Voilà maintenant trois mois que Kakashi et Yamato se fréquentent. Ils ne passent jamais beaucoup de temps ensemble mais les deux hommes se complaisent dans cette amitié naissante. Pour Yamato, avoir un ami est quelque chose de plus qu'agréable. Il prend davantage de temps pour lui même et son épouse, Hikari, semble ravie. Alors qu'elle regarde son compagnon se préparer pour la soirée, elle sourit, amusé de voir la nervosité se créer sur le visage de ce dernier. Il se regarde devant le grand miroir de la chambre comme si sa tenue n'était pas assez bien, pas assez sophistiquée, ou alors trop peut-être ? Ce soir est la première fois que Kakashi l'invite à rencontrer son groupe d'amis. Il ne connaît personne et a un peu peur qu'aucun d'entre eux ne l'apprécie. Après tout, ils n'y sont pas obligés. La jolie brune avance alors, caressant tendrement le dos de son mari. Elle aussi s'inquiète un peu. Même si elle sait pertinemment que Yamato finira par se sentir à l'aise et s'amuser, elle espère que ce dernier ne se mettra pas de côté. Elle connaît bien l'être qui partage sa vie et a déjà vu celui-ci avoir ce genre de comportement. D'une voix douce, Hikari le rassure, ou du moins, essaye de le rassurer.
- Tu es très beau ne t'en fais pas. Ca va très bien comme ça, je te promet. Puis tu sais que Kakashi et les autres ne seront pas là pour juger ta tenue. Respire et profite !
Il sait qu'elle a raison mais au fond de lui reste cette hantise de ne plaire à personne. Pour ne pas l'inquiéter un peu plus, Yamato dessine un sourire sur son propre visage et lui bise le front lentement. Après tout, le libraire serait là, il ne serait pas seul. Une once de relaxation arrivait enfin dans l'esprit et le corps du brun. Tout ça lui ferait du bien. Aussi fort cherche t-il à le penser, Yamato ne peut pas nier que depuis sa rencontre avec ce dernier, son état s'est considérablement amélioré. Avant tout ça, jongler entre l'enfermement à la maison et sa solitude n'était pas chose aisée. Dans sa jeunesse, il n'avait jamais été très fêtard, ni le premier à sortir tous les soirs mais il avait du temps pour lui même, ce qui lui manquait cruellement depuis son mariage, puis la naissance de Yui. Pendant un instant, le jeune père de famille s'en veut terriblement d'avoir pensé ne serait-ce qu'une seconde au fait que sa famille puisse apporter quelconques aspects négatifs à son existence. Il devait être un bon père, un bon mari. Il devait être exemplaire et toujours se consacrer soigneusement à la tenue de la maison et l'éducation de son fils. L'heure tourne et alors que l'horloge affiche enfin 19 heures, ce dernier se voit forcé d'abandonner ses pensées pour se diriger vers la porte. La main sur la poignée, Yamato s'arrête, adressant un regard un peu inquiet sur les siens. La tornade de culpabilité habituelle l'empêche d'ouvrir et au lieu de ça, lui hurle de rester ici. C'est à ce moment que Hikari comprends ce qui est en train de se passer pour son époux. Elle se dépêche de le rejoindre à la porte, de poser sa main sur la sienne et de lui ouvrir. Son regard se plonge dans le sien et elle espère de tout son coeur que Yamato arrive à comprendre à quel point elle veut le voir s'épanouir, à quel point elle souhaite de toute son âme que cette drôle d'amitié arrivée un peu à l'improviste continue.
- Vas-y. Tu vas être en retard. On sera toujours là quand tu rentreras tu sais ? Ne t'inquiète pas, Yui et moi on t'aime très fort.
Hikari se hisse sur la pointe des pieds pour arriver à hauteur de son immense mari, dépose un baiser doux et tendre contre ses lèvres avant de le regarder s'en aller. Yamato se laisse faire et une fois dehors, prends une grande inspiration. L'air frais empli ses poumons, frappe son visage et un sourire se dessine sur ce dernier. Non, il ne faisait rien de mal.
Kakashi lui est déjà sur le lieu de rendez-vous. Il pensait être en retard, comme à son habitude mais ce n'est apparemment pas le cas, ce qui le rassure un peu à vrai dire. L'argenté espère profiter de l'abscence de l'invité pour brieffer ses chers compagnons, si ce n'est les menacer de ne pas l'embarasser ou le gêner. Il est légèrement nerveux. A la base, ce n'était pas lui qui avait eu l'idée de cette charmante rencontre. Le grisonnant était quelqu'un d'assez exclusif et n'avait pas spécialement envie de partager ses amis. Surtout Yamato, qui n'avait presque rien en commun avec les siens.
Assit à la table se tient Asuma, un homme d'une trentaine d'année, toujours la cigarette à la bouche et un air paternel dans son regard. Il tient la main d'une très belle femme qui reste tout près de lui, Kurenai. La brune le regarde et sourit, avant de saluer Kakashi qui répond par un simple signe. Les effusions et expressions de joie n'étaient pas son fort, mais pour le bien de tout le monde, le libraire sourit gentiment. Alors que tout ce beau monde attend l'arrivée des retardataires, Kakashi a un peu de temps pour penser. Jamais il n'aurait imaginé que Yamato accepterait, et encore moins que cette rencontre aurait lieu. Son doigt se balade sur le rebord de son verre, ses yeux noirs se perdent dans les bulles qui remontent et redescendent dans le breuvage ambré qu'il s'apprête à boire. Au final, il en oublie de sermonner ses amis et se contente de plonger ses lèvres dans sa bière, prenant une gorgée qui fait crépiter son gosier alors qu'une autre vient cette fois le rafraîchir. Le regard par dessus son verre, il observe les lumières de la ville. Finalement c'est assez agréable et il se laisse volontier porter par les conversations futiles de Asuma et par les taquineries de Kurenai. Les deux s'entendent à merveille. Kakashi espère qu'un jour il trouvera quelqu'un comme ça, sans même encore penser au fait que l'homme qui venait d'arriver serait plus tard celui-ci. Il arrête enfin son regard sur une silhouette qu'il commence à connaître par coeur. Le souffle court, les joues rouges, Yamato s'arrête devant sa table en haletant. Visiblement, ce dernier a couru pour ne pas arriver trop en retard.
- J'espère que.. Ah... Ah.. Que je ne suis pas le dernier ? Arrive t-il à souffler entre deux reprises de respirations.
Kakashi ne peut s'empêcher de rire un peu et de le trouver adorable. Une espèce d'innocence se dégageait de cette homme, quelque chose qui intriguait beaucoup le libraire, lui qui n'avait que rarement rencontré ce genre d'individu. Il est peut-être un peu trop amer avec tout le monde, mais il est davantage habitué aux gens avides d'intérêt ou d'attention. Parmis tout ça, Yamato lui semble être presque un ange qui découvre le monde.
- Non ne t'en fais pas, normalement c'est moi. Mais on attend encore Iruka.
Yamato se sent terriblement soulagé, bien que le stresse est toujours présent. Ca y est. Il fait la connaissance des amis de Kakashi. Ce dernier, en hôte poli et un peu obligé, présente tout le monde. Kurenai garde sur ses lèvres un sourire amusée et semble sans cesse jeter des regards au libraire, puis au père de famille. La demoiselle n'est pas dupe et à remarqué depuis longtemps que l'argenté porte un certain intérêt à celui qui vient d'arriver. Le brun remarque ces drôles de regards et se pose déjà milles questions. Kakashi n'aurait quand même pas raconté des choses sur lui ? Sans même avoir le temps de s'interroger un peu plus, un verre se pose devant lui, Asuma, le regarde et lui fait un clin d'oeil.
- On t'offre la première, mais après chacun paye une tournée et sache que Kakashi est un sacré consommateur !
L'accusé hausse un sourcil, surpris. L'information est, en plus d'être fausse, un bon moyen de le taquiner. Néanmoins, un éclat de rire échappe à Yamato qui trouve cela très amusant de voir son nouvel ami en mauvaise posture. Alors, Kakashi se sent soudainement bien peu gêné et toutes les taquineries du monde ne pouvaient plus l'atteindre. Il peut voir sur le visage du brun une mine radieuse, des étincelles dans son regard et dans son propre être une drôle de chaleur l'envahit. Oui, Kakashi se rend compte que voir Yamato heureux le remplie de joie et de bonheur lui aussi. Ca n'est pas son genre et cela le déstabilise un peu dans un premier temps, mais il est capable de voir que le trentenaire arrive de plus en plus à se détendre. Il partage des anecdotes sur sa vie, taquine le jeune couple et paye généreusement les bières de chacun. Yamato est en effet des plus heureux en leur compagnie. L'ambiance est bon enfant, les langues se délient au fur et à mesure que les verres se vident. Yamato a déjà oublié ses peurs, sa femme et son fils. Passer un bon moment est tout ce qui importe. A de nombreuses reprises, il sourit à Kakashi qui lui rend son sourire, un peu comme pour s'assurer que ce dernier s'amuse lui aussi. Au final, les amis du libraire sont plus qu'accueillant et semble l'apprécier. La soirée bat son plein, Kurenai, qui a un peu trop bu commence à s'endormir sur la table et Asuma, encore difficilement sobre décide qu'il est temps pour eux de se retirer. Finalement, le dernier, Iruka, ne sera jamais venu.
Kakashi et Yamato se retrouvent alors seuls autour d'une ultime bière. Leurs yeux sont fatigués, embrumés par l'alcool, leurs joues teintés d'un léger voile rose mais leurs sourires sont intactes. Le brun s'avachit un peu plus sur son siège, ce qui surprend l'autre homme, peu habitué à le voir aussi détaché. Le froid fait frissonner le jeune père, le sortant un peu de cette bulle qui les enveloppe. Son regard se détache alors de celui de son ami qui restait là, à le regarder. Une pointe se faisait de plus en plus désagréable dans le coeur de Kakashi. Il savait que Yamato allait devoir y aller bientôt, et malgré tous ses efforts pour se le nier durant ses trois mois, le grisonnant était intéressé par cet homme. Il avait despérément envie de lui proposer de passer le reste de la soirée chez lui, dans son lit peut-être, mais il ne pouvait pas faire ça et cette interdiction lui brûlait la langue. La machoîre serrée, Kakashi se rend compte qu'il va devoir rentrer chez lui seul et que personne ne sera là pour l'accueillir, lui. Pakkun évidemment, se ferait une joie de lui sauter dessus, mais ce n'était pas le genre d'attention dont l'argenté avait besoin ce soir. Il soupire, et se rend compte que Yamato aussi. Le brun se passe une main fatiguée dans les cheveux. La nuit avait été particulièrement agréable et il aurait aimé qu'elle dure encore longtemps. Cependant, autre chose le chagrine. Lui qui est si habitué à s'occuper des autres remarques que son ami n'est plus l'homme enjoué qu'il avait pu voir quelques heures auparavant. Et il a raison. Kakashi se referme comme une huître et entame en lui un vrai combat contre sa personne.
- Tout va bien ? Tu sais si tu as trop bu je peux te raccompagner. Ca ne me dérange vraiment pas.
Alors, le libraire a comme un sursaut. Tais-toi mais tais-toi, se met-il à penser. Kakashi était bien trop fier pour se plaindre ou se mettre à verser une larme. A quel point serait-il pathétique de se mettre à pleurer à cause d'un stupide sentiment de solitude ? Alors au lieu de ça, le jeune homme se lève, dépose une poignée d'argent sur la table et relève une dernière fois le regard vers l'objet de son désir.
- Non ça va. Tu devrais rentrer. Ta petite famille t'attends.
Ce furent les derniers mots qu'il prononcerait ce soir. Yamato est un peu sonné. Ces derniers étaient sortis de la bouche de Kakashi comme un reproche, une moquerie presque. Le brun ne cherche pas à le retenir. Pourquoi faire ? Kakashi l'enverrait probablement sur des roses, en lui disant qu'il n'a pas à se mêler de sa vie, et il aurait raison. Il le regarde s'éloigner, une moue venant déformer ses lèvres, en se demandant ce qui a bien pu le déranger de la sorte, tout à coup. Yamato se met alors en route, d'une marche rapide, maintenant pressé de retrouver son cocon. Sa montre affiche une heure du matin. Il fait de son mieux pour rester silencieux en rentrant, mesurant chacun de ses mouvements. Malgré la fatigue et l'alcool, ce dernier prend le temps de passer en coup de vent dans la chambre de Yui et de le regarder dormir un instant. Au moment où il retourne enfin se coucher, discrètement, contre son épouse, Kakashi est déjà dans son lit. Le grisonnant est toujours aussi frustré. Il se déteste. Il se hait même pour avoir été aussi idiot et pour désirer un homme marié. Pourtant il le veut terriblement. De tout son corps, il veut que ce soit Yamato allongé près de lui et non pas son chien, qui ronfle déjà. Aussi attiré, désireux et séduit qu'il soit, Kakashi savait que jamais il ne pourrait essayer quoi que ce soit. Il n'était en aucun cas un briseur de mariage, un briseur de famille. Le sommeil l'emporte difficilement, lorsque ce dernier n'a plus la force pour lutter contre sa propre amertume et sa propre culpabilité qui le maintenait éveillé jusque là.
