Note : voici le chapitre 3. Il est assez court mais je ne voulais pas passer plus de temps du côté d'Aro, pour conserver du mystère. Le prochain chapitre sera capital pour le futur de Gianna, car elle verra son destin définitivement changé.
Gianna ou l'apprentissage de la liberté
- Chapitre 3 -
Sulpicia vida son verre et le reposa sur la table. Le sang donnait une couleur pourpre à ses lèvres. Après toutes ces années, qui à présent se comptaient en siècles, les sentiments s'étaient éteints. S'il avait toujours beaucoup de respect pour elle, Aro ne la considérait plus vraiment comme sa compagne. Voilà bien longtemps qu'ils n'avaient pas partagé de moment d'intimité. Ils se connaissaient trop bien, il n'y avait plus de mystère. A l'époque, il l'avait courtisée parce qu'elle correspondait à ce qu'il cherchait alors. Il se demandait parfois, si ce choix était à refaire aujourd'hui, s'il prendrait le même genre de femme. Mais la question ne se posait pas. Sulpicia avait beaucoup de poids, elle occupait une position vitale pour la cohésion du clan Volturi. Et la cohésion de son clan, qui maintenant régnait en maître sur toute la communauté vampire, était ce à quoi Aro avait consacré sa longue vie. Pour rien au monde il ne prendrait le risque de le voir éclater. La voix froide, un peu narquoise, de sa femme le tira de ses pensées.
– Au fait, quand comptes-tu nous débarrasser de cette petite traînée que tu nous imposes depuis quelques temps ?
– Tu parles de Gianna ?
– Son nom m'importe peu. Elle fait jaser, ça fait des histoires. Tu connais la loi. C'est toi qui l'as écrite. Tu dois mettre un terme à cette mascarade.
Aro ne répondit rien. Il savait que la présence de Gianna faisait parler dans son dos. Jusque-là, il avait décidé de l'ignorer. Sulpicia se leva. Elle n'attendait pas vraiment de réponse. Elle savait que son mari réfléchirait à ses paroles. Il faisait toujours passer le clan avant tout le reste. Aro n'était pas un sentimental. Elle était bien placée pour le savoir. Elle quitta la pièce dans un froissement de tissu, son garde du corps sur ses talons. Caius vida son verre à son tour.
– Elle a raison, tu sais. Certains pensent sérieusement te copier. L'idée d'esclaves humains les séduit. Mais si la mode se répand, il sera plus dur de garder notre existence secrète. Et puis, imagine tous ces humains se promenant dans le sanctuaire. Un accident est si vite arrivé… Ça pourrait créer des conflits. Non, je ne pense pas que ça soit une bonne chose. Et tu ne peux imposer une règle que tu transgresses toi-même ouvertement.
Aro resta silencieux. Il n'avait pas pensé que cette histoire prendrait une telle ampleur. Mais Caius avait raison. Sulpicia aussi. Il devait mettre un terme à cette situation, avant que ça ne dégénère. La survie de l'empire Volturi passait avant tout. Et s'il avait perduré, c'était parce que, justement, il ne prenait aucun risque. Parce qu'il prenait les décisions qu'il fallait, sans état d'âme.
– Très bien. Je vais régler la question.
– Elle a quelque chose de spécial, cette fille ? Je veux dire, sera-t-elle utile, transformée ?
Aro n'hésita qu'un instant avant de répondre.
– Bien sûr. Pour quelle autre raison l'aurais-je gardée ?
Caius éclata de rire avant de se lever à son tour, laissant Aro seul avec ses pensées. Caius aurait pu demander pourquoi, dans ce cas, il avait tant attendu pour la transformer. La vraie raison, c'est qu'Aro n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait devenir. Quand il l'avait touchée, la première fois qu'il l'avait vue, il avait regardé dans ses pensées, dans ses souvenirs, et n'y avait rien trouvé que de très banal. Une fille amochée par la vie comme il y en a des centaines. Et rien ne lui avait indiqué qu'elle aurait une capacité quelconque si elle devenait l'un d'entre eux. Non, rien de tout cela. Alors, pourquoi ? Cette question avait le don de le mettre mal à l'aise. Ce n'était pas la première fois qu'il se la posait. La réponse lui échappait quelque peu. Elle était belle, mais ce n'était pas une raison suffisante. Les filles belles, il y en avait des centaines. Son odeur le troublait. Il n'avait pas souvenir d'avoir jamais trouvé parfum d'humain si attirant. Mais une odeur, était-ce suffisant ? Suffisant pour semer le doute dans son esprit, pour le faire hésiter, pour lui faire prendre des risques ? Quelle folie. Demain, il prendrait les mesures qui s'imposaient. Demain, il mettrait fin à tout ça. La comédie avait assez duré.
Gianna [Twilight]
