Bonjour !

Tout d'abord, je m'excuse pour le retard mais finalement, ça valait quand même le coup, on est passé d'un chapitre qui faisait 3000 mots samedi dernier à un bon chapitre de plus de 9000 mots ! C'est y pas beau ça ?

Voyez que je fais des efforts !?

Alors, warnings quand même sur ce chapitre :

- Primo, c'est très axé sur les persos secondaires (juste une petite apparition de nos bishôs à la fin) et je trouve très jouissif à l'avance de vous laisser deviner ce qui va servir ou non à l'intrigue principale (sous-entendu, ce que vous découvrirez au dernier chapitre si tout va bien et que vous n'êtes pas trop intelligent pour l'auteur pour lui faire foirer son suspense).

- Secondo, il va y avoir des morts, enfin, au moins un sûr et peut-être plus suivant mon humeur (sadisme quand tu nous tiens); j'ai déjà fait mon choix parmi les persos mais vous avez le droit d'essayer de me convaincre (je peux toujours changer d'avis) … ou pas.

- Tercio, c'est un chapitre essentiellement introspectif sur les pensées des persos et ma crainte est que vous ne le trouviez pas très intéressant mais je vous assure qu'il a sa place et que vous comprendrez le pourquoi du comment… à la fin.

Enfin, avec des chapitres d'une longueur pareille, on est loin de la moyenne de GPA (5000 mots environ à chaque chapitre) et du coup, je crains qu'on n'atteigne pas les 10 chapitres à ce rythme là donc… Vu ce qu'il nous reste à voir, je dirais… hum… peut-être 3 ou 4 chapitres maximum. Pas trop déçus ?

Merci à tous pour vos rewiews, je réponds par le système du site et pour les anonymes sur mon profil pour rappel.

Disclaimer : Mon Dieu sur terre à un nom : Kishimoto et c'est tout ce que j'ai à dire à ce sujet (sauf que j'ai adoré les derniers chapitres peut-être ?).

Merci à Kitsune pour ses propositions de corrections sur le précédent chapitre... vous l'aurez compris, celui-ci n'est pas non plus bêta-readé, I'am sorry for!

Enjoy for reading !


Chapitre 3

Funestes désillusions


Il s'installa au comptoir central avec la nonchalance qui lui était coutumière. Pas qu'il soit spécialement fatigué ou quoique ce soit mais cela faisait parti de ce qui ressemblait chez lui à une philosophie de la vie. L'expression « Pourquoi se presser quand les autres le font pour vous ? » semblait guider chaque pas de sa démarche énergiquement lymphatique. Cette attitude hautement apathique, parfaitement maîtrisée et assumée n'enlevait pourtant rien au charme du jeune homme. Son indolence ne le privait d'une silhouette élancée bien qu'il ne fasse rien pour l'entretenir – trop fatiguant – et son visage fin et gracieux quoique viril faisait tourner plus d'une tête.

A côté de lui, deux jeunes femmes gloussaient d'ailleurs fort peu discrètement afin d'attirer l'attention du séduisant jeune éphèbe qui leur décocha un sourire minimaliste tout en penchant légèrement sa tête dans leur direction pour les saluer. Il n'avait pas besoin de les charmer – trop chiant – il lui suffisait de montrer un minimum d'intérêt et c'était elles qui viendraient à lui. Simple, rapide, efficace. L'idéal. Il sortit de sa rêverie lorsqu'une voix s'éleva face à lui :

- Tu joues à un jeu dangereux, Shika. J'espère que tu le sais.

Il soupira. Non, finalement, c'était tout sauf simple.

Il regarda son ami, son meilleur ami mais il n'y trouva aucune trace de critique ou de désapprobation. Juste de l'incompréhension et une certaine tristesse. Chōji ne lui demanderait rien, comme toujours, il se contentait de constater en lui signifiant par la même occasion qu'il était disposé à l'écouter, en cas de besoin. Comme il l'avait toujours fait. Mais il ne pouvait pas lui en parler. Il savait que ce qu'il faisait était mal, qu'il jouait avec le feu mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

Il commanda une tasse de thé et son ami le lui servit dans les règles de l'art. Ce qu'il aimait avec Chōji c'est que celui-ci ne se sentait pas dans l'obligation de lui faire la conversation. Rester seuls, dans le silence, ça leur convenait parfaitement bien. Ils n'avaient pas vraiment besoin de mots pour se comprendre. Ça faisait trop longtemps qu'ils se connaissaient pour ça.

Et Kami-sama soit loué… Il ne le jugeait pas.

Il aimait Gaara pourtant. Il l'aimait vraiment son rouquin au caractère de chien, mélange entre le calme Shiba[1] et le Pitbull. Il aimait leur routine confortable, la manière dont son amant s'occupait de lui, d'eux. Les petites attentions de Gaara, qui, sans tomber dans le romantisme dégoulinant des grandes déclarations enflammées teintées de pétales de rose incluses – pas le genre de toute façon – lui donnait l'impression d'être important, précieux.

Mais s'il avait crû au départ que le roux se lasserait vite de lui et de leur relation pour se concentrer sur autre chose - quelqu'un d'autre pour être plus précis - lui permettant ainsi de reprendre le cours de sa vie après une passade pour le moins agréable, il n'en avait rien été. Et ça, ça avait considérablement perturbé l'équation linéaire que Shikamaru avait posé. Il savait de toute évidence que Gaara l'aimait mais il ne s'attendait pas à ce que ça dure vraiment. Il avait tenté la chose comme on tente une expérience de chimie, en tablant sur ses effets éphémères et passagers. Il ne s'attendait pas, à vingt cinq ans, à continuer cette relation.

Où était le problème en réalité ? Ils s'aimaient, étaient heureux ensemble. Qu'est-ce qui clochait ? La réponse était unique et multiple à la fois. Il tenait à Gaara, c'était une évidence. Tout comme de dire qu'il l'aimait même s'il ne l'avait jamais vraiment exprimer en ces termes – pas besoin. Dans d'autres circonstances, il serait vraiment ravi de faire sa vie avec lui. Mais justement, c'est là que ça pêchait. Gaara était un mec. Bien sûr, il avait déjà noté la chose auparavant. Notamment sur la présence d'une ornementation particulière à une place notablement impossible à dissimuler…

Mais à vingt ans, ce qui était supposé être une expérience résultant d'une certaine forme de curiosité méditative ne l'était plus à vingt cinq où il commençait à faire un point sur sa vie et plus précisément sur ces attentes en la matière. C'était prosaïque – certainement – égoïste ? – Oui, sûrement. Mais vrai. Gaara n'avait rien d'une gentille petite femme qui l'accueillerait le soir avec un ou deux marmots et l'embrasserait tendrement en lui demandant comment s'était passée sa journée.

Bien que… Gaara lui demandait toujours comment s'était passée sa journée mais la possibilité de se voir flanqué de deux mouflets étaient plus qu'improbable de même que la possibilité de larguer lesdits mouflets à une garde quelconque pour sortir au restaurant montrer à tous la réussite de leur couple dans toute sa normalité. Il avait honte aussi de ça. Il ne voulait pas qu'on sache, qu'on le voit avec Gaara. Ou du moins pas comme ça.

Il s'en voulait mais n'arrivait pas à passer au dessus. Et comme toujours, il avait choisi la facilité. Et la facilité, c'était ces femmes qui lui tournaient autour et auxquels il ne disait jamais non. C'étaient ces petits matins où il rentrait en sentant le parfum fruité et capiteux de celles qu'il avait possédé. C'étaient les yeux de son amant perdus dans l'obscurité qui n'avait plus la force de l'engueuler ou de le sermonner. Parce que Gaara savait. La première fois, il l'avait frappé. Il n'avait rien fait pour se défendre. Les fois suivantes, il avait hurlé, lui avait demandé de s'expliquer. Il n'avait rien dit et était allé se coucher.

Parce qu'il était lâche.

Il était sans aucun doute intelligent. Très intelligent même mais là, ça dépassait sa compétence. Il voulait Gaara tout en lui reprochant de ne pas être ce qu'il aurait voulu qu'il soit. Son cerveau avait beau tourné à plein régime, refaire ses calculs mais le résultat était toujours le même. Gaara était un mec. Un mec et lui aussi. Pas de gosses, pas de vie publique. Rien d'une vie normale. Galère.

Il attendait que Gaara le plaque parce que lui n'arrivait pas à le faire. Mais maintenant, le roux ne disait plus rien, ne criait plus. Il attendait. Il le regardait rentrer au petit matin et sans un mot, il allait se coucher. Il l'attendait toujours mais il ne savait pas pourquoi. Il n'avait jamais réussi à comprendre totalement Gaara. En journée, son amant prenait toujours soin de lui même s'il savait qu'il ne le méritait pas.

Il ne savait pas pourquoi Gaara continuait à le faire d'ailleurs – encore un mystère. Il était toujours là lorsqu'une affaire requérait un avis externe, l'aidant sans rechigner, toujours présent. Pourtant, les choses avaient imperceptiblement changé. Les yeux turquoise semblaient résignés. Ils faisaient l'amour, un peu, pour lui faire plaisir surtout. Pour se sentir moins coupable, aussi. Il l'aime toujours autant, il le sent. Mais lui ? Le poison dans sa tête lui disait qu'il l'oublierait rapidement s'ils se quittaient. Il lui soufflait à quel point ce serait facile – simple – de refaire sa vie. De reprendre le cours normal des choses.

Ce n'était pas logique que ça puisse fonctionner vraiment… Non ?

o0o0o

Il avait bien réussi dans la vie. Il n'avait pourtant pas fait de grandes études universitaires, lui. Après le lycée et une fois son diplôme en poche, il avait repris le restaurant de ses parents. Il aurait pu rester fixé sur leur succès, la clientèle d'habitués, continuer ainsi et tout se serait bien passé. Mais Chōji avait aussi des projets, des envies. Il en avait discuté longuement avec ses parents et ils lui avaient fait confiance. Ce n'était pas une petite décision à prendre pourtant. Mais ils lui avaient laissé une chance et ses amis aussi l'avaient soutenu même si au fond, c'était surtout pour lui qu'il le faisait. II avait alors vendu le restaurant familial pour en racheter un autre dans le quartier très prisé de Ginza.

Oh, bien sûr, les débuts avaient été difficiles. Se faire une place et un nom avait pris du temps et beaucoup d'énergie mais le jeune homme avait travaillé sans relâche et il savait que son succès actuel n'était pas usurpé. Sa cuisine avait toujours été un refuge. Il savait bien qu'il n'était pas beau ou du moins pas très attirant à cause de son embonpoint tenace qu'il n'avait jamais réussi à éradiquer. Il savait que les femmes ne se retournaient pas sur son passage mais s'il y avait bien une chose dont il était fier, c'était son métier. Sa passion.

Le décor de l'endroit était sobre. Il avait préféré faire simple. De toute façon, la décoration ne l'intéressait pas et puis, l'attention ne devait pas être détournée de son Art. Il se mettait en scène chaque jour : tranchant, coupant, éminçant, émulsionnant ses ingrédients devant les yeux ébahis de ses clients. C'était le seul moment où il se sentait à l'aise et sûr de lui. La cuisine, c'était son domaine. Il le maîtrisait. Il aimait la couleur que pouvait prendre un filet d'anguille dans sa marinade ou la délicate dorure d'une belle grillade cuite à point.

Et lorsque tout était prêt, enfin, c'était un véritable plaisir pour lui d'assembler chaque élément sur l'assiette, de disposer toutes ces chatoyantes couleurs dans un ensemble harmonieusement mis en scène. Il savait aussi que grâce à sa situation, il pourrait trouver un jour une épouse lors d'un mariage arrangé. Il n'attendait rien d'autre dans ce domaine et certainement pas le grand amour. C'est pourquoi il ne comprenait pas l'attitude de son ami Shikamaru qui avait tout pour être heureux mais qui s'acharnait à tout détruire, avec une patience et une méticulosité presque effrayante. En même temps, c'était son meilleur ami, il sentait bien sa souffrance et se sentait impuissant à l'aider. Tout ce qu'il pouvait faire c'était être là et attendre qu'il se confie s'il en avait l'envie.

Il prépara le thé et le déposa devant son ami avant d'aller servir les demoiselles qui continuaient de lancer des œillades appuyées à celui-ci sans daigner lui accorder une once d'attention. Ça ne le blessait plus à force. Il avait l'habitude. De toute façon, depuis… Il soupira brièvement. Ce n'était pas le moment de penser à ça. Il surprit le regard ennuyé de Shikamaru l'espace d'un instant et il vit bien que celui-ci avait remarqué son attitude. Ils n'en avaient jamais parlé mais Shikamaru savait qu'il souffrait encore de sa rupture avec Hitomi.

Il avait rencontré la jeune femme il y a trois ans de cela. Elle était serveuse dans un restaurant où Chōji avait dégotté un stage pour se préparer au lancement de sa propre affaire. Il n'avait que peu de compétence en terme de gestion et un ami de ses parents lui avait proposé de le prendre en tant qu'apprenti pour lui enseigner ce qu'il devait savoir. Il en était instantanément tombé amoureux.

Il n'avait pas fait la moindre tentative d'approche bien sûr. Hitomi était si jolie. Ses longs cheveux bruns entouraient un visage en forme de cœur et de grand yeux sombres à moitié voilés par une petite frange mutine. Il se sentait si gauche en comparaison d'elle. Et puis, un jour, elle l'avait approché et avait commencé à lui parlé. Il avait crû être aux anges. Ils avaient fini par sortir ensemble. Il était si heureux à cette époque là et même s'il ne comprenait pas comment elle pouvait être attiré par lui, il ne s'était pas posé de questions sur sa bonne fortune.

Il la couvrait de cadeaux auxquels elle répondait pas un sourire timide. Il l'emmenait au restaurant, lui offrait tout ce qu'elle voulait pour peu qu'elle en manifesta le moindre désir. Il l'aimait tellement. Elle disait qu'elle le trouvait charmant, drôle et fort. Qu'elle se sentait bien avec lui. Elle mentait. Bien sûr, on avait essayé de le mettre en garde mais il n'avait rien voulu voir. Ceux qui avaient insisté avaient vite été rembarrés. Même Shikamaru n'avait pas réussi à lui faire ouvrir les yeux.

Elle était la première avec qui il avait fait l'amour. Il avait vingt deux ans. Elle ne s'était pas moquée et avait trouvé « adorable » de pouvoir être la première. Elle n'avait pas trouvé son physique repoussant et il avait crû passé la plus belle nuit de sa vie. Après, il avait décidé de demander sa main. Il lui avait acheté une bague. Magnifique, très chère. Une bague qui soit à la hauteur de ses sentiments. Il était sorti plus tôt de son travail. Il venait juste d'ouvrir son restaurant et ne comptait pas ses heures mais elle avait toujours été très tolérante car elle lui disait que si c'était important pour lui alors ça l'était pour elle. Comme toujours, il l'avait crû.

Il était entré dans le petit appartement où elle vivait. Elle lui avait donné la clef pour qu'il puisse venir la retrouver quand il serait libre. Elle n'était pas seule. Il ne l'avait surpris pas dans sa chambre. Non. Elle était dans le salon, avec un homme et le contenu de leur conversation continuait encore de le hanter :

- Alors, tu penses qu'il va bientôt te demander de l'épouser ? Avait dit une voix nasillarde.

- Oui, ça ne devrait plus tarder maintenant. Tout est prêt ? Répondit une voix si froide qu'il crût un instant qu'il se trompait sur l'identité de sa propriétaire.

- Oui, Hitomi-chan. Et une fois que tu seras mariée, on se débarrassera de ce gros balourd et tu pourras légalement tout revendre et on se tirera loin d'ici, susurra l'homme.

- J'ai hâte, si tu savais ! Minauda la jeune femme. Devoir me le coltiner tous les jours, je crois que je vais plus tenir.

- Tu seras bientôt vengée ma princesse et on lui fera payer d'avoir oser poser ces grosses pattes sur toi, marmonna l'homme.

- Encore si c'était un bon coup ou s'il était beau, ça passerait mais sérieux, là…Il y a intérêt à ce que tu me récompenses bien cette fois.

- C'est vrai que tu n'es pas gâté mais bon, avoue que c'est quand même plus facile d'embobiner un gros idiot comme ça qu'un apollon.

- Oui, c'est vrai qu'il est aveugle comme une taupe au fond de son trou. Comme si une femme normalement constituée pouvait vraiment tomber amoureuse de ce gros tas.

Les mots avaient fait mal. Il n'avait rien entendu de plus. Il était parti sans un bruit, le cœur au bord des lèvres. Il avait rompu avec Hitomi. Il lui avait dit l'avoir démasqué. Elle n'avait rien nié, n'avait montré aucun remord ni présentée aucune excuse. Elle était juste… partie. Il s'était plongé dans le travail comme jamais auparavant. Le succès avait été au rendez-vous rapidement, probablement grâce à son investissement personnel mais cela lui avait laissé un goût amer. Il ne voulait plus faire confiance, plus jamais.

Un mariage arrangé suffirait.

o0o0o

- Itachi ? Itachi-san ? Est-ce que ça va aller ?

Non, ça n'allait pas. Et apparemment, ça n'irait pas mieux non plus.

Il sortit lentement du cabinet médical où la jeune femme l'avait reçu sans tenir compte de son inquiétude ou de ses excuses pour ce qu'elle lui avait annoncé. Il avait pris congé sans vraiment y prêter attention. Il se sentait dans un état second, étranger à lui-même. Lorsqu'il avait demandé un rendez-vous à la jeune femme, hormis le fait de demander une discrétion absolue à propos de sa visite, il ne s'attendait pas à quelque chose comme ça. Oui, c'est vrai qu'il était fatigué en ce moment et que sa vue avait soudainement baissé.

Mais ça pouvait arriver, non ?

Il avait pris ça avec flegme et un relatif optimisme. La jeune femme lui donnerait des médicaments ou un traitement quelconque et puis, tout irait bien. Tout serait rapidement fini. Fin de l'histoire. Il marcha silencieusement jusqu'à un banc où deux jeunes se bécotaient frénétiquement, sous l'œil plus que réprobateurs ou outragés des passants mais c'est à peine s'il les remarqua. Il fallait juste qu'il… s'arrête.

Juste un moment.

Il sentit les larmes monter mais il était hors de question de les laisser sortir. C'était tellement… injuste. Il avait enfin une vie qui le satisfaisait, rien ne pouvait aller mieux pour lui et comme tout allait si bien, il se disait que rien ne pouvait arriver mais il se trompait. Il avait travaillé si dur pour avoir la vie dont il avait rêvé, pour réaliser tous ses projets et maintenant... Il hésitait entre hurler de rage ou de désespoir.

Laissant tomber sa tête entre ses mains, il se remémora le parcours de ces dernières années, tout ce qu'il avait accompli pour y parvenir, tout les risques qu'il avait pris et tout les doutes qu'il avait dû surmonter pour accomplir son but. Ça avait commencé quand il avait finalement quitté son poste à l'Université pour se consacrer à ce qui le passionnait vraiment : l'Art.

Ça avait été difficile et ardu.

Il avait pris des cours. A l'époque, il avait craint de ne pas être sur la bonne voie en voyant tout ces jeunes talents suivre le même chemin que lui. Il s'était senti décalé, comme s'il était trop tard pour lui, qu'il était trop vieux pour y croire encore. Kakashi l'avait encouragé à poursuivre, arguant qu'il avait autant de droit qu'eux dans ce cursus et qu'il ne faisait que "rattraper un retard". Venant du pire retardataire que la terre ait jamais portée, ça avait fait sourire Itachi et l'avait motivé à se donner à fond.

Il avait réussi haut la main.

Ses professeurs lui avait montré un soutien inespéré, le laissant toucher à des composantes traditionnelles de l'art revisitées, conceptualisées et lui permettant de développer son propre style. Il avait choisi de s'orienter vers l'aménagement et la décoration d'intérieur et petit à petit, son projet s'était fait plus clair, plus précis.

Une fois son diplôme de Geidai[2] réussi avec succès, il avait lancé son affaire. Il avait choisi de s'orienter sur une clientèle à la fois grand public et huppée. Un choix audacieux et a priori incompatible mais il avait décidé qu'il voulait faire partager ses créations au plus grand nombre allant de ceux ayant un budget forcément limité à des personnes lui permettant d'utiliser ses compétences sur une perspective plus large . L'un et l'autre représentaient un défi de taille.

Avec les premiers, il devait modeler un espace souvent restreint tout en valorisant la qualité de vie, insufflant couleur, design et créations personnelles dans un agencement chaque fois minutieusement mesuré. Avec les seconds, il fallait faire preuve d'originalité mais aussi de pragmatisme et de traditionalisme, chose difficile à augurer et à figurer. Ainsi, il avait réussi à faire admettre une monstrueuse décoration murale dans la pompeuse salle de réception d'une illustre famille aux conservatisme promptement affichée ce qui était un tour de force jamais réalisé auparavant.

La modernité de l'ensemble, qui aurait pu jurer avec le décor austère était subtilement compensé par la douceur des multiples compositions la parcourant, chacune faisant l'objet de jeux d'eau, de plantes et fleurs insufflant un esprit propre à l'Ikebana dans une harmonie étrangement bien intégrée. Il en avait été particulièrement fier.

Le bouche à oreille avait néanmoins été long à se mettre en place, le monde de la décoration d'intérieur était un petit cercle fermé mais heureusement pour lui, l'argent des Uchiha lui permit de traverser cette période creuse de façon honorable jusqu'à ce que sa réputation soit établie même si son passé n'avait pas tardé à remettre en cause ce succès naissant.

Kakashi l'avait poussé à se défendre et avait même insisté pour venir avec lui devant la presse avec le concours de Sasuke, n'hésitant pas à exposer leur intimité au sus de tous pour montrer qu'ils n'avaient rien à cacher. Après cela, le redémarrage avait été difficile mais finalement, on leur avait fichu la paix et les détracteurs s'étaient intéressé à d'autres sujets plus croustillants.

Kakashi.

Son amant, son ami, son soutien.

Il avait choisi il y a près d'un an de quitter également son poste à l'Université pour travailler avec lui, s'occupant de la gestion des rendez-vous, de la promotion de la petite entreprise, de discuter des devis avec les fournisseurs, de traiter les retards de livraison, les problèmes techniques… Il y avait aussi son nouveau projet de développer un site Internet pour étendre leur marché hors de Tokyo et même, à en croire Kakachi, dans le monde entier.

Son enthousiasme était impressionnant.

Et maintenant ? Qu'était-il censé faire ? Dire ? Oh, bien sûr Sakura lui avait proposé un solution, un traitement expérimental qu'elle avait développé mais il avait bien compris à son regard qui n'osait pas croiser le sien à ce moment-là que l'espoir était mince. Neuropathie Optique Héréditaire de Leber[3] comme ça s'appelait. Il allait devenir aveugle.

Infirme. Impotent.

Rien que cette pensée était insupportable. Il ne pourrait plus tenir un pinceau, voir et visualiser ses projets. Tout ce pour quoi il avait si ardemment travaillé. Juste quand enfin il se sentait bien, en paix. Mais pire que tout… Bientôt, il ne pourrait plus tracer des yeux le visage de Kakashi ou encore réussir à surprendre un sourire à son petit frère quand celui-ci pensait qu'il ne le regardait pas.

Itachi avait toujours été une personne pragmatique. Il se releva du banc et entreprit de marcher jusqu'à la prochaine station de métro afin de rentrer chez lui. En chemin, il prit sa décision. Il allait profiter de tout et de tous ceux qu'il aimait et voir si Sakura pouvait effectivement lui venir en aide. L'espoir était faible mais tant qu'une parcelle de lumière traverserait encore la nuit qui s'installait alors il ferait comme si de rien n'était.

Il allait graver les traits délicats de son amant dans sa mémoire et jouir de la présence de sa famille autour de lui comme si demain était le dernier jour. Parce que ça pourrait l'être. Il allait mettre de l'ordre dans ses affaires et se préparer au pire pour que Kakashi ne manque de rien. Il connaissait suffisamment la loi pour savoir comment la contourner et léguer ses avoirs à Kakashi et Sasuke.

Il ne deviendra pas un fardeau.

Il réfléchit à la manière. Au moment. A ce qu'il laissera derrière lui. Il pense à la lettre qu'il déposera. Aux mots qu'il choisira. Ceux pour Sasuke et ceux pour Kakashi. Il planifie et ça le rassure car cela lui donne un moyen de ne pas sombrer totalement. Il ne compte pas leur en parler. C'est lâche bien sûr.

Mais il ne veut pas de leur pitié.

Il le soutiendrait bien entendu, lui apporterait réconfort et soutien et il n'aurait pas d'autre choix que de les suivre et de se reposer entre leurs mains. Mais il ne veut pas de ça. Il ne craint pas la mort. Il a toujours considéré qu'il était en sursis de toute façon. Depuis ce soir tragique où il a pris la vie, il attendait qu'on lui réclame la sienne.

L'heure est sans doute venue de payer sa dette.

o0o0o

- Je pense qu'on devrait essayer l'approche allotopique pour l'administration du gène ND4 tel que ça a déjà été testé, non ? Demanda avec espoir la jeune femme en relevant la tête de son microscope.

- Tu prévois d'utiliser la thérapie génique pour les transports d'ARN dans le remplacement des protéines anormales à l'intérieur de la mitochondrie, c'est bien ça ? Répondit gravement son équipier.

- Ça a déjà marché alors pourquoi pas, reprit la demoiselle avec espoir.

- Certes mais seulement sur des protocoles expérimentaux et uniquement sur des animaux de laboratoire. Nous sommes encore loin du stade humain, rappela l'autre calmement.

- Mais on ne peut pas ne rien faire ! S'écria sa collègue, au bord de la crise de nerf.

Le silence lui répondit avant qu'elle ne se rende compte de son emportement sans fondement à l'encontre du jeune homme qui n'avait rien répondu. Elle se tourna vers lui, forçant un sourire :

- Excuse-moi, je te hurle dessus alors que tu n'y ais pour rien et tu es sans doute le plus sage de nous deux mais c'est juste…

- Tu n'as pas à faire semblant.

- Hum ? Questionnèrent les yeux d'émeraude.

- Ne souris pas si tu n'en as pas envie. Hurle si tu en as besoin.

Un vrai sourire naquit sur le visage de Sakura et elle ne put se retenir de venir étreindre le jeune homme.

- Merci Shino.

Se sentant un peu gênée par cette soudaine proximité, elle se recula mais avant qu'elle puisse s'excuser, celui-ci la devança :

- Je pense que je peux obtenir rapidement une agrégation pour les tests finaux sur cobayes humains avec ce que nous avons déjà comme bilan. C'est suffisamment solide à mon sens pour faire valoir un passage au stade supérieur de ton équipe si ton directeur de laboratoire est prêt à te soutenir.

- Tu crois vraiment ? Ce serait génial mais ça ne va pas t'attirer des ennuis ?

- Non. Ma famille a de solides appuis au Ministère de la Santé. Je ne parlerais pas de passe-droit mais d'influence… Enfin, tu iras plus vite que par la voie traditionnelle.

- T'es vraiment un ami en or, tu le sais ça ? Demanda doucement la jeune femme.

Embarrassé, il ne répondit rien et retourna à l'examen fascinant de son hexapode préféré du moment, le Eristalinus taeniop. C'est vrai qu'il ferait n'importe quoi pour faire sourire la jeune femme et même si ça signifiait se mettre en quatre pour lui permettre de tenter quelque chose pour qu'Itachi ne devienne pas aveugle, même si ça avait peu de chances de réussir, il était heureux de pouvoir le faire.

Parce qu'il était amoureux.

Il la connaissait depuis longtemps pourtant. Ils étaient déjà ensemble à l'école primaire. A l'époque déjà, elle était différente. Elle ne se moquait pas de lui et de sa passion immodérée pour les insectes. Pas qu'elle lui accorda non plus beaucoup d'attention, occupée à battre des cils pour Sasuke mais au moins, elle lui fichait la paix. Il se rappelait même d'une fois où des garçons lui avait pris son classeur dans lequel il avait passé des heures à répertorier toutes les espèces communes d'insectes vivant à proximité.

Elle était passé à côté de lui et, tandis que les autres passaient leur chemin, elle s'était arrêtée pour lui donner un coup de main. Il l'avait remercier et elle était partie. Elle avait oubliée après. Pas lui. Il l'avait observé grandir, mûrir, devenir une belle jeune femme. Après le lycée, ils s'étaient un peu perdu de vue et après la fin de leurs études, il était parti pour suivre un stage de perfectionnement sur les impacts écologiques et médicaux de la disparition des insectes au niveau international pendant deux ans.

En fait, il l'avait de nouveau retrouvé grâce à Lee avec qui il avait gardé contact. En revenant, celui-ci lui avait proposé de loger avec lui, dans l'ancien dojo que Maître Gai lui avait transmis, l'homme ayant choisi de se retirer à la campagne pour faire valoir « l'automne de sa jeunesse » auprès d'une jeune veuve de sa connaissance, Kurenai.

Il avait accepté même si la compagnie de Lee, toujours aussi exubérant aurait pu sembler difficile à endurer pour qui que ce soit mais Shino avait appris comment vivre avec. Quand on a survécu à la piqûre d'une compagnie de Vespa Velutina, on peut tout supporter. Et puis, le jeune homme avait beaucoup à faire dans la journée avec ses jeunes apprentis afin de leur transmettre le « flambeau ardent qui brûle dans le printemps de chaque jeune esprit ».

De fait, le soir venu, il était plus calme –autant que cet adjectif puisse s'appliquer bien sûr à une personne aussi « enthousiaste » telle que Lee – pour venir troubler son besoin de quiétude. Pas assez néanmoins pour l'empêcher de venir dans sa chambre pour tenter de le convaincre de participer à une soirée pour… Comment disait-il déjà ?

Explorer la délicate fraîcheur des fleurs tōkyōïtes…

En tout cas, cela lui avait permis de retrouver ses anciens camarades de classe. Et Sakura. Il avait passé une soirée très agréable après qu'elle eut lancée la conversation sur leurs travaux respectifs et après cela, elle l'avait invité à partager son laboratoire pour mettre en commun leurs savoirs. Son directeur n'y avait pas vu d'inconvénient vu que la prochaine étude de Shino portait sur les expérimentations des propriétés de l'ARN des insecte sur les déficiences génétiques pathologiques notamment en vu de contrer les résistances intempestives aux traitements dits classiques.

Et ils faisaient vraiment du bon travail. L'équipe de Sakura, sous la houlette de son propre directeur de tutelle et lui avait vraiment accueilli sa présence et ses suggestions sans le considérer comme une pièce rapportée et le fait qu'il soit entomologiste à la base et non pas médecin n'entamait pas leur considération ce qui avait beaucoup contribué à le détendre.

Sakura l'y avait beaucoup aidé.

En effet, il avait toujours été timide et renfermé, ne sachant pas vraiment comment communiquer en dehors de sa passion pour l'entomologie. S'il n'y avait pas eu Lee et ensuite les autres camarades qui s'étaient ajoutés au fur et à mesure du temps, il n'aurait probablement pas eu d'amis. Il ne savait jamais quoi dire ou comment se comporter en société.

C'est aussi pour cela qu'il se sentait à l'aise avec Sakura. Ils avaient commencé par parler travail et elle était aussi fascinée que lui par son métier. Ça lui avait permis de se détendre un peu et après, ils avaient fini par aborder d'autres sujets lors de leurs pauses : lectures, cinémas, musique… De fait, elle l'incluait naturellement dans les conversations lorsqu'il rejoignait leur groupe.

Et ce fut une drôle d'expérience pour lui de parler de ce qu'il croyait être sans intérêt pour les autres : ses goûts. Bien entendu, il savait qu'elle était mariée et jamais il n'aurait fait le premier pas ou tenter quoique ce soit. Il s'était rendu compte qu'il était amoureux mais jamais il n'avait même envisager de faire quelque chose.

Il avait des principes quand même.

Et puis, il ne se sentait tout simplement pas à la hauteur. Sakura était une femme drôle, intelligente, intéressante. Belle et gracieuse. Et lui… Il se trouvait laid. Son adolescence, marquée par une absence complète d'intérêt de la gente féminine pour sa personne lui avait laissé un goût amer. Il avait eu une croissance tardive et les moqueries à la piscine et dans les vestiaires l'avaient poussé à cacher au maximum son corps.

Encore aujourd'hui, il portait des vêtements informes et les plus discrets possibles pour éviter de se faire remarquer. Quant aux lunettes, il les portait depuis longtemps à cause d'une intolérance à la lumière dans son enfance qui ne l'avait pas dissuadé, une fois disparue, de les conserver sur son nez afin de dissimuler ses yeux.

Il détestait son regard. Il avait eu peu de petites amies mais l'une d'entre elles lui avait fait une réflexion sur ses yeux un jour qui lui avait ôté à jamais l'envie de retirer ses verres colorés. Que ce soit le même jour que leur rupture n'avait pas compté. Il les trouvait trop clairs, trop brillants voire presque globuleux. Il avait presque paniqué le jour où Sakura lui avait demandé à les voir.

Il avait refusé et il lui avait été reconnaissant de ne pas avoir insisté.

Mais depuis quelques temps, la jeune femme s'était rapproché de lui. Elle restait plus tard pour travailler avec lui au laboratoire et sans qu'il ne lui demande rien, elle s'était confié. Par bribes au début. Puis, peu à peu, elle avait parlé de son mariage, de ses déceptions et de ses espoirs aussi. Elle avait pleuré sur son épaule aussi.

Oh, il en se faisait pas de faux-espoirs. Aucunement.

Il se contentait d'être présent, d'être son ami. Ça lui suffisait. Il ne disait pas qu'elle avait raison, tort ou Kankurô non plus. Il estimait que ça ne le regardait pas même s'il était content de pourvoir la réconforter. Et il espèrait sincèrement qu'elle allait se réconcilier avec son mari. Il voyait les choses avec une logique un peu désabusée.

Sakura lui avait permis de prendre confiance en lui, il le savait. Et il osait, un peu plus, aller vers les autres. Peut-être qu'il demanderait même à sa jeune voisine d'aller manger une glace avec lui, un jour. Elle était célibataire d'après ce qu'elle avait laissé entendre et plutôt jolie. Oui, c'était un bon projet. C'est pour cela qu'il fut complètement désappointé ce soir-là.

Quand Sakura l'embrassa.

o0o0o


Toutes les petites filles ont un rêve. Peu d'entres elles le réalisent. Elle, elle avait voulu rencontrer un beau chevalier comme dans les contes de fée, qui l'emmènerait loin sur son destroyer et la traiterait comme une princesse. Elle avait rencontré son prince, il l'avait épousé et donné de beaux enfants.

Mais la vie est loin d'être un conte pour enfant.

Elle y avait vraiment crû pourtant quand elle avait épousé Neji. En rentrant de son voyage autour du monde, elle avait été très déçue. Elle ne s'était absentée que quelques mois en fait, rapidement lassée. Ses parents lui avaient offerts de régler toutes ses dépenses pour qu'elle loge dans des hôtels « corrects » au lieu de risquer sa vie en sac à dos comme elle voulait le faire au départ.

Elle avait voyagé en Russie, en Norvège, en Australie, en France et jusqu'au Pérou… à peu près partout. Elle avait trouvé ça amusant mais pas vraiment passionnant. Elle était rentrée à la maison sans trop savoir quoi faire. Elle aurait pu reprendre des études à ce moment-là mais après près de plusieurs mois d'oisiveté, l'envie ne l'avait pas franchement tenaillée.

Elle avait retrouvé Neji lors d'une soirée organisée par ses parents pour un quelconque gala de bienfaisance. Elle l'avait dragué de façon éhontée mais il n'avait pas semblé réceptif à ses avances. Mais le lendemain, il l'avait appelé parce qu'il avait besoin d'une cavalière pour la soirée officielle d'intronisation de l'héritière Hyuuga en tant que co-directrice des entreprises Hyuuga.

Il avait été charmant et parfaitement poli mais sans plus et elle avait été déçue. Elle avait décidé de le séduire. Quelqu'en soit le prix. Mais il était reparti peu après. Elle avait alors appris qu'il n'était revenu au Japon que pour les vacances de printemps avant de retourner à la Stanford Graduate School of Business au Etats-Unis.

Sur un coup de tête, elle avait pris le premier avion pour le rejoindre. Mais une fois sur place, elle n'eut pas d'autre choix pour justifier sa présence à ses parents que l'idée de s'inscrire à la Stanford School of Education. Elle inventa un mensonge convaincant sur l'exemple qu'avait représenté pour elle le jeune Hyuuga et sa détermination à reprendre ses études.

Ses parents la crurent sans difficulté.

Ils la laissèrent s'inscrire et demandèrent même de l'aide à Neji pou qu'il lui serve de guide, étant sa seule connaissance sur place. Ce dernier haussa un peu les sourcils mais accepta. Elle se fichait complètement de ses cours mais faisait quand même un minimum d'effort pour se maintenir à niveau et éviter le rapatriement au Japon.

Elle avait finalement réussi à le convaincre de sortir avec elle après plusieurs mois et lui avait proposé de l'épouser quelques temps après, dès qu'ils auraient tout les deux finis leurs études. Il fut particulièrement respectueux et malgré son envie et ses nombreuses invitations, ils ne furent intimes qu'après leur mariage.

Ce fut un jour de rêve pour elle.

Après leur retour définitif au pays, elle avait choisi de devenir une bonne femme pour son époux. Elle avait engagé toute une batterie de domestique pour s'occuper de son foyer qu'elle prit soin de décorer elle-même à la mode occidentale pendant que Neji allait au travail. Après plusieurs mois, elle tomba enceinte et ce fut à ce moment là que son rêve commença à se fissurer.

Lorsqu'elle en avait eu la confirmation, elle s'était précipitée pour le lui annoncer, toute à sa joie de lui donner un enfant pour sceller leur union. Il avait été heureux, visiblement et il l'avait embrassé sur le front mais c'était loin de ce qu'elle attendait. Il fut pourtant très attentif pendant sa grossesse, et la suivante également.

Il prenait soin d'elle, était concerné par ses besoins. Le mari idéal que toutes ses amies lui enviaient. Il avait fait fortune seul en s'occupant de l'affaire de Sasuke, laissant le privilège de la gestion de l'empire Hyuuga à sa cousine mais restant proche de sa famille pour l'aider en cas de besoin. Oui, le mari idéal.

Mais il ne l'aimait pas.

Elle se remit en question d'abord. Peut-être que sa vie de femme au foyer ne lui convenait pas, que Neji attendait autre chose d'elle ? Elle engagea une nurse pour ses enfants et reprit une vie active. Neji l'encouragea à développer ses propres projets, s'y intéressant et discutant avec elle gentiment. Mais sans sentiments.

Comme lorsqu'ils faisaient l'amour.

Il prenait toujours son temps et elle ne pouvait pas se plaindre qu'il soit un mauvais amant mais son toucher ne ressemblait en rien à ceux d'un amant passionné. Elle se demanda alors si elle était toujours désirable après ses deux grossesses et elle se remit au régime et au sport mais s'il la complimenta sur sa silhouette, cela ne changea rien.

Il n'était pas amoureux d'elle.

Elle avait eut l'impression de sombrer et de désespérer. Elle voulait comprendre. Elle voulait savoir pourquoi il ne l'aimait pas. Elle avait tout fait, tout tenter pour ça, alors pourquoi ? La réponse lui parvint un jour, sans qu'elle s'y attende et de la manière la plus banale. C'était sous ses yeux depuis longtemps déjà mais il avait suffit d'un regard pour qu'elle le voit enfin. C'était tellement évident qu'elle en eut la nausée.

Ce jour là... Elle se mit à le haïr pour cela.

o0o0o

Il sait que Shikamaru le trompe. Il l'avait su dès la première fois. Il lui avait mis son poing dans la tronche pour se soulager. Aussitôt, il l'avait regretté. Shikamaru avait saigné et lui avait demandé pardon. Il avait laissé passer. Mais ça ne s'était pas arrêté. Il avait commencé à s'absenter de plus en plus souvent et il avait fini par arrêter de hurler, arrêter de crier. Parce que ça n'avait rien changé. Shikamaru lui demandait toujours pardon et il finissait toujours par le faire, comme le con qu'il est.

Parce qu'il l'aime ce bâtard.

Il a peur de le perdre. Shikamaru est un enfoiré, un salaud infidèle mais c'est le sien tant qu'il continuerait à franchir la porte de leur appartement. C'est pour ça qu'il veille, qu'il attend de le voir rentrer dans ses vêtements froissés fleurant le sexe et la duplicité. Tant qu'il rentre alors ce n'est pas fini.

Putain, il se trouve pathétique.

Il ne sait pas comment il peut encore l'aimer ce crétin. Pourtant, il l'aime encore et toujours. A en crever. Il s'assure qu'il a emporté de quoi manger, que ses chemises sont repassées , ses affaires préparées et qu'il ne va pas choisir les premiers habits qu'il va trouver dans la penderie. Il fait en sorte d'être présent et d'écouter son amant quand il plaide une affaire difficile ou qu'il est stressé.

Il a parfois l'impression de jouer les nurses.

Pour cet imbécile. Qui ne s'en rend même pas compte probablement. Qui s'en désintéresse, sûrement. Non, il n'est pas fataliste ou négatif, il sait comment fonctionne Shikamaru, c'est tout. Son amant pense à beaucoup de choses, il est capable d'agencer des éléments infimes ensemble pour parvenir à un conclusion juste et argumentée à un vitesse stupéfiante mais dès qu'il s'agit de la vie quotidienne, c'est une quiche.

C'est Gaara qui veille à payer les factures en temps et en heure, à faire les courses et s'occuper des repas. Il n'en est pas moins occupé lui-même mais il ne dit rien. Shikamaru ne lui demande jamais rien d'ailleurs. Il a renoncé à faire une carrière internationale de violoniste pour lui, refusant de sortir du Japon malgré les cris de son agent.

Parce qu'il a la trouille de retrouver un appartement vide.

Il le sait, il y a longtemps qu'il a regardé la vérité en face. Il n'est que l'ami. Jamais Shikamaru ne l'a présenté autrement, même à ses parents. Qui n'en sont pas aveugles pour autant mais ne disent rien. Acceptent-ils ? Désapprouvent-ils ? Pensent-ils que ce n'est qu'une phase ? Il ne sait pas. Même en privé, les marques de tendresse sont rares. Bon, il n'est pas une gonzesse non plus, il n'attend pas non plus qu'il lui chante la sérénade sous leur balcon mais putain !

C'est trop dur de lui demander de temps en temps comment s'est passée sa journée ?

Il a des fois où il a vraiment envie de le tuer. De le faire souffrir comme il souffre. Mais depuis la première fois, il ne l'a plus jamais frappé. Ce n'est pas l'envie qui lui a manqué mais il ne veut pas que ça tourne comme ça, lui donner une raison de tout faire foirer.

Son défouloir à lui ce sont les bars où il va chercher la bagarre. Il a fini plus d'une fois au poste pour ça. C'est mauvais pour sa réputation mais il s'en fout totalement. Il en a besoin. Naruto est allé le chercher plus d'une fois, le raccompagnant chez lui sans un mot. Il lui a dit, à mots couverts et le blond a voulu aller casser la gueule à « cet-enculé-de-mes-deux-d'abruti-décérébré ».

Il lui a interdit de s'en mêler.

C'est entre lui et l'enfoiré. Il sait que Shikamaru le pousse à bout volontairement et qu'il veut qu'il prenne l'initiative de la rupture mais ça, il en est hors de question. Il veut que Shikamaru assume ce qu'il fait. S'il veut le plaquer, qu'il le fasse et qu'il le lui dise bien en face. Il sait bien ce que le brun cherche à faire et pour un génie, c'est tout sauf subtil.

Il sent que Shikamaru le considère comme un substitut, le « en-attendant-mieux ». Il sait qu'il veut se marier et avoir des gosses et une vie normale. Putain ! Mais c'est quoi une vie normale quand on est aimé ? Il ne lui en parle pas. Shikamaru est peut-être têtu mais lui aussi est borné. Et puis, il espère aussi.

Après tout, pourquoi passer par des moyens si compliqués s'il ne tenait pas un tant soit peu à lui ? C'est vrai qu'il ne lui a jamais dit clairement qu'il l'aimait mais ça ne veut pas dire qu'il ne le pense pas, n'est-ce pas ? Il veut encore y croire parce qu'il ne veut pas imaginer sa vie sans son connard, même si celui-ci se comporte comme un crétin sans cœur.

Putain ! C'est vraiment pitoyable d'en arriver là.

Lui, il n'a jamais cédé à la tentation. On lui en fait des avances pourtant, plus d'une fois même. Mais il les a toujours repoussé. Aucun n'était aussi intelligent, aussi intéressant et brillant que Shikamaru. Aucun ne lui arrivait à la cheville. Il aurait pu tenter de le rendre jaloux mais… Et si ça n'avait pas marché ? Alors, il aurait eu la confirmation que peut-être, pour lui, leur relation ne comptait pas tant que ça. Alors il préfère ne pas savoir et y croire encore.

Putain de monde d'illusions !

Il est un des meilleurs violonistes au monde, il a obtenu son diplôme de Lettres parmi les premiers de sa promotion à la prestigieuse Université de Waseda et le voilà a se faire chier à attendre son futur ex-petit-ami devant son bureau pour lui proposer de rentrer avec lui où les attend un repas commandé chez un grand traiteur.

Il espère seulement ne pas tomber sur son amant au bras d'une autre de ses conquêtes.

Dans ces cas-là, il se contente d'aller dans le premier bar et de se saouler voire de rentrer dans une rixe si possible. Histoire de décompresser. L'immeuble est coquet et bien abrité derrière ses vitrines de verre qui monte jusqu'au ciel. Il se poste dans l'angle près de l'entrée. Shikamaru est l'avocat des affaires de « Comput-us Incorporated ».

C'est Neji qui en est le gérant depuis trois ans maintenant. Depuis que Sasuke lui a laissé les rênes. Ils ont monté l'affaire pendant les études de Sasuke à la fac. Au début, il s'agissait du dépannage de quelques voisins mais avec le bouche à oreille, on avait commencé à demander au jeune homme de créer des programmes de sauvegarde des données, de gestion des intrusions et des logiciels séquentiels virtuels et là, il avait fallu trouver un moyen de répondre à la demande.

Comme à l'époque du club informatique, le trio d'or formé par Neji, Sasuke et Shikamaru avait lancé leur petit business sur le marché. Tous les trois prenaient part à la phase "active" du travail mais chacun avait une spécialité en plus. Neji et Neji se partageaient les commandes de la gestion financière et organisationnelle tandis que Shikamaru s'occupaient de toutes les instances juridiques.

Ça avait rapidement pris de l'essor et il avait fallu embaucher pour faire face et permettre aux trois jeunes hommes de poursuivre leurs études. Un vrai défi. Mais au final, ça avait valu le coup et depuis les grandes firmes faisaient les yeux doux à cette petite entreprise mais ils tenaient à leur indépendance et officiellement, comme apporteur de fonds principal, c'était toujours Sasuke le mandataire social majoritaire.

C'est pour cela d'ailleurs que ce dernier passait régulièrement aux bureaux nouvellement implantés à Shinagawa même si son métier le tenait occupé. Gaara se demandait comment il arrivait encore à se ménager du temps avec Naruto mais apparemment, ils avaient trouvé un compromis. Ce que Shikamaru n'avait pas fait.

Putain de crétin !

Il faillit lâcher un soupir de soulagement en voyant ledit crétin sortir du bâtiment en discutant avec le constipé de service (Sasuke, pour ceux qui ne l'aurait pas reconnu) de façon presque animée – pour Shikamaru s'entend – à tel point que lorsque Gaara s'avança pour les rejoindre, ils ne le virent pas, traversant la rue désertée sans y prêter plus d'attention.

Et sans faire attention à la voiture qui leur fonçait dessus en zigzaguant dangereusement.

Il hurla et courut comme jamais il ne l'avait fait auparavant. Il vit les deux hommes se retourner et se stopper pour constater qu'il leur était impossible d'échapper à la collision. Il eut le temps de voir les yeux écarquillés par un mélange de surprise, peur et confusion dans les yeux de son amant alors qu'il lui sautait dessus pour le pousser violemment hors de portée de la voiture avant de se faire lui-même heurter, sauvant par la même Sasuke, mais ça, franchement, il n'en avait rien à cirer.

La seule chose qui comptait vraiment, c'est qu'il l'avait sauvé.

o0o0o

Il était très tôt ce matin-là quand il rentra pour se reposer. Franchement, il adorait son métier mais parfois, il lui pesait. Il ôta ses vêtements et se glissa avec bonheur sous le jet brûlant de la douche. Fatigué mais serein, il regagna son lit et fut surpris de ne pas y trouver Naruto. La garde de celui-ci était fini depuis longtemps maintenant et il aurait dû être rentré depuis la veille au soir.

Il fut pris d'un mauvais pressentiment.

Il allait décrocher le téléphone pour appeler l'hôpital quand il entendit la porte de la chambre s'ouvrir et une forme se précipiter sur lui. Il faillit la projeter contre le mur avant de se rendre compte que c'était Naruto. Celui-ci s'accrocha à Sasuke et paraissait bouleversé. Il resserra son étreinte sur son compagnon, inquiet de le voir dans cet état. Il l'entraîna sur le lit et le laissa se relaxer un peu avant que celui-ci ne réussisse à articuler, entre deux sanglots :

- C'est Kiba. Il est… mort.


Bon, ben…voilà quoi…

Prière de ne pas tuer l'auteur sinon… elle pourra pas écrire la suite (ben oui, faut être logique !). Et sinon..euh… vous en pensez quoi ?

Pour ceux qui seraient déçus de l'apparition fugace de Naruto et Sasuke, on se rassure, ils seront au cœur du prochain chapitre parce que là, ça va vraiment se corser pour eux et même salement mais bon, on commencera doucement… Dans la douleur !

A+, Mariko

Prochain chapitre : Normalement le samedi 22 mai.


[1] Renseignements pris sur chiens de race . com : Caractère et éducation : Ce chien calme, posé et sensible, d'une indépendance féline, peut très jeune rester seul à l'intérieur sans faire de bêtise. Vigilant, il aboie très peu et jamais pour rien. Discret tout en étant dévoué à ses maîtres, il est très affectueux et enjoué. Avec lui, un non doit rester non, pour que ce petit clown facétieux vous écoute ! Il faut doser son autorité sans aucune injustice. Il est fier mais il doit vous trouver respectable.

[2] L'Université des Arts de Tokyo est la plus ancienne et plus prestigieuse école d'art et de musique au Japon.

[3] La neuropathie optique de Leber (ou atrophie optique de Leber) est une maladie héréditaire qui se manifeste par une baisse brutale de la vision et qui survient habituellement chez l'homme jeune. Elle entraîne un mauvais fonctionnement du nerf optique qui transmet les informations de l'œil au cerveau.