Avant tout, je tiens d'abord à remercier ceux qui me liront encore malgré ma longue absence. Vous l'aurez peut-être remarqué, mais cela fait tout pile 3 mois que je n'avais rien publié. D'ailleurs, je m'excuse sincèrement pour cet immense retard, j'espère que cela ne se reproduira plus. Mais il faut comprendre que tout mon mois de janvier avait été accaparé par mon examen de piano. N'ayant pu jouer durant tout le mois de décembre, j'ai dû mettre le paquet. Et tous les devoirs venant s'ajouter à cela... Je vous laisse imaginer le mélange !
De plus, ce chapitre a été une véritable torture à écrire, je ne plaisante pas. Il faut d'abord savoir qu'avant de taper à l'ordinateur, j'écris sur papier un brouillon. Celui-ci faisait 22 pages, pour ce chapitre, je n'en ai utilisées que 7. Donc, le reste couvrira tout au plus un ou deux chapitres. Le scénario de ce brouillon a été horrible à décrire, franchement, j'en ai vraiment bavé, la preuve, cette étape dans mon écriture m'a pris un mois !
Et après, il a fallu que je tape tout à l'ordi, j'avais 2700 mots, ils sont devenus 4800... Comptez une heure de travail pour définitivement peaufiner 100 à 200 mots, et vosu aurez le temps que j'ai mis pour ces 2700 mots, sans compter le brouillon.
Ca a l'air d'excuses minables, mais je n'y peux rien, c'est vrai. J'aurais aussi préféré que ça aille plus vite. Pour ceux qui n'auraient pas lus les 2 premiers chapitres corrigés, je leur explique vite que cette fic a complètement été remaniée, ce n'est plus du tout un two-shoot, je pense plutôt qu'elle comptera environ 15 chapitres ( pour ne pas dire plus ).
La bataille ( partie 1 )
Me battre, voilà l'action que j'allais encore effectuer : ôter la vie, telle une diablesse. L'arme qui me servirait à remplir cet objectif, seul intermédiaire entre mon corps et ceux des ennemis, seul objet existant dans le monde de la guerre, gisait à mes pieds, prête à l'emploi. Le bâtiment sur lequel elle était juchée, ruisselait du sable porté par le vent froid du désert. Des déchirures sauvages, rappelant les cicatrices des combats, le raturaient, sans parler des effondrements massifs qu'il avait maintes fois subis. Leur cause était simple. Il s'agissait bien sûr des explosions enflammées produites par une certaine paire de gants blancs la veille. La plupart des dégâts matériels leur était d'ailleurs dus.
L'éclat noisette de mes yeux songeurs, se détourna bientôt de cette vision apocalyptique, pour préférer l'immense plaine qui s'étendait devant moi. Silencieuse et sereine, elle donnait l'impression d'ignorer tout des atrocités qui se perpétuaient sans interruption. Les preuves tangibles ne manquaient pourtant pas ! D'immenses poutres brisées se dressaient au milieu de rocs, imprégnées d'une volonté farouche de survie, comme n'importe qui en ces lieux. De nombreux débris jonchaient les alentours de trois bâtiments, ayant constitué une des plus grandes bases de la résistance ishbalienne.
Cela faisait deux jours que nous la combattions farouchement, avec pour seule pause, la nuit. Bien que la lune éclaire une partie du paysage nocturne, elle n'était pas suffisante pour assurer la précision des tirs. Mes coéquipiers et moi nous relayions donc pour procéder à différents tours de garde. L'ennemi pouvait nous attaquer à tout moment une seule seconde d'hésitation, une seule erreur, pouvait être fatale. Il fallait toujours garder cela à l'esprit, sinon, nous serions facilement éliminés. La chance nous avait déjà bien souri jusqu'ici : nous n'avions aucune perte à déplorer, bien que notre nombre soit largement inférieur à celui des Ishbals.
Je leur jetai un bref coup d'œil, pour m'assurer qu'ils ne tenteraient rien pour l'instant. Néanmoins, mon regard reporta rapidement son attention sur les bandes bleues, qui enveloppaient dans leurs teintes funèbres, le calme des lieux. Cette nuit, les points lumineux habituellement fixés à la voûte céleste, n'avaient pas affiché leur présence. L'ambiance assez funeste du désert ne s'en était qu'accentuée. Heureusement, quelques légers tons orangés commençaient à se mêler à leur contraire. Dès qu'un seul rayon de l'astre divin percerait, la bataille reprendrait. Entretemps, je ne pouvais que regarder le paysage maintenant si familier qui m'entourait.
Le dernier '' monument '' auquel nous aurions à faire pour ce combat décisif, était immense. Les traces indélébiles des assauts que nous lui avions déjà portés, semblaient se pavaner. Ses grandes fenêtres rectangulaires, éraflées à tout point de vue, le parsemaient. Aux minces parcelles de vue qu'elles nous montraient, l'embout caractéristique des fusils pointaient, prouvant qu'eux non plus, ne relâchaient pas leur vigilance.
Le moins que je pouvais affirmer, était que nos ennemis paraissaient sacrément coriaces. Le haut commandement avait eu raison d'avoir agi en fonction du proverbe bien connu : aux grands maux, les grands remèdes. Il avait déjà dépêché plusieurs équipes, qui, l'une après l'autre, avaient échoué face à ce siège, et étaient accessoirement mortes. Hors de lui, il avait alors décidé d'envoyer l'une des plus puissantes équipes, regroupant les meilleurs talents et à laquelle j'avais été affectée, pour ma plus grande surprise. Ce groupe de seulement sept personnes, était célèbre pour l'alchimiste d'état à sa tête. Ce n'était autre que la Flame Team, avec pour commandant, Roy Mustang. Sa rare efficacité et sa rapidité sans pareille, avaient bien vite fait sa renommée. Les Ishbals tremblaient à l'entente de ce nom, se rapprochant le plus souvent des mots '' tueurs inhumains ''. Même les soldats de notre propre camp nous craignaient, et avaient tendance à nous tenir à l'écart. Or, cette fois-ci, les adversaires que nous affrontions semblaient déterminés à résister.
L'équipe avait eu énormément de difficultés à percer, n'était-ce qu'une brèche, dans la défense infaillible de leur forteresse. Une fois cela fait, au prix de nombreuses heures de sueur et de peur, prendre l'avantage fut un objectif plus accessible.
Vers la fin du premier jour, le premier bâtiment avait été réduit en miette, au sens propre du terme, grâce au pouvoir de Roy. Les Ishbals qui avaient eu le bon sens de fuir, s'étaient réfugié dans le second bâtiment, qui tomba à son tour le deuxième jour. Quant au troisième, nous semblions avoir pris une bonne avance. Malheureusement, bien que le fait d'avoir une seule cible facilitait grandement nos actions, il ne fallait pas oublier notre état de fatigue avancé. Toute notre énergie avait été constamment drainée et sollicitée. Je pouvais à peine garder les yeux ouverts, tandis que rester concentrée et regarder la situation d'un œil neutre, étaient de véritables défis.
Bien que mon esprit ait tenté des centaines de fois de se résigner au cours de cette guerre, il m'était impossible, à présent, de ne pas me révolter contre tout. Le cercle vicieux dans lequel j'étais emprisonnée était impossible à briser ce qui me rendait d'autant plus irritable. Toute cette rage et cette impuissance contenue, qui avaient suivi de près mon stade de déprime, devenaient de plus en plus impossibles à contrôler.
Depuis le début de cette bataille, je m'étais efforcée de garder mon calme, de ne pas jeter mon arme, et m'enfuir loin de ce bagne. Tout ça à cause de ma raison : je n'avais nulle part ou aller. Si je me révoltais, je devais soit fuir dans le désert pour finir assoiffée, soit me laisser tuer par mes supérieurs. Ce qui se résumait en fait en une seule option : mourir. Complètement coincée devant ce choix sans solution, la seule chose que je pouvais faire, était me soucier de moi. La guerre ne permettait pas d'aider les autres, comme je le pensais au départ.
Notre survie était la seule chose qui comptait.
J'aurais pourtant tellement souhaité épauler Roy, chose que je ne pourrais malheureusement jamais me permettre. Je me l'étais déjà répétée des centaines de fois, une seule seconde d'inattention pouvait être fatale Puablo me l'avait prouvé. Cet amestrien à la peau tannée, n'avait été qu'autrefois le huitième membre de la Flame Team...
C'était d'ailleurs au moment même de sa mort, que l'évidence s'était imposée à moi : si je voulais survivre, la première chose à laquelle je devais faire attention était moi-même. J'étais également obligée de recouvrir mon âme d'une carapace faite de haine et de colère. Sinon, elle n'aurait pas fait long feu. Je n'étais pas à proprement parler devenue inhumaine - il y avait toujours cette once insupportable de pitié dans mon regard, dès que j'appuyais sur la détente pour la première fois lors des batailles - mais je devais être, avec mes coéquipiers, ce qui s'en rapprochait le plus.
Dire que depuis ma plus tendre enfance, je m'étais toujours jurée de ne jamais faire souffrir autrui en leur enlevant leurs proches, ne connaissant trop bien que cette douleur. A présent, à quel point avais-je brisé cette promesse ?
Fuyarde, je clos violemment mes paupières. Néanmoins, elles se soulevèrent bien vite, les images tournoyant dans mon esprit, me dégoûtant. Mes pupilles se tournèrent presque instinctivement vers la personne qui avait toujours constitué mon repère. Cachée à la vue des hommes aux yeux rouges, par un des enchevêtrements de débris jonchant les alentours des bâtiments, son regard ébène effrayé, mais déterminé, scrutait les parois nous séparant des Ishbals. A côté de lui, se trouvait un garçon au nez proéminent, à peine sorti de l'adolescence. Quiconque l'aurait vu, se serait demandé si les hautes sphères de l'armée n'étaient pas devenues complètement folles. Pourquoi, lors des guerres, était-ce toujours les enfants qui souffraient le plus ? J'en avais tant de fois vu appeler désespérément leurs parents, dont les corps gisaient sans vie un peu plus loin. Pourquoi les forts avaient-ils besoin de profiter des faibles pour accomplir les tâches ingrates ?
Plus je le regardais, moins je comprenais.
Auparavant, ce grand gaillard aux cheveux effilés n'était autre qu'un pauvre garçon jouant les caïds à l'école militaire. Il avait fait partie de la catégorie des gens trop idiots pour s'en rendre compte, son tempérament bien trempé n'arrangeant en rien les choses.
Comme tout petit merdeux qui se respectait, il s'était fait un devoir, dès son entrée à l'académie, d'ennuyer les autres. Pas une seule fois, je ne l'avais vu délaisser son air altier et supérieur, même devant les cris enragés du directeur ne sachant plus quoi faire de lui.
Combien avait-il changé à présent ! La guerre l'avait fait murir, beaucoup trop durement, et beaucoup trop vite. Son habituelle nonchalance, qui s'exprimait autrefois par sa silhouette décontractée, s'était transformée en un sérieux rivalisant avec celui des adultes les plus consciencieux. Son intelligence n'avait pas subitement augmenté, mais il savait prendre ses responsabilités quand il le fallait. D'un point de vue pédagogique, cette évolution ne pouvait être que bénéfique, mais lorsque l'on connaissait la manière dont il y était arrivé ! Tout cela à cause d'un talent bien trop astreignant pour une personne comme lui…
Le manifestement matériel de ce don, se trouvait suspendu contre le dos de David, crispé par le stress. Sa poignée était compressée par des doigts agiles, tandis que sa fine lame éraillée reposait dans un fourreau aussi ocre que le sable. Grâce à la vue bleue que le jeune homme possédait, le maniement de cette épée n'en était que plus facile. Ses mains vigoureuses pouvaient, de quelques mouvements fluides, stopper une vingtaine de balles en un temps record. Bien qu'à l'école, son art semblait déjà inégalable, l'expérience des batailles lui avait encore permis de s'améliorer : avant, il voyait maintenant, il sentait. Je ne trouvais pas d'autres solutions plausibles, sa tête aux formes carrées ne possédait tout de même pas une autre paire d'yeux cachée derrière sa longue chevelure tressée !
Soudain, le visage osseux du militaire se creusa encore plus. Il devait se mordre l'intérieur des joues, probablement sous l'effet de la peur. A ce moment, je pris vraiment pitié de lui. Toute la Flame Team ressentait d'ailleurs en permanence cette compassion, de même qu'un attachement indescriptible envers lui, malgré ses violentes rebuffades lorsque nous tentions de nous occuper de son corps, et de son esprit meurtri. Il lui avait toujours été insupportable de susciter de l'inquiète chez les autres, même auparavant. Et étant donné qu'il n'était pas très doué pour faire comprendre ce qu'il ressentait, n'ayant toujours extériorisé qu'une colère sourde, il ne pouvait qu'essayer de nous rejeter ou de nous hurler dessus. Evidemment, nous avions tous compris que sous ses airs de gros dur, David était bien plus fragile que ce qu'il ne lassait entendre…
Dégoûtée par l'injustice dont il était victime, je détournai les yeux, ceux-ci préférant observer la seconde femme de la Team. Le bâtiment sur lequel j'étais positionnée étant assez large, cette dernière avait été placée à l'autre bout du morceau de l'ancien siège ishbalien. Notre champ d'action en était ainsi devenu plus vaste. Son petit corps aurait pu être très utile pour les missions d'infiltration, or, son talent de snipeuse était bien trop sollicité sur le terrain.
Elle était une adversaire redoutable, tuant sans distinction tout ce qui se présentait à elle, n'exprimant rien, même lorsque le sang de ses victimes venait se loger sur ses si beaux cheveux auburn. C'était la soldate parfaite !
Lorsque je l'avais rencontrée à l'académie militaire, jamais, même dans mes hypothèses les plus saugrenues, je n'aurais pu imaginer ce qu'elle deviendrait plus tard. Tout comme je n'avais pu m'imaginer lui adresser la parole. A cette époque, j'étais encore assez sombre et renfermée sur moi-même, n'ayant toujours pas réussi à faire le deuil de mon père. La seule personne à qui j'acceptais de parler était Roy. Malheureusement, il était en troisième et moi, en première. Ce qui faisait que je n'en avais pas souvent l'occasion. Lorsque je le croisais dans les couloirs, il était souvent en compagnie de ses amis. Il était bien sûr hors de question que j'aille vers lui. L'envie d'essayer de m'intégrer à son groupe ne m'avait même pas effleurée.
Après le décès de mon géniteur, le ténébreux m'avait abandonnée. Je lui en tenais un peu rancune certes, mais moins qu'aux villageois. Eux, ils avaient vécu à côté de moi, et n'avaient même pas semblé se soucier du mal être que j'avais manifesté. Peut-être ne s'en étaient-ils pas rendus compte, tout simplement. Après tout, perdre son unique famille n'est pas une épreuve si difficile ! Ils avaient bien oublié la mort de Berthold après quelques semaines seulement pourquoi n'aurais-je pas pu en faire de même ? Je n'étais jamais que sa fille ! Peu à peu, j'avais développé une sorte '' d'allergie '' aux gens heureux. Pour tout dire, je les haïssais. Comment pouvaient-ils sourire alors que je ne cessais de pleurer ? J'avais eu l'horrible impression d'être la seule personne qui souffrait. C'est pour cela que dès que je L'ai vue je l'ai détestée. Son sourire omniprésent, toujours collé à son visage d'ange, me donnait des envies de bagarre. Je ne pouvais tout simplement pas supporter tout ce bonheur qui suintait de son corps et de ses grands yeux verts. De plus, son incroyable détermination, néanmoins toujours teintée de joie, m'agaçait. On ne devenait pas persévérant pour son plaisir, mais parce qu'on le devait. Cela avait toujours été une de mes plus grandes convictions mais apparemment, pas pour elle, vu que la jeune ingénue d'alors n'avait cessé de répéter : '' Vous verrez tous ! Un jour, je surpasserai grand-père j'en suis sûre ! ''
En réalité, Yume n'était autre que la petite-fille du grand Haze, brillant soldat ayant rempli des missions horriblement dangereuses et compliquées, tout en aidant chaque citoyen. Bien que décédé, son nom était encore très connu. Aujourd'hui encore, il était considéré comme un véritable héros ! Sa descendante n'avait d'autre rêve que de suivre ses si glorieux pas, devenir à son tour un modèle pour la société, être digne de son grand-père. Son efficacité dans le maniement des armes était redoutable, elle était la meilleure parmi les meilleurs. Même moi, qui était qualifiée par les professeurs de '' très douée '', n'arrivait pas à la surpasser. J'avais beau faire tous les efforts du monde, elle obtenait toujours les meilleures notes au cours de tir. Une certaine rivalité avait commencé à s'installer entre nous. Bien que je me sois refusée à l'avouer, cela m'avait plu. En revanche, le fait qu'elle soit placée dans ma chambre, alors qu'elle était née une année après moi, m'avait fortement agacée. Les femmes étant très rares dans l'école, il était normal de caser les seules ensemble mais pourquoi était-ce tombé sur moi ?
J'avais d'ailleurs bien manifesté mon mécontentement devant l'intruse, dès qu'elle avait franchi le seuil de ma chambre. Je lui avais immédiatement intimée de se tenir à l'écart de mon lit. Malgré mon regard qui en aurait pétrifié plus d'un sur place, Yume ne s'était pas dépâtie de son grand sourire, et avait juste répondu par un '' Comme tu veux. ''. La chose qui m'avait le plus énervée chez elle, hormis son sourire, étaient ses yeux : ils ne cessaient jamais de briller d'une joie de vivre, beaucoup trop grande à mon goût.
Quiconque ne la connaissant pas, l'aurait prise pour quelqu'un de très benêt. Mais sous ses airs niais, se cachait en réalité une profonde compréhension de l'être humain. Cette fille qui ne maquillait jamais son visage, trouvant cela trop peu naturel, avait su lire en moi dès le premier regard. Elle appréhendait ce qui nous entourait d'une manière si peu commune, que c'en aurait effrayé plus d'un. De plus, elle était dotée d'une rare volonté, dont j'avais eu le loisir d'étudier toute l'étendue, car la future militaire s'était mise en tête d'essayer de me '' sociabiliser ''. Malgré ses nombreux échecs, elle n'avait jamais abandonné, faisant tout son possible pour que j'adresse aux autres, autre chose que des piques, voir, à me faire rire.
Croyant à l'époque qu'elle ne faisait que se moquer de moi, j'étais devenue très hermétique à ses propositions et à ses actes. Or, un jour, ma carapace se brisa…
Nous étions au beau milieu d'un cours de stratégie. Le professeur nous enseignant cette matière était assez timide certaines personnes disaient même qu'il avait peur de ses propres élèves. Ce jour-là, il avait demandé à Yume de venir au tableau. Mais alors qu'elle s'y était dirigée, la jeune fille avait trébuché sur un cartable et s'était étalée de tout son long sur un banc, faisant s'envoler toutes les feuilles et les fournitures qui y étaient présentes. Le visage du prof avait alors exprimé une énorme gène, mais également de la colère : ses rares cheveux s'étaient dressés sur son crâne de mécontentement, alors que ses joues prenaient une teinte cramoisie de par sa fureur. Mais le plus drôle, fut son discours absolument discontinu et dépourvu de sens : '' Mais vous allez me finir flou ! '' avait-il hurlé en bougeant les bras de façon très ridicule. '' Vous allez tous voir que dans les bornes que je fais finir par mettre devant vos têtes de limites un grand irresponsable ! Il va y en avoir, je dis ! Jugez-moi de par le parlement des indisciplinés ! Et je vais de cette personne trouver un pas d'incompétence dans mon bureau ! ''
Toute la classe était morte de rire. Alors qu'au début, j'avais tout fait pour rester sérieuse, l'ambiance communicative avait fini par m'emporter dans son flux. Ca avait été si bon ! Durant ce fou-rire, qui avait duré pas moins d'une dizaine de minutes, j'avais eu l'impression que tous ceux que j'avais perdus, tenaient à s'exprimer, que je tentais de rattraper toutes ses années de tristesse continue. Durant ce cours, je m'étais inévitablement ouverte à Yume. Cette dernière savait parfaitement qu'elle avait remporté une bataille, mais la guerre restait à gagner. Néanmoins, à force de volonté et de pression, elle avait fini par briser petit à petit la carapace qui m'entourait telle une armure. Cela m'avait paru incroyable qu'une autre personne que Roy en soit capable. Pourtant, c'était bien le cas, Yume avait bel et bien réussi à toucher mon âme, pourtant si bien protégée. Mon cœur avait enfin réussi à dégager une place, qui lui serait uniquement réservée. Le ténébreux n'en serait désormais plus le seul possesseur. Bien qu'il ne soit pas infaillible, le remède à ma tristesse avait enfin été trouvé.
Plus le temps avançait, plus je devenais sociable. Cela ne paraîtrait peut-être pas vraiment extraordinaire, mais j'étais arrivée à échanger quelques phrases amicales avec mes camarades de classe, ainsi qu'à me laisser traîner dans tous les centres commerciaux de la ville, par une certaine fille aux cheveux auburn, pour en ressortir avec des milliers de sacs ! Car oui, Yume aimait le shopping, contrairement à moi. Personnellement, mon apparence, du moment qu'elle était potable, ne m'importait pas énormément - c'est d'ailleurs pour cela que je porte les cheveux courts. Or, pour elle, j'avais fait quelques efforts, me maquillant aux occasions, portant de jolis habits en dehors des cours,… Néanmoins, il était hors de question que je laisse pousser ma chevelure ! Non seulement, je pourrais moins bien viser avec mes armes, mais en plus, je devrais passer deux heures dans une salle de bain à les laver et à les sécher ! C'aurait été plus que je ne pouvais supporter.
Plus le temps passait, moins je voyais Roy. Je pensais encore quelques fois à lui, mais sans plus. Il m'avait déjà assez fait souffrir, et puis, je commençais à parfaitement comprendre qu'il n'éprouvait rien pour moi, sinon, une grande complicité effacée avec le temps. Je devais l'oublier, il avait été mon premier amour, mon premier échec…
Je n'avais jamais eu le courage d'aborder ce sujet avec Yume. Pas que je ne possède pas l'envie, mais je ne pouvais pas. Dès que je tentais d'ouvrir la bouche pour prononcer, ne serait-ce que son nom, ma gorge se nouait. On aurait dit que mon sub-conscient me protégeait de l'ouverture d'anciennes blessures, pas encore cicatrisées. Cela m'aurait fait trop de mal d'en parler, de plus, je n'avais pas le droit d'embêter la jeune fille avec ces bêtises alors qu'elle avait déjà tant fait pour moi. Maintenant que j'y réfléchissais, ce fut peut-être à cause de ce refus sentimental que cela se produisit…
Car un jour, tout mon joli petit monde s'était écroulé : Yume était sortie avec Roy. Le mois où j'eus appris cette nouvelle, fut un des plus mauvais de toute ma vie. En outre, la façon dont j'avais découvert la chose n'était pas des plus douces : alors que je sortais toute joyeuse de l'école, me réjouissant de ma virée en ville avec Yume, je l'avais surprise en plein acte de tendresse avec l'homme qui avait toujours possédé mon cœur. Ils ne faisaient rien d'autre que de partager un baiser langoureux dans un coin sombre de la cour. Tous les cahiers que je portais s'étaient éparpillés sur le sol, tandis qu'un de mes seuls sourires s'éteignait progressivement. La douleur ressentie m'avait semblée étouffée, pour une raison inconnue. Je ne savais pas vraiment comment expliquer ça, mais ce fut plus un choc qu'autre chose. Mes genoux furent d'ailleurs ébranlés par celui-ci. Sachant parfaitement que j'allais m'effondrer si je ne faisais rien, je courus loin, loin, le plus loin possible de ces deux amoureux, des deux personnes les plus importantes dans ma vie. Pourquoi désirions-nous toujours la chose qui nous était la plus inaccessible ? Pour nous frustrer ? Si c'était le cas, mon état était des plus concluants.
Sans penser une seule seconde à ramasser mes livres éparpillés sur le sol terreux, j'ai fui jusqu'au stand de tir. Là, essoufflée, j'ai empoigné rageusement une carabine, et ai tiré, appuyant sans relâche sur la gâchette. Mes gestes étaient animés par une telle rage… si jamais quelqu'un s'était pointé à ce moment, il aurait très bien pu être confondu avec une des cibles en cartons à silhouette humaine ornant les murs.
Quand j'eus usé toutes les munitions, un autre fusil prit la place du précédant. Je martelais de coups de balles le morceau de carton qui me faisait face. Beaucoup l'avaient déjà transpercé et s'étaient plantées dans le mur. Si jamais cette personne avait été un être humain, même la douleur qu'il aurait ressentie n'aurait pu être comparable à la mienne. Mon cœur était bien plus déchiré que cette figurine. Et cette dernière allait payer pour ne pas me comprendre, elle allait souffrir comme moi, vu que personne n'était capable de concevoir ce que je ressentais sans que je leur expose explicitement.
Quand j'eus évacué toute ma haine et toutes les amorces présentes dans la salle, mon corps s'était écroulé. Mon dos tremblotant avait reflété quelques rayons de lune, filtrés par une fenêtre, alors que les larmes avaient ruisselés. Je n'avais rien pu contrôler, mes sentiments disloqués avaient pris les commandes…
Soudain, j'eus hurlé ! Ce n'avait pas été une phrase, mais juste un mot, juste une question. Celle que tout le monde se pose au moins une fois dans sa vie, mais dont l'exacte réponse n'existe pas : '' Pourquoi ? ''
Mon incompréhension était totale quel était le but de toute cette souffrance ? J'avais à peine eu le temps de vivre heureuse que les ténèbres me rappelaient déjà à elles…
Pourquoi ? J'avais passé le reste de la nuit, adossée à un mur, à essayer de trouver une quelconque solution à ce problème. Malheureusement, il n'y en avait pas, j'étais condamnée à souffrir jusqu'à ce que la vie se fasse plus clémente.
Le lendemain, j'avais refusé de parler à qui que ce soit, niant toute implication dans l'incident inexpliqué du stand de tir. Et bien que Yume ait parfaitement compris que j'en étais à l'origine, elle ne me dit rien, sentant probablement mon envie de solitude. C'était stupide de la tenir à distance ainsi ce n'était pas sa faute si tout cela avait tourné ainsi, mais je devais barricader mon âme comme autrefois, pour que plus rien ne puisse me toucher.
Bientôt, les vacances arrivèrent, me laissant dans ma solitude. J'en avais profité pour faire le point, ne pouvant en supporter davantage. Si tout cela continuait, j'allais causer un bien plus grand scandale que l'usage de multiples munitions. Je ne pouvais pas continuer ainsi. Cacher mes émotions, les reclure au plus profond de mon âme, pour qu'elles explosent la nuit en cauchemar, où qu'elles m'imprègnent d'un indicible sentiment de malaise, me rendait malade.
J'aurais tant voulu retourner dans le passé, du temps où Roy ne sortait pas encore avec Yume, pour y rester toute ma vie. J'en avais besoin le bonheur m'avait trop manquée. Les restes de ce dernier étaient peu à peu remplacés par la folie, qui, si je poursuivais sur cette voie, aurait bientôt raison de moi. Il fallait que mes yeux retrouvent la mince lumière qui m'avait autrefois guidée. Celle qui avait fini par s'éloigner de moi mon corps n'ayant plus eu la force de la suivre.
Et pour cela, je devais définitivement l'oublier. Faire une croix sur le seul homme que j'aie jamais aimé. Mon cœur ne pourrait sans doute jamais appartenir à un autre, mais tant pis. Mieux valait cela que la souffrance éternelle. Cette fois-ci était définitivement la bonne toutes ces années d'amour à sens unique m'avaient épuisée. C'était ça, j'étais fatiguée. Fatiguée de ce fiasco qui ne m'apportait rien, sinon, la douleur.
Convaincue par ce choix qui me semblait des plus judicieux, j'avais tenté de l'appliquer dès la rentrée. Avec des hauts et des bas, j'avais finalement réussi à faire la part des choses. Malheureusement, mon amour pour Roy n'était pas encore totalement effacé - comment avais-je pu penser que me séparer de lui serait si simple ? - Néanmoins, il ne pouvait plus interférer dans ma vie comme auparavant. Celle-ci n'était plus sous son influence : je faisais les choix qui me plaisaient.
Et juste quand j'entrevoyais cette lueur qui m'avait tant manquée, juste au moment où elle allait enfin regagner mes yeux, la guerre contre Ishbal fut engagée. J'avais alors eu l'impression que chaque évènement se produisant dans ma vie, était là pour m'en faire chier un maximum. Ce devait être l'esprit de l'univers je ne voyais pas d'autres explications. Il n'y avait qu'à regarder ce que subissaient nos ennemis, et ce que les étudiants de cette académie étaient devenus …
'' Yume ''
Peu importait l'endroit où l'on posait son regard, les affres de la guerre la composant sautaient aux yeux. Ses longs cheveux autrefois si bien coiffés, étaient suspendus au-dessus de sa nuque en une queue de cheval grossière son front était couvert de rides plus hideuses les unes que les autres. Quant à ses mains, endurcies au contact permanent des armes, elles semblaient avoir travaillé laborieusement à des tâches ingrates durant des siècles. Aucun mot n'était assez puissant pour décrire la vieillesse que dégageaient ces morceaux de chairs abîmés même ses yeux verts, jadis si pétillants, avaient perdu la chaleur qui les animaient. Le souffle des explosions de la guerre avait chassé le sentiment de bien-être qui l'avait toujours entourée, pour ne laisser qu'une terre aride derrière lui. Ses batailles ne détruisaient pas uniquement le corps, mais aussi l'esprit, les défigurant à vie.
La seule chose qui restait inchangée en elle, était l'immense épi qu'elle arborait au sommet de son crâne. Contrairement à énormément de gens, la snipeuse n'avait jamais cherché à masquer ses faiblesses ou ses défauts, préférant plutôt les exposer au grand jour. Quoiqu'elle eût fait, ce pic de cheveux lui avait sans cesse résisté : même apposer une bande d'adhésif sur celui-ci n'était pas suffisant ! Il était toujours arrivé à se relever fièrement. Au lieu de le couper à ras, voir, l'arracher, elle avait préféré le laisser pousser, jusqu'à ce qu'il se '' casse '' une dizaine de centimètre au-dessus de son front pour le lui barrer joliment. Certaines personnes s'en étaient moquées, malgré cela, elle avait fait face et avancé. L'opinion néfaste des autres ne lui était pas nécessaire, le sien passait avant tout, car c'était sa vie, pas la leur. Mais qu'en était-il à présent ? N'était-ce pas les hauts gradés qui tenaient entre leurs fourbes mains le futur de tous ces soldats, devenus marionnettes ?
Soudain, un mince rayon de soleil perça la surface d'une dune de sable, projetant vivement son ombre sur une grande distance. Elle eut à peine le temps de me traverser qu'une colossale explosion ébranla le silence du désert. La bataille allait commencer.
J'espère que ça vous a plu, malgré l'attente. Une petite review pour me dire ce que vous en avez pensé, pour m'insulter à cause de mon immense retard, pour lequel je m'excuse une fois de plus ?
