Les couvertures froissées… Une lampe brisée sur le sol… Un miroir en éclats dans la salle de bain… Du sang sur l'oreiller…

Munch sent son cœur se serrer dans sa poitrine en regardant la chambre d'hôtel. La voiture de Petersen était garée devant mais personne n'était là. La scientifique ne devrait plus tarder. Il s'accroupit près du lit et se tourna vers Fin pour lui demander :

« - Ne me dis pas qu'il a été assez bête pour remettre ça.

- Peut-être qu'il est passé à l'étape supérieure.

- Le meurtre ?

- C'est à envisager. Il sait qu'on a la fille prête à témoigner contre lui, il a peur d'aller en taule alors il l'embarque, il s'offre un dernier moment de plaisir et il l'emmène pour la faire taire.

- Je veux qu'on mette la main sur cette pourriture ! »

Au central…

Les policiers n'ont pas le droit de rechercher Petersen. Alexandra leur a dit que sans témoin, il resterait un homme libre et qu'ils n'avaient pas le droit de le harceler pour un crime qu'il aurait pu commettre. Le substitut ne demanderait pas mieux qu'aider les inspecteurs dans leurs investigations et surtout arrêter cet homme mais elle est pieds et poings liés. Ils ne comprennent pas qu'elle ne peut pas trouver une parade à chaque fois pour les aider…

Un hôtel… Un homme et une anonyme…

Elle lui demande de ne pas faire ça alors qu'il la fusille du regard. Les joues rouges de la jeune fille sont chaudes, son cœur battant. Elle est comme ces enfants déjà attaqués qui ont peur de se faire mordre à nouveau par un chien, et les chiens sentent cette peur. Sa lèvre saigne et ses yeux ne pleurent pas. Il lui fait peur.



Il a cessé de plaquer ce couteau contre ses côtes comme il le faisait dans le taxi et le hall. Et si elle l'avait laissé la tuer ? Où est John ?

Jenny est dos à la fenêtre alors que son géniteur est collé contre la porte, à quelques mètres d'elle. La distance qui les sépare est trop mince, étouffante ; la fenêtre donne sur la terrasse. Et si elle appelle à l'aide ?

Sa main moite parcourt la vitre froide, sa respiration s'accélère. Il fait craquer ses doigts, il fait toujours ça avant l'acte. Il n'a plus l'air si malfaisant quand il a fait craquer ses doigts. Elle demande pourquoi il fait ça, incapable de hurler, et il avance à pas lents en répondant :

« - Mais tu es ma fille, je te montre que je t'aime.

- Si… si tu m'aimes, ne fais pas ça.

- Un père doit montrer à ses enfants qu'il les aimera, toujours. »

Elle se sent prête et laisse échapper un cri. Dans un bond, James la rejoint et l'attrape à la gorge. Il appelle ça l'amour. Il la plaque à la vitre, sans aucune fissure. Le lit est dangereusement prêt. Les yeux exorbités de la petite brunette scrutent les environs alors que sa bouche ouverte cherche l'air. Il la jette sur le lit, elle roule et tombe au sol. Il vient se coller à elle. Le poids de l'homme contre son corps, son odeur dans ses narines et les mains contre son menton, ses doigts qui s'enfoncent douloureusement dans ses joues pour qu'il puisse l'embrasser.

Elle doit crier et il la frappe violemment avant de lui faire remarquer, excité, qu'elle n'est pas sage mais qu'il va lui montrer comment un papa aime ses enfants. Il a la main sur sa bouche, elle voudrait qu'il l'étouffe mais au lieu de ça, elle se sent contre elle. Elle se crispe et se défend mais il la frappe. Chaque coup lui donne davantage d'espoir de perdre connaissance même si elle perd ses forces au fur et à mesure du duel. Ça y est, il s'immisce en elle.



Elle connait déjà la sensation de sentir cet homme, son sexe, faisant des allers-retours desquels il profite seul. Elle connait déjà la douleur de le sentir donner des à-coups contre elle, l'odeur de sa sueur, la fréquence de ses gémissements quand il jouit.

Il tient à l'embrasser régulièrement malgré ses mouvements frénétiques de la tête. Il est en pleine action quand la porte s'ouvre. James ne se dégage pas et braille qu'il avait demandé à ne pas être dérangé. Une voix glaciale annonce que c'est la police et John vient loger son pied contre les côtes de l'homme avant de l'attraper par le cou pour le balancer en arrière. L'homme recule pendant que John s'approche de Jenny pour lui dire qu'il est là. Fin entre et James sort son couteau.

La jeune femme serre la main de l'inspecteur Munch en regardant le second sortir son arme. Elle se met alors à crier :

« - Papa ! Au secours ! »

L'homme, perdu, regarde sa file avant de faire un pas vers Odafin qui le défend d'approcher avec son arme et lui commande de la jeter. L'homme ne quitte pas la jeune femme du regard alors qu'elle se cramponne à John. Quand il fait un pas décidé vers les deux, Fin lui tire une balle dans le genou qui projette du sang contre les murs et le sol. Odafin lui enlève le couteau de la main alors que John demande une ambulance par téléphone. Quand il a raccroché, il pose son regard sur la victime et demande :

« - Mais pourquoi vous avez dit ça Jenny ?

- Je voulais que vous le tuiez. Je voulais qu'il meure.

- Comment est-ce qu'il a su où vous étiez ?

- Je ne voulais que sa mort… Mais il est là » dit-elle en regardant l'homme gémissant de douleur. Elle avait tiré le drap du lit sur elle et avoua d'une petite voix :

« - Je lui ai dit où j'étais. »