Le troisième texte que je vous présente est un portrait de Narcissa. Il explicite son rôle au sein de son foyer, ainsi que les éléments qui la caractérisent, et revient brièvement sur l'origine de sa relation avec Lucius.

Cette petite histoire se déroule à la même période que les deux précédentes. Je me suis basée sur les éléments laissés par J.K. Rowling (à qui tout appartient) à la fin de sa saga.

J'ai une affection particulière pour ce titre qui, en plus de me rappeler "Le monde perdu", est le premier que j'ai trouvé.

Je vous souhaite une bonne lecture !


De l'ambre dans les veines

Personne ne faisait jamais attention à Narcissa Malefoy. Personne ne la voyait autrement que comme une épouse, une mère ou encore une sœur de Mangemorts. Pour beaucoup Narcissa n'était qu'une belle femme, offerte en mariage par une famille peu scrupuleuse qui désirait conclure une alliance prestigieuse et dont le rôle se résumait à contenter un époux certainement infidèle, à profiter de son argent en menant une vie futile et égoïste. En somme, pour ces personnes-là, Narcissa n'était qu'un être insignifiant, sans envergure et sans personnalité, qui n'avait pour elle qu'un physique avantageux que la nature lui avait gracieusement offert.

Pourtant Narcissa était bien plus que cela. Confidente de tous et épaule sur laquelle s'appuyer, elle occupait au sein de sa petite famille une place centrale, celle du pilier, souvent invisible mais pourtant fondamental. Elle remplissait parfaitement son rôle de matriarche et veillait au bien être de tous ainsi qu'à l'équilibre de sa maisonnée. Même quand on ne la voyait pas ou qu'on ne la remarquait qu'à peine, Narcissa était là, derrière chaque geste, chaque attention, chaque petit détail apparemment insignifiant mais qui, elle le savait, pouvait tout changer. Cœur du foyer, Narcissa avait une relation privilégiée avec chacun des occupants du manoir.

Elle était par exemple la seule personne à qui Lucius confiait ses doutes, ses faiblesses et mais aussi ses sentiments. Elle était la seule personne à connaître l'homme qui se cachait derrière le masque de mépris et d'amertume. Toutefois Narcissa savait que Lucius ne lui révélait pas tout, qu'il lui cachait certains aspects de son passé ou encore de sa personnalité dont seul Severus avait connaissance. Elle ne savait pas pourquoi son époux fonctionnait ainsi mais elle avait finit par l'accepter en comprenant que Lucius y trouvait un équilibre. Avec le temps, elle avait davantage comprit le rôle que Severus tenait auprès de son époux et, maintenant qu'il n'était plus là, elle se demandait comment Lucius parvenait à rester stable.

Concernant son fils, Narcissa avait toujours su que les ambitions de Lucius n'étaient pas pour lui. Grand épicurien, Drago aimait les plaisirs simples et avait toujours eu un intérêt plus grand pour l'étude que pour la politique. Studieux et créatif, il cherchait depuis toujours à comprendre le fonctionnement d'une multitude de choses afin de se les réapproprier et elle savait également que cela n'avait jamais cessé. Narcissa avait aussi une idée des passions de sa belle fille et il ne faisait aucun doute que Drago jouait un rôle majeur dans la régulation de ses humeurs. Mais par-dessus tout, la personne que Narcissa connaissait et comprenait le mieux était Scorpius.

Enfant agité et débordant d'énergie, son petit fils était aussi quelqu'un de bienveillant, d'attentionné et de sensible, beaucoup plus attentif à ce qui se passait autour de lui qu'il ne pouvait le sembler. Lorsqu'il était petit, elle l'avait maintes fois consolé lorsque, isolé dans un des placards du second étage, il culpabilisait de ne pas être en mesure de comprendre les problèmes des membres de sa famille et de leur venir en aide. Dans ces moments-là Scorpius lui donnait l'impression de vouloir porter le poids du monde avec ses petits bras, comme s'il était lui-même responsable de tous les malheurs de la terre. Cependant Narcissa ne voulait pas que son petit fils gâche son enfance en devenant un adulte avant l'âge. Bien des générations de Sang-Pur avaient perdu leur innocence durant leur enfance et elle ne voulait surtout pas que cela arrive à son petit fils, elle souhaitait le préserver comme elle aurait aimé préserver Drago. Elle lui avait alors fait promettre d'avoir des occupations de son âge en lui expliquant que c'était le meilleur moyen de contribuer à leur bonheur. Elle ne se serait jamais attendue à une telle interprétation de la part de son petit fils. Scorpius était de loin le plus imprévisible d'entre eux.

Ainsi, Narcissa s'occupait de gérer les relations et de maintenir le dialogue entre ses proches, ce qui n'était pas chose aisée compte tenu du caractère de chacun d'eux. Comprendre, anticiper, trouver des solutions et préserver l'harmonie lui prenait un temps considérable et lui procurait énormément de stress. Ne pouvant à son tour le rejeter sur l'un d'eux au risque de mettre à mal l'équilibre quelle mettait elle-même en place, Narcissa avait trouvé une façon bien à elle de le gérer. Avec les années c'était devenu son pêché mignon, une passion pour laquelle elle avait poussé ses connaissances au rang d'experte. Son amour pour les breuvages fermentés remontait à loin. Très loin. Adolescente déjà, c'était elle qui endiguait les tensions au sein de sa famille et particulièrement celles entre ses deux sœurs.

Narcissa était la petite dernière, celle à qui on cède tout mais que l'on n'écoute jamais, celle qui est trop jeune pour comprendre. Continuellement trop jeune pour comprendre. Malgré tout elle était déjà celle à qui on confiait les secrets, celle qui connaissait les élans de chacun et qui comprenait à quel point ils pouvaient être incompatibles les uns avec les autres. C'est ainsi qu'elle avait apprit à écouter et à ne rien dire. Elle n'a rien dit lorsqu'Andromeda lui a avoué qu'elle était tombée amoureuse d'un Sang-de-Bourbe et elle n'a rien dit lorsque Bellatrix lui a annoncé qu'elle avait rejoint les Mangemorts. Non, elle n'a rien dit. Mais elle a cherché une solution, quelque chose à faire pour éviter la catastrophe à venir et maintenir la paix entre ses deux sœurs, pour les garder toutes deux auprès d'elle. En vain.

Alors pour arrêter de penser et de ressentir toutes ces émotions contradictoires, Narcissa avait fait la connaissance de la bière-au-beurre, de l'hydromel, du vin, du whisky-pur-feu et tous leurs amis cognac, liqueurs, gin, vodka, tequila et autres sakés. L'alcool la détendait et lui permettait de garder la tête froide en endiguant sa nervosité. Mais lors de sa cinquième année tout avait basculé et elle avait dû apprendre à se contrôler. C'était une période sombre pour la jeune Narcissa : ses sœurs se déchiraient sans cesse, Bellatrix venait de quitter Poudlard et était plus que jamais engagée dans les pratiques interdites alors qu'Andromeda, en dernière année, avait annoncé ses fiançailles avec le né-Moldu. Leurs parents s'en étaient bien entendu mêlés et lui avaient interdit d'avoir le moindre contact avec Andromeda. On lui avait arraché une sœur tandis-que toutes les attentions étaient portées sur l'autre. Narcissa se sentait seule et inutile, complètement délaissée par sa famille et sans aucun ami véritable : elle s'était mise à sombrer sans que personne ne le remarque. Elle avait le désagréable sentiment d'avoir sacrifié sa vie à une fonction qu'on lui avait assignée contre sa volonté et que maintenant qu'elle n'avait plus d'utilité, elle était elle-même vouée à disparaitre. C'est alors qu'elle était au plus bas qu'un évènement inattendu avait changé le cours de sa vie.

Une nuit, alors qu'elle se croyait seule dans la salle commune avec sa bouteille de bourbon-explosif, une main avait enserré son poignet. En relevant les yeux, Narcissa était tombée sur le regard insondable de Lucius Malefoy, le préfet de Serpentard. Mais, alors qu'elle s'attendait à des remontrances, le jeune homme s'était calmement assis à côté d'elle et lui avait fait la conversation. Dans un premier temps Narcissa s'était demandé pourquoi une personne telle que Lucius lui portait tant d'attention. Il était de notoriété publique qu'il ne faisait jamais rien gratuitement et qu'il ne perdait jamais son temps en babillages inutiles. Mais petit à petit elle s'était laissée aller. Elle se sentait tellement bien en sa présence qu'elle en avait oublié jusqu'à la raison de sa présence ici. Elle ne saurait expliquer ni comment ni pourquoi, mais quelque chose était né entre eux cette nuit-là et ils s'étaient promis de se retrouver encore et encore.

Sa relation avec Lucius l'avait aidé à remonter la pente et lui avait apporté beaucoup de bonheur. A sa sortie de Poudlard elle avait accepté sa demande en mariage malgré son enrôlement comme Mangemort. Elle était tombée profondément amoureuse de lui, son ange déchu aux pratiques macabres et elle était prête à tout pour rester auprès de lui. Narcissa savait ce qu'elle incarnait aux yeux de son époux et elle s'était jurée de faire tout son possible pour conserver cette image. De son côté Lucius prenait soin d'elle et l'avait aidée à contrôler ses pulsions. C'est ainsi que, privilégiant désormais la qualité à la quantité, Narcissa n'avait jamais plus connu l'ivresse et avait développé un palais que personne ne soupçonnait.

Lucius était sa lumière dans les ténèbres et même s'il l'avait entraînée dans des contrées plus obscures encore que celles qu'elle ne connaissait déjà, il restait pour elle une source sûre d'éclat et de chaleur. Narcissa était bien consciente que leur relation n'était pas des plus fastes et qu'une autre femme se serait certainement sentie prise au piège entre les bras d'un tel homme, mais elle n'aurait pu continuer de vivre sans la sensation que lui procurait le regard si particulier qu'il posait continuellement sur elle. Elle était devenue celle qui gérait le quotidien d'un homme damné et qui servait de garde-fou à toutes les âmes torturées de son foyer. Une femme bien plus forte et valeureuse qu'aucun n'osait l'imaginer. Et sans l'alcool, Narcissa n'aurait jamais pu être cette femme.