Loveitahi et Xana toujours pas d'Eragon et de Murtagh, mais ça avance, et puis, je suis sure que vous apprécierez la visite d'un personnage haut en couleur dans ce chapitre.

Ykyrya j'espère que la suite te plaira tout autant !


Rencontre à Teirm

Après maintes et maintes essais, Keira finit par trouver la solution la moins tape à l'œil pour transporter Fenrir. Le dragonneau s'échappa des mains de sa maîtresse, lassé de ces essayages sans fin. Pour qui le prenait-elle ? Il n'était pas un ballot de linges qu'on pouvait à sa guise remuer dans tous les sens. Boudant, il se coucha sur le lit, tournant le dos à Keira. La jeune femme n'y prêta pas attention. Elle fignola le bagage pour le rendre aussi agréable à porter que possible et pour empêcher Fenrir d'être vu.

Les heures passèrent sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Quelqu'un frappa à sa porte. D'un geste vif, elle couvrit Fenrir d'une chemise. Le dragonneau poussa un cri de mécontentement étouffé.

---Oui ?

Le visage de Larry apparut dans l'embrasure de la porte.

---Nous sommes sur le point de rentrer dans le port. Est-ce que tu es prête ?

---Oui. Murdock t'a parlé, hein !

---Je me doutais bien que tu finirais par quitter l'équipage. C'est juste que je ne pensais pas que ça serait si tôt.

Ils se sourirent mutuellement, de la tristesse planant dans leur regard. Encore une fois, Keira soupira. Elle fixa ses bagages avec une inquiétude non dissimulée. Les dernières manœuvres sonnèrent l'heure du départ. Son paquetage sur le dos, Keira arrangea un linge en bandoulière. Fenrir la regardait avec une moue boudeuse. Il savait pertinemment qu'il allait devoir se balader là-dedans pendant un bout de temps, et l'idée ne lui plaisait pas du tout. Il se laissa cependant prendre par Keira et se glissa dans sa nouvelle cachette.

Quand elle arriva sur le pont, il lui sembla que tout le monde l'attendait. Elle se sentit très gênée, ses joues rougissant. Elle s'apprêta à serrer chacun des membres d'équipage dans ses bras quand elle pensa à Fenrir. Si elle avait pu le cacher jusqu'ici, il serrait beaucoup plus difficile de dissimuler sa présence en étreignant ses protecteurs. Le plus naturellement du monde, elle fit pivoter Fenrir sur sa hanche. Il n'apprécia guère la manœuvre poussant un petit couinement aigu. Keira se raidit, mais personne ne sembla prêter attention à l'intervention du dragonneau. Elle embrassa chacun des hommes, retenant ses larmes. Puis vint le tour de Murdock. Le vieil homme avait la mine grave. Il toisa la jeune femme sans dire un seul mot. Cherchait-il de bonnes raisons pour la convaincre de rester ? Sans crier gare, il s'approcha enfin de la jeune femme. Il lui saisit les deux mains et les posa sur sa poitrine. Un étau resserra le cœur de Keira. Ses yeux étaient emplis de larmes.

---Fais attention à toi.

Keira ne put lui répondre. L'émotion l'empêchait de parler. Elle lui sourit simplement. La seule chose qu'elle pouvait lui donner. Il lui lâcha enfin les mains, mais avant de la laisser partir, il fouilla dans sa poche et en sortit une fine bourse de cuir.

---Ce n'est pas grand chose, mais tu me prends de court.

---Ce n'est pas la peine, Murdock. Je peux me débrouiller toute seule.

---Ne dis pas de bêtises. C'est la seule chose que nous pouvons faire, alors accepte ces quelques pièces.

Ne voulant pas les offenser, Keira se saisit de la bourse et la glissa dessous sa chemise. Elle fila aussitôt, descendant la passerelle sans se retourner. Les larmes finirent par couler le long de ses joues. Elle les essuya d'un revers de la manche, ne supportant pas l'humidité sur sa peau. L'envie de courir était grande. Elle résista car elle risquait de focaliser les regards sur elle et Fenrir, ce qu'elle voulait absolument éviter.

Connaissant les rues de Teirm comme sa poche, elle se dirigea derechef chez le marchand de chevaux le plus fiable de la ville. La transaction fut rapide. Keira hérita d'une jument isabelle du nom de Rivel. L'animal sentit immédiatement la présence de Fenrir. Keira la calma, flattant son encolure.

La jeune femme continua ses achats, prenant vivres, baumes, couvertures et deux ou trois autres choses. Elle se dirigeait vers un armurier quand la présence qu'elle avait sentie depuis son arrivée au port, l'agaça au plus au point.

---Que me veux-tu ?

Elle ne s'arrêta pas, ce qui fit rire son poursuiveur. La présence l'énervait mais au fond d'elle, elle aimait ce petit jeu, surtout qu'elle connaissait l'identité de son suiveur. Elle patienta certaine que l'intérêt qu'on lui portait finirait par aboutir à une conversation. Ce qui ne tarda guère en effet.

« Où comptes-tu aller ? »

« Chez l'armurier qui se trouve à trois pâtés de maisons d'ici. »

Keira entendit de nouveau le rire de l'étranger dans son esprit.

« Je ne parlais pas de cette destination-là. »

La jeune femme fit pivoter sa jument avec une dextérité surprenante. Elle fit face à un garçonnet aux yeux bridés. Ses cheveux en broussailles lui donnaient un air curieux et excentrique.

« Pourquoi un chat-garou s'intéresse t-il autant à moi ? »

« La question est plutôt : comment une simple humaine peut-elle converser avec moi ? Ou encore mieux ! Comment as-tu fait pour savoir que je te suivais et savoir qui j'étais ? »

Le corps de Keira se raidit. Elle savait qui était les chats-garous et qu'elle n'avait dans le fond pas besoin de se méfier d'eux, mais avoir été découverte si rapidement, lui glaça le sang.

« Tu es différente. »

« Il n'est pas difficile de savoir ce genre de choses, surtout pour un être comme toi. Je me trompe. »

« Non, pas du tout. »

La créature s'approcha de Rivel.

« Je suppose que tu ne veux pas attirer l'attention, Keira. Alors que dirais-tu de me prendre un petit moment avec toi. »

La jeune femme évalua la proposition. Ils se faisaient face depuis quelques minutes maintenant, sans se parler à haute fois, se fixant comme des chiens de faïence. Ce n'était pas discret, il n'y avait nul doute à avoir. La main de la jeune femme se tendit vers le garçonnet et d'un geste vif, elle le fit rejoindre sa selle. Le chat-garou ne glissa pas ses mains autour de la taille de Keira. Il préféra s'appuyer sur l'arrière train de la jument. Savait-il que Fenrir se trouvait contre le ventre de la cavalière ? Oui. Sûrement.

« Que me veux-tu ? »

« Juste parler. Tu m'intéresse beaucoup Chasseuse de dragons. »

Les jointures de la main de Keira devinrent blanches sous la pression qu'elle exerça sur les rennes de Rivel. Elle ne répondit pas.

« Oh ! Tu n'aimes pas beaucoup ce nom. Ou bien n'aimes-tu pas le fait que je le sache. »

« Ce n'est pas mon nom. » lui répondit sèchement Keira.

« Non, certes. Cependant, cette définition est plus parlante que ton nom ancien. Rassure-toi, je ne le connais pas, disons pas entièrement. »

« Ma patience à ses limites, chat-garou. »

« Tu peux m'appeler Solembum. Quant à ta patience, je la mets à rude épreuve, je le sais très bien. Tu ne dois pas être rassurée, surtout avec ton dragon exposé à tous les regards. »

Un sifflement fusa dans l'esprit de Keira. Fenrir montrait lui aussi des signes de frustrations face au nouveau venu. C'était étrange comme Solembum pouvait les agacer et les attirer en même temps.

« Nous arrivons à ton armurier ! »

Sans qu'elle puisse intervenir, Solembum sauta de cheval et commença à s'éloigner. Il lui fit un signe de la main et ajouta :

« Notre rencontre restera secrète, je te le promets, demi-humaine. »

La jeune femme en resta pétrifiée.

---Bonjour, mam'zelle ! Que puis-je faire pour vous ?

Keira se retourna surprise de voir l'armurier lui faire face. L'homme était immense. Même à cheval, elle pouvait aisément le regarder droit dans les yeux sans incliner la tête. Sa longue barbe noire lui donnait un air jovial, tout comme ses yeux rieurs. Elle chercha pendant quelques instants les raisons de sa présence ici.

---Un arc long et des flèches.

---C'est pour vous ?

---Non. Pour mon frère aîné. Il vit à Narda et c'est bientôt son anniversaire. Je souhaite lui faire un présent de valeur.

---Oh ! Très bien. J'ai ce qu'il vous faut alors.

L'homme disparut dans sa boutique. Keira en profita pour se retourner, cherchant où Solembum avait bien pu aller. Elle n'eut pas le loisir de poursuivre ses recherches très longtemps. L'armurier réapparut, les armes dont avait besoin Keira dans les mains.

---Cela fait une sacrée trotte, dites-moi.

---Excusez-moi ?

---Pour aller à Narda.

---Oh, oui, bien sûr ! Je n'y vais pas seule. Mon père en profite pour lui rendre visite. Il m'attend sûrement déjà aux portes de la ville. L'opinion qu'ont les hommes sur la ponctualité des femmes va encore gagner en points positifs.

La boutade plut à l'armurier. Il ne posa plus d'autres questions, satisfait de la réponse de Keira.

La jeune femme repartit sans demander son reste. Elle voulait maintenant quitter Teirm le plus vite possible. Se faufilant à travers les rues marchandes, elle se retint d'accélérer son allure. Lorsque les grandes portes de la ville furent dans son champ de vision, son cœur reprit un rythme plus régulier. Elle n'avait plus qu'un dernier obstacle à passer. Fenrir n'avait montré aucun signe d'impatience, et personne ne l'avait interpellée. Keira passa devant les deux gardes. Ils la regardèrent à peine, ne se préoccupant pas qu'une femme seule parte ainsi équipée.

---Hey !

Le cœur de Keira loupa un battement. Pendant une fraction de seconde, elle eut envie d'enfoncer ses talons dans les flans de la jument pour partir au galop. Sa sagesse reprit heureusement le dessus. Elle fit faire demi-tour à Rivel et fit face aux soldats.

---Il est à vous ce chat !

L'un des deux hommes tendait devant lui un gros matou aux oreilles piquetées de touffes noires. Il donnait l'air d'être un de ces chats à grand-mère, trop paresseux pour chasser les souris mais assez débrouillard pour manger à tous les râteliers. Cependant, il en était tout autre et Keira le savait pertinemment. Elle voulut un instant dire non, pour voir quelle serait la réaction de Solembum. Elle se ravisa.

---Oui ! lança Keira aux soldats. Il a dû me suivre sans que je m'en rende compte.

S'avançant vers les deux hommes, elle comprit qu'elle n'allait pas s'en tirer comme ça.

---Vous partez seule ?

Sans siller, Keira saisit Solembum par la peau du cou.

« Hey ! » protesta l'animal.

La jeune femme ni prêta aucune attention.

---Non. Mon père me rejoindra un peu plus loin. Je vais chez mon frère à Narda.

Mieux valait ne pas créer trop de mensonges différents. Se tenir au même lui apporterait moins de soucis.

---Oh ! Très bien. Les temps sont durs dernièrement. Faites bien attention.

---C'est promis.

Le ton de Keira était mielleux à souhait, ce qui charma aussitôt les soldats. Comme avec l'armurier, elle s'en tira à très bon compte.

Quand elle fut à bonne distance des soldats, elle posa Solembum devant elle sans aucun ménagement.

« Pour quelqu'un qui me veut du bien, tu me le montres d'une drôle de façon ! »

« Je trouvais cela amusant. »

Keira soupira. Il était inutile de parlementer avec un chat-garou. Autant parler avec un sourd et muet et attendre une réponse.

« Pourquoi me suis-tu ? »

« J'aime ta compagnie. »

« Je ne fais que te houspiller ! »

Le chat rit.

« Justement. »

Keira soupira.

« Ta maîtresse ne va pas s'inquiéter ? »

Le chat-garou retourna son museau vers Keira, une pointe d'interrogation dans les yeux.

« Tu sens le poivre rose et le citrus. Peu d'hommes se mettent ce genre de parfum. »

« Tu es bien une elfe ! »

« Je ne le suis qu'à moitié… »

« Tu en gardes cependant toute la superbe. »

Les joues de Keira s'empourprèrent. Elle n'aimait pas parler de cela. Encore moins maintenant.

« Changeons de sujet. »

« Où comptes-tu aller ? Tu ne m'as pas répondu lors de notre première rencontre. »

« Quelque part dans le sud. »

« Près de Carvahall ? »

« Non, près d'Osilon. »

« L'une des cités des elfes… Humm, intéressant. »

« Pourquoi m'avoir parlé de Carvahall ? »

« Il serait fort intéressant que tu t'y rendes. »

Keira ne chercha pas plus loin. De toute façon, elle ne comptait pas passer par les chemins que tout à chacun pouvait emprunter. Elle se faufilerait dans ses propres routes, et tâcherait d'éviter les grandes villes comme les petits hameaux. Son voyage allait durer bien assez longtemps comme cela pour qu'elle aille visiter les villes du sud.

« Et que comptes-tu y faire ? »

« Elever Fenrir. »

« Et après cela. »

« Tu poses beaucoup trop de questions, Solembum. »

« Je suis très curieux. »

Keira soupira. Son envie de se confier à quelqu'un était oppressante. Même si elle ne connaissait Solembum que depuis quelques heures, elle lui faisait confiance. Il l'agaçait, mais c'était une créature mythique, puissante et bienfaitrice. Jamais ils n'avaient comploté ou manigancé dans l'ombre. Ils étaient les alliés des elfes depuis de longues générations, et aimaient la compagnie des gens intéressants, ce qui revenait à dire des personnes dotées de dons et d'une âme aussi pure que l'eau de roche pouvait l'être.

« Je veux réfléchir à certaines choses. Décider de mon avenir. »

« Il est déjà tracé. »

Keira ne fut pas irritée par la remarque du chat-garou. Elle était déjà consciente de cela, ce n'était pas une vérité qu'elle refoulait.

« Je veux faire certains choix par moi-même. Tu me diras que quoi que je choisisse, je jouerais le jeu de mon wyrd, mais… »

« Tu veux avoir une emprise sur lui. »

« Oui. Je veux me retrouver, décider si mon vrai nom aura une emprise sur mon avenir. »

« Il en a déjà sur tellement de gens… »

« Justement. »

Solembum se tut, réfléchissant à tout cela. Il ne se montrait plus aussi hautain qu'au début de leur conversation. Il avait compris le trouble de Keira et son besoin de se confier. Il semblait réellement préoccupé par son sort.

« Je t'aiderais. Peut-être pas de la façon dont tu le souhaiterais, mais je t'aiderais. Tu dois cependant rester cachée avec ton dragon. Je viendrais te trouver quand l'Alagaësia aura besoin de toi. »

« Merci. »

Le chat s'étira sur l'encolure de la jument lui arrachant un frisson. Sans crier gare, il sauta à terre et commença à rebrousser chemin.

« A bientôt, jeune semi-elfe ! »

Keira ne chercha pas à le retenir. C'était inutile. L'animal lui avait fait bien plus qu'une promesse. Elle s'en contenta et devait s'en contenter. Elle tira sur les brides de Rivel et pivota sur la droite, s'enfonçant dans les bois. Leur allure augmenta. Contre elle, Fenrir dormait paisiblement malgré les secousses répétées dues à leur course.


Alors ? La venue de Solembum vous a plu ? J'aime beaucoup ce perso donc attendait vous à le revoir, et puis, je tiens à préciser que l'évocation de Carvahall n'a pas été faite sans raison ! XD