Bon, voilà, un petit O.S. sans trop d'intérêt, juste pour m'amuser. J'avais envie de les faire un peu gosses, donc voilà. Par contre pas de lemon dans celui-ci, j'suis désolée je sais qu'il y a des amatrices ;) Ca n'a rien à voir avec le précédent, je pense que celui plaira moins, mais tant pis. J'vous remercie pour les commentaires sur le précédent O.S. :)

Bonne lecture !

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Ils avaient treize ans. C'était un âge entre deux, un âge de changement où on ne sait pas tout mais où on apprend beaucoup. Leurs corps changeaient, leur façon de penser, leurs sensibilités évoluaient, se différenciaient, s'éxacerbaient ou s'ameniusaient, ils se sentaient grandir, pour la première fois, et avaient conscience de ce qui prenait forme au fond d'eux. Il est impossible de dire lequel des deux constata en premier ce qu'il ressentait pour son frère. A vrai dire, on se demandait parfois s'ils n'étaient pas en parfaite synchronisation dans tout ce qu'ils faisaient, et il est probable qu'ils aient songé tout à fait en même temps que ce lien fraternel semblait évoluer vers quelque chose de plus sensuel - même si le sens de ce mot, à cet âge, leur échappait encore un peu. Ce n'étaient donc que des enfants, des musiciens en herbe lorsque, poussés par on-ne-sait quel désir, ils s'embrassèrent pour la première fois.

Tom arracha une série de notes à sa guitare désaccordée et grogna lorsqu'il se trompa. Bill fit une grimace, et lui lança une tape derrière la tête.

- Tu fais toujours une fausse note à ce moment là. Concentre toi, Tom.
- Va te faire voir.

Il y avait entre ces jumeaux quelque chose de passionnel, depuis toujours. Une passion qu'ils avaient dès le début exprimé par la violence. Moi, je les connaissais depuis des années. J'avais fais leur connaissance à l'école et je crois que je leur ai plu d'emblé. Ils étaient bagarreurs, insupportables, et inséparrables. Lorsque je les ai rencontré, ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Il était impossible de les distinguer l'un de l'autre. Mais ils n'ont jamais joué de cette ressemblance. Très tôt, ils ont voulu être, aux yeux du monde, dissociables l'un de l'autre. En grandissant, Bill s'est teint les cheveux en noir et Tom a laissé pousser les siens pour les coiffer en dread-locks. Je me suis longtemps moqué d'eux, mais en réalité, au fond de moi, j'étais admiratif de ces décisions. Malgré l'affection qu'ils se portaient, ils ne se sont jamais servis de leur jumellité pour tromper les gens.

- Hé, Andréas, tu me passes le micro s'il te plait ?

J'assistais à toutes leurs répétitions. On avait grandit ensemble, les jumeaux et moi. Je leur vouais une admiration sans limite, mais je savais que, même s'ils m'aimaient, je ne ferais jamais partie de leur monde. Ils étaient à part, ils sortaient du lot. Moi, je me contentais d'être présent, et je prenais toute l'attention qu'ils me donnaient comme un cadeau. Ca me rendait heureux.

- Vous jouez où demain ?
- Au Grönninger.
- Vous n'avez pas eu d'autres propositions, pour d'autres bars ou même des salles ?
- Pour le moment, non. Ca viendra.

Bill était quelqu'un d'optimiste. Il traversait le pays pour s'inscrire à des concours de chants, dans le but de se faire remarquer, et portait des vêtements toujours plus extravagants. On le montrait du doigt : c'était l'effet qu'il recherchait. J'avais toujours eu du mal à le suivre. Tom, lui, ne le quittait jamais des yeux. Parfois je surprenais ses regards, et je réalisais à quel point il l'aimait.

- Tambourin Andréas !

Tom me tendit le petit instrument, un air hilare sur le visage. Bill pouffa de rire dans son dos, et je secouai la tête. Ils aimaient se moquer de moi, c'était leur passe temps favori ; je saisis le tambourin et commençai à le secouer en soupirant.

- On sait que t'aime ça, fais pas semblant d'être en colère...

Ils rirent de plus belle, amusés par mon air dépité. Puis Tom se détourna et je vis ses traits soudain plus sérieux. Il se concentrait. Il commença une mélodie, calquée sur le rythme de mon tambourin, et Bill rejoignit les accords de sa voix un peu trop aïgue.

Lorsqu'ils jouaient, quelque chose se passait, quelque chose que je ne pouvais pas définir mais de si fort que j'en avais parfois le souffle coupé. Immanquablement, pendant leurs chansons, il y avait cette chose, cette atmosphère qui m'excluait complètement, parce qu'elle ne m'appartenait, parce elle était à eux, et que c'était un langage qui m'échappait totalement. Ils n'avaient plus besoin de se voir, ils avaient les yeux fermés, ou rivés sur les cordes de la guitare, et pourtant ils ne se parlaient jamais autant qu'à ces instants là. Ils communiquaient par la musique, par leur musique, ça en devenait presque surnaturel, et c'était comme si une puissance les entourait et les enfermait dans une bulle infranchissable.

Parfois, cependant, la magie se brisait. A cause d'une fausse note, d'une erreur de parole, d'un bruit extérieur qui détruit tout, et la bulle éclatait alors, en milles morceaux. Ce jour là, ce jour d'hiver, alors qu'on était enfermés dans cette cave depuis déjà quelques heures, la bulle explosa dans un bruit sourd. Je stoppai mon geste et le tambourin se tut, suivit de la guitare et de la voix de Bill.

- Bordel, tu t'es encore trompé, Tom.
- Mais non !
- Mais si.

En effet, j'avais été le premier à l'entendre, il avait dérapé sur la fin du couplet et s'était emmêlé dans les premières notes du refrain. Bill était perfectionniste. Tom détestait ça.

- Nom de dieu, c'est pas la mort, on aurait pu continuer... Andréas, fallait pas arrêter.
- Si, il a eu raison. On joue demain et tu te trompes toujours sur ce passage.
- Oh, allez, c'est pas si grave.
- Ici ça l'est pas, mais si on veut que des gens nous remarquent, on doit être excellents sur scène.
- Détends toi un peu, Bill ! On est pas des dieux, personne n'est parfait !

Bill se renfrogna. Il était conscient qu'il ne savait pas être détendu, au contraire de son frère qui ne se souciait jamais de rien. Ca le rendait fou.

- Et je fais comment, alors que toi tu fais n'importe quoi ?
- Oh, Bill, mon petit Bill... Pardonne-moi.
- Je suis pas petit.

Tom réprima un sourire en se tournant vers moi, puis s'approcha de Bill. Ce dernier recula, tentant de tenir tête à son jumeau, mais c'était plus fort que lui : il ne savait pas lui résister. Il se permit un sourire et décroisa les bras. Tom se planta devant lui, les mains posées sur ses épaules.

- Tu sais que je dis pas ça pour t'embêter.
- Oui.
- Tu sais qu'on y arrivera de toute façon.
- Oui.
- Tu sais que j'ai toujours raison.
- Ou... Non !
- Si !

Tom se pencha vers le visage de son frère. Il avait pris son air autoritaire, et fixait Bill sans bouger. En simple spectateur, je pouvais percevoir tous les sentiments qui passaient sur le visage des jumeaux. C'est Bill qui, le premier, fronça les sourcils et se mordit la lèvre. J'aurais pu entendre son coeur battre, rejoint aussitôt par celui de Tom. Ils avaient souvent eu ce genre de proximité, et je crois qu'ils s'en amusaient un peu. Mais cette fois, c'était autre chose. C'était éléctrique, et je sentais comme un flot de sensualité circuler entre leurs deux corps. Soudain, sans crier gare, Tom réduisit l'espace qui les séparait et effleura la lèvre inférieure de son frère. Je retins mon souffle. Bill ferma les yeux. Tom s'approcha encore, intensifia le contact. Tout se déroulait comme au ralenti, et j'avais la tête qui tournait tellement le désir était fort entre ces deux là. C'était comme un duel. D'abord Tom, ensuite Bill. C'était chaque fois plus poussé. Tom frôla du bout de sa langue la bouche de Bill et Bill, en réponse, mordit Tom. J'essayais de savoir qui remporterait la victoire, mais il était évident que cette fois, ils gagneraient tous les deux. Tom fit reculer Bill jusqu'au mur et pencha la tête. Bill le laissa faire et entrouvrit la bouche. La répétition était finie. Je posai le tambourin en tentant de faire le moins de bruit possible, et j'ouvris la porte derrière moi. Il faisait presque nuit, il était tant de rentrer. Je jetai un dernier regard à l'intérieur et souris. Finalement il y avait un vainqueur ; Bill était coincé, et Tom l'embrassait, les doigts collés à sa nuque, lui laissant à peine l'occasion de respirer.