Bonsoir à tous !
Eh oui, j'ai osé blesser Emma, Regina et Henry mais que voulez-vous, je vois pas l'intérêt du "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" :3
Mention spéciale à Draculeta : patieeeeeeeeeence :p
Cet état de flottement est parfaitement confortable bien que tout à fait étrange. Je ne ressens plus rien, que ce soit physiquement ou psychiquement alors que j'aurais de quoi crier et pleurer pendant des heures. Pourtant, rien de tout cela. La morphine calme certes la douleur physique due à l'accident mais elle n'a théoriquement aucun pouvoir sur la souffrance que je devrais ressentir à l'annonce de la presque mort de mon fils. Je dis presque car au fond de moi, je n'arrive pas à me résoudre à abandonner le combat. Je vis à Storybrooke, une ville créée et habitée par la magie, il doit donc bien y avoir un moyen de ramener mon fils parmi nous. Il existe forcément un moyen quelconque, je ne l'ai simplement pas encore trouvé.
Impossible de rester en place, mon corps m'intime de me lever et d'aller retrouver Henry à son chevet. Je dois le voir, le toucher, sentir qu'il est encore présent dans ma vie. Je me traîne péniblement dans les couloirs, ma tête me lance à nouveau atrocement malgré les antalgiques et avec un bras en écharpe, je dois me méfier de mon équilibre précaire. Au moins, je ne peux plus me plaindre de ne rien ressentir, mon crâne me le rappelle durement. Une infirmière m'intercepte au beau milieu du couloir et tente de me reconduire à mon lit, ce qui est totalement peine perdue. Je lui résiste et ne retiens pas un vocabulaire fleuri. Elle lève les yeux au ciel, soupire, et va me chercher une chaise roulante. Bon, je me suis certainement faite une ennemie mais au moins mon cerveau cogne moins contre mon crâne, ainsi. Je la remercie faiblement de bien vouloir me conduire jusqu'à la chambre de mon fils.
Arrivée au bout d'un énième couloir, l'infirmière fait pivoter la chaise et me laisse devant la chambre de Henry Mills. J'hésite quelques secondes, la main sur la poignée de la porte mais finis par l'actionner et me faire laborieusement rouler dans la pièce où m'attend un petit corps pâle relié à une machine d'assistance respiratoire. Il semble si petit et fragile autour de tout ce matériel médical. Je n'arrive cependant pas à m'avancer, ni à me reculer d'ailleurs. Je reste plantée là, à le regarder, à suivre le rythme de la respiration artificielle. Mes yeux finissent par tomber sur la masse noire qui se tient à son chevet, avachie à moitié sur une chaise à moitié sur le lit, me tournant la tête. Je contemplai la scène quelques minutes qui auraient pu se transformer en heures si un bruit de fracas n'avait pas retenti dans le couloir pour me tirer de mes songes. Je décidai d'enfin m'extirper de cette chaise roulante et alla m'asseoir du côté libre du lit où je pris la main de Henry dans la mienne. Elle était chaude, ce qui trancha radicalement de la mienne totalement gelée à l'instar de mes émotions.
- Tu vas t'en sortir, bonhomme, lui murmurai-je. La magie peut tout, elle pourra bien ici.
- La magie ne peut rien. Elle est totalement impuissante, asséna celle que je croyais endormie.
Regina n'avait pas bougé d'un centimètre en disant ça, elle ne me regarda même pas. J'eu du mal à en croire mes oreilles qui pourtant, elles, n'étaient pas mutilées.
- J'ai bien entendu ? Est-ce que la grande Reine Regina renonce à tout tenter pour sauver son propre fils ? provoquai-je.
- Il n'y a rien à tenter, aucun sort, aucun charme, rien. Même son grand-père paternel ne peut rien pour lui, il est passé il y a deux jours, pendant que vous dormiez.
- Je ne dormais pas ! contrai-je avec force. Comment… vous… tu…
- Et moi j'ai fait tout ce que j'ai pu !
Elle avait crié cela en se redressant subitement et me fixant droit dans les yeux. Je pus alors constater l'état dans lequel elle se trouvait : visage encore tuméfié, oreille bandée et surtout, surtout, la cascade de larmes silencieuses qui avaient coulé depuis des jours, laissant des sillons légers mais perceptibles. Encore une fois, les larmes inondaient son visage. Son expression se voulait agressive mais il ne m'était pas difficile de deviner qu'elle était au bord du gouffre, prête à craquer à tout moment.
- Je ne pensais absolument pas ça, soufflai-je. Je… je sais bien que vous avez tout essayé, c'est votre fils avant d'être le mien et je le sais. Mais ne reste-t-il pas un infime espoir de retrouver une vieille magie oubliée de tous il y a des centaines d'années et qui…
- Emma, stop, s'il vous plaît. Cela fait 3 jours que j'essaye de me faire à l'idée que je ne reverrai plus mon fils et…
- Mais nom d'un chien comment pouvez-vous abandonner comme ça ? Comment pouvez-vous penser à le laisser partir alors que cette ville compte plus de miracles que d'habitants ?! Avant je me serais rendue à l'évidence mais ici, dans ces circonstances, c'est impossible. Je vais aller voir Rumple, il a forcément raté quelque chose, assénai-je tout en me levant, prête à partir en guerre.
Regina se leva à son tour et m'arrêta devant le lit de Henry. Elle fit alors un geste que je ne l'imaginais jamais avoir fait un jour : elle me saisit fermement par les épaules pour m'immobiliser et capta mon regard.
- Emma arrêtez, ça suffit ! Henry est… Henry est mort, me murmura-t-elle dans un sanglot suppliant. Laissez-le partir en paix à présent. J'ai déjà vécu cette situation et je vous jure que votre solution n'est pas la bonne. Ni la magie ni la médecine ne le ramèneront.
Ce devait être le renoncement que je lu dans ses yeux et ce fut comme si toutes les émotions disparues depuis quelques heures avaient fait leur retour sous la forme d'un rouleau compresseur et de multiples dagues plantées ça et là dans ma poitrine. Je m'affaissai sur moi-même et manquai d'arrêter de respirer. La situation sembla me frapper au visage à de multiples reprises, laissant des marques indélébiles bientôt recouvertes par des larmes brûlantes ruisselantes sur mes joues. Regina m'avait suivi dans ma chute et m'étreignit sans que je ne pense même à le noter, tellement la douleur était suffocante. J'enfouis ma tête au creux de son cou et pleurai comme jamais auparavant. Jadis shérif et femme forte de la ville, je me retrouvais prostrée à terre comme un animal blessé, ne parvenant pas à me reprendre, la douleur me percutant par vagues successives. Regina attendit, longtemps, que mes sanglots et tremblements cessent. La nuit était tombée et je ne pouvais dire combien de temps nous étions restées ainsi sur le sol froid de l'hôpital de Storybrooke, à côté du corps bientôt sans vie de notre fils. Je ressentis le besoin de lui poser la question qui me brûlait les lèvres depuis plusieurs jours, avant même que nous montions tous dans cette voiture. Pourquoi maintenant ? Aucune idée. Je finis par desserrer les lèvres et former une phrase dans un souffle :
- Pourquoi avoir accepté cette sortie alors que tu me haïssais le jour d'avant ?
Elle ne répondit pas immédiatement, me laissant presque croire que soit elle ne m'avait pas entendue, soit elle m'ignorait. Elle finit par reprendre sa respiration et me répondit :
- Je ne te haïssais pas ta personne mais ce que tu représentais. Je croyais que tu étais là pour me reprendre mon fils et c'est ce qui prenait le pas sur tout le reste. Si je t'ai autant mis de bâtons dans les roues pendant tout ce temps, avant ou après la fin de la malédiction ou via ma mère, c'était à cause de la peur panique qui me rongeait en permanence. J'avais peur de ce que tu représentais pour Henry, peur de ce que tu pouvais estimer avoir le droit de faire. Plus que tout, j'avais peur de perdre définitivement son amour, chose qu'il était le seul à ressentir à mon égard. Alors oui, Emma-la-parfaite, je t'ai haï un moment, conclu-t-elle.
- Et d'un jour à l'autre, ça t'a passé ? questionnai-je, ce qui la fit rire mais d'un rire vide de tout amusement.
- Evidemment que non, répondit-elle. Simplement, un jour Henry en a eu assez de nous voir nous écharper à longueur de temps. Il m'a donc clairement posé un ultimatum : soit je faisais un effort avec toi, soit il ne me considérerait plus comme sa mère, jamais. Cette menace il l'avait déjà proférée plusieurs fois mais sous le coup de la colère. Cette fois, j'ai senti que c'était différent. J'ai donc tenté de me contrôler petit-à-petit même si honnêtement, tu ne faisais rien pour m'aider !
- Quand on m'agresse, je réponds, réflexe, me défendis-je.
- Je le sais et c'est d'ailleurs une des choses que j'ai toujours apprécié, aussi contradictoire que cela puisse paraître. Mais ça n'a plus d'importance à présent, j'ai été butée beaucoup trop longtemps et maintenant, on l'a perdu toutes les deux…
Sa voix se brisa dans un sanglot et ce fut à mon tour de la prendre dans mes bras en geste de réconfort, geste qu'elle refusa immédiatement, sans que je ne saisisse pourquoi.
- Regina… Pourquoi ce double langage ? lui demandai-je.
Elle me fixa un instant, je vis ses lèvres trembler comme si elle brûlait de dire quelque chose de monstrueux. Elle finit par rompre le contact visuel et se releva, allant coller son front contre la vitre donnant sur le parc. Je me hissai également sur mes jambes et m'appuyai sur le lit, encore chancelante. J'insistai un peu en réitérant ma question :
- Est-ce que tu peux m'expliquer une bonne fois pour toutes ton comportement ? J'ai saisi pour la partie où tu acceptes l'invitation mais ça n'explique pas ce qu'il s'est passé dans la voiture, avant l'accident.
Pour toute réponse, elle se retourna, me saisit par le bras valide qui me restait et m'entraîna hors de la chambre de Henry. Je la regardai stupéfaite jusqu'à ce qu'elle consente à me rendre l'usage de mon bras et qu'elle s'arrête devant une baie vitrée baignée par la lune. Elle reprit la même position que dans la chambre de notre fils, contre la vitre, regardant au loin. Je lui laissai quelques secondes de répit et attendis patiemment. Elle se mit alors à me parler, son corps ne bougeant pas. Les seuls témoins de ses mots furent ma personne et la buée créée sur la baie vitrée.
- J'ai préféré te haïr, c'était une option beaucoup plus facile à tenir et à gérer.
- Tu préférais ça à quoi, exactement ? lui demandai-je avec appréhension.
- Je pense que tu sais qu'il y a un sentiment humain que je n'ai jamais su gérer, garder, entretenir et tout ce qui va avec. Quelque chose qui m'a tellement fait souffrir et déçue au fil des années que j'ai préféré le considérer comme mort. Ironique, quand on regarde mon arbre généalogique…
Elle ne me regardait toujours pas, j'avais peur de comprendre où elle voulait en venir. Oui j'avais peur car comme elle, je ne savais absolument pas gérer ça mais je la laissai terminer.
- Masquer l'attirance par la haine, reprit-elle, voilà qui me convenait à merveille. Sauf que lorsque ton propre fils te force à faire s'écrouler les remparts que tu avais créés autour de tes propres sensations, là, tu ne sais plus que faire. Ça te prend à la gorge, te bouffe de l'intérieur. J'avais peur. J'ai décidé d'accepter cette invitation certes pour faire plaisir à Henry mais également pour tenter de mettre de l'ordre dans le foutoir qui régnait dans ma tête.
- C'est donc ça que… commençai-je.
- C'est donc ça que tu as dû percevoir lorsque j'ai saisi ta main, oui, finit-elle à ma place. Et je me sens tellement stupide ! Je suis là à te parler de ces idioties, à me ridiculiser devant la mère biologique de mon enfant qui vient de mourir. Comme si je n'en avais pas assez eu, de souffrance, depuis la mort de Daniel.
Je vis des larmes couler sur ses joues dans le reflet de la vitre et m'approchai de quelques centimètres dans son dos.
- Je suis désolée, Emma. Ce n'est plus ton problème, ça n'a jamais été ton problème en fait. Il fallait que je le dise mais s'il te plaît, oublie tout ça et oublie-moi après qu'on en ait terminé avec Henry.
Je ne dis pas un mot et me contentait de me rapprocher pour poser une main sur son épaule.
- Je ne veux pas de ta pitié, me lança-t-elle en se retournant et en ôtant ma main d'un geste brusque.
- Regina… commençai-je.
- N'essaye pas de me réconforter ou autre idiotie de ce genre, me coupa-t-elle.
J'en eu assez de l'entendre reconstituer à une vitesse hallucinante son personnage de Reine des Glaces. Je m'avançai d'un pas, glissai ma main valide dans sa nuque et vins lui murmurer à l'oreille :
- Ne pense pas toujours être seule, tu passes souvent à côté de bonnes choses.
Lorsque j'eus reculé ma tête à quelques millimètre de la sienne, elle plongea ses extraordinaires yeux noisettes dans les miens. Je pressai doucement sa nuque et amenai lentement ses lèvres aux miennes. Pour une fois, elle ne me résista pas et lorsque nos lèvres finirent par s'effleurer timidement, je perçus le frisson qui lui parcourut l'échine. Je sentis que je pouvais aller plus loin et saisis ses lèvres avec douceur. Je fus surprise de sentir qu'elle me rendait mon baiser et entrouvris les yeux pour constater que les siens s'étaient fermés, une larme courant sur sa joue. Je déplaçai ma main pour aller caresser sa nuque et ses cheveux pendant que je goûtais avec avidité à ses lèvres salées par les larmes. Lorsque je passai ma langue sur sa lèvre supérieure, elle décroisa ses bras pour venir m'étreindre et glisser ses mains dans mon dos. Ce fut alors à mon tour de sentir la décharge du frisson qu'elle me provoquait. Nous restâmes ainsi longtemps, seulement éclairées par la lune, nous rendant mutuellement nos baisers. J'aurais voulu que cet instant perdure, que je ne retrouve jamais la réalité. J'étais bien et elle aussi, j'apprenais à connaître ses lèvres, sa respiration, sa chaleur. Je me délectais de sa peau douce sous mes doigts et de son parfum sucré. Je ne rompis le baiser que pour aller embrasser son cou et recueillir la larme qui y avait glissé.
- Emma…
Je la fis taire en m'emparant à nouveau d'elle.
J'aurais dû le savoir, toute bonne chose a une fin. Même si je me sentis coupable d'avoir laissé Henry seul dans sa chambre d'hôpital, lorsque les lèvres de Regina quittèrent les miennes, je ne pus m'empêcher d'avoir envie d'un baiser de rappel. Peut-être est-ce simplement une manière de trouver du réconfort après toutes les horreurs qui nous étaient arrivées ces derniers mois mais j'en doute. Cet instant m'avait rasséréné et je pris à nouveau le contrôle de moi-même, de mes émotions. J'ouvris les yeux et me retrouvai face au seul visage que j'avais envie de voir à cet instant, celui de Regina. Elle me sourit tendrement, faisant apparaître ces petites rides tellement charmantes au coin de ses lèvres. Je lui écartai une mèche venue lui barrer le visage et redéposai un léger baiser sur ses lèvres. Je la sentis alors me serrer plus fort et venir déposer sa tête sur mon épaule. Un sanglot la secoua et me prit totalement au dépourvu, je la sentis pleurer mais ne sus quoi dire ou que faire. Je me contentai donc de lui rendre son étreinte avec toute l'intensité dont j'étais capable malgré mon état quelque peu bancal. Je lui balbutiai tout de même quelques mots :
- Regina, je… Je ne sais…
Mais le reste de la phrase mourut dans ma gorge. Plutôt que de me répondre, elle vint me déposer un baiser sur la joue et m'étreint encore une fois. Nous demeurâmes ainsi plusieurs minutes jusqu'à ce que des bruits de pas retentissent plus loin dans le couloir et qu'à leur bruit, Regina me lâcha vivement, fit volte-face et hâta le pas vers la chambre de Henry. Je restai coite quelques secondes, me demandant ce qu'il venait de se passer lorsque je sentis une main se poser sur mon épaule valide.
- Emma ? Que fais-tu ici ? La chambre de Henry est quelques mètres plus loin, pensa utile de me préciser Ruby.
- Oh Ruby ! Tu m'as fichu une frousse… Oui oui je sais, je me disais juste que j'avais besoin de réfléchir un peu et les rayons de lune y sont propice.
Je m'étonnai moi-même de la vitesse à laquelle j'avais proféré ce mensonge et tenta de soutenir le regard de la jeune femme en face de moi qui était en train de me sourire largement.
- Ah Em'… Je ne pensais pas que tu aurais suivi mes conseils en pareilles circonstances mais enfin au moins il y a quelque chose de positif là-dedans, me dit-elle.
- Je… Je te demande pardon ? Qu'est-ce qui te fait dire que…
- Inutile de me mentir, n'oublie pas mon odorat extrêmement affûté, me coupa-t-elle. Je peux la sentir partout sur toi et ne t'en fais pas, je ne dirai rien, c'est promis. Vous avez d'autres choses à gérer en ce moment. J'étais justement venue te voir dans ta chambre mais tu avais déjà joué les filles de l'air en égratignant une infirmière au passage, semble-t-il. La pauvre m'a tenu la jambe cinq minutes entières à me parler de ton amabilité naturelle et ta maîtrise de l'insulte.
Je lui fis signe de m'emboîter le pas et nous nous dirigeâmes vers ma chambre, j'avais besoin de me reposer, ma tête tournait. Je me dis que je reverrai Regina le lendemain, de toute façon.
- Oh et évidemment elle a bien omis de te dire que c'est elle qui avait commencé en tentant de me violenter pour me ramener au lit ! contrai-je.
- Tu vas me faire croire qu'une femme doit te violenter pour t'amener au lit, shérif Swan ? plaisanta la jeune louve.
J'étais infiniment reconnaissante envers Ruby pour tenter de distraire mon attention des récents événements et je sentis que j'avais besoin d'en parler à quelqu'un d'autre que Regina ou mes parents et elle était ce qui se rapproche le plus d'une meilleure amie. Arrivée dans ma chambre, je m'installai dans mon lit et fis signe à Ruby de s'installer confortablement, ce qu'elle fit en se mettant en tailleur en face de moi.
- Ecoute Ruby, tu es la personne la plus proche de moi depuis mon arrivée dans cette ville hormis ma mère et mon père mais je ne me sens pas de parler avec eux en ce moment, ils ne comprendraient pas… commençai-je.
- Te bile pas petite Emma, je suis là si tu as besoin de moi parce que je te considère comme mon amie, oui tu sais, ce mot que t'arrives jamais à dire, finit-elle.
Je baissai la tête, penaude. Comme à son habitude, la louve de Storybrooke avait fait mouche et dieu sait à quel point elle appréciait cela chez elle. Pas de faux semblants, pas de double langage.
- Merci, merci pour tout, balbutiai-je.
J'entrepris de lui raconter tout ce qu'il s'était passé depuis la prise de rendez-vous en passant par l'accident et jusqu'aux dernières secondes avant qu'elle ne me trouve dans le couloir de l'hôpital. Ruby m'écouta attentivement et ne posa que peu de questions. A la fin de mon récit, elle posa cependant la question qui me taraudait depuis que j'avais repris connaissance à l'hôpital, en dehors de l'état de mon fils bien entendu : pourquoi avions-nous eu cet accident ? J'étais totalement incapable ne serait-ce que d'esquisser une hypothèse. J'avais beau sonder mon esprit et mes souvenirs, je passais en un éclair de « dans la voiture, tout va bien » à « dans le fossé, ça va moins bien ». Je le lui dis et elle resta songeuse quelques instants.
- Ecoute Em' cela m'inquiète un peu également, me dit-elle, je ne pense pas que Regina soit du genre à perdre la maîtrise de son véhicule par un temps clair et sec.
J'acquiesçai silencieusement, également songeuse.
- Je crois qu'il faudrait qu'on retourne sur les lieux de l'accident une fois que… Enfin, une fois que tu te sentiras prête à le faire, suggéra mon ancienne adjointe qui sembla reprendre goût au métier. Je serai peut-être en mesure de pister une odeur inhabituelle ou on pourrait tomber sur certains indices.
- Oui, c'est une bonne idée, je suppose, lui accordai-je. Mais pour l'instant, je dois me préparer à perdre définitivement mon fils. Je croyais l'avoir déjà perdu il y a 10 ans mais cette fois, c'est différent.
Mes yeux se remplirent à nouveau de larmes que je tentai de dissimuler non sans mal. C'était bien évidemment peine perdue, Ruby s'approcha de moi et me prit dans ses bras.
- Je sais bien ma chérie, tu as des moments difficiles devant toi mais tu vas les passer, tu es la fille la plus forte que je connaisse ! Ça doit être ton foutu caractère qui fait ça. Je crois qu'il va te sauver la vie, littéralement, il l'a déjà fait d'ailleurs.
- Franchement, répondis-je, je ne vois actuellement pas comment je vais pouvoir me remettre un jour de tout ça.
- On ne te demande pas de te remettre, Em' mais de continuer à vivre. Je n'ai pas d'enfant mais j'imagine bien qu'on ne peut pas simplement reprendre comme si de rien n'était. Henry sera toujours une partie de toi et tu verras, un jour tu sauras à nouveau comment sourire et comment rire sincèrement. Donne-toi le temps, simplement.
Elle m'étreignit une dernière fois, me déposa un baiser sur la joue et me souhaita la bonne nuit, pour autant que je parvienne à trouver le sommeil. Elle me laissa alors seule avec moi-même dans ma chambre seulement éclairée par une lampe de chevet. Je me recroquevillai sur le lit, plongeai la tête dans mes bras et laissai mon esprit vagabonder au gré de mon chagrin. Mes pensées me menèrent vers Henry et vers l'inévitable étape qui m'attendait le lendemain. Je songeai aux nombreuses personnes qui devraient répondre présentes pour l'enterrement, à ce qu'il faudrait prévoir. J'eus envie de me gifler en réalisant que je pensais déjà aux formalités alors que mon fils respirait encore, techniquement. Ma respiration se fit plus saccadée et je senti un sanglot m'étreindre la gorge sans parvenir à l'exorciser, il resta bloqué et me fit mal.
