Bonjour à tous ! Un grand merci à ceux qui ont pris le temps de mettre une review, les RAR des « anonymes » sont en bas de page.

Avant de vous laisser lire ce nouveau chapitre, une annonce trèèèès importante ( !):

IL N'Y AURA PAS DE MISE A JOUR PENDANT DEUX SEMAINES.

Je pars en vacances dans un lieu où je n'aurai pas internet. Mais j'emporte mon ordi portable, et je vous promets d'essayer de pondre une suite plus intéressante que ce que vous allez lire aujourd'hui (ça ne devrait pas être trop difficile). Rendez-vous donc le 10 janvier pour le chapitre quatre, à moins d'un incident de parcours gravissime (du genre, pas assez de reviews)…

Bonne lecture !!

CHAPITRE TROIS

Tentative infructueuse

Harry fit brusquement volte-face. Phineas Nigellus se tenait nonchalamment appuyé au cadre du tableau et le regardait avec cette expression froide et ironique que Harry lui connaissait bien. Le garçon tenta de rassembler ses esprits. Sous l'effet de l'émotion, le petit discours qu'il avait préparé semblait vouloir lui échapper.

-Heu…je voudrais vous parler..., bredouilla-t-il stupidement.

-Tiens, comme c'est étonnant…et que me vaut cet honneur ?

-En fait, je...

-Jusqu'à présent, vous n'étiez guère pressé de me remercier pour les services que je vous ai rendus dans l'accomplissement de votre mission héroïque…

-Et bien…

-Par votre faute, je me suis trouvé honteusement abandonné au fond du sac de votre amie sang-de-bourbe, oublié dans une lointaine forêt sauvage, livré à…

La manière dont Nigellus qualifiait Hermione était intolérable.

-Vous vous en êtes très bien sorti, coupa Harry d'un ton glacial. Et la preuve, c'est que vous avez retrouvé votre place, ici comme à Poudlard…

-Oh, bien sûr, mais pas grâce à vous, Potter ! Certainement pas grâce à vous, mon jeune ami ! C'est parce qu'en désespoir de cause, je me suis échappé de ce portrait pour me plaindre auprès de mes collègues des mauvais traitements que je subissais. Ainsi, ils ont tout fait pour me sauver de la destruction et de l'oubli auxquels j'étais condamné !

-Il vous restait un portrait à Poudlard où vous pouviez vous réfugier, fit remarquer Harry. Vous n'étiez pas tellement en danger…

-Ma place est avant tout ici, dans la demeure des Black !

-Permettez que je vous présente mes excuses, concéda le garçon en tentant de dissimuler son agacement.

Après tout, battre sa coulpe devant ce portrait ne lui coûtait pas grand chose, et il devait à tout prix se maintenir dans les bonnes grâces du personnage.

-Je ne suis pas encore convaincu que vous méritiez mon indulgence, Potter, dit Nigellus d'un ton boudeur. Mais dîtes moi à présent pourquoi vous avez jugé bon de me déranger à une heure aussi tardive ! J'espère pour vous qu'il s'agit d'une affaire de la première importance !

Se forçant au calme, Harry s'éclaircit la voix.

-Voilà ! Je voudrais d'abord savoir s'il y a un portrait du professeur Rogue à Poudlard, dans le bureau directorial.

Nigellus leva un de ses fins sourcils noirs, l'air surpris.

-Mais bien évidemment, jeune homme ! Comme tout directeur de cette prestigieuse école, Severus Rogue, issu de la maison Serpentard, bien qu'étant de sang mêlé, dispose d'un portrait sur pied, et en tenue d'apparat qui plus est ! Certes, il n'a pas exercé longtemps en tant que directeur, mais il avait droit -comme chacun de nous- à cette distinction honorifique !

Harry se détendit légèrement. Mais tout n'était pas gagné. Il allait devoir jouer serré.

-Je vous remercie pour cette information. Et…hum…la deuxième chose est une... requête que j'aurais à vous adresser. J'aimerais…

-Une requête ? L'interrompit le désagréable personnage en plissant les yeux d'un air méfiant. Pensez vous être en droit de m'adresser une requête ?

Le garçon soutint hardiment son regard.

-Et pourquoi ne me reconnaîtriez vous pas ce droit ? Sirius Black était mon parrain, et il m'a…

-Votre orgueil et votre égoïsme vous rendent aveugle et sourd, mon garçon. Vous n'avez pas idée du préjudice que j'ai subi par …

-Mais qu'y a-t-il, à la fin ? Trancha Harry, exaspéré. Vous avez besoin d'une restauration ? Un ravalement ? A moins que vous ne préfériez être accroché ailleurs ? Cette pièce ne vous convient pas ?

Un fin sourire étira les lèvres de l'homme.

-Ah... Vous posez enfin la bonne question! En effet, je préférais votre chambre.

-Ma…ma chambre ? bégaya Harry. Mais…pourquoi ?

-Parce que je suppose que vous y recevez uniquement cette agréable jeune fille rousse de sang pur, et non toutes ces personnes de rang inférieur, bruyantes et vulgaires, qui osent pénétrer jour et nuit dans ce salon et m'importunent continuellement…

-Elles ne sont ni bruyantes, ni vulgaires...

-Et aussi, parce que dans votre chambre, vous ne vous attendez pas à mes apparitions, et que c'est très divertissant de vous surprendre dans des moments d'abandon.

-Oh !… Comment pouvez-vous..., protesta Harry, révolté par tant de cynisme. C'est justement ça qui me déplait !

Railleur, Nigellus croisa les bras sur sa poitrine.

-Dans ce cas, n'attendez pas de moi que je prête une oreille favorable à votre demande.

On pouvait sentir au ton de l'homme qu'il était malgré tout secrètement flatté qu'une personne aussi célèbre que Harry Potter lui présente une requête. Il pourrait s'en vanter auprès de ses collègues de Poudlard… Le garçon prit le parti d'insister.

-S'il vous plaît…c'est à propos du professeur Rogue !

-Que lui voulez vous, à Rogue ? Grogna Nigellus après un court silence.

-Je…j'aimerais pouvoir lui parler. Pour cela, il faudrait qu'il vienne dans ce tableau. Est-ce réalisable ?

Nigellus écarquilla les yeux d'un air stupéfait. Puis il se mit à rire, condescendant.

-Vous rêvez, jeune homme ! Comment voudriez vous que…il me semble vous avoir déjà dit que seule la personne représentée sur le tableau peut y figurer. En conséquence, personne d'autre que moi ne…

Harry avait réfléchi à cela, et il était persuadé que Nigellus mentait.

-Pourtant, coupa-t-il d'une voix ferme, à Poudlard, les personnages des portraits s'invitent mutuellement et voyagent ainsi d'un tableau à l'autre. Pourquoi ne serait-ce pas possible ici ? Si vous invitiez Rogue dans votre portrait, il pourrait certainement vous y rejoindre !

Le professeur Nigellus caressait sa barbe, l'air soucieux.

-Peut-être, peut-être…, il se peut que cela soit réalisable, reconnut-il de mauvaise grâce. Mais je n'ai jamais essayé…et je n'ai aucune envie d'inviter qui que ce soit à me tenir compagnie dans ce tableau !

Bien que soulagé d'apprendre que la chose était possible, Harry bouillait intérieurement. Quelques mois plus tôt, Nigellus les avait effectivement roulés dans la farine, Hermione et lui, quand il avait prétexté ne pouvoir faire venir Dumbledore dans son tableau. Avait-il cédé à la peur, à la paresse, ou au mépris que lui inspirait Hermione ? Le garçon se contraignit néanmoins à ne rien laisser paraître de son ressentiment.

-Mais il ne s'agirait que d'une courte visite ! Reprit-il d'un ton conciliant. Je n'ai que quelques mots à lui dire…

-Eh bien, jeune sot, qu'est-ce qui vous empêche de vous rendre à Poudlard pour converser directement avec lui ?

-Vous savez comme moi combien c'est difficile…je ne veux pas importuner le professeur Mc Gonagall, elle a bien assez de travail pour préparer sa rentrée…Et puis, on n'entre pas à Poudlard si aisément…

-Allons, allons, Potter, vous êtes le Sauveur du monde sorcier, personne ne peut rien vous refuser !

-Si, la preuve! Vous venez de le faire !

Nigellus parut amusé. Ses yeux s'amincirent.

-Vous n'êtes qu'un insolent, un jeune prétentieux !

-Dites-moi plutôt si vous pouvez inviter le professeur Rogue…

-Bon, même si je vous avoue que je n'y vois pas d'obstacle majeur, cela ne signifiera pas que…

-Alors, puis je me permettre d'insister ?

-Severus Rogue et moi-même ne sommes pas ce qu'on peut appeler… des amis intimes…

-Mais pourtant, vous êtes l'un et l'autre issus de la maison Serpentard, s'exclama Harry avec une fausse candeur. Il devrait régner une bonne entente entre vous !

-Et vous, vous voulez me faire croire que vous êtes un vrai gryffondor ? Sourit Nigellus en continuant de caresser sa barbe pointue. Vous auriez été plus à votre place dans la maison des vert et argent.

Harry décida qu'il devait considérer cela comme un compliment, voire un encouragement. Il était sur la bonne voie.

-C'est possible. Maintenant, dites moi que vous inviterez Severus Rogue à prendre le thé ici avec vous ! Je suis certain qu'il a pour vous la plus grande estime.

Le sourire de Nigellus s'élargit et il émit un léger sifflement, avant de glisser d'un air malin :

-Que me donnerez vous en échange, mon petit Potter ?

Harry tressaillit.

-Que désirez vous ? Grommela-t-il, secrètement scandalisé par le chantage de l'homme.

-C'est très simple ! Que vous me placiez à nouveau dans votre chambre. Je déteste avoir à changer mes habitudes !


-Coucou !

Harry se réveilla en sursaut et se redressa vivement dans son lit, hagard. Il n'avait pas besoin de ses lunettes pour reconnaître la silhouette déliée de Ginny, debout tout près de lui. Ses longs cheveux brillants pendaient sur ses épaules, et elle lui souriait, malicieuse.

-Désolée ! Tu dormais profondément…, murmura-t-elle en s'asseyant au bord du lit. Mais ça faisait un moment que je te regardais, et je n'en pouvais plus d'attendre…J'aurais mieux fait de t'embrasser sans avertissement préalable, comme j'en mourais d'envie. Tu te serais réveillé en douceur…

Il lui saisit les deux mains et l'attira vers lui.

-Tu es la seule qui aies le droit d'entrer librement ici, dit-il entre ses dents, menaçant. Mais là, tu abuses…

-J'étais si impatiente de te voir…Maman a accepté de me donner de la poudre de cheminette, et…

-Et tu as interrompu un rêve particulièrement agréable. Tu vas donc devoir te faire pardonner…

-J'espère bien que j'en faisais partie, de ton rêve si agréable…

Tandis qu'elle se penchait vers lui pour l'enlacer, une pensée vint à Harry et il jeta un coup d'œil vers le mur. De là où il se trouvait, sans ses lunettes, il avait du mal à distinguer si Nigellus était présent dans son portrait. La veille au soir, avant de se coucher, Harry l'avait transporté du salon à sa chambre, comme l'avait exigé l'ex-directeur. L'idée que l'homme pût les observer en train de s'embrasser le dégoûtait profondément. Il rendit rapidement à Ginny son baiser, puis la repoussa avec une tendre fermeté.

-Il est quelle heure ? Demanda-t-il en attrapant ses lunettes sur le chevet.

-Tard ! 9h30. Tu as encore lu jusqu'au milieu de la nuit ?

-Non, non... mais je me suis quand même endormi bien après minuit.

-Je parie que c'est le journal de…

-Hum…je meurs de faim, coupa-t-il d'une voix forte. Je vais me lever…

Il n'avait aucune envie que Nigellus entende parler du journal de Rogue. Il se promit de changer de chambre dès qu'il aurait le temps de s'en occuper. Il n'avait que l'embarras du choix dans cette grande maison. Après tout, Nigellus avait retrouvé sa place d'origine, il ne pourrait pas lui en faire reproche.

-Il y a une surprise pour toi, en bas…

Quelques minutes plus tard, Harry était lavé et habillé, et les deux jeunes gens dévalaient les escaliers pour rejoindre la cuisine. Dès qu'ils eurent pris place à table, Kreattur leur servit un café accompagné d'énormes croissants dorés que Ginny avait apportés du Terrier, sachant à quel point Harry les appréciait. Ils en étaient tous devenus friands depuis que Fleur avait dévoilé à Molly les secrets « made in France » de leur fabrication …

-Merci, Kreattur. Non, je ne prends pas de lait, mais je veux bien de la confiture... Alors, Harry, que comptes-tu faire, aujourd'hui ? S'enquit la jeune fille en trempant délicatement un morceau de croissant dans sa tasse fumante.

Le garçon buvait de petites lampées, savourant le goût du café. Rien de tel pour chasser la migraine qui s'était emparée de lui dès son réveil trop brutal.

-Je n'ai pas de projet précis. Et toi ?

-Hermione et Ron proposaient de nous rejoindre ici vers 10h30, et que nous allions ensuite ensemble faire un tour au Chemin de Traverse. Il fait beau, on pourrait donner rendez-vous à Neville et Luna, chez Florian Fortarome…

-Pourquoi pas ? On passera voir George après, dans ce cas !

-Bien sûr. Il sera ravi de te voir.

-Mais je ne peux pas sortir comme ça, grogna Harry avec une grimace. Il va falloir que je me camoufle.

-Comme d'habitude. Tu peux compter sur Hermione pour te transformer efficacement.

-Mouais…j'espère que ce nouvel essai sera un peu plus concluant…

-Oh, c'était trop drôle, la dernière fois... ! Gloussa Ginny. Cette couleur caca-d'oie, qui persistait dans tes cheveux deux jours après! Ca ne manquait pas de charme, bien que je préfère ta couleur naturelle…

-Merci... C'était quand même assez pénible, j'ai pas envie que ça recommence.

-C'est la rançon de la célébrité…

-Je m'en passerais volontiers..., soupira-t-il, abattu, en posant le menton dans la paume de sa main.

-C'est sûr qu'en faisant la une de la presse tous les deux jours, tu ne risques pas de passer inaperçu. Ca finira bien par se calmer !

-J'espère, parce que là, j'en ai marre. Franchement, je ne vois plus d'autre issue que de rester terré ici... ou de me balader avec toi en rase campagne.

Ils mangèrent un moment en silence. Puis Ginny reprit avec un sourire :

-Tu sais, Harry, je pense que c'est une excellente idée, que Ron et Hermione viennent habiter ici durant l'année scolaire. Tu seras moins seul, et pour eux, ça sera très pratique de loger à Londres pour leurs études.

-Ouais. Heureusement que tes parents sont d'accord ! Ils auraient pu refuser ma proposition.

-Ils n'avaient aucun motif valable.

-Oh, avec ta mère, on ne sait jamais !

-Hein? Qu'est-ce que tu racontes? Elle t'adore, je ne sais pas comment tu t'y prends, mais tu as le don de la faire craquer…

-N'empêche qu'elle a toujours peur pour son petit Ronnie…

Ils rirent.

-C'est toi qui vas me manquer…, reprit doucement Harry en plongeant les yeux dans ceux de la jeune fille.

Elle se léchait les lèvres avec gourmandise.

-Bah…une année scolaire, ça passe tellement vite…et puis, tu as le journal de ce cher Rogue pour te tenir compagnie. A propos, tu as avancé dans ta lecture ?

Harry se mit à nettoyer machinalement les restes de confiture dans son assiette avec un morceau de croissant.

-Pour l'instant, je lis ce qui concerne la dernière période, après qu'il ait…qu'il ait tué Dumbledore.

-Et alors?

-Et bien, il traverse une passe difficile. Il est effroyablement seul.

-Il me semble qu'il n'a jamais été très entouré.

-D'accord, mais là, c'est pire. Les quelques membres de l'Ordre qui le respectaient encore le considèrent maintenant comme l'homme à abattre.

-Bah, il était habitué à ce qu'on le déteste.

-C'est vrai. Mais est-ce qu'on s'habitue vraiment à l'hostilité de son entourage?

-Ecoute, franchement, il n'a jamais fait le moindre effort pour être apprécié de qui que ce soit ! A l'exception de ses petits serpentards adorés…

-En effet. Mais tu sais, c'était une stratégie destinée à calmer les soupçons des Mangemorts à son égard. Et en lisant son journal, on s'aperçoit qu'il en a énormément souffert.

-Tu veux dire qu'il se forçait à maltraiter les gryffondors et à favoriser outrageusement les élèves de sa maison ?

-Oui, en quelque sorte.

-Pendant toutes ces années ? Même quand Voldemort avait disparu ?

-Il savait par Dumbledore que Voldemort reviendrait un jour ou l'autre.

-C'est fou, comme tu peux lui trouver des excuses ! S'indigna Ginny. En tout cas, tu ne me feras pas croire que son attitude odieuse envers toi faisait partie de cette stratégie.

Harry rougit imperceptiblement.

-Si…pour une part, bredouilla-t-il avant d'avaler le reste de son croissant. Bien sûr, il n'avait pas trop à se contraindre, il me détestait à cause de ma ressemblance avec mon père.

Les yeux de Ginny jetèrent un éclair.

-Pourtant, tu n'y étais pour rien, toi, le pauvre gamin orphelin. Il aurait pu en être conscient et se comporter autrement. Quel besoin avait-il de s'acharner sur toi ? Quel salaud !

Harry ne répondit pas tout de suite.

-A la fin, il ne me détestait plus, dit-il doucement sans quitter sa tasse des yeux.

Ginny leva les sourcils. Elle s'apprêtait à répliquer quand ils entendirent frapper trois coups sonores à la porte d'entrée.

-C'est Ron et Hermione qui viennent nous chercher ! J'y vais ! S'écria la jeune fille en sautant de sa chaise.

Harry se leva plus lentement pour sortir à son tour de la cuisine. Malgré le café, sa migraine était toujours là, lancinante, sournoise. Et il devait bien s'avouer qu'il eût préféré rester tranquillement chez lui, continuer sa lecture des cahiers noirs et guetter l'hypothétique apparition de Rogue dans le portrait de Nigellus…


« 25 juillet 1997- Poudlard-

Cette expédition a tourné à la catastrophe, je l'avais pressenti et je n'ai rien pu faire pour l'empêcher. Autant que je sache, Potter est indemne, malgré cette terrible chute dont j'avais rêvé… Mais Maugrey est mort, et un des faux Harry a perdu une oreille par ma faute (je ne sais lequel pour l'instant, mais je l'apprendrai bien assez tôt !). J'ai été d'une maladresse impardonnable. Et pour ne rien arranger, Lupin m'a très certainement reconnu, mon capuchon s'étant envolé au pire moment. Le loup-garou a dû s'empresser de révéler à Potter et ses amis que j'étais l'artisan de cette infamie…

Mon dégoût de moi-même n'a fait qu'empirer, malgré les paroles de réconfort de Dumbledore. Le vieillard a échoué, du haut de son tableau, à me cacher combien il était affecté par les récents évènements.

Le Maître s'est attaqué au véritable Harry. Le gamin était coincé dans cette stupide moto volante de Black et il a très vite été repéré, après avoir jeté son ridicule « expelliarmus » sur Stan Rocade. Apparemment, personne, parmi ses prétendus amis -si prompts à faire étalage de leurs bons sentiments- n'avait eu la bonne idée de le prévenir que ce sort lui tient lieu de signature indélébile. En voyant le Maître le pourchasser et le prendre pour cible, j'ai pensé que tout était fini, et j'avais d'affreuses difficultés à me maintenir sur mon balai tant mon corps était contracté par l'angoisse.

Trop tôt, il était bien trop tôt ! Certes, Voldemort doit le tuer, mais l'heure n'est pas encore venue !

Et puis, il y a eu l'épisode étrange de la baguette…

Quel est ce pouvoir inconnu qui est en toi, Harry ?Dumbledore n'a pas voulu répondre à ma question à ce sujet. Peut-être ne comprend-t-il pas lui même ce qui s'est produit là…Comment un gamin insignifiant tel que toi peut-il mettre en déroute un être aussi puissant et maléfique que Voldemort ?

Bien, bien, tu n'es pas insignifiant. Albus s'est épuisé à me le répéter, et j'ai fini par l'admettre. A vrai dire, tu es tout, sauf insignifiant. Tu es même étonnamment doué, diablement courageux et… plutôt intelligent. Oui, il me faut te reconnaître ces qualités, et avouer qu'elles font de toi un être aussi respectable que séduisant.

Actuellement, le Maître interroge le vieil Ollivander. Est-ce parce qu'il veut en savoir plus sur le pouvoir de ta baguette ? Normalement, si j'ai bien compris, il aurait dû te vaincre facilement grâce à celle de Lucius. Le Maître est furieux. Sa colère est épouvantable, destructrice, et je suis plus que soulagé d'être ici, à Poudlard, et non au Manoir avec ses odieux courtisans…

Je ne sais combien de temps je tiendrai encore. La pression est trop grande, et mon seul soutien est ce misérable cahier. J'évite autant que possible le portrait de Dumbledore, qui a le don de me démoraliser au lieu de me soutenir. Bientôt, mes collègues seront là (exceptée, bien sûr, la malheureuse Charity Burbage), ils me regarderont avec haine et dégoût. Quant aux horribles Carrow, qui vont travailler ici avec moi, je suis obligé de feindre de les apprécier. Ce n'est pas la moindre de mes corvées. De plus, il va falloir que je surveille le Maître sans relâche, et sans qu'il s'en aperçoive. Je dois savoir de quelle manière il traite son monstrueux serpent. Il ne faut surtout pas que je rate le moment où il sera temps d'informer Potter…je devrai donc aussi m'arranger pour savoir à tout instant où se trouve l'infortuné garçon, ce qui ne sera pas une mince affaire.

Mon esprit malade est obsédé en permanence par ce couple contre-nature que forment Voldemort et Potter. Les associer ainsi a quelque chose d'obscène, et pollue mes pensées. Ai-je vraiment mérité pareil supplice ?

Je sais que la réponse est oui.

A présent, Harry, je suppose que tu séjournes chez tes amis Weasley. Vous préparez un mariage. Bien. Il y a des gens qui pensent à se marier par les temps qui courent. C'est donc que pour certains, la vie continue. Je devrais m'en féliciter, mais je ne parviens qu'à grincer des dents. Et toi, tu trouves de la force et du réconfort dans les bras de cette gracieuse jeune fille rousse…tu aurais pu plus mal choisir.

Je vous avais aperçus ensemble à Poudlard, vous marchiez main dans la main, vous croyant seuls, et mon cœur s'était étrangement serré à cette vue. Votre couple, pour le coup, n'a pourtant rien de grotesque, il est au contraire ravissant, parfaitement assorti. Alors, pourquoi provoque-t-il en moi ce trouble sentiment?

Suis-je jaloux de toi, Harry, de ton bonheur ? N'es-tu pas en droit de connaître l'amour et le plaisir avant de mourir pour nous sauver tous ? N'est-il pas naturel que des jeunes filles s'éprennent de toi, de ta personne à la fois fragile et forte, qu'on a envie d'admirer tout autant que de protéger?

C'est en tout cas plus sain et naturel que l'intérêt morbide que te porte le Mage Noir, ou que les sentiments confus et obsessionnels de ton ancien professeur de potion à ton égard…

D'ailleurs, cette jeune fille que tu sembles aimer a, elle aussi, quelque chose en commun avec ta mère…Tu ne le sais pas, évidemment. Toi, tu la trouves simplement charmante, séduisante, désirable…Moi, je sais…

Serais-je alors jaloux de cette gamine ? Du simple fait qu'elle puisse à loisir te parler sans déclencher ta colère, te serrer dans ses bras aussi fort et souvent qu'elle en a envie, passer la main dans tes cheveux, recevoir tes sourires lumineux ?…Occuper tes pensées, éveiller tes fantasmes et ton désir… ?

A vrai dire, j'en suis au point que j'aimerais connaître le moindre de vos gestes, j'aimerais entendre les mots doux que vous vous murmurez à l'oreille…Oh, ils doivent pourtant être bien insipides, ces échanges entre vous, adolescents maladroits et inexpérimentés. Alors, pourquoi aimerais-je me glisser entre vous, invisible, impalpable ? Pourquoi suis-je si troublé en vous imaginant enlacés, allongés l'un contre l'autre, peau contre peau…

(Bon sang, faut-il que je sois tombé bas pour avoir des pensées aussi ridicules, et éprouver le besoin de les coucher sur le papier, comme une adolescente en mal d'amour ?… J'effacerai tout cela, demain…)

Hélas, il n'est pas nécessaire de se prénommer Sybille pour deviner ce que vous dites à propos de moi, le traître, l'horrible professeur aux cheveux gras et au nez crochu, l'assassin, le plus répugnant des hommes. Et je ne peux vous en vouloir pour cela…J'ai tout fait pour que vous ne voyiez en moi qu'une brute, un salaud. J'ai tracé moi même ce chemin de souffrance, j'en ai creusé les ornières, et à présent, je ne trouve plus d'issue à ... »

-Harry Potter ?

Le garçon tressaillit et leva les yeux, fermant précipitamment le cahier de Rogue. Phineas Nigellus le toisait du haut de son portrait.

Dans un élan, Harry quitta son lit sur lequel il était assis en tailleur et s'approcha du tableau. Avec un pincement au cœur, il constata que le bisaïeul de Sirius était seul.

-Vous êtes enfin là, Potter ? Dit Nigellus d'un ton acerbe. Je suis venu plusieurs fois aujourd'hui, en vain…Cette chambre restait désespérément vide…

-Pardonnez-moi, répondit Harry, l'air contrit. J'étais…sorti avec des amis.

-Il faudrait savoir ce que vous voulez ! Vous me confiez une mission dont vous êtes seul à connaître l'importance, puis vous disparaissez, m'obligeant à venir à plusieurs reprises pour constater votre absence, comme le plus minable des elfes de maison!

-Je suis désolé…

-Bon, pour cette fois, je ne vous en tiendrai pas rigueur. Surtout que vous allez être déçu, mon garçon. J'ai le regret de vous annoncer que le professeur Rogue a sèchement décliné mon invitation.

Harry sentit son cœur chavirer. Il tenta de déchiffrer l'expression de Nigellus. Etait-il mortifié, ou au contraire amusé d'apporter au garçon cette mauvaise nouvelle ?

-Et…pour quelle raison a-t-il refusé ? Demanda-t-il en essayant de paraître détaché.

-Et bien…il ne voit pas pourquoi il se fatiguerait à venir jusqu'ici. Il dit que nous pouvons très bien prendre le thé à Poudlard.

-Mais…vous lui avez bien dit que je désirais lui parler ?

Nigellus sourit en regardant ses ongles.

-Evidemment ! Vous me prenez pour un imbécile ?

-Et…co…comment a-t-il réagi ?

-Il m'a d'abord dévisagé dix bonnes secondes sans broncher, à tel point que c'en était insultant. Ensuite, il a reniflé d'un air méprisant et a bougonné quelque chose que je n'ai pas compris. Apparemment, il ne fait pas partie de ceux qui se pâment d'admiration à la simple évocation de votre nom…

-Vous n'avez pas insisté ? S'énerva Harry.

-Bien sûr que si ! J'ai exigé de lui une réponse claire, sachant que vous me demanderiez des comptes.

-Alors, qu'a-t-il dit ?

-Vous tenez vraiment à le savoir ? Bien, je vais vous le répéter textuellement : « Vous direz à Potter que de mon vivant, j'ai toujours été indésirable dans la maison des Black, et qu'il n'y a pas de raison pour que cela change aujourd'hui ». Voilà, c'est tout. Je suis désolé, j'ai fait ce que j'ai pu.

-L'imbécile ! Soupira Harry en se laissant tomber en arrière sur le lit.

Nigellus haussa les épaules avec désinvolture et sortit du tableau avant que Harry ait eu le temps d'ajouter un mot.

Pourquoi Rogue refusait-il de venir lui parler? Pensait-il que Harry lui en voulait toujours pour son attitude cruelle et injuste, durant toutes ces années ? Mais s'il en avait été ainsi, pour quelle raison son élève aurait-il désiré s'entretenir avec lui ?

Non, l'homme était aussi têtu et fier dans la mort qu'il l'avait été dans la vie. A coup sûr, Rogue ne voulait pas avoir l'air de venir quémander la reconnaissance du garçon.

Harry se sentait profondément déçu…Sans vraiment chercher à comprendre pourquoi, il brûlait d'envie de parler à l'homme, de lui dire qu'il l'admirait, qu'il le considérait comme un héros…surtout depuis qu'il avait mis le nez dans son journal. Mais Rogue ne savait pas qu'il lisait ses écrits, et d'ailleurs, il valait bien mieux qu'il n'en sût rien.

Bien. Harry devait donc renoncer à son projet. Ou alors, se rendre prochainement à Poudlard, annoncer sa venue par un hibou, affronter les questions de ses amis, celles de Mc Gonagall…Après tout, il ne s'agissait pas d'obstacles insurmontables, et il aurait ainsi l'occasion de revoir Hagrid.

Le problème, c'était que le plan audacieux de Harry ne se limitait pas à organiser un petit entretien sympathique avec son ancien professeur…Dans son esprit surchauffé, un projet bien plus ambitieux avait pris forme depuis qu'il avait commencé à se plonger dans le journal, et pour le réaliser, il aurait besoin non seulement de la coopération active de ses amis, mais aussi, bien évidemment, de celle du principal intéressé, à savoir Severus Rogue…

Il s'étira en baillant. Il était tard, la journée avait été chargée. Et quels que fussent ses plans sur la comète, il était grand temps qu'il se couchât.

Soudain, il se figea. Il lui avait semblé entendre une voix l'appeler doucement par son prénom. Il se redressa brusquement, s'asseyant sur le lit, les cheveux plus en bataille que jamais. Son regard revint au tableau et son cœur manqua un battement.

Le visage bienveillant de Dumbledore lui souriait, ses yeux très bleus étincelant derrière ses lunettes en demie lune.


Voili voilou…N'oubliez pas de me laisser une review, même pour me dire que vous n'avez pas aimé ce chapitre ou que vous vous êtes ennuyés, ce que je comprendrais très bien. J'ai grand besoin de vos avis pour trouver de l'inspiration !

Bonnes fêtes à tous, et à l'année prochaine, si tout va bien !

Lefandeharry : Hello ! Aha, tu as fini tes examens ? Une bonne chose de faite, j'imagine que tu dois te sentir mieux à présent ! Merci pour ton soutien, et à bientôt !

DiagonAlley : Bonjour ! Héhéhé, pourquoi Ginny s'intéresse-t-elle au journal ? C'est vrai qu'elle n'avait pas de problème particulier avec Rogue, je crois même qu'il l'aimait bien (à en juger par sa « terrible » punition dans le 7ème tome, quand il l'envoie dans la forêt avec Hagrid !!), je suis même certaine qu'il lui trouve une ressemblance avec Lily. Non, en fait, elle est intriguée en voyant que Harry est perturbé par sa lecture, et elle aimerait comprendre ce qui le trouble ainsi. Moins il acceptera de lui en dire sur le journal, plus sa curiosité sera piquée au vif…

Morganne-bzh : Merci pour ton message ! Oui, pauvre Ron, on en fait toujours un affreux paresseux, dans les fanfics. En fait, je l'aime bien comme ça, et je le comprends : au fond, il a envie de profiter un peu de sa vie d'étudiant, et il me semble qu'il l'a bien mérité !-- Ah, Rogue est en effet un personnage complexe et torturé. Son amour pour Lily a quelque chose d'excessif, il la déifie, il l'a mise sur un piédestal et lui voue une sorte de culte. J'ai envie de bousculer un peu tout ça !!

Alexandra : Merci, merci pour ton enthousiasme, ça fait chaud au cœur ! j'espère que la suite te plaira toujours !

Eriawen : Merci ! J'ai essayé de te répondre par mail, mais comme je ne suis pas sûre d'avoir réussi, je te mets aussi un mot ici. Tes encouragements sont très stimulants. Peut-être à bientôt !