Goodwin et Janus

Harry avançait à grands pas en direction du bureau du Premier Auror. Le couloir était encombré par une douzaine d'Aurors prévenus par Ron via les patronus et dix autres devraient arriver bientôt. Il parvint à se frayer un chemin, l'esprit en ébullition, cherchant en vain une raison à ce meurtre, ne comprenant pas pourquoi Janus l'avait fait tuer. C'était incompréhensible, la Confrérie n'avait aucune raison de le tuer pour l'instant. A moins que…

A moins qu'ils prévoient de mettre à la tête du ministère un autre de leurs pions. Ce qui voulait dire que Wentkell n'était pas si blanc que ça. Il faudrait accroitre la surveillance déjà bien serrée. Ils n'avaient pas le choix.

Le Survivant serra les dents. Qu'est-ce qu'ils avaient raté ? Il leur manquait un élément pour comprendre, mais lequel ? Où est-ce qu'ils avaient échoué ?

Lorsque Ron lui avait annoncé la nouvelle, il lui avait demandé de répéter, mais dés qu'il avait entendu le mot « meurtre », il avait pensé « Confrérie de Minuit ». Qui d'autre pouvait avoir intérêt à le tuer en ce moment ? Même si pour l'instant, les conséquences de ce meurtre échappaient à Harry, il était sûr que Janus était derrière tout ça. Serait-ce la fin de la trêve ?

Devaient-ils s'attendre à une attaque prochainement ?

Beaucoup de questions…

… Et comme d'habitude avec la Confrérie, pas de réponse.

A leur arrivée au ministère, ils virent plusieurs Aurors se précipiter au troisième étage. Ron répondit à la question muette de Harry en disant que c'était lui qui les avait prévenus avec les patronus. Il lui dit également pourquoi c'était lui qui avait été le premier informé :
« Goodwin avait fait des listes de gardes avec un nom en tête à prévenir en cas de problème. Ce soir, c'était moi. Lorsque la secrétaire personnelle de Goodwin a découvert le corps, elle m'a aussitôt envoyé un patronus. Moi, j'ai immédiatement prévenu l'équipe de garde plus le légiste. Ensuite, je suis allé chez toi pour te chercher. J'aurais pu t'envoyer un patronus mais ces derniers ne marchent pas dans l'enceinte de Ste Mangouste, et comme je ne savais pas si tu étais rentré… »

Harry opina du chef. Ron avait très bien géré l'affaire et avait réagi rapidement.

Malheureusement, la rapidité était un concept relatif avec les vampires. Et vraisemblablement, si la secrétaire était encore en vie, cela voulait dire que le meurtrier (ou les meurtriers) avait vidé les lieux depuis longtemps.

Peu importe. Il savait à qui s'adresser.

L'important était de savoir pourquoi.

Grimpant les marches quatre à quatre, Harry et Ron arrivèrent à l'étage des Aurors. Ils passèrent les différents bureaux et remontèrent le couloir menant au bureau de Goodwin. Avant le bureau proprement dit, il y avait une autre salle, une sorte d'antichambre, meublée d'un bureau et de casiers débordant de documents. Le secrétariat. En passant rapidement à travers, Harry vit une femme d'une trentaine d'années, toute retournée par ce qu'elle avait vu (connaissant la Confrérie, Harry la comprenait), en train de boire une tasse de café d'une main tremblante. Deux Aurors l'encadraient, plus pour la soutenir que pour l'arrêter. Harry la connaissait, c'était une femme bien, très charmante, rien à voir avec un tueur en puissance. Néanmoins, il devait lui parler. Mais pour l'instant, le plus important, c'était la scène du crime. Après avoir passé un nouveau couloir long de trois mètres environ, ils arrivèrent enfin dans le bureau du Premier Auror.

La scène les figea. Certes, c'était moins théâtral que pour les Vallangher, mais malgré tout, il en y avait une bonne dose. Si quelqu'un doutait encore que la Confrérie était à l'origine de ça, il lui suffisait de regarder le mur au dessus de la cheminée.

Tracés avec des giclées de sang, se trouvaient le cercle, le triangle et le trait.

Le symbole des Reliques de la Mort.

La signature de la Confrérie de Minuit.

Harry balaya des yeux le reste du bureau. Tout était sans dessus-dessous. Les fausses vitres et les vitrines des meubles gisaient en morceaux, le bureau central était renversé et couvert de cendres noires, les animaux empaillés étaient à terre pour la plupart et le mur était percé à deux endroits par des impacts de sortilèges.

Et il y avait la constante de la Confrérie : le sang.

C'était néanmoins différent par rapport à la scène chez les Vallangher. Pour la famille de l'ancien ministre, il y avait du sang à profusion, comme si les vampires s'en étaient gorgés ; ce n'était pas le cas pour Goodwin. Vraisemblablement, cela avait était fait à la va-vite. Les traces de sang sur les murs ressemblaient à des giclées faites, par exemple, avec une lame dégoulinante d'hémoglobine. Ce n'était pas préparé comme le premier meurtre, c'était hâtif, imprécis et maladroit. Curieux pour un vampire. Connaissant Goodwin, Harry était sûr qu'il avait chèrement vendu sa peau.

Malgré tout, il avait eu une mort horrible. Goodwin gisait sous une des fausses fenêtres fracassées, affalé sur le flanc droit. La gorges baillait largement et comme si cela ne suffisait pas, le tueur l'avait ouvert du haut du ventre jusqu'en bas du pubis. Les tripes sortaient un peu du ventre percé. Même Harry, avec près de vingt ans de métier, devait se retenir de vomir.
Un sorcier en blouse verte de médicomage portant le brassard des légistes se tenait accroupis à côté du malheureux. Harry s'approcha, suivit de Ron. Le légiste releva les yeux.

« Il est encore chaud, dit-il, le meurtre remonte à pas longtemps.
- Quelques heures ? hasarda Ron.
- Quelques minutes, vous voulez dire, répondit le légiste, regardez, le sang n'a même pas commencé à coaguler. Si je devais donner une estimation, je dirais qu'il est mort entre 19 heures 40 et 19 heures 50 aujourd'hui.
- Il n'y a pas un quart d'heure, quoi. »

Le meds opina et poussa un soupir en regardant le carnage.

Des pas, derrière eux. Deux Aurors entrèrent. En tête venait Seamus, suivi de Cole.

« Bordel, je suis venu aussi vite que j'ai pu, s'essouffla l'ancien camarade de Ron et Harry, où… » Il vit alors le cadavre et son visage se tordit en un masque de dégoût. « Bordel… »

Cole s'approcha du corps, l'expression indéchiffrable. Il regarda le cadavre un moment avant de se tourner vers le légiste.

« Vous avez fait ce que j'ai dit ?
- Oui, répondit le médicomage, j'ai posé le sceau dès que je suis arrivé. Il ne risque pas de se relever.
- Bien. »

Il se tourna alors vers Harry, Ron et Seamus. Son regard sombre ne semblait nullement perturbé. Harry s'étonna encore de voir une telle maturité chez quelqu'un d'aussi jeune.

« Ils ont frappé fort, ce coup-ci.
- Oui, fit Ron, Merlin sait pourquoi ils l'ont tué.
- La question n'est pas de savoir pourquoi, commença Harry, la question est de savoir pourquoi maintenant. Goodwin était l'un des ceux qui était le plus en danger de mort. Après tout, il dirige la seul faction du ministère capable de leur résister. Non, tôt ou tard, la Confrérie s'en serait prise à lui. Mais pourquoi maintenant ? C'est ça qui me turlupine. Ils sont restés inactifs pendant près d'un mois. Rien n'aurait pu les motiver, les contraindre à faire ça.
- C'est vrai, en apparence, seulement. » Cole se fit songeur. « Il est difficile de prévoir ce que va faire Janus. Mais s'il y a une chose dont je suis sûr, c'est que quelque chose a modifié ses plans. Un évènement imprévu.
- Notre passage dans leur repaire ? hasarda Ron.
- Oui, probablement. Je ne sais pas si c'est en bien pour nous ou pour eux. Quoi que ce fût, ça a abouti à ça. »

Ils restèrent silencieux un moment puis Seamus intervint :

« Il vaut mieux suivre les éléments que l'on a, je pense. Inutile pour le moment de courir après des chimères, pas vrai ?
- Juste, fit Harry, peut-être que le meurtrier a laissé des indices intéressants pour nous. » Il s'approcha du légiste. « Des infos sur le corps ?
- Pas grand-chose, j'en ai peur. Il faudra une autopsie complète mais pour l'instant…
- Dites nous.
- Bien. Il est mort par exsanguination. Les carotides ont vraisemblablement été tranchées nettes, il a dû se vider rapidement. L'éventration était inutile, c'était de la cruauté gratuite. Car d'après ce que je vois, le tueur l'a égorgé avant de l'éventrer.
- Il n'a pas été tué par magie ?
- Non, j'ai fait une détection résiduelle et le seul sort que j'ai trouvé était un Désarmement, rien d'autre. Pas de sortilège de mort.
- Le meurtrier s'est servi de sa baguette pour le désarmer et l'a ensuite tué à coups de couteau ?
- On peut résumer ça comme ça, oui. »

Harry regarda autour de lui. Les murs creusés, les meubles renversés, les empaillés jetés…
Quelque chose faisait tiquer Harry.

« Vous pensez à quoi, Potter ? » demanda Cole.

Harry ne répondit pas tout de suite. Il demanda :

« Vous avez fait une recherche résiduelle sur les cratères ?
- Un Auror l'a faite, oui, répondit le légiste, il a seulement reconnu des Stupéfixs.
- Assez puissants quand même, dit Seamus, pour creuser le mur autant… C'est probablement Goodwin.
- Oui, et ça a dû être assez bruyant… »

Il ne termina pas sa phrase, la laissant en suspens. Cole parut comprendre car lorsque Harry sortit de la pièce en direction du secrétariat, il fut le premier à lui emboiter le pas.

Le petit bureau était presque vide. Il n'y avait que la secrétaire qui se remettait de ses émotions et les deux Aurors qui la gardaient. Harry alla droit vers elle et lui fit un sourire avenant.

« Bonsoir, madame, je m'appelle Harry Potter, j'aurais quelques questions à vous poser.
- Euh, oui… Bien sûr.
- Vous voulez vous asseoir ? (Harry voyait bien l'état de nervosité de la pauvre femme que la vie n'avait pas préparé à voir un cadavre, surtout un comme ça.)
- Non, ça va aller, je suis juste pressée de m'en aller.
- Je comprends, je ne serais pas long. » Harry prit une légère inspiration et commença : « Avez-vous quitté votre bureau dans la soirée ?
- Non, enfin. Mr Goodwin m'avait donné des dossiers importants et je devais les terminer pour demain. Je n'avais absolument pas le temps de faire un tour, je vous l'assure.
- Même pas pour aller aux toilettes, ou vous chercher quelque chose à grignoter ?
- Non, répondit-elle catégorique.
- D'accord, autre question : a-t-il eu de la visite entre 19 heures et 20 heures ?
- Non… J'en suis sûre car il faut passer par moi pour voir le Premier Auror et le dernier à être venu était le démagot (membre du magenmagot, NdA) Henri Ovester vers 18 heures. Après, il n'y a eu personne d'autre. »

Harry se tourna vers Cole, Ron et Seamus et échangea avec l'américain un regard entendu. La secrétaire comprit que quelque chose clochait dans ce qu'elle disait.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- D'après notre légiste, Goodwin serait mort il y a vingt minutes au plus tard. Ce qui signifie que le meurtrier est entré et sorti du bureau dans la même période. »

Elle comprit et son visage blêmit.

« Oh non…
- N'avez-vous vraiment vu personne ?
- Oui, je vous le jure. Absolument personne. »

Harry fit un signe de tête pour calmer la secrétaire apeurée et enchaina sur le doute qui le titillait depuis tout à l'heure.

« Comment avez-vous trouvé le corps ? »

Elle mit un temps pour répondre puis :

« Il y a eu un claquement. Un gros claquement. Ca m'a fait sursauter. Je me suis levée pour aller voir, ça venait du couloir qui précède le bureau de Mr Goodwin. Je suis donc allée voir et j'ai trouvé la porte entrouverte. C'était incongru de la part de Mr Goodwin. Je me suis alors approché, je l'ai appelé, j'ai ouvert en grand la porte, et là… » Elle ferma les yeux et ne termina jamais sa phrase. « Dès que j'ai pu ensuite, j'ai envoyé un patronus comme le protocole l'exigeait. »

Harry la regarda assez étonné.

« C'est vrai ? Ca s'est vraiment passé comme ça ?
- Euh, oui…
- Vous n'avez pas réagi avant ?
- Euh… Non… »

Harry regarda de nouveau les trois Aurors derrière lui et vit la même surprise sur le visage de Ron et Seamus. Eux aussi avaient saisi.

La secrétaire, elle, crut avoir encore fait une bourde.

« Qu'est-ce que j'ai dit ?
- C'est un véritable champ de bataille là-dedans. Des meubles lourds ont été renversés, des sortilèges suffisamment puissants pour faire des trous dans les murs ont été lancés… Et vous n'avez rien entendu ?! »

La secrétaire ne savait plus quoi répondre. Timidement, elle dit :

« Non, enfin, tout était normal, il n'y avait pas de bruit… Je… »

Elle devint rouge comme un coquelicot, troublée au point de plus pouvoir parler.

« Bon, fit Harry, je vous remercie de m'avoir répondu. Vous allez suivre ces deux hommes et vous allez m'écrire tout ce que vous venez de me dire. Non, vous allez me mettre par écrit tout ce que vous avez fait, vu et entendu durant cette dernière heure. Tout, même les détails les plus insignifiants, ça peut nous être utile. Ensuite, vous pourrez rentrer chez vous, d'accord ? »

La secrétaire opina légèrement et suivit les deux Aurors dans un coin plus tranquille du Département. Harry se tourna vers ses équipiers.

« Vous pensez qu'elle ment ? entama Seamus.
- Non, elle est sincère, répondit Harry.
- Tu en es sûr ? insista Seamus.
- Oui, elle est simplement sous le choc.
- Je suis d'accord, fit Cole. Elle ne nous mentait pas.
- Mais comment a fait le tueur pour passer sous ses yeux sans qu'elle le voie ?
- C'est le propre des vampires de passer inaperçu. Je vous l'ai dit, ils peuvent se trouver sous vos yeux sans que vous les voyiez pour autant. »

Il avait beau l'avoir déjà dit, l'idée ne restait pas moins dérangeante. Harry comprit pourquoi la secrétaire avait blêmi lorsque l'idée lui avait traversé l'esprit.

« Dans ce cas, dit Ron, comment a-t-il fait pour être aussi discret ? Par les glandes de Merlin, ils ont dû faire un vacarme monstre en se battant. Il fallait être sourd pour ne pas l'entendre.
- Le vampire a dû jeter un sort pour insonoriser la salle.
- Non, dit Seamus, certaines salles du ministère sont impossibles à ensorceler et le bureau de Goodwin en fait partie.
- Il a dû trouver un autre moyen, je ne sais pas, répliqua l'américain en haussant légèrement les épaules.
- Possible… T'en penses quoi, Harry ? »

Ce dernier ne répondit pas tout de suite. Il avait saisi un truc et il cherchait à savoir si tous les éléments concordaient.

« Il a cherché à être discret pour une bonne raison, » commença-t-il lentement.

Sans attendre, il retourna dans le bureau et s'arrêta au côté de la porte. Comme il l'avait prévu, la serrure était brisée.

« Pourquoi, reprit-il en se tournant vers les trois Aurors, pourquoi le meurtrier a-t-il tué Goodwin et pas sa secrétaire ? C'est vrai, les vampires ne sont pas réputés pour leur indulgence. De plus, pourquoi, alors qu'il était entré discrètement, a-t-il défoncé la porte en sortant ? Pourquoi, selon vous, est-il parti aussi brutalement alors qu'il avait tout fait pour demeurer invisible ? »

Un temps puis :

« C'est simple, il voulait que ça se sache. Il voulait que l'on apprenne ce meurtre rapidement. C'est pour cela que la secrétaire est encore vivante : elle devait nous prévenir. Voilà pourquoi il a défoncé la porte : c'était pour la prévenir elle.
- Dans ce cas, il n'aurait pas dissimulé les bruits du combat.
- Non, car dans ce cas précis, la secrétaire aurait agi trop tôt. Imagine qu'elle débarque en plein combat. Cela aurait tout foutu en l'air. Le vampire aurait été obligé de la tuer pour éviter de nous voir débarquer dans la seconde. C'est pour ça qu'il est resté si discret. Elle ne devait s'en rendre compte qu'une fois le travail achevé.
-Ca n'a pas de sens, dit Cole, tôt ou tard, on l'aurait découvert.
- Oui, justement. Pourquoi alors ? Pourquoi le meurtrier s'est-il acharné pour que l'on découvre le cadavre, ce soir ? Pourquoi ont-ils tout fait pour précipiter les choses ? C'est ça le plus intéressant. »

Harry regarda de nouveau la pièce, l'esprit en ébullition. Pourquoi ? Pourquoi ont-ils voulu que l'on découvre ce carnage ce soir ? Pourquoi ont-ils accéléré les choses ? Que recherche Janus ?

Son regard tomba sur le tas de cendres noircies qui recouvrait le bureau. Il fronça légèrement les sourcils.

« Quelqu'un sait ce que c'était avant ? »

Seamus répondit :

« Pas la moindre idée. Vu la quantité de cendres, il devait y avoir pas mal de documents sur le bureau avant que cet enfoiré fasse tout cramer. Ca risque d'être chaud pour trouver ce que c'était, sans mauvais jeu de mot. »

Hum…

Pourquoi avait-t-il brûlé les documents que Goodwin lisait ? Le meurtrier avait pris le temps de tout détruire, cela voudrait-il dire qu'il y avait là dedans un document compromettant ? Janus essaierait-il de nous lancer sur une fausse piste ? Non, c'est trop incohérent. Le tueur avait joué la carte de la discrétion et de la rapidité, ça n'avait pas pu être fait par seul plaisir, surtout avec la secrétaire à côté. Mais il avait le temps, toutefois, étant donné que la secrétaire n'entendait rien. Néanmoins, ça restait étrange, pourquoi avoir pris le risque de déclencher l'alarme incendie du ministère alors que jusqu'ici, il avait été si méticuleux ? D'autant que c'était inutile, puisque nous n'avons pas l'ombre d'un indice. Il ne peut y avoir qu'une seule réponse : il y avait là dedans un dossier que le tueur ne voulait pas voir entre les mains des Aurors, et dans la précipitation, il avait tout brûlé. Mais avec Janus, on pouvait s'attendre à tout. Enfin, qui ne tente rien…

« Je veux une équipe là-dessus. Il faut reconstituer ces dossiers au plus vite.
- Tu rigoles ?, fit Seamus, abasourdi, même avec une équipe, ce travail sera foutrement long.
- Raison de plus pour commencer de suite. »

Seamus grogna en se frottant les yeux et sortit de la pièce pour former l'équipe de malheureux qui allait se taper ce travail titanesque. Cole et Ron se tournèrent vers Harry.

« A quoi tu penses ? demanda son meilleur ami.
- Je ne sais pas encore. On verra si ça donne quelque chose plus tard.
- Hum… »

Ils restèrent silencieux un moment, regardant les Aurors s'affairer autour d'eux. Ron se frotta le crâne et murmura :

« Vogel nous serait utile en ce moment. Mais comme on ignore où…
- Je me suis déjà mis au travail. »

Les trois Aurors se retournèrent vivement et virent, aussi placide que d'habitude, celui qui avait quasiment disparu de la circulation depuis sa confrontation mentale avec Janus.

Vogel. Pour Harry, la dernière fois qu'il l'avait vu, c'était ce jour d'octobre où il avait réussi à faire un prisonnier. L'interrogatoire ne s'était pas passé comme prévu et Vogel en était sortit changé. Le lendemain, il avait quitté le ministère et n'y était revenu que sporadiquement. Entretemps, il était impossible de savoir où il était allé et ce n'était pas Vogel qui allait leur répondre. Aucune importance, en fait. L'important pour le moment était qu'il était là, avec son don si précieux. Toutefois, malgré son apparence inchangée, il semblait différent. Quelque chose avait changé. Harry le regarda, Vogel le regarda à son tour, et dans son regard de métal, Harry vit une lueur qu'il n'avait encore jamais vue.

Serait-ce… de la méfiance ?

« Vogel, dit Ron avec un sourire, content de te savoir revenu. Tu t'es mis au travail, donc, tu as trouvé quoi ? »

Les yeux gris passèrent de Ron à Cole en s'arrêtant brièvement sur Harry. Puis il commença de son habituelle voix calme :

« J'ai accompli une séance de Voyage Astral il y a quelques minutes. Je ne suis au ministère que depuis peu, et j'ai comme… senti la douleur et la mort. Je n'ai pas cherché à comprendre et je me suis aussitôt focalisé sur l'impression. J'ai alors vu le passé. J'ai vu la mort de Goodwin.
- Tu as appris quelque chose d'intéressant ? » Peut-être que, grâce au don de Vogel, nous pourrons résoudre rapidement cette affaire, pensa Harry.

« Vous avez deviné juste pour la plupart des éléments. Ca a été très rapide, ça s'est joué en quelques minutes. Goodwin a été attaqué par surprise. Il n'a rien pu faire. A propos, vous n'avez pas retrouvé sa baguette, n'est-ce pas ? »

Les trois hommes firent non de la tête. C'était l'une des premières choses qu'ils avaient vue.

« Le meurtrier l'a emportée. Peut-être s'en sert-il comme trophée, je n'en sais rien.
- As-tu vu le visage du tueur ? »

Vogel mit un certain temps à répondre. Le cœur de Harry battait la chamade sous le coup de l'excitation.

« Non, malheureusement.
- Quoi, comment ça ?
- J'ignore pourquoi, mais le visage du meurtrier restait en permanence dans le flou. Comme s'il se cachait même de mes perceptions. Je n'avais encore jamais vu ça. »
Ron se tourna vers Cole. « Les vampires peuvent faire ça ?
- Je l'ignore. Les capacités de Vogel me sont inconnues. Je ne sais pas si c'est possible.
- Ca l'est, répondit le petit sorcier, c'est même une base de l'asphromancie. Mais il faut s'y préparer et cela prend du temps. C'est comme si le meurtrier s'attendait à ce que je fasse ça. »

Harry hocha la tête. Cela ne faisait que renforcer les doutes de Harry.

« Dis-moi, Vogel, le tueur… As-tu pu déterminer sa nature ? »

Le sorcier au tatouage passa une main sur son crâne chauve, sans répondre. Ron dit alors :

« Euh, Vogel… Tu portes des gants ?
- Oui, dit-il en jetant un œil à sa main gantée, je ne supporte pas le froid. »

Ron n'ajouta rien. Après tout, il n'y avait rien à ajouter. Harry insista :

« Alors ?
- Alors, ce dont tu te doutes se confirme, Harry. Je peux te l'affirmer. »

Cole et Ron se tournèrent vers Harry, perplexes.

« Il veut dire quoi, là ?
- L'assassin de Goodwin… n'était pas un vampire ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ? répliqua Cole, on a pourtant…
- Je sais mais en y pensant, je dirais qu'un sorcier normal peut faire la même chose. Et puis, la façon dont il est rentré m'intrigue. La porte n'a pas été forcée par un sort à l'entrée. Autrement dit…
- Autrement dit, soit la porte était ouverte et il est rentré simplement, soit… Soit Goodwin l'a fait entrer, dit Cole qui commençait à comprendre.
- Oui. Pourtant, le bureau de Goodwin a été modifié récemment. La maintenance magique a fait en sorte que celui qui se trouve à l'intérieur puisse voir qui se trouve à la porte, et ce quelque soit les sorts qui pourraient modifier son apparence. Même le polynectar est décelé avec ces nouveaux sorts.
- Donc, si c'était un vampire, Goodwin l'aurait vu.
- Et c'en était pas un, je vous l'affirme, lança Vogel, le meurtrier était un sorcier normal.
- Bien plus que ça. »

Harry profita du blanc pour achever sa démonstration sur cette affaire étrange :

« Le meurtrier est un sorcier. Et Goodwin le connaissait. Il le connaissait même très bien. »

Deux jours plus tard…

Au fin fond du sanctuaire de la Confrérie de Minuit avançait un homme qui avait cessé depuis longtemps d'être un homme. Janus, le Seigneur des Serpents, Maitre de la Confrérie, s'enfonçait dans les entrailles de la terre afin de répondre à un appel que même lui ne pouvait ignorer. Il y a des choses auxquelles il peut passer outre et il ne s'en prive pas. Mais pour eux, même s'ils étaient incapables de faire quoi que ce soit, il ne pouvait passer outre. Il en allait des traditions, de ces protocoles ridicules établis bien avant sa naissance.

Et oui, aussi puissant qu'il était, Janus avait des comptes à rendre.

Il marchait d'un pas vif à travers les couloirs obscurs des bas-fonds du Sanctuaire, pressé d'en finir avec ce qu'il considérait comme une perte de temps. Janus avançait à visage découvert et si un Auror, n'importe lequel, l'avait vu à cet instant, bien des souffrances, bien des peines auraient pu être évitées. Mais le diable était en veine et au fond de l'enfer, Janus ne risquait pas de voir son secret percé à jour par ses ennemis. Pas pour l'instant, du moins. Pas tant qu'il ne l'aurait pas décidé.

L'air devenait glacial. Il approchait. Janus remontait un couloir de pierre noire terminé par une porte murée encadrée par deux statues de vampire en armure.

La Crypte, enfin…

Sans même ralentir, Janus leva la main et le mur de pierre qui scellait la salle se mit à onduler, devenant aussi poreuse qu'un rideau de fumée. Le Maître le traversa sans problème. A la seconde où il passa de l'autre côté, le mur retrouva sa solidité.

Janus se tenait maintenant aux pieds d'un escalier menant à une large esplanade formant le centre de la Crypte.

Comme beaucoup d'endroits dans le sanctuaire de la Confrérie de Minuit, la Crypte était démesurée. La salle était ronde, deux cents mètres de diamètre environ. Le haut plafond était une coupole dans laquelle était serti un chandelier noir libérant une lumière particulièrement morbide pour un lieu qui l'était tout autant. L'escalier devant lequel se tenait Janus était en hauteur, à une dizaine de mètres environ du sol. Il permettait la jonction entre l'esplanade, situé à quinze mètres du sol, et l'entrée. Sans bouger, Janus se laissa enivrer par les miasmes de la Pierre Dimensionnelle. En réalité, la Crypte abritait un gigantesque artefact appelé Pierre Dimensionnelle. C'était une roche immense, large de plus de deux cents mètres. Elle formait une sorte de colonne qui s'enfonçait profondément dans le sol. L'esplanade n'en était que le sommet. C'est là qu'ils avaient décidé de reposer, ces imbéciles. Ils semblaient ignorer le danger potentiel de la Pierre. Extrêmement instable, il suffisait de lancer un sortilège un tant soit peu puissant pour la fissurer et déclencher une réaction en chaine qui aboutirait à terme à la destruction pure et simple du Sanctuaire. Janus le savait, ils le savaient, mais ils l'acceptaient. Car cette Pierre leur était utile. Outre le fait qu'elle protégeait le sanctuaire en annihilant en partie les pouvoirs des intrus potentiels, elle donnait aux vampires le pouvoir d'ouvrir des portails de téléportation, plus puissants que le transplanage et les portoloins. Un pouvoir non négligeable, d'autant qu'au cas où ils seraient découverts, la Pierre pouvait utiliser son pouvoir sur elle-même et transporter le sanctuaire dans un endroit connu uniquement du Maître. Bref, beaucoup d'avantages pour un seul gros défaut. Il faut savoir prendre des risques.

Janus grimpa l'escalier d'un pas mesuré, nullement pressé de se retrouver en face d'eux une nouvelle fois. Il arriva alors à l'extrémité ouest de l'esplanade, une place circulaire de cinquante mètres environ. Il marcha sur le sol inégal jusqu'au centre. Si le sol n'était pas parfaitement lisse, c'était à cause des gravures insérées à l'intérieur. Pour les voir, il fallait se tenir au dessus de l'esplanade. A cette endroit, vous verriez deux symboles enchâssés l'un dans l'autre. Le premier, le plus grand, était un pentacle, une étoile à cinq branches dont les extrémités étaient proches du bord. Le second, plus petit, à l'intérieur du pentacle était le signe que la Confrérie s'était approprié : la marque des Reliques de la Mort. Janus se tenait justement au centre de la marque, à mi-hauteur du trait au centre du symbole. Il jeta un regard dédaigneux aux extrémités du pentacle, dont les pointes étaient recouvertes par une plaque circulaire noire.

Se concentrant vaguement, Janus leva le bras droit et enfonça profondément ses ongles dans le creux de sa paume. Le sang gicla avec force et coula dans l'interstice formée par le trait. Il n'en ressentait aucune douleur. C'était une propriété étonnante qu'avait Janus. Il pouvait se briser les os et se les ressouder dans la seconde sans ressentir le moindre picotement, ni endommager son corps. Une propriété qui lui avait déjà été bien utile.

Le sang coulait en un mince filet par terre. Le filigrane commençait à luire faiblement. Il entama alors son incantation :

« Des profondeurs de la terre et du tréfond des âges, je vous invoque,
Moi, Janus, Seigneur des Vampires et Maître de la Confrérie, je vous appelle,
Des ténèbres de la vie morte, entendez ma voix, entendez mon souhait,
Je suis le dernier descendant de la lignée des Maîtres que vous avez initiés,
A votre demande, je suis là ; apparaissez, commandez, votre humble serviteur
Vous somme d'apparaitre, vous, les Premiers Maîtres, enfants de Vlad Tepes le Grand,
Venez à moi, héritiers Brykorius, apparaissez, vous,
Les fondateurs de la Confrérie de Minuit. »

A ce dernier mot, il ferma le poing et le sang cessa de couler. Une lumière rouge fusa du sol et parcouru les limites des symboles au sol jusqu'aux plaques métalliques. Le phénomène dura quelques secondes puis disparut brutalement. Dans le silence de la Crypte perça alors un nouveau son. Un chuintement métallique. Les cinq plaques étaient en train de tourner sur elles-mêmes. Quatre secondes puis un glang ! sonore. Dans un parfait synchronisme, les plaques commencèrent à s'élever au-dessus du sol. Ces fameuses plaques n'étaient que le sommet de longs tubes de pierre et d'acier recouverts de runes héritées d'un langage depuis longtemps oublié. Les tubes étaient des cercueils, coulés dans l'éternité de la roche, emprisonnant dans leur sein des créatures maudites qui ne pouvaient mourir et qui avaient connu la prison de leur chair en décomposition. C'était à eux que Janus s'apprêtait à parler.

Eux, les enfants Brykorius. Les Premiers.

Les tubes s'élevèrent jusqu'à une hauteur d'environ deux mètres. Il y eu un autre glang ! et les tombes se figèrent. Mu par un mécanisme magique, un morceau du sol en face de chaque tube coulissa, faisant apparaitre une vasque assez profonde. Tout était prêt, ils pouvaient apparaitre.

Au sommet de chaque cercueil se trouvaient deux bas-reliefs ayant l'apparence d'un visage d'homme hurlant comme un possédé. Il y en avait deux autres en bas ; tous étaient placés de sorte que chaque bouche hurlante regardait un point cardinal différent. Lorsque les colonnes eurent achevé leur montée, un liquide grisâtre semblable à de la boue cendrée s'écoula des bouches les plus basses tandis qu'une fine fumée argentée s'échappait des bouches les plus hautes. Le liquide coulait le long de la base et remplissait la vasque. La fumée se tordait paresseusement en l'air, attendant que le réceptacle se remplisse. La dernière goutte finit enfin par tomber ; les fumées fondirent alors à l'intérieur, créant des remous houleux qui augmentèrent avec les secondes. Le liquide s'aggloméra, forma une colonne informe de matière gélatineuse dans laquelle se perdait la fumée. Les secondes s'écoulèrent et les colonnes prenaient une forme plus précise. Des appendices semblables à des bras apparurent, le sommet des colonnes s'étranglèrent, formant un simulacre de tête. Les corps se dessinaient vaguement, les jambes demeuraient fondues dans la masse, il était inutile de les faire. Ils étaient là, il ne manquait plus qu'un détail. Un détail qui fit sourire Janus.

Dans un parfait synchronisme, cinq paires d'yeux percèrent les têtes inachevées.

Enfin, ils avaient achevé leur passage…

Le processus dura une minute mais pour Janus, pressé d'en finir, cela dura des heures.

Le Seigneur des Serpents fixa de ses yeux blancs la silhouette en face de lui. C'était là l'Ainé des Cinq, Arkhamir Brykorius, dont les yeux n'étaient que des globes bleu nuit percé d'une paupière de serpent. Il ne regarda pas les autres. A droite d'Arkhamir se trouvait Kharus aux yeux flamboyants. Venait ensuite les jumeaux Orway et Lovay, dont les yeux étaient d'un vert sombre émaillé de noir. Enfin, fermant le cercle, à gauche d'Arkhamir, se tenait la seule femme du groupe, Allehînhor la Séductrice aux yeux injectés de sang.

Tous morts. Tous vivants.

Quel état pitoyable !

« Salutation, Seigneur Janus, » lança Arkhamir d'une voix de stentor.
A contre cœur, se sentant humilié (comment peuvent-ils me faire subir ça, à moi ?!), Janus s'agenouilla devant ces ersatz d'êtres vivants.

« Salutation à vous, mes seigneurs, dit-il avec raideur.
- Levez-vous. »

Janus ne se fit pas prier et se releva rapidement. Son regard ne lâchait pas celui d'Arkhamir.

« Vous m'avez fait mander, mes seigneurs ? » demanda Janus pour rompre le silence angoissant qui s'était installé.

Le Maitre de la Confrérie était respectueux en surface mais dans les méandres de son esprit, il maudissait ces vieillards de lui faire perdre son temps si précieux. Il leur avait déjà prévu un sort peu enviable lorsque le monde qu'il s'efforçait de créer verrait le jour.

« Nous avons à discuter de beaucoup de chose, Janus. Notamment sur la façon dont vous dirigez la Confrérie.
- Malheureusement pour vous, je n'ai pas le temps pour de telles choses. Mon plan ne tolère aucun retard et vous me faites perdre mon temps. Alors si vous n'avez rien de mieux à me dire…
- Quelle insolence, cracha Kharus avec une voix de sadique, à qui crois-tu parler, là ? Pour qui te prends-tu ? »

Janus dût prendre sur lui justement pour ne pas répondre à la première question.

« Je suis le Maître de la Confrérie de Minuit, lâcha-t-il d'une voix sourde, je suis celui que vous avez choisi pour diriger notre communauté et la mener là où vous auriez dût l'élever. Suis-je condamnable pour réussir là où vous avez échoué ?
- Modérez vos paroles, Janus, dit Arkhamir d'un ton menaçant. Nous vous avons donné votre pouvoir, nous pouvons vous le reprendre. »
Janus eut un rire moqueur. « Arrêtez cette comédie, Arkhamir (jamais jusqu'à présent un Maître de la Confrérie n'avait osé dire le nom d'un fondateur de manière aussi irrespectueuse). Quelque soit la situation, vous ne retirerez jamais ce que vous m'avez donné. Vous ne voudriez pas perdre votre seule chance de résurrection, pas vrai ? »

Arkhamir ne répondit pas. Janus eut un nouveau rire moqueur.

« Ce nouveau maître est bien insolent… lança alors Orway.
- … bien arrogant, même…, enchaina Lorvay.
- … insultant, je dirais aussi…
- … il est fort…
- … c'est indéniable…
- … il est puissant…
- … c'est rageant…
- … c'est notre seule chance…
- … malheureusement… »

Janus détestait cette manie qu'avaient les jumeaux de finir les phrases de l'autre.

« Usez autant de superlatifs que vous le voulez, tous les deux. Mais je suis dans le vrai et vous le savez.
- Tu en es fier, pas vrai ? grinça Kharus. Ton arrogance masque l'ampleur de tes fautes et tu es là à haranguer sur ta victoire comme un jeune coq. Insolent que tu es !
- Des erreurs ? répliqua Janus, et quelles sont-elles, je vous prie, mon seigneur ?
- En cinq siècles, jamais un humain n'a foulé le sol de notre Sanctuaire. Ces animaux sont cantonnés à leur enclos ; jamais, au grand jamais, ils ne doivent ne serait-ce que frôler notre sol sacré. Et vous, Janus, vous les avez amenés ici. Pire, vous n'avez même pas été capable de tous les tuer et vous avez mis la Confrérie en danger. Pour quelqu'un qui se targue d'être de haute lignée, je vous ai trouvé minable.
- Modérez vos paroles, Kharus, dit Janus en tremblant littéralement de rage, je ne tolérerais pas un mot de plus sur mes compétences, surtout de la part d'un misérable tas de boue…
- Comment osez-vous…
- SILENCE ! »

Cela coupa net Kharus qui le regarda avec un air mêlant la surprise, la colère et le meurtre.

Avant qu'il n'ait eu le temps de se reprendre, Janus enchaina :

« Je suis le Maître de la Confrérie, et je suis le seul à décider ce qui est bon pour elle ou non. La venue des Aurors dans le sanctuaire a scellé le destin de ce pays. Vous auriez pu le voir si vous n'aviez pas un esprit aussi étriqué. Mais pourquoi je me fatigue à vous l'expliquer ? Vous n'avez pas changé de point de vue, vous êtes toujours dans la même optique délabrée que vous avez défendue lorsque j'ai décidé d'envahir l'Angleterre. Pauvres fous, aveuglés par eux-mêmes. Ne voyez vous pas ce que j'essaye d'accomplir ? Vous avez vécu dans l'ombre pendant des siècles alors que notre place est au grand jour. Nous sommes faits pour dominer et depuis le premier jour, je m'acharne à faire que le jour où nous régnerons soit proche. Je pense pour tous, vous ne pensez qu'à vous-mêmes, vieillards séniles. Mon plan est parfaitement réglé ; ce qui s'est passé dans le sanctuaire il y a un mois a été un coup décisif, et si vous l'aviez compris, je ne serais pas là à subir vos remarques. Regardez-vous avant de juger, mes seigneurs. J'ai l'armée de vampires la plus puissante qui ait jamais existé, le ministère est en train de mourir et je serais très bientôt en passe de posséder les premiers éléments qui me permettront d'acquérir le pouvoir de l'artefact le plus puissant jamais créé. Alors, ne me jugez pas alors que j'accomplis ce que vous avez été incapables d'accomplir il y a des siècles. »

Un silence lourd s'écrasa dans la Crypte. Les cinq Fondateurs dévisageaient un Janus nullement impressionné. Son regard restait ancré dans celui d'Arkhamir qui semblait le jauger. Janus ne craignait rien, il savait que ces fantômes prisonniers de la chair ne feraient rien. Surtout maintenant qu'il approchait du but.

Ce fut Allehînhor qui rompit le silence :

« L'éclat de l'arkhor… pardonnez-le, mes frères, il ne sait pas ce qu'il dit.
- L'arkhor… » Cette fois, Janus eut un rire franc. « C'est vrai que pour vous, c'est très relatif. Je dois vous paraitre ainsi au regard de vos cinq cents ans. Mais je n'ai pas fait d'erreur. »

Allehînhor n'ajouta rien, se contentant de dévisager Janus de son regard dangereux. Arkhamir reprit. Son voix était chargée de colère.

« Votre conduite est inacceptable. Que vous soyez l'un des meilleurs maître que la Confrérie ait connu ne vous permet pas ce genre d'extrémités. Ce pouvoir est le nôtre et je peux vous jurer que le jour où vous échouerez, vous aurez affaire à nous.
- Ce jour n'arrivera jamais.
- Je l'espère, Janus, dans votre intérêt. »

Il fit un bruit dédaigneux et baissa les yeux. Décidemment, ces imbéciles ne comprenait rien à ce qui se passait.

« Autre chose ? demanda Janus avec un respect moqueur.
- Oui, une dernière, dit Arkhamir d'une voix grondante, qu'en est-il du Naya Kentar ? »

Janus eut un demi-sourire. Pas si imbéciles que ça…

« Je saurais bientôt où il se trouve. Mon lieutenant travaille dessus en ce moment. Très bientôt, je le serrerai dans mes mains. »

Kharus eut un rire mauvais. Janus se tourna vivement vers lui.

« Qu'est-ce qui vous fait rire, Seigneur Kharus ?
- Pauvre fou aveuglé par le pouvoir. Même si tu retrouves le Naya Kentar, tu seras incapable de l'utiliser. Pas sans les Trois Elément Primordiaux.
- Pauvre minable que Maerlyn n'a pas assez maudit !, cracha Janus avec fureur. Pour qui me prenez-vous ? Un imbécile ? Cela fait maintenant plus d'un an que je travaille à réunir les Eléments Primordiaux. Au cas où vous l'auriez oublié, nous sommes déjà en possession de l'un d'eux. Je travaille en ce moment pour acquérir le deuxième. Quant au dernier, ce n'est plus qu'une question de temps avant que je ne le localise. Vous voyez, mes sires, je ne suis pas si incompétent que vous le croyez. »

Mais Kharus ne s'était pas départi de son rire.

« Que tu crois, arkhash. Tu ne pourras prendre le deuxième Elément car tu ne pourras revenir de là où il se trouve.
- J'y travaille en ce moment même. Car il y a un moyen d'en revenir, et si vous, vous l'avez oublié, ce n'est pas mon cas. Ah et une dernière chose… Appelez moi encore une fois « arkhash » et je peux vous jurer que Fondateur ou non, je réduirais en cendres ce qui reste de votre corps.
- JANUS ! » La voix d'Arkhamir s'était faite terrible. « N'oubliez pas à qui vous parlez !
- Oui, dit Janus, nullement terrifié, je m'adresse à des lâches. »

Voilà, c'était dit. Et de là où il était, il sentait la fureur des demi-morts et n'importe quel autre vampire aurait compris la menace et aurait fui. Mais Janus n'était pas comme les autres et du fond de sa folie mégalomaniaque, il défia ceux qui avaient fait de lui ce qu'il était :

« Depuis le jour où Maerlyn l'Immortel vous a réduit à cet état pitoyable, vous êtes devenus lâches. Dans votre peur de la mort, vous avez oublié les idéaux de la Confrérie et vous l'avez contrainte à l'exil, à la clandestinité alors que nous avions les moyens de régner sur les sorciers et les moldus. A leurs yeux, nous pouvons être des dieux. Et j'ai trouvé le moyen d'y parvenir. Naya Kentar sera à moi. Même si pour ça, je dois anéantir ce pays, même si pour ça, je dois anéantir ce monde. Et ce n'est pas cinq vieillards délabrés et séniles qui m'arrêteront !
- C'EN EST TROP ! »

Avec un cri de rage, les cinq silhouettes levèrent le bras pour reprendre le pouvoir donné et faire subir à ce fou le châtiment réservé à ceux qui font outrage aux Fondateurs, un sort effroyable auquel Janus échappa. Il s'était préparé à l'attaque, il avait senti la tension qui animait ces choses incapables de mourir. A peine eut-t-il prononcé la dernière syllabe du mot « arrêteront » qu'il s'était jeté en avant, profitant de sa célérité extraordinaire pour échapper au sort de retrait. Au centre de la salle, il y eut un bref éclat blanc, résultat d'un échec. Quatre fondateurs, Kharus, Orway, Loway et Allehînhor, se tournèrent alors vers Arkhamir pour assister à du jamais vu.

Janus se tenait devant le maitre incontesté des Fondateurs, à un mètre à peine de lui, le bras tendu et ses doigts profondément enfoncés dans la matière gélatineuse au niveau de la poitrine. La main brillait d'un halo noirâtre. Arkhamir s'était figé, il regardait ce qui lui arrivait avec un air d'incompréhension. Les autres ne pouvaient absolument rien faire. Etant lié par le sang et la magie de ce maudit Maerlyn, ils étaient aussi paralysés comme leur ainé.

Incroyable, impossible, insensé, Janus venait de se rendre maître des cinq Fondateurs.

Il eut un petit rire. Le sourire qui le défigurait était féroce.

« Bien essayé. Mais vous semblez oublier qui je suis et d'où je viens. Cette manœuvre était inutile et insultante. Je vous l'ai dit… »

Il regarda Arkhamir avec intensité.

« … Vous ne m'arrêterez pas . »

Arkhamir tremblait de fureur. Ses yeux brillants de haine tremblotaient légèrement.

« Prenez garde, Janus. A trop vouloir se prendre pour Dieu, on finit par se brûler les ailes. »

Janus eut un bruit de dédain et d'un geste vif, il ferma le poing et arracha la poitrine liquide d'Arkhamir. La silhouette vola en éclat et s'écroula en une masse informe. Janus n'eut pas besoin de se retourner pour voir les autres faire de même. Le sort était rompu. L'entretien était terminé. Et ce dont Janus était sûr, c'est qu'il n'y en aurait pas d'autres. Regardant la vasque s'enfoncer dans le sol à mesure que le liquide remontait dans le cercueil, il lança :

« Ca, c'est à moi d'en décider. »

Il leva la tête et regarda le plafond ouvragé tandis que la Crypte silencieuse s'emplissait des bruits métalliques des cercueils qui s'enfonçaient dans le sol. Il ferma les yeux et se laissa enivrer par les miasmes de la Pierre Dimensionnelle.

Oui… C'est à moi d'en décider.