Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...

Chapitre 3

EPOV

Mon téléphone fait bip une fois… deux fois… une troisième fois. Quoi, bordel ? Je gémis et je roule de côté, et ce faisant je me heurte à un corps tout chaud – la femme remue dans son sommeil mais ne se réveille pas.

Ça me prend un moment pour me rappeler où je suis. Les couvertures ont une odeur différente – une odeur de parfum – et la lumière du soleil est trop forte à travers la fenêtre. Ma chambre n'est jamais aussi lumineuse. Je regarde à côté de moi, et tout ce que je peux voir est une masse de cheveux roux emmêlés et une peau lisse et pâle.

Ça me revient tout à coup. La rousse – quel est son nom ? Jenna, Jennifer, Jessica… putain, je ne m'en souviens plus. Je sais que ça commence par un J. Merde, il faut que je me barre d'ici.

Je m'extirpe des draps aussi furtivement que possible et je commence à me rhabiller. La rouquine ne bronche pas – elle dort comme une souche. Mon téléphone est dans ma poche – je veux vérifier mes messages, pour voir qui m'envoie un texto à une heure si matinale, mais mon subconscient me hurle de quitter cet endroit au plus vite et de faire ça plus tard. Je ne discute jamais avec mon subconscient.

Une fois à l'extérieur, dans l'air saturé d'humidité de Seattle, je souffle enfin. J'ai l'impression que je peux respirer librement à présent. Je réalise rapidement que je n'ai aucune idée de l'endroit où je me trouve – à proximité de plusieurs grandes tours d'habitation – mais je marche, me résignant à essayer de savoir ma location et appeler un taxi quand je serai assez loin. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est que la rouquine jette un coup d'œil à sa fenêtre et me surprenne en train de m'enfuir comme un voleur.

Je vérifie mes messages en marchant. Le premier est de Bella et je souris – elle m'a envoyé son adresse. Et rien d'autre. Pas de 'J'ai hâte d'être à demain' ou de 'Je suis impatiente d'y être.' Elle n'a même pas signé son nom.

Ça me convient. James a dit qu'elle ne serait pas facile. Mais s'il y a une chose que je sais à propos des femmes, c'est qu'elles sont toutes les mêmes – tu les baratines un peu, tu leur dis les conneries qu'elles veulent entendre, et elles viendront manger dans ta main en un rien de temps. Apparemment, James a eu un problème avec cette fille, ce qui est une honte si on considère qu'il était désespéré de coucher avec elle. Il m'a affirmé qu'elle portait une ceinture de chasteté ou un truc du genre. Mais je dois l'admettre – n'importe quelle fille qui rejette James gagne tout de suite des points à mes yeux.

J'ai des messages de deux filles différentes, envoyés la nuit dernière, qui, en substance, veulent savoir où je suis allé me perdre. Puis les trois derniers textos sont de James.

Tu l'as déjà baisée ? – J

Hé mec, ne fais pas comme si je n'existais pas seulement parce que j'avais raison – J

Tu vas devoir me payer – J

Bordel que cet enfoiré peut être énervant. Je ne réponds pas tout de suite, et avant que je ne tourne le coin il a eu le temps de m'envoyer un autre texto.

Je vois comment c'est – J

Je lui réponds.

Tu veux bien me lâcher les baskets ? On n'a jamais dit que ça devait se faire la nuit dernière – E

Quelle est ta stratégie ? – J

Ça ne te regarde pas – E

Eh bien j'espère que t'as un bon plan, mec. Bonne chance – tu vas en avoir besoin sur ce coup là – J

Je soupire d'agacement et me demande si je dois lui répondre, mais finalement je me rends compte que ce serait une perte de temps. Rendu au coin de la rue j'appelle un taxi et je range le téléphone dans ma poche.

J'arrive devant l'adresse de Bella à 18h55. C'est un immeuble d'habitation dans un quartier de la classe moyenne, charmant, mais pas extravagant. L'aménagement paysager est bien entretenu et l'extérieur est propret. Je me gare, m'attendant à devoir monter chez elle, mais avant de couper le moteur, je la vois soudainement se lever de l'endroit où elle était assise sur le bord du trottoir, en face de l'entrée.

Elle porte une robe bleu pâle ajustée avec des chaussures blanches à talons et un sac à main blanc. Ses cheveux ondulent librement et lui arrivent en bas des omoplates. Je sors de la voiture et elle sourit en me voyant, son visage prenant une jolie teinte rosée alors qu'elle baisse les yeux au sol.

Elle est vraiment superbe – je peux voir pourquoi James a persévéré si longtemps avec elle. L'obscurité de la boîte de nuit hier soir ne lui rendait pas justice. Ça devrait être le pari le plus gratifiant que j'aie jamais gagné.

Je fais le tour de la voiture pour rencontrer Bella et ouvrir la portière pour elle.

« Re-bonsoir, Bella, » je lui dis en lui adressant mon sourire le plus séduisant – celui qui fait toujours de l'effet aux femmes. Bella ne diffère pas des autres. Elle rougit – encore – et s'empresse de regarder ailleurs. « Tu es très belle. »

Elle marmonne un « Merci » et se glisse sur le siège passager. « Tu n'es pas mal non plus. »

Je souris et ferme sa portière, puis je retourne à ma place. Je suis vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise bleu foncé avec une cravate et ma veste par dessus. C'est le genre de fringues que je porte trop souvent.

À l'intérieur de la voiture, elle regarde ses mains. Elle semble mal à l'aise.

« Aimerais-tu mettre de la musique ? » je lui demande, espérant alléger la tension.

Elle prend une grande respiration, réfléchissant, puis elle s'anime. « Bien sûr, » dit-elle avec un léger sourire. Je prends mon iPod de son support et je le lui tends. Pendant qu'elle cherche ce qu'elle veut écouter, je lui dis, « Alors, Palisade, c'est bien ça ? »

« Oui. »

« Tu n'y es jamais allée avant ? »

« Non. J'ai toujours voulu l'essayer. »

« Je pense que tu vas aimer ce restaurant. Ils ont une sélection de vins exceptionnelle. Les meilleurs de Seattle. Et la vue là-bas est magnifique. »

Elle hoche la tête distraitement. « C'est toute une liste d'écoute que tu as ici. Les Beatles… Flo Rida… Bach ? »

« Ça change selon mon humeur, » je lui explique sans peine. « Bach est l'un de mes préférés. C'est… apaisant, je suppose. »

Elle acquiesce en marmonnant. « Apaisant… C'est ce dont j'ai besoin en ce moment. Voilà. »

Elle me redonne le iPod et je le remets dans la station d'accueil, m'imaginant que je suis sur le point d'entendre les inventions de Bach au clavecin – à la place, c'est un tempo rapide et une voix masculine qui résonne dans l'habitacle…

Lay where you're laying, don't make a sound
I know they're watching, they're watching
All the commotion, the kiddie like play
Has people talking, talking

(Reste là où tu es allongé, ne fais pas de bruit

Je sais qu'ils regardent, ils regardent

Toute l'agitation, le jeu puéril

Fait parler les gens, les fait parler)

Sex on Fire des Kings of Leon. Putain, je rêve ? Je regarde Bella et elle fixe un point droit devant elle sur la route, balançant légèrement la tête au rythme de la musique, un petit sourire relevant la commissure de ses lèvres. Je ne peux pas m'empêcher de sourire moi aussi – il semblerait que gagner ce pari va être plus facile que je ne le croyais.

« Sex on Fire ? » Je lui demande, amusé un max, et quelque peu intrigué.

Elle sourit pour de bon. « C'est une de mes chansons préférées. »

« Je vois. »

« Tu as dit que je pouvais choisir la musique. Et c'est sur ton iPod. »

« Je sais, je sais. » Et plus que tout, j'aimerais savoir ce qu'elle pense en ce moment…

Le restaurant n'est pas trop loin de son appartement. J'ai réussi à obtenir une réservation, Dieu merci – je n'ai pas envie de commencer cette… chose… sur de mauvaises bases en ne l'emmenant pas au restaurant de son choix. Je me gare et je sors afin d'aller ouvrir sa portière. Je prends sa main pour l'aider à s'extraire du véhicule. Quand nos mains se touchent, c'est comme si un courant électrique passait à travers mon bras, voyageant vers le haut… une lente chaleur s'installe dans ma poitrine. C'est… étrange. J'ai senti la même chose la nuit dernière au club, mais j'ai juste pensé que j'avais trop bu et que j'imaginais des choses.

C'est plus fort que moi, je laisse mes yeux vagabonder sur son corps, appréciant la manière dont le soyeux matériel bleu épouse les courbes de son derrière et révèle seulement le haut de ses seins – on ne voit qu'un tout petit peu de son décolleté. Au final, sa robe est pudique et intrigante, en ce sens qu'elle conduit l'esprit à vouloir en voir plus. Et comme elle a un corps splendide… Pourvu que ça ne soit pas trop long avant que je puisse le voir entièrement révélé…

Palisade est un des restaurants les plus huppés de Seattle. Il est situé sur la marina, ce qui permet aux convives d'avoir une vue spectaculaire sur le Puget Sound. Pas étonnant que Bella ait choisi cet endroit – elle n'est pas la première fille à opter pour un restaurant aussi haut de gamme, surtout quand elles découvrent que je peux me le permettre, mais elle est une des rares que j'ai accompagnées dans un tel lieu.

La plupart des filles n'ont le plaisir de ma compagnie que dans un lit.

Une table nous est assignée et on nous donne le menu. Une serveuse vient prendre notre commande, une jolie jeune fille, et elle rougit en me voyant – Bella est témoin de sa réaction et la dévisage avec attention.

Je me tourne vers elle. « Est-ce que tu bois du vin ? »

« Oui, » confirme-t-elle.

« Un Pinot Noir ? » Elle hoche la tête et je commande deux verres. La serveuse se précipite hors de notre champ de vision.

Bella commence immédiatement à parcourir le menu. J'ai mangé ici avant – je sais déjà ce que je veux – alors je l'observe attentivement à la place, remarquant la façon dont elle mord sa lèvre inférieure pensivement en lisant.

Elle relève les yeux brusquement et me surprend en train de la regarder. Elle rougit.

« Quoi ? »

Je souris. « Rien. Est-ce que tu sais ce que tu veux en guise d'entrée ? »

« La trempette au homard et au crabe me semble attrayante. »

« Elle est délicieuse, en effet. Je l'ai déjà essayée. »

« Oh, vraiment ? Autre chose de bon à me suggérer, alors ? Tu as l'air d'être un habitué de la place. »

« La spécialité du restaurant est la Pupu Tower, et c'est ce que je préfère ici. »

Elle sourit et son visage entier s'illumine alors qu'elle me regarde avec humour. Je ne peux pas faire autrement que la fixer – elle a un sourire magnifique… Attendez une seconde, est-ce qu'elle est en train de se payer ma gueule ?

« Quoi ? » Je demande, sur la défensive.

« Dis-le encore, » m'incite-t-elle à répéter.

« Dire encore quoi ? »

« Pupu. »

Elle se paie réellement ma gueule. Au moins elle a le sens de l'humour – ça me plaît. Et elle ne rit pas stupidement à chacun de mes mots – ça aussi j'aime bien. Je décide de la taquiner.

« Je ne crois pas, » je réponds. « Je pense que tu t'es assez amusée à mes dépens. »

« Allons… S'il te plaît ? De toute façon il va falloir que tu le dises encore quand tu vas commander. »

La serveuse nous interrompt en apportant notre vin. Lorsqu'elle s'informe au sujet de nos entrées, je lui dis, « La trempette de homard et de crabe, s'il vous plaît. »

« Êtes-vous prêts à commander les plats principaux, ou avez-vous besoin de plus de temps pour faire votre choix ? »

Je regarde Bella – elle est très déçue de ce que j'ai commandé. Quand elle réalise que j'attends de voir si elle a décidé ce qu'elle veut comme plat principal, elle se redresse en vitesse et dit, « Oh Seigneur, non ! Je ne suis jamais venue ici. J'ai besoin de quelques minutes de plus, s'il vous plaît. »

« Bien entendu. » La serveuse disparaît encore une fois.

Bella prend une gorgée de son vin, ses yeux rivés aux miens. « Eh bien, quelle injustice, » dit-elle. « Je voulais vraiment le plat de pupu. »

Je souris. « Maintenant tu l'as dit. »

« Dit quoi ? » Demande-t-elle innocemment.

« Tu sais. »

« Tu veux dire pupu ? Je l'ai dit tout à l'heure. Ça semble juste… étrange… quand ça vient de toi. »

Je suis intrigué. « Étrange ? Comment ça ? »

Elle hausse les épaules et retourne à la lecture du menu. « Je n'sais pas. »

Elle me demande mon avis sur un des plats et décide finalement de commander le homard du Maine. La serveuse prend nos menus, si bien que plus rien ne fait tampon entre nous. Bella prend sa serviette en tissu et baisse les yeux. Je déteste les silences embarrassés. C'est le temps de déployer mon arsenal…

« Alors, Bella. » Je me penche vers elle pour lui démontrer mon intérêt. « Que fais-tu dans la vie ? »

Elle relève tranquillement ses grands yeux chocolat vers moi. Ils sont tellement profonds qu'on dirait qu'ils n'ont pas de fond.

« Je suis correctrice-réviseuse pour le Seattle Times, » répond-elle.

Je le sais déjà – c'est un des quelques détails que James m'a fournis hier en boîte.

« Le Seattle Times – c'est un travail important. »

Elle hausse les épaules. « Ça me plaît. J'aime bien faire la correction et la révision des textes. »

« Tu bosses là depuis combien de temps ? »

« Un peu plus d'un an. »

« Et tes parents ? »

Elle me regarde avec méfiance. « Quoi, mes parents ? »

« Que font-ils ? »

Elle semble songeuse pendant un moment. Elle recommence à jouer avec sa serviette… « Ma mère vit en Floride avec Phil, son mari. Elle fait un peu de tout – elle passe par des phases. Là, maintenant, je crois qu'elle étudie pour devenir massothérapeute… » Elle écrase son nez, essayant de se rappeler.

« Ta mère et ton père sont divorcés ? »

« Oui. »

« Et ton père, que fait-il ? »

« Il est chef de la police à Forks. »

« Il n'est pas marié ? »

« Non. Il n'est pas très… social. »

Je fais des 'Hmmhmm' pour signaler que je saisis très bien ce qu'elle veut dire, et je prends une gorgée de mon vin – Bella saute sur l'occasion et me demande, « Et toi ? Que fais-tu ? »

« Je suis PDG de Cullen Financial Group à Olympia. »

Elle se contente de… me dévisager intensément. Je n'arrive pas à lire l'expression sur son visage. Puis elle porte silencieusement son verre de vin à ses lèvres et elle en boit une rasade. Je ne dis rien pendant tout ce temps-là, je l'observe attentivement, attendant sa réponse.

Elle s'éclaircit la gorge et redépose son verre – il est presque vide.

« Alors, euh… PDG, » dit-elle.

« Oui. »

« Est-ce que les PDG vont toujours en boîte dans leurs temps libres ? Ça ne me semble pas très professionnel. »

Elle me regarde avec dédain à présent. Est-ce que j'ai gaffé quelque part ? Elle termine son verre de vin.

« En voudrais-tu un autre ? » Je demande, faisant référence à son verre vide.

Elle hoche la tête. « Avec plaisir. »

Je fais un signe à la serveuse et je nous commande un autre verre à tous les deux. Les entrées arrivent avant le vin, et nous commençons à manger en silence. Bella est la première à reprendre la parole.

« Tu n'as jamais répondu à ma question. »

Merde… Je me creuse les méninges, essayant de me rappeler la question à laquelle elle fait allusion… Ah oui, les sorties en boîte.

« Tu veux dire à propos d'aller en boîte ? »

Elle acquiesce, et je hausse les épaules en signe d'indifférence. « C'est pour ça que je viens à Seattle… Afin de maintenir ce professionnalisme, pour ainsi dire. Et en fait, Bella, » je me penche à nouveau vers elle, parlant à voix basse, « puisque la compagnie m'appartient, je peux faire ce qui me chante. »

Je l'entends respirer plus fort alors qu'elle recule sur sa chaise. Elle me regarde avec méfiance. Elle semble presque… nerveuse ?

« Eh bien, » bredouille-t-elle, « je suppose qu'on ne peut pas battre ça. » La serveuse est revenue avec nos verres de vin dans l'intervalle, alors elle en prend une autre longue gorgée… Maudit, il faut qu'elle ralentisse, sinon je vais devoir la porter pour sortir d'ici.

Quelques minutes plus tard, nos plats principaux arrivent. Bella bêche dans son assiette comme si c'était son dernier repas sur terre – ça change de voir une femme commander autre chose qu'une salade.

« Alors, » poursuit-elle, « Est-ce que tu demeures ici ? Ou à Olympia ? »

« J'ai deux adresses. »

« Deux résidences ? » Je hoche la tête. « Alors tu fais la navette entre Seattle et Olympia ? Pourquoi ne pas tout simplement descendre à l'hôtel quand tu viens ici ? »

Je souris poliment à son ignorance. « Avoir mon propre appartement me permet de me sentir chez moi. »

Elle fait un signe de tête affirmatif pour montrer qu'elle comprend. « Et tes parents ? »

Je me crispe légèrement – ça ne me dit pas vraiment de révéler cette partie foireuse de ma vie. Pas à elle. Mais je ne peux pas non plus rester hermétique, sans quoi je ne gagnerai jamais sa confiance.

Elle me regarde avec sagacité, sans aucun doute intriguée par ma réaction. Je soupire.

« J'ai été adopté, en fait. »

« D'accord… » Dit-elle lentement. Son ton redevient très vite désinvolte. « Alors parle-moi de tes parents adoptifs. »

« Eh bien, Esme est décoratrice d'intérieur et Carlisle est chirurgien. »

« Quel genre de chirurgien ? »

« Général. »

« As-tu des frères et sœurs ? »

« Oui, j'ai une sœur. »

« Que fait-elle ? »

« Elle étudie dans une école spécialisée pour devenir créatrice de mode. »

« Oh, quelle école fréquente-t-elle ? »

Putain, qu'elle me laisse tranquille avec son jeu des vingt questions… Je préférerais de beaucoup retourner l'attention sur elle. Elle est tenace, par contre – si bien que je ne peux pas en placer une.

« L'institut des Arts, à San Francisco. Et toi ? As-tu des frères et des sœurs ? »

« Non. Je suis enfant unique. Comment as-tu connu Emmett ? »

Putain de bon Dieu qu'elle est opiniâtre… Attendez une seconde…

« Comment se fait-il que tu connaisses Emmett ? »

« Je ne le connais pas, mais il n'a pas arrêté de peloter ma meilleure amie pendant toute la soirée. »

« Qui ? La blonde ? »

Bella me lance un regard noir. En fait c'est plutôt… mignon. Ça pourrait être assez amusant de la faire tourner en bourrique…

« Son nom est Rosalie, » s'emporte-t-elle. Elle me dévisage, dans l'expectative. « Eh bien ? »

« Nous allions à l'école secondaire ensemble. Notre amitié date de cette époque, » je réponds.

Elle semble satisfaite de l'information, retournant son attention sur son assiette une fois de plus. Elle n'a pratiquement rien laissé, et je pense qu'elle est déçue que la carcasse du homard ne soit pas comestible.

« Alors, tu dis que ta mère est de Floride et ton père de Forks – qu'est-ce qui t'a amenée à Seattle ? »

« Le Seattle Times, » répond-elle illico. « Et je ne voulais pas être trop loin de mon père. »

Je relève un sourcil. « Tu ne t'entends pas bien avec ta mère ? »

« Non, non, ce n'est pas ça. On s'entend bien, » me rassure-t-elle. « Mais elle a Phil et elle voyage, alors que Charlie… il n'a personne… » Elle a l'air mal à l'aise tout à coup, ce qui est intéressant, dans un sens. « J'sais pas, » marmonne-t-elle.

« Je comprends, » je lui dis. « C'est sympa de vouloir rester à proximité de ta famille. »

La serveuse vient ramasser nos assiettes, et Bella commande un autre verre de vin ainsi que le gâteau pour les amoureux du chocolat qu'elle veut que nous partagions. Elle est en train de se décoincer – elle recule au fond de son siège et tapote son ventre paresseusement tout en se plaignant qu'elle ne peut plus rien avaler. Puis, le gâteau arrive et ses yeux deviennent gros comme des soucoupes.

« Bordel de merde, » dit-elle, tellement fort qu'un client à une table voisine se retourne pour la dévisager, insulté. « Je pense que je suis morte et que je suis allée au paradis des gâteaux. »

Je ris. « Peut-être que tu devrais y goûter. Tu sais ce qu'on dit – ne jamais juger un gâteau par son glaçage et tout ça. »

Je m'apprête à lui remettre une cuillère, mais elle me prend de court en se redressant vivement sur sa chaise, en se penchant en avant, et en plongeant un doigt au centre de la mousse au chocolat. La mousse qu'elle ramasse avec son doigt se retrouve ensuite entre ses lèvres, et elle pousse un gémissement, suçant le doigt en question de manière aguichante, ne me quittant pas du regard pendant toute sa petite manœuvre…

Foutue… merde…

Putain, je vais m'amuser avec cette fille. Je parie qu'elle est une déesse dans la chambre à coucher. Je suis extrêmement reconnaissant qu'elle ait refusé de baiser avec James. Je n'irais jamais de mon plein gré là où cet enculé est allé avant moi. Comment a-t-elle pu même fréquenter ce gars-là, de toute façon ?

« Seigneur, » dit-elle, gémissant encore une fois. « C'est tellement bon. » Elle fait passer le chocolat avec une lampée de Pinot Noir. « Ne vas-tu pas goûter à ce délice ? » Demande-t-elle innocemment.

J'éclaircis ma gorge et je bouge un peu, sentant mon érection tendre le tissu de mon pantalon de manière inconfortable. Enfer de merde, il faut que je me relaxe. Je dois penser à un truc répugnant… James… James… Lorena Bobbitt*… les orteils poilus d'Emmett.

Je me dépêche de prendre une bouchée de gâteau mousse, espérant rendre la monnaie de sa pièce à Bella. Elle me regarde avec attention, un petit sourire malicieux sur ses lèvres – bon Dieu, je donnerais cher pour savoir ce qu'il y a dans sa tête en ce moment. À quoi pense-t-elle ?

« C'est bon, hein ? » Me pousse-t-elle à répondre, le sourire fendu jusqu'aux oreilles. Elle se sert de la cuillère et se prend une grosse bouchée.

« Mmm hmm, » je gémis, et comme ce petit jeu-là peut se jouer à deux, je me penche vers l'avant et j'ajoute, un octave plus bas, « C'est carrément… orgasmique. »

Sa respiration devient saccadée, elle rougit et baisse les yeux. Elle reprend son verre de vin et en vide le contenu.

« Aimerais-tu un autre verre de vin ? » Je demande, relevant un sourcil.

Peut-être que j'aurais dû lui offrir une bouteille pour elle toute seule. Elle secoue vivement la tête.

« Non. Je pense que j'en ai eu assez. »

Nous sommes encore en train de manger le gâteau quand la serveuse apporte l'addition que je règle sur le champ. Pendant que j'attends qu'elle revienne avec ma carte, Bella se prend une bouchée particulièrement grosse et se retrouve avec du chocolat à la commissure des lèvres. Elle le laisse là, ne semblant pas réaliser qu'elle est barbouillée.

C'est plus fort que moi, j'ai envie de lécher le chocolat au coin de ses lèvres. Ensuite, peut-être qu'il y a plus à faire avec le chocolat…

Sera-t-elle partante ce soir ? Elle ne semble certainement pas réprimée sexuellement… D'abord la chanson dans la voiture, puis les préliminaires à peine déguisés avec le gâteau au chocolat. Est-ce que le clou du spectacle est pour bientôt ?

Elle sort soudainement la langue pour lécher le chocolat, et je cligne des yeux et regarde ailleurs, craignant de me faire surprendre en train de la fixer comme un obsédé. Mes actions se doivent d'être furtives ce soir.

La serveuse me redonne ma carte. Je laisse le pourboire et nous quittons les lieux. L'air nocturne est frisquet – aussitôt que nous faisons un pas à l'extérieur, une brise piquante nous assaille, fouettant les cheveux de Bella sur son visage. Elle jette sa tête en arrière, luttant pour repousser ses cheveux derrière ses épaules, et je réalise qu'elle ne porte rien par dessus sa petite robe légère à manches courtes.

Ravissante, mais pas très pratique. Je retire ma veste et la lui tends. « Tiens, » je lui dis.

Elle repousse de la main mon geste prévenant. « Je n'ai pas froid, » se justifie-t-elle, et elle se met à trembler.

« Tu es une terrible menteuse, Bella. »

Elle roule des yeux et tend la main pour avoir la veste – je me place derrière elle et je fais glisser ses bras à l'intérieur. Ça paraît vachement ample sur elle – on croirait qu'elle est nue en dessous, sa robe dépassant à peine l'ourlet. C'est un joli spectacle à contempler – mon imagination se met à galoper.

« Je n'aurai plus froid dans la voiture, » continue-t-elle d'argumenter.

Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée… Elle porte la veste maintenant, donc j'ai déjà gagné.

« Quel genre d'homme serais-je si je laissais ma compagne grelotter ? »

« Un homme assez ordinaire, » répond-elle du tac-au-tac.

Nous atteignons la voiture et j'ouvre la portière du côté passager. Elle s'introduit souplement à l'intérieur.

Je la rejoins et m'empresse de faire démarrer le moteur et d'allumer le chauffage. « Tu n'as jamais eu de rancard avec un vrai mec, alors. »

Elle hausse les épaules. « Tout dépend de ta définition. »

« Oh, et comment définirais-tu un vrai mec, alors ? »

Elle sourit avec malice. « Un vrai mec ne laisserait jamais une femme manger et boire plus que lui, et certainement pas tout ça en une seule soirée. »

Je pouffe de rire. « Vrai. Mais pas très distingué de la part de la femme, par contre, » je la nargue.

« Ou simplement pathétiquement triste pour l'homme – tout dépendant de comment on choisit de voir les choses. »

« Je suppose que je devrai porter mon pantalon plus ample la prochaine fois que nous irons dîner. »

« Prochaine fois ? » Elle lève les deux sourcils avec curiosité. « Il y a quelqu'un ici qui ne manque pas d'assurance. »

« Un homme a le droit d'espérer, » je rectifie, risquant un petit sourire. Au début elle a l'air étonné, mais elle a tôt fait de se détendre et de me sourire en retour.

Nous atteignons son appartement et je me gare. Elle commence à enlever ma veste, mais avant qu'elle ait la chance de la retirer complètement – ou de dire au revoir – je coupe le moteur et je sors du véhicule. Surprise, elle me lance un regard à travers le pare-brise.

Elle semble interloquée lorsque j'ouvre la portière. Je lui tends ma main – elle se contente de la fixer comme si c'était quelque chose d'affreux.

« Qu'est-ce que tu fais ? » Demande-t-elle avec de grands yeux.

Quelle mouche l'a piquée ?

« Je te raccompagne à ton appartement, bien sûr. »

« Tu n'as pas à faire ça… »

« Allons, Bella, quel genre d'homme serais-je ? Je ne vais pas te laisser geler sur le chemin pour te rendre à l'intérieur, et j'ai vraiment besoin de ce blazer avant de retourner à Olympia demain. »

Elle hésite, puis finalement place sa main dans la mienne. « Tu retournes à Olympia ? » Demande-t-elle en s'extirpant de la voiture.

« Il faut bien qu'un homme travaille, pas vrai ? »

Elle ne répond pas, et nous marchons côte à côte jusqu'au hall d'entrée de son immeuble, sa main toujours dans la mienne. Elle semble tendue tout à coup. Je n'arrive pas à saisir cette nouvelle réaction de sa part. Je m'attends à moitié à ce qu'elle me donne mon congé aussitôt que nous serons à l'intérieur, mais elle me permet de l'escorter en haut des escaliers, jusqu'à la porte indiquant le numéro '2303.' Une fois là, elle se retourne pour me regarder, tout en enlevant ma veste.

« Eh bien, me voici arrivée chez moi, » marmonne-t-elle, me tendant mon blouson avec brusquerie. « Merci pour le dîner. Euh – je t'appellerai ? »

De toute évidence, elle trouve une touche d'humour dans ses paroles car elle me fait un sourire en coin. Foutu bordel, cette fille me donne le tournis avec ses sautes d'humeur.

« Ouais, j'aimerais bien, » je lui dis.

« Bon. Eh bien, euh, je devrais probablement y aller. »

Maintenant, on dirait qu'elle cherche désespérément à s'enfuir. Peut-être que c'est là que James a eu des problèmes – merde, il faut vraiment que je cesse de penser à lui. Elle se retourne pour ouvrir sa porte, mais je l'arrête. C'est clair qu'elle ne va pas m'inviter à l'intérieur, mais je dois faire… quelque chose.

« Bella. » Elle fait une pause et me regarde. « J'ai vraiment passé un très bon moment ce soir. Merci d'avoir accepté de sortir avec moi. »

Elle hoche la tête et je me penche, lentement, me demandant si je devrais l'embrasser sur la joue ou m'enhardir davantage… Et pourtant, soudainement mes lèvres sont à quelques centimètres des siennes… Non, raturez ça – ça s'évalue en millimètres – et je peux pratiquement sentir cette étrange vibration sur mes lèvres, comme un échange d'atomes de sa peau à la mienne quand nous somme à proximité l'un de l'autre. Elle a cessé de respirer – figée et languissante. Je me penche davantage, l'attirance augmentant d'autant…

Et tout à coup elle n'est plus là, son visage s'est éloigné du mien comme la marée qui se retire, l'armée qui bat en retraite. « Okay-il-faut-que-je-rentre-merci-au-revoir. » Ses mots précipités sont interrompus quand elle se faufile à l'intérieur et me claque la porte au nez.

C'est… quoi… ce… foutu… bordel…

*Lorena Bobbitt est notoirement connue pour avoir tranché le pénis de son mari avec un couteau, après quoi elle s'est débarrassée de la partie qu'elle avait réussi à couper dans un champ non loin de sa résidence. Plus tard, le bout de pénis a été retrouvé, entreposé dans de la glace, et rattaché à son 'propriétaire.'