs. Aujourd'hui vous préparerez un philtre de confusion ! Je ne veux voir aucune maladresse de votre part Mackenzie sinon c'est la porte ! Grogna le professeur en s'approchant soudainement de la table de Mary son visage à quelques centimètres de celui de l'élève. Ais-je bien était clair ? Elle hocha vigoureusement la tête, le souffle court et se mise au travail. Bon, à vos chaudrons ! »

Il s'éloigna d'un pas saccadé avant de se placer derrière son bureau, observant ses élèves avec un soupçon de machiavélisme dans son regard. Heureusement Trevor était encore vivant à la fin du cours grâce à Hermione qui l'avait aidé pour sa potion et qui avait brillamment fait perdre des points à sa maison. Mais chose importante, ce n'était pas de la faute de Mary.

Lors du banquet de midi, la jeune fille sembla quelque peu absente. Son regard vide se plongea dans son assiette d'argent remplie seulement d'un morceau de pain et de quelques pois éparpillés tout autour. Elle grattait le fond avec sa fourchette lascivement provoquant un bruit strident qui faisait grimacer Ronald. Elle repensait à son entrevue avec Dumbledore et sa vue sembla se troubler quelques minutes, elle n'avait pas remarqué que son verre était tombé dans son assiette et avait éclaboussé la robe de sorcière d'Hermione Granger qui la réprimanda d'un regard glacial.

L'homme qui se tenait devant elle, possédait de beaux yeux bleus-gris sous lesquels se dessinaient les poches violacées du sommeil. Une masse de cheveux châtains parsemée de blanc recouvraient son crâne et il arborait toujours un teint pâle soulignant les traits de son visage malade.

Professeur Lupin ? S'étonna Mary d'une voix mélangeant surprise et confusion. Mais… Que faîtes-vous ici ? Je croyais que vous aviez…

Démissionné ? C'est exact, mais le professeur Dumbledore m'a convoqué ici ce soir pour… et bien… Il se racla nerveusement la gorge tout en portant son point fermé devant sa bouche.

Cet unique geste renforça l'anxiété déjà présent dans le corps de la jeune fille qui sentait son cœur s'emballer à chacun de ses mots sans trop savoir pourquoi. C'est vrai, que faisait Remus Lupin à Poudlard ? Peut-être était-il là pour donner de ses nouvelles à la suite de ses lettres de l'an dernier. Mary n'était convaincue ni de ses propres pensées, ni de la réelle attention de Remus Lupin à l'égard de ses lettres. Mais alors pourquoi diable aurait-il dit que l'enfant ne devait pas affronter cela toute seule ? Et puis que voulait-il dire par « ça » ? La petite brune commençait à croire que toute l'administration de l'école était au courant de sa situation. Mais comment ?

Que se passe-t-il ? Demanda soudain Mary avec une pointe de soupçon dans sa voix.

Tu es différente.

Ses mots résonnèrent dans sa tête comme un écho sans fin, lui rappelant inlassablement le jour où le docteur Becket lui avait annoncé la mort de ses parents. « Ils sont partis pour un monde meilleur » Au moins, il ne voyait pas leur fille se ridiculiser chaque jour de sa vie à l'école comme chez les Boyne. Elle se résigna à répondre à Dumbledore avec un ton sarcastique pour cacher sa peine.

Quel scoop ! Ironisa-t-elle dans sa barbe.

Un rire nerveux s'échappa délibérément de sa bouche avant d'apercevoir le regard noir à glacer le sang que lui lançait Minerva McGonagall derrière ses petites lunettes ovales. Après quoi son visage se durcit pour redevenir sérieux.

Nous voulons parler de ce que vous avez découvert récemment. Avoua enfin cette dernière en s'avançant vers son élève calmement.

Et ce qui a bien faillit faire l'objet d'une enquête au Ministère. Ajouta Lupin.

Son souffle se coupa soudainement, sur ses mains toutes fines, les veines étaient apparente sur ses poignets tout fins et quelque chose parut brûler au plus profond de son cœur. Comment le Ministère pouvait savoir ce qui se cachait derrière Mary ? Bien qu'elle voulu poser la question, elle se ravisa, prête à écouter les explications du professeur Lupin qui avait l'air bien informé sur sa situation. Bien plus qu'elle ne l'était elle-même.

En 1910, un écossais, un des derniers Highlanders développa des pouvoirs étranges. Il était capable de se servir de la magie sans baguette. L'eau était son seul moyen de défense. Personne n'a jamais su d'où ces pouvoirs lui venaient vraiment. Bien qu'il disait être né avec, ce n'est, je crois, pas votre cas. Lui adressa-t-il en replongeant son regard dans les émeraudes de la jeune fille qui secoua vivement la tête de gauche à droite.

C'est évident que vous ne contrôlez pas assez votre magie, ajouta McGonagall. Vous avez besoin de quelqu'un pour vous aider à contrôler tout ça.

En la montrant tout entière de la main.

Mary ? Mary ! Mary ! On va arriver en retard au cours de Défenses. Criait une voix à son attention.

La jeune fille secoua frénétiquement sa tête pour chasser ce souvenir tout frais puis se tourna vers celui qui lui avait adressé la parole. Un jeune homme aux cheveux bruns parsemé de roux lui secoua brusquement l'épaule comme pour la faire revenir à elle.

Pardon Eliott, j'étais en train de…

Pas le temps !

Il attrapa son bras d'une telle violence que Mary le suivit docilement, en courant, jusqu'à la salle de Défenses Contre Les Forces Du Mal devant laquelle attendait une foule d'élèves de Gryffondor et de Serpentard. Cette foule était très loin d'être homogène. Un groupe en critiquait un autre et ainsi de suite tandis que Mary restait à l'écart de toute cette agitation, adossée contre le mur reprenant doucement son souffle. Elle n'avait jamais vraiment compris pourquoi il y avait autant de préjugés entre les deux maisons. Elle connaissait Drago Malefoy comme tout le monde mais s'il avait un caractère hautain avec tout le monde, une vraie teigne, ce n'était peut-être pas le cas de tous les élèves de la maison aux couleurs vert et argent.

Bientôt, une petite dame tout de rose vêtue apparut dans l'encadrement de la porte, annonçant de sa bouche large et molle à l'assemblée que le cours allait commencer. Les élèves s'installèrent dans cet endroit mythique qui avait vu passé plus de professeur qu'aucune autre matière. On avait même qualifié cette place de maudite. Mary espérait que cette femme du Ministère bénéficierait de cette malédiction. A peine s'était elle assise à sa place habituelle aux côtés de Thomas que la vieille peau la détailla des pieds à la tête. Un malaise profond envahit la jeune fille dont les joues étaient à présent aussi rouges que sa cravate.

Durant ces deux heures devenus inutiles dès lors que l'on apprit que cette salle ne verra aucun sortilège de Défenses de l'année, seulement des plumes grattant sur un parchemin neuf, tout le monde paru soudain regretter le professeur Lupin y compris Mary dont le malaise s'était transformé en une colère sans autre nom que celui de Dolorès Ombrage. Un feu brûlait au creux de son ventre lorsqu'elle voyait les yeux globuleux de ce crapaud qui leur servait de professeur. Alors que celle-ci passait dans son rang, l'encrier roula mystérieusement sur le sol de pierre éclaboussant la robe de tâches noires.

Mrs. Mackenzie vous avez gagné une retenue ! Vous viendrez me voir dans mon bureau ! Hurla-t-elle de sa voix haute-perchée. On m'avait dit que vous étiez maladroite mais alors là c'est trop !

Mais ce n'est qu'un encrier ! Lança la condamnée un peu trop vite à son goût. Ça part au lavage. Renchérit-elle avant de plaquer une main sur sa bouche.

Mais c'est qu'elle est insolente en plus !

On entendait rire discrètement derrière et quelques « Ohh » de surprise par-ci par-là. Harry Potter ne pouvait s'empêcher de la fixer. Et Mary le voyait du coin de l'œil qui la dévisageait comme s'il estimait que son coup de tête sur le retour de Voldemort qui lui avait valu à lui aussi une retenue suffisait amplement à ces deux heures cours. Mais la petite Mackenzie était loin d'avoir fait exprès, elle ne voulait pas avoir d'ennuis surtout pas le premier jour. Que dirait Dumbledore s'il apprenait cela ? Elle essuya ses mains moites sur sa jupe tandis qu'Ombrage reprit sa voix fluette et gentillette pour continuer son cours assommant.

La salle commune était vide. Un horrible sentiment de solitude grandissait dans le cœur de la jeune brune. Ses yeux s'aventurèrent dans l'âtre encore animé par quelques flammes dansant sur la dernière buche. Les mots du professeur Lupin hantaient encore son esprit alors qu'elle montait les escaliers d'un pas lent et mal assuré. « Je t'aiderais à contrôler tes pouvoirs. » Il n'avait pas précisé comment mais Mary se doutait que son année en tant qu'enseignant allait jouer là-dedans. Arrivé devant la porte qui menait aux dortoirs des filles, la petite Mackenzie fut surprise de voir un jeune homme assit devant la porte. Ses cheveux dorés scintillaient dans la faible lumière des torches accrochées le long des murs du couloir et ses yeux étaient humides et rouges de fatigue. Il porta sa main à la taille de la brune et la força à s'asseoir à ses côtés pour lui raconter son entrevue. William avait eu droit à tous les détails sauf un. Un seul détail, si petit quand on y pense mais tellement important…