Partie III :

Enquêter pour le compte de Lacey French était comme marcher droit dans un piège que l'on avait vu des kilomètres auparavant. Weaver savait qu'elle était déterminée à retrouver son père au moment même où elle s'était plantée droit comme un piquet au commissariat. Il aurait dû se douter qu'elle n'en démordrai pas. Et pourtant, il avait été surpris de recevoir le premier appel de sa ''cliente'', quelques jours après le début de ses recherches.

« - Du nouveau ?

- Miss French, cela fait à peine deux semaines que j'ai repris cette affaire. Si j'avais trouvé quelque chose, je vous l'aurai signalé.

- Je pense de mon côté que votre réputation est juste grandement exagérée. Mais très bien. Merci quand même. »

Il était plus difficile de déterminer s'il s'agissait de plaisanterie ou non au téléphone. Mais il n'avait eu aucun mal à discerner l'amusement dans la voix de son interlocutrice, et imaginer son air enjoué.

« - Bonne soirée Miss French. »

Depuis cette première conversation, ils conversaient régulièrement. ''Converser'' était un bien grand mot. Cela commençait toujours de la même façon. Elle l'appelait toujours en premier pour lui demander ce qu'il avait trouvé, il lui répondait en général qu'il n'y avait rien de particulier et lui demandait de lui laisser du temps, ou alors lui donnait quelques informations sans importance qu'il avait glané ici et là pour éviter qu'elle ne devienne trop impatiente, tout de même.

Il appréciait que quelqu'un prenne de ses nouvelles de temps en temps. Même si cela signifiait qu'on lui demande s'il avait beaucoup dormi au lieu de travailler ce jour-ci, ou s'il n'avait pas perdu la main. Bien que ces entrevues ne soient pas très longues, elles lui donnaient immanquablement le sourire. Si les premiers temps, elle lui tirait plus de froncement de sourcils que de rire, Lacey French était une femme énergique et pleine d'esprit, qui ne manquait pas de piquant.

Il se sentait d'autant plus coupable de lui cacher ses découvertes.

Dès son retour, il avait commencé à enquêter sur Mortimer French. Homme en effet sans histoire, tranquille et travailleur quoique que jugé un peu excentrique, il n'y avait rien de particulier à propos de lui, si ce n'était ses inventions hors du commun – et parfois franchement inutile – qui lui avait permit de garder un train de vie confortable malgré ses problèmes financiers récurrents.

La seule ombre au tableau de cet homme était sa fille turbulente et manifestement très tournée vers la gente masculine. Preuve en était d'une longue liste de jeunes compagnons – et moins jeunes – que Lacey French avait fréquenté dans sa jeunesse. Weaver n'avait pas voulu s'insinuer dans la vie privée de la femme ayant demandé son aide. Mais il avait besoin de savoir avec qui il était en contact. Et à part des délits mineurs pour lesquels son père avait payé les frais nécessaires, il n'avait aucune raison de se méfier de la jeune femme.

Mais de son père, oui. Après avoir vu la photo de l'inventeur avec Gavin LaFleur, il s'était replongé dans une affaire qu'il avait réglé lui-même. C'était un homme de grande prestance, incroyablement beau avec une musculature qu'il avait développé à force de trop boire de soda énergisants en salle de sport, yeux bleus et cheveux bruns. Cet imbécile aux airs de prince charmant était un homme violent, et un escroc doué pour faire croire à tout son monde absolument ce qu'il voulait. Il avait attiré l'attention de Weaver lorsqu'il avait été soupçonné par un de ses collègues, mais qui n'avait pas l'affaire à cœur. Weaver n'avait pas eu ce problème, et s'était emparé du cas avec empressement. Découvrir que le jeune homme en apparence parfait était en réalité un menteur professionnel et qui appréciait importuner le fils handicapé de sa voisine à ses heures perdues avait rendu son arrestation des plus satisfaisantes.
Cela datait de plusieurs années auparavant, et Weaver n'avait plus pensé à cet homme qui le dégoûtait au plus haut point depuis qu'il avait été mis derrière les barreaux. Il n'avait aucune idée que Lacey avait un jour été en contact avec lui. Mais aux vues de son air dédaigneux sur la photo où elle posait avec lui, il en avait conclu que cette histoire n'avait pas duré longtemps.

En revanche, le nombre assez hallucinant de photos de Mortimer French et de LaFleur dans sa jeunesse était troublant. Après quelques recherches sur les contact de Mr. French, Weaver ne mit pas longtemps avant de découvrir que les deux hommes n'avaient jamais cessé de se voir, bien longtemps après la photo du bal de promotion de Lacey.

Cela avait éveillé sa curiosité. Il avait fait les démarches nécessaires pour aller voir LaFleur en prison. C'est au détour d'un coup de fil allant dans ce sens qu'il avait apprit la mort du détenu quelques temps avant que Lacey ne fasse appel à lui.

Exactement le même jour que la disparition de Mortimer French.

Une discussion avec Lacey s'imposait.


Elle avait été très surprise en voyant son téléphone s'allumer à l'appel de Weaver. C'était toujours elle qui appelait en premier. Si elle avait été étonnée en décrochant, elle avait cru être devenue sourde lorsqu'il lui proposa de se rencontrer au bar de Roni le lendemain.

Et Lacey étant ce qu'elle était, elle en avait profité pour sortir une petite robe noire.

Elle avait bien conscience qu'il ne l'emmenait pas du tout à un rendez-vous galant et qu'il souhaitait probablement lui annoncer quelque chose en rapport avec l'affaire – ce qui la rendait extrêmement nerveuse d'ailleurs, mais elle faisait de son mieux pour ne pas y penser. Cependant, elle sortait tellement peu depuis qu'elle avait commencé son troisième travail qu'elle n'allait rater une occasion de s'habiller correctement, et de sortir des ignobles uniformes qu'elle portait à longueur de journée.

Lorsqu'elle se regarda dans le miroir le soir du rendez-vous, elle fixa la robe et sa silhouette, qui n'avait pas changé. Cela lui rappela un peu amèrement sa jeunesse et la femme qu'elle avait été. Elle qui avait été terrorisé par l'idée de vieillir avait dû se soumettre à la dure réalité. Elle avait vu les premiers cheveux blancs arriver avec un effroi qui avait juste eu pour effet d'en faire apparaître plus, et les ridules se répandre sur son visage comme une malédiction. Elle avait essayé dans un premier temps de se teindre les cheveux, et d'avoir recours à des crèmes qu'elle n'avait pas les moyens de s'offrir pour limiter les dégâts.
Mais un jour, elle s'était lassée. Et surtout résignée. A quoi bon retarder l'inévitable ? Lorsqu'elle aura atteint les soixante ans, il n'y aurait plus aucun moyen de cacher son visage ravagé par le temps, et quel était l'intérêt de garder une chevelure parfaitement brune si c'était pour entourer un visage qui trahirai de toute façon son âge ?

Mais pour une soirée, elle aurait l'illusion de retrouver un peu de dignité, et de profiter des quelques restes de beauté qu'il lui restait.
C'est avec une grande satisfaction qu'elle repéra les yeux de Weaver sur sa robe au moment où ils se retrouvèrent devant le bar. Il était bien plus discret que la plupart des hommes, et si elle n'avait pas espéré cette réaction, elle ne l'aurait sûrement pas remarqué. L'inspecteur ne lui semblait pas le genre d'homme à se perdre en futilité, et il devait probablement considérer les femmes comme appartenant à cette catégorie.

Lacey savait parfaitement également qu'il n'aurait jamais été le genre d'homme qu'elle aurait regardé des années auparavant. Jamais un petit policier n'avait eu une chance d'attirer son attention, et encore moins de lui donner envie de le connaître. Weaver n'était en aucun cas un bel homme selon ses critères.
Mais la maturité étant venue – très tardivement dans son cas – avec l'âge, elle commençait à voir un peu plus qu'un blouson porté depuis des années et des cheveux grisonnants. Il possédait une certaine prestance, et un plusieurs détails, comme son accent, lui donnait un charme indéniable.

Peut-être commençait-elle à regarder ce genre de personne parce qu'elle non plus n'attirait plus aucun homme désormais.

« - Bonsoir inspecteur ! Je vois que vous sortez un peu de votre bureau de temps à autre. Même si cela reste pour le travail. »

Elle le vit esquisser un sourire avant de lui ouvrir la porte.

« - Croyez moi, Miss French, je ne suis pas l'ermite que vous voyez en moi.

- J'en doute mais merci d'essayer de m'en dissuader, » dit-elle en rentrant.

Ils trouvèrent non sans difficulté une petite table – le bar était toujours bondé après tout – et Lacey se laissa tomber sur sa chaise sans grande élégance. Contrairement à Weaver qui s'assit posément, et elle ne put que constater le décalage entre eux deux.

Tandis que Lacey prenait la carte, Weaver sembla regarder autour de lui, sûrement à la recherche de Roni. Lacey trouva rapidement ce qu'elle voulait consommer, sans oublier de jeter des coup d'yeux à son compagnon. Elle n'était pas à l'abri d'une surprise ou d'une entourloupe. Elle ne comptait pas oublier qu'elle traitait avec un policier.

« - Alors inspecteur, je doute que vous m'ayez demandé de vous retrouver ici pour partager un verre et des sticks de mozzarella. Vous avez trouvé quelque chose ? »

Weaver se tourna vers elle, le visage insondable.

« - Et on me dit souvent que je suis direct…

- Je pense juste que vous n'avez pas trop de temps à perdre en mondanité. Je suis persuadée que cela ne vous réussit pas du tout, » dit-elle avec un sourire. « Alors ? »

Weaver regarda de nouveau autour de lui et sortit une enveloppe craft de sa poche intérieur. Après l'avoir ouverte, il en sortit une photographie, que Lacey reconnut immédiatement, et la confusion s'empara lentement d'elle alors qu'elle essayait de comprendre où il venait en venir.

« - C'est ma photo de bal de promotion de… je ne sais même plus quelle année. Pourquoi me montrez vous cela ?

- Vous pouvez me parler de votre cavalier ?

- Quoi, Gavin ? » dit-elle en haussant les sourcils, sans chercher à cacher sa surprise. « Nous sommes sortis ensemble quelques temps. Mon père l'appréciait beaucoup me poussait vers lui mais c'était un parfait abruti et nous avons rompu quelques semaines plus tard. Pourquoi ? »

Weaver sortit une deuxième feuille de son enveloppe, celle-ci couverte de chiffre que Lacey ne parvint pas à analyser au premier abord.

« - Gavin LaFleur a été condamné il y a des années pour escroquerie et actes de violence. Sur cette feuille, vous pouvez voir les appels qu'il a passé depuis le combiné de la prison, des appels vers…

- Le téléphone de mon père, » acheva Lacey sans y croire.

Elle déposa la feuille sur la table, cherchant à donner un sens à ce qu'elle venait d'apprendre.

« - Vous avez une idée de la raison pour laquelle votre père et votre ancien compagnon continuaient de converser des années après votre rupture, et même quelques jours avant la disparition de votre père ? »

Lacey secoua lentement la tête.

« - Aucune idée. Gavin et Papa se sont toujours bien entendus. Cela ne m'étonne pas que mon père ait essayé de garder contact avec lui dans l'espoir de nous remettre ensemble… mais ceci, » dit-elle en levant la feuille, « n'a aucun sens. Pourquoi mon père souhaiterait me voir avec quelqu'un qui était en prison ? »

Elle secoua la tête avant de la mettre dans ses mains, perdue. Elle sentit un mouvement devant elle et devina que Weaver bougeait inconfortablement. Il se préparait clairement à lui dire quelque chose qu'elle n'allait pas aimer, et cela ne lui donnait pas envie de relever la tête.

« - Gavin LaFleur est mort en cellule le même jours que votre père. Un détenu l'a poussé, et il est mal tombé. Un accident. »

Lacey reposa ses mains immédiatement. Elle regarda Weaver qui arborait un air grave, et laissa les informations arriver à son esprit progressivement. Elle mit ses mains sur la table, prit une grande inspiration, et fixa Weaver.

« - Mais c'est une excellente nouvelle ! »

Elle se rassit brusquement, se rendant compte qu'elle s'était levée et qu'elle avait parlé suffisamment fort pour que plusieurs clients ne se tournent vers eux. Elle se pencha un peu sur la table, et commença à parler devant un Weaver médusé.

« - Cela ne peut pas être une coïncidence. Mon père a peut-être dit qu'il était en train de préparer quelque chose pour Victoria, quelque soit la raison pour laquelle ils étaient encore en contact. Si Victoria l'a apprit et a fait arrangé la mort de Gavin et qu'on peut le prouver ou que nous en trouvons des preuves, nous pourrons apprendre ce qui est arrivé à mon père ? »

Weaver la fixa un moment, et elle aurait presque dit qu'il était éberlué, avant qu'il ne se racle la gorge en se reprenant.

« - Vous ne pensez pas qu'il puisse s'agir d'une coïncidence, vraiment ? Et si ce n'est pas le cas, vous ne craignez pas pour la vie de votre père ? »
Elle sourit et continua de parler, toujours à moitié suspendue sur la table.

« - Vous ne m'en auriez pas parlé si vous aviez cru à une coïncidence ! Et Victoria aura besoin de mon père pour faire fonctionner les prototypes. Il était loin d'avoir terminé et ses inventions sont toujours… instables au début. Même si elle ne veut pas le breveter et tout garder pour elle, elle a trop besoin de lui pour s'en débarrasser. »

Elle continua de sourire, et regarde Weaver droit dans les yeux qui semblait à court de mot, alors que Roni apparut soudainement à leur table.

« - Lacey et Weaver… quel duo étrange. »

Lacey sourit à Roni, avant de se tourner vers Weaver.

« - Que buvez-vous ? Je vous invite pour fêter ça.

- Fêter quoi ? », demanda une Roni sceptique, son regarde allant de l'un à l'autre.

« - Une bonne nouvelle, » coupa Weaver, visiblement agacé par la présence de Roni. « Je vais prendre la même chose que d'habitude, Roni.

- Et moi la spécialité de la maison. Deux s'il-te-plaît. »

Roni fronça les sourcils, d'un air de lui demander si elle était sûre d'elle, avant de soupirer quand Lacey soutint son regard. Elle s'éloigna préparer leurs commandes, alors que Lacey ne tenait plus en place, et que Weaver ne semblait plus savoir où se mettre.

Lacey sourit, et joua avec la carte du bar.

« - Vous êtes en train de vous dire que ce n'est pas raisonnable de boire autant, surtout que je ne compte pas m'arrêter là. »

Weaver ne chercha pas à nier, il haussa juste les épaules.

« - Vous êtes une adulte, boire est votre droit. Et je ne crois pas que vous ayez besoin de mon autorisation. »

Elle sourit un peu plus.

« - Oh ça je sais, j'ai attendu d'avoir ce droit plus longtemps que vous ne pouvez l'imaginer. Et vous avez raison. Personne ne choisi pour moi. »

Ses yeux s'éclairèrent alors que Roni arrivait avec leur commande, efficace comme à son habitude, et elle sembla d'un coup perdre plusieurs années. Juste une jeune femme qui s'amusait dans un bar, avec une robe qui lui allait bien, et qui fêtait une des rares bonnes nouvelles qu'elle entendait ces-derniers temps. Elle manqua le regard que lui lança Weaver à ce moment précis.

Roni déposa leurs verres devant eux, et Weaver saisit son Scotch avec un hochement de tête en signe de remerciement alors que Lacey était beaucoup plus bruyante dans son enthousiasme. Elle commença son verre – et était d'ailleurs sur le point de le terminer – alors que Roni jetait un regard exaspéré et inquiet à Weaver.

« - La prochaine fois que tu veux sortir avec une demoiselle, évite d'en choisir une aussi étrange que toi, » lui souffla-t-elle en partant.

Weaver se tourna vers Lacey, qui venait de terminer son premier verre à une rapidité remarquable. Elle semblait tout de même vouloir attendre avant de commencer le suivant, et se tourna vers Weaver.

« - Hum, je vois que quelque chose vous préoccupe alors même que je vous ai offert un verre alors que je ne devrais pas vu mon salaire. Vous avez des soucis en tête ou vous êtes juste incapable de vous détendre ? »

Il soupira et but un peu de son verre de Scotch en préparant ce qu'il allait dire. Il reposa son verre et regarda le visage souriant de Lacey, dont l'attention était complètement tournée vers lui. Il inspira un peu, avant de se lancer.

« - J'ai enquêté sur vous. »

Elle perdit immédiatement son sourire comme il s'y attendait. Cela ne signifiait pas qu'il ne le regrettait pas.

« -Oh, », fut tout ce qu'elle répondit en entamant son deuxième verre. Il grimaça, et chercha ses mots pour s'expliquer.

« - Je n'ai pas cherché tous les détails. Je ne connais que l'ensemble des événements de votre vie. Je suis désolé, mais je devais m'assurer que vous ne vous moquiez pas de moi. »

Elle hocha faiblement la tête avant de lever son verre sans le regarder.

« - Je comprends. On ne peut pas juger quelqu'un sans connaître son histoire. »

Il posa sa main sur son verre, alors qu'elle allait le lever pour le finir. Elle le fixa, clairement surprise, et sûrement un peu frustrée.

« - Mais je ne compte pas vous jugez sur ce que j'ai appris. L'histoire n'est pas suffisante pour cela. C'est ce qu'une personne en fait, qui est vraiment important. Et je crois que vous avez changé. C'est tout ce que je vois. »

Elle reposa lentement son verre, et un maigre sourire vint de nouveau fleurir sur ses lèvres.

« - Merci. Je ne sais pas si vous le pensiez vraiment, mais c'était ce que j'avais besoin d'entendre."

Leurs regards s'accrochèrent pendant quelques secondes, et Lacey avait une conscience aigue que leurs mains ne se trouvaient qu'à quelques centimètres d'écart. Elle commençait à se demander si elle allait les franchir, lorsque Roni approcha pour prendre le premier verre, brisant la magie de par son regard tout sauf discret.

Lacey appréciait Roni, mais elle détestait son air à cet instant précis. C'est donc avec une certaine arrogance qu'elle se tourna vers elle.

« - Un autre verre, s'il-te-plaît. »


Ramener une Lacey French complètement ivre morte n'était pas dans les plans de Weaver pour la soirée. Il avait arrêté de compter les verres qu'elle avait bu, et Roni avait dû commencer à refuser formellement de la servir, malgré les invectives de la brune à la robe noire. Elle avait beaucoup parlé pendant la soirée, de son père, surtout. Malgré ses paroles décousues et les rires au milieu des phrases, son affection pour son père transparaissait clairement, tout comme sa volonté de le retrouver.

Elle lui avait également posé des questions sur lui, auxquelles il n'avait pas vraiment répondu, parce qu'elle semblait toujours trouver un nouveau centre d'intérêt sur lequel s'épancher. D'autres clients lui avaient jeté des regards emplis de pitié, jugeant une femme mûre en train de se saouler comme pathétique. Weaver n'était pas du même avis. Certes, il aurait préféré ne pas la voir boire autant alors qu'il connaissait son passé, mais il n'allait pas l'empêcher d'exprimer son soulagement et son espoir de revoir son père de la façon qu'elle souhaitait, surtout qu'il était là pour veiller à ce que rien ne lui arrive.

Ce qui devait être un compte-rendu de son enquête de quelques minutes s'était transformé en soirée de plusieurs heures. Il n'avait rien dit de spécial, mais Lacey n'avait cessé de lui sourire et de babiller. C'était un sentiment étrange de passer sa soirée avec quelqu'un d'autre que Roni, mais avec quelqu'un de joyeux qui ne restait pas à l'écouter parce qu'elle attendait qu'il commande un nouveau verre.

Etre avec Lacey était une bouffée d'air frais. Un peu toxique, mais addictive. Après tout, qui d'autre se serait levé de joie en apprenant la mort de son ancienne conquête ?

Elle était assise à la place passager de sa voiture, et elle continuait de rire, alors qu'il était certain qu'elle ne savait pas pourquoi non plus. Elle se tourna vers lui alors qu'il venait de s'arrêter à un feu.

« - Pourquoi ne vous êtes-jamais marié Inspecteur ? »

Il se tourna vers elle, ne s'attendant pas du tout à cette question, et s'il n'avait pas eu plus de sang-froid, il aurait facilement pu commettre une erreur que tout bon conducteur saurait éviter.

« - Pardon ?

- Tous vos autres collègues policiers du commissariat de police avaient des alliances. Je le sais parce que c'est la première chose que je regardais quand je cherchais à ramener quelqu'un à la maison. Pas vous. »

Il se concentra sur la route, clairement mal à l'aise, en essayant d'oublier la manière nonchalante dont elle parlait de sa vie privée. Il devait à tout prix ne pas y penser.

« - Je n'ai jamais trouvé le temps ni l'intérêt pour me marier.

- Aaaaah, le cliché du policier endurci qui est tout gentil au fond mais qui pense à sa carrière. Vous auriez pu choisir un autre film vous savez. »

Il ne répondit pas, ne sachant pas s'il devait être offensé, amusé ou juste ignorer ses mots.

« - Pardon, je ne voulais pas être méchante. Ça me surprend juste que quelqu'un comme vous n'aie jamais trouvé quelqu'un. »

Il fronça les sourcils.

« -Quelqu'un comme moi ? Le cliché du ''flic'' endurci est souvent seul car il n'a du temps à accorder qu'a son métier, comme vous dîtes. »

Elle sourit un peu.

« - Mais il y a toujours la gentille fille qui est prête à accepter tout cela parce que le flic veut aider son prochain et qu'il a un grand cœur et qu'ils se complètent parfaitement. »

Il secoua la tête.

« - Je n'ai jamais rencontré de telle personne dans la vraie vie. Je n'ai pas vraiment cherché.

- Jamais rencontré non plus, mais ça doit exister. Si le flic cliché existe, sa compagne clichée doit exister aussi.

- Et où serait-elle ?

- Aucune idée. »

Sur ce, elle retomba dans le silence. Weaver continua de rouler, tout en se disant que cette soirée était définitivement bien étrange.

« - Que pensez-vous de l'amour, Weaver ? »

Il faillit caler, à la fois à la mention de son nom de famille prononcée avec tant de tranquillité et à celle de sa question.

« - Je pense que vous être trop ivre pour que nous ayons cette conversation, Miss French.

- Appelez moi Lacey, et vous n'avez pas répondu. »

Il soupira, et arriva dans la rue qu'elle lui avait indiqué la dernière fois.

« - Je vais vous déposer à l'hôtel le plus proche, et je vous prendrai une chambre, vous n'êtes pas en état de marcher jusqu'à chez vous…

- Troisième à gauche, tout droit, puis à droit et après c'est l'immeuble avec le tag de sanglier avec une rose dans la bouche. »

Weaver la dévisagea, maintenant persuadé que parler avec elle était un très, très mauvaise idée. Si elle était suffisamment ivre pour lui indiquer son appartement alors qu'elle avait catégoriquement refusé quelques semaines plus tôt, elle n'était clairement plus en état de réfléchir.

Il soupira.

« - Je vous ramène chez vous, et vous allez vous reposer. »

Elle secoua la tête, comme une enfant. Il se demanda quel âge elle avait vraiment. Il lui semblait parfois qu'elle avait une vingtaine d'année de part son sourire, et l'éclat pétillant dans ses yeux bleus. Jusqu'à ce que le charme ne soit rompu, et qu'elle ne paraisse presque plus âgée qu'elle ne l'était réellement lorsqu'elle redevenait la femme renfrognée qu'il avait rencontrée au commissariat, malgré son caractère bien trempé.

Il ne se souciait pas de son âge en vérité. Il avait apprit au cours de sa carrière qu'il n'y avait pas d'âge pour la stupidité, tout comme pour la clairvoyance. Seuls les actes comptaient, et les leçons que l'on apprenait au fur et à mesure que l'on découvrait ses erreurs. Il pensait sincèrement ce qu'il lui avait dit au bar. Il ne la jugeait pas pour le nombre de conquêtes qu'elle avait connu, ni pour les délits qu'elle avait commis, ou pour son passé médical.

Weaver ne prenait en compte que ce qu'il voyait.

Et pour le moment, Lacey French était une énigme à décrypter.

[center]OoOoOoOo[/center]

Il semblait impossible de trouver le témoin ayant vu Mortimer French partir de la ville et se diriger vers l'aéroport. L'informateur que lui avait trouvé Tilly semblait ne pas vouloir être trouvé, et même Weaver malgré ses années d'expérience avait eu du mal à mettre la main dessus. Mais tout ce qu'il en tira, c'était des détails flous et une assurance totale que Mr. French était parti dans cette direction. L'homme était un employé lambda d'une société tout aussi ordinaire, et rien n'indiquait qu'il mentait. Cependant, ses affirmations n'étaient pas soutenues par de quelconques images de caméras surveillance, et Weaver ne pouvait se contenter de cela.

Il pensa à Lacey, qui attendait ses résultats de son côté, en enchaînant ses travaux de femme de ménage, de caissière et de serveuse. Il l'avait déposée chez elle le soir de leur rendez-vous, alors que la tête du sanglier peinte à la bombe le narguait, alors qu'il essayait de maintenir une Lacey ivre et instable sur ses quinze centimètres de talons tant bien que mal. Il l'avait aidée à rentrer les clés dans la porte, assise sur son canapé sans prendre le temps de regarder autour de lui, lui avait souhaité bonne nuit en la couvrant d'une couverture et était parti sans s'attarder. Peut-être que le fait qu'elle ait évoqué des films tous plus clichés les uns que les autres à l'issue qu'il ne connaissait que trop bien l'avait convaincu de partir encore plus vite qu'il ne l'avait prévu.

Toujours était-il qu'il avait reçu son appel habituel de sa part deux jours plus tard. Elle n'avait pas évoqué la soirée, mais ses piques étaient toujours là, et cela était tout ce qui importait. Il avait craint qu'elle ne veuille plus lui parler après s'être ridiculisé – il ne pensait pas ainsi mais il se doutait qu'elle le verrait comme cela – devant lui. Mais apparemment, Lacey comptait bien continuer leur correspondance.

Il n'y avait pas vraiment d'avancées dans son enquête. Il s'était penché sur le cas LaFleur, mais rien de concluant n'en était sorti. Le détenu ayant poussé ''accidentellement'' Gavin était introuvable. Prétendument mis en isolement. Etrangement, Weaver en doutait. Cependant, éplucher les quelques notes restantes laissées par Mortimer French et essayer de trouver un lien entre Victoria, Gavin et le père de Lacey n'était pas plus efficace.

En général, lorsqu'il arrivait au point mort sur une enquête, c'était soit qu'il n'y avait plus rien à découvrir et que laisser l'affaire était le plus raisonnable, que quelqu'un cherchait délibérément à cacher la vérité, ou qu'un élément essentiel n'avait pas encore été découvert.

Et pour le moment, Weaver ne savait laquelle de ses options était la bonne.

Cependant, il était en train d'essayer d'obtenir les caméras de surveillance de tous les bus étant passés à Seattle le jour de la disparition de Mortimer French, et quelques jours auparavant et après afin d'être sûr de ne rien manquer. C'était une piste qu'il ne pouvait pas négliger. Et un pari risqué. Après tout, Mortimer French avait juste prit un bus. Il pouvait être allé n'importe où après cela. Mais découvrir si le témoin trouvé par Tilly était fiable était déjà une grande avancée. Découvrir où se rendait Mortimer French plus tard était une autre affaire. Le voir dans un bus prouverait au moins qu'il était parti de son plein gré et qu'il n'était pas aux mains de Victoria. Il espérait juste que la société de transport avait conservé les enregistrements après tout ce temps. Malgré les pressions dont il avait usé pour accélérer l'obtention des précieuses vidéos, rien n'y faisait.

Il ne pouvait qu'attendre de leurs nouvelles en menant son enquête de son côté. Roger avais remarqué son air distrait, et n'avait pas manqué de faire des remarques dessus. Cela empira lorsqu'il rencontra Lacey une seconde fois au bar de Roni, et qu'il les avait vu partager un verre. Hormis cette interruption dont il se serait bien passé, la soirée n'avait été faite que piques de la part de Lacey et de discussions sans grande profondeur. Lacey avait bu, mais avait fait l'effort de rester à peu près lucide, suffisamment pour pouvoir rentrer seule chez elle.

Roger n'avait pas manqué de lui faire la remarque le lendemain.

« - Je ne saviez pas que vous fréquentiez quelqu'un.

- Et pourquoi l'auriez-vous su ? » répondit Weaver en levant les yeux au ciel, tachant de rester nonchalant.

C'est avec un sourire narquois que Roger l'avait regardé attentivement pendant qu'ils épluchaient des dossiers pour une autre affaire.

« - Vous sembliez un peu nerveux hier. Vous n'êtes pas tranquille ?

- Finissez de lire cette fiche de paie, Roger. »

Son collègue avait été suffisamment sage pour se taire, se contentant désormais de sourire à chaque fois qu'il partait du bureau, s'imaginant qu'il avait le temps de voir ses clients tous les soirs.

Pourtant, il trouvait ce temps au moins une fois par semaine pour Lacey French.

Un soir, il la raccompagnait chez elle, comme cela lui arrivait de temps à autre, après lui avoir rendu compte de l'avancée de l'enquête, lui apprenant que les vidéos n'étaient toujours pas arrivées. Elle n'avait pas été surprise, habituée à recevoir cette nouvelle tous les trois jours par téléphone et quand ils se voyaient.

« - Je suis désolé de n'avoir rien de plus à vous apprendre.

- C'est vrai que je vous avais espéré plus efficace, » soupira-t-elle, malgré la boutade évidente. « Mais je sais que vous faîtes de votre mieux, » ajouta-t-elle après une pause.

Il s'était arrêté de marcher pour l'observer, surpris de recevoir plus que des sarcasmes de la part de son franc-parler devenu légendaire pour lui. Elle se rendit compte de son arrêt après deux pas, et se tourna vers lui, avant de lever exagérément les yeux au ciel.

« - Est-ce vraiment surprenant que je vous reconnaisse au moins une qualité ? »

Il pencha la tête, un léger sourire aux lèvres.

« - Un peu, oui. »

Elle fit une petite moue.

« - Dit comme cela, je suis d'une impolitesse incroyable.

- Dixit la femme qui a fait un esclandre pour me voir.

- C'est exactement parce que vous vous donnez trop d'importance que vous me pensez malpolie. »

Elle sourit un peu avant d'avancer vers lui et de prendre son bras, le plus naturellement du monde.

« - Dépêchons, il se fait tard. »

Et c'est comme cela qu'il se retrouva donnant le bras à Lacey, alors qu'ils se trouvaient à quelques pas de son appartement. Arrivés devant sa porte, Lacey sembla d'un coup gênée. Weaver espérait et redoutait à la fois qu'elle lui propose de rentrer. D'une part car il serait obligé de refuser si elle le faisait, et que si elle ne le faisait pas, il aurait senti un étrange pincement, le même qui l'avait saisi lorsqu'elle avait prit son bras, et qu'il ne savait absolument pas comment le gérer.

Mais encore une fois, elle le surprit, bousculant tout ses plans et ses pensées.

« - Vous avez raison. »

Devant son air confus, elle poursuivit.

« - Je ne vous ai jamais remercié pour tout ce que vous faîtes pour mon père et moi. »

Il secoua la tête, prêt à sortir une phrase toute prête, alors qu'elle prenait son bras pour l'arrêter.

« - Ne me dîtes pas que ce n'est que votre travail. Vous auriez pu refuser de m'aider. Vous êtes un inspecteur de police, vous auriez très facilement pu utiliser votre position pour me mettre dehors, ou tout dire à Victoria. Mais vous m'avez cru. Et je vous assure que cela n'arrive pas souvent. »

Il ne savait pas quoi répondre, et il se contenta de rester là à la fixer, essayant de faire fonctionner son cerveau qui se noyait dans un mer d'yeux bleus.

« - L'effort en vaut la peine, » réussit-il à souffler.

L'instant d'après, elle était dans contre lui, ses bras autour de son cou, en train de l'enlacer. Il mit du temps avant de comprendre ce qui arrivait, de se souvenir de ce que cela représentait de sentir une autre présence à proximité, et de considérer cette approche comme autre chose qu'une menace. Alors qu'il se demandait si le tambourinement qu'il sentait venait de sa poitrine ou juste du sons de celle de Lacey et de la sienne réunies, la demoiselle s'écarta avec un sourire malicieux.

« - Bonne soirée Weaver. »

Elle franchit les marches qui la menait chez elle sans se retourner, et Weaver resta quelques minutes sans comprendre ce qu'il venait de se passer.


La malédiction n'allait pas tarder à les engloutir comme une vague affamée, s'abattant sur les récifs. Belle se tenait assise aux côtés de Rumple, les mains dans les siennes. Alice errait quelque part dans les parages, dans cette forêt dans laquelle ils vivaient un peu reclus. Ils avaient croisé Henry de temps à autre, avaient été présents lors de la naissance de Lucy, mais n'avaient jamais rejoints la vie sociale du WishWorld. Parfois, Regina venait les voir. Cela avait surprit Belle, qui avait mit quelques jours avant d'accepter qu'elle n'entre dans leur cabane. L'ancienne reine avait essayé de faire amende honorable auprès de Belle. Après tout, elles étaient de la même famille – étendue. Mais Belle n'en croyait pas un mot. Rumple n'avait pas essayé de la dissuader dans sa méfiance, et Regina l'avait accepté. Evidemment, Belle avait finit par pardonner plus ou moins à son ancienne geôlière, et arracheuse de cœur, mais la dette n'avait toujours pas été payé, et tous le savaient. De plus, quelques visites en près de dix ans ne suffisaient pas à inclure les Gold dans la sacro-sainte famille Charming. Ils leur avaient fait comprendre il y a bien longtemps qu'ils seraient toujours exclus, quelque soit les efforts du couple ou les mots rassurants des héros.

Dans leur recherche éperdue – et infructueuse – du Gardien, ils avaient eu la chance de rencontrer Alice. La jeune femme ne les avait pas quitté depuis leur rencontre. Elle les avait suivi dans leurs périples, apportant bonne humeur et joie sur leurs visages fatigués. Toujours souriante et jamais à court de bons mots, elle avait été la cause de plusieurs fous rires au fil des ans. Elle n'avait jamais demandé de contrepartie, étant une compagne attentive et plaisante, que Belle aimait de tout son cœur de mère qui ne voyait son fils que très rarement depuis leur arrivée dans ce monde. Fils qui avait fini ses études et cherchait dorénavant sa place dans le monde, fils de l'entité la plus puissante des mondes et de la beauté qui l'avait apaisée luttant pour sa propre identité.

Belle ne savait pas exactement comment le temps était altéré entre les mondes, mais Gideon ne lui semblait pas vieillir les rares fois où ils se donnaient rendez-vous, en général pour plusieurs jours. C'était l'une des conditions de Belle. Rumple – bien que ravi de voir son fils – était toujours à court de temps.

C'était ce que craignait Belle, et ce qu'elle n'avait pas voulu voir se produire en quittant l'Edge of Realms. Rumple se laissait happer par ses vieux démons, et par une quête qui devenait obsessive. Le Gardien était sa priorité, négligeant même les besoins de celle pour laquelle il faisait tout ces efforts. Elle ne lui en tenait pas rigueur, loin de là. Elle s'était souvent mise à sa place. Que ferait-elle si elle était immortelle, et que chaque jour l'approchait de la mort de Rumple ? Elle ne le supporterait pas non plus.

Mais elle était convaincue que sa mort naturelle était ce qui était attendu d'eux par la prophétie et que chercher le Gardien n'était pas la solution. Cependant, aborder ce sujet délicat avec Rumple, lui insuffler l'idée même de la laisser dépérir le détruisait. Elle avait cessé d'essayer de le convaincre, mais leurs recherches l'épuisaient. De plus, aucun résultat n'était en vue, et Belle savait pertinemment que c'était parce qu'elle avait raison.

Sans Alice, elle ne savait pas comment elle aurait supporté cette angoisse que Rumple faisait reposer sur elle, tant son anxiété empirait. Alice savait apaiser Rumple mieux que sa propre épouse. Sûrement parce que la belle du conte était à l'origine de cette inquiétude, et qu'aucun mot de sa part ne pouvait changer la peur de son mari pour elle. Avec son sourire, Alice parvenait à apporter une sorte d'équilibre dans le couple, et Belle soupçonnait Rumple de voir dans l'excentricité d'Alice un souvenir de ce qu'il avait été en tant que Dark One.

Quelle ironie qu'elle soit la fille de celui qui fut le pire ennemi de Rumple dans une autre vie.

Homme d'une autre vie qui se tenait devant eux au moment même, cherchant à voir sa fille.

Et l'homme souhaitait être réuni avec elle avant que la malédiction ne leur tombe littéralement sur la tête.

« - Mais je ne peux pas, » souffla la blonde dont l'habituelle joie de vivre avait quitté ses yeux. « Je dois rester avec eux. Après tout ce qu'ils ont fait pour moi… »

Belle se souvint, de cette soirée catastrophique où Alice et Robin s'étaient mises dans un danger impossible et qu'elle et son mari étaient venu au secours de leur protégée et de sa bien-aimée sans une once d'hésitation. Les machinations de Gothel, et les espoirs qu'elle avait éveillé en Robin, avaient été la cause des prises de risques qu'elles avaient par la suite subie. Ils étaient arrivé juste à temps avant que Gothel ne tue – ou du moins, n'heurtent fortement les deux jeunes femmes après elle ne savait quel deal. Rumple avait utilisé sa magie pour elles, lui qui n'y avait recours que pour les grandes urgences. Belle savait combien cela lui coûtait. Elle était consciente qu'après tant d'années dans les Ténèbres, où la magie était une extension de son bras, des douleurs presque fantômes ne reviennent lorsqu'il se laissait aller à utiliser cette arme, et que la tentation revenait à chaque fois.

Et Alice était consciente de cela.

C'est pourquoi Killian Jones ne pouvait comprendre l'acharnement de sa fille à rester auprès de ceux qui étaient devenus ses amis. Et s'ils restaient silencieux pendant l'échange, ils n'en pensaient pas moins.

Après quelques mots entre le père et la fille, Rumple finit par se lever, tenant dans ses mains un petit éléphant blanc. Son explication quant aux vertus magiques de l'artefact fit écarquiller les yeux à Belle, et elle se leva de sa place pour se placer à ses côtés. Les yeux d'Alice brillaient d'une admiration qui réchauffa le cœur de Belle. Son époux méritait plus de cette reconnaissance.

Alors que Killian partait avec son objet, Alice vint s'asseoir aux côtés du couple.

« - Alors, je me souviendrai que mon Papa est bien ?...

- Oui, » confirma Rumple alors que Belle serrait sa main, fière de son acte de bonté. « Tu te souviendras de lui et lui de toi. Bien que je ne garantisse pas les meilleurs termes entre vous. »

Ils restèrent là, plongés dans le silence un long moment, avant que Rumple ne se tourne vers sa femme.

« - J'ai quelque chose pour nous aussi. »

Belle pencha la tête, et Alice fronça les sourcils alors que Rumple leva sa main. Un nuage mauve qu'elles n'avaient vu que deux fois ces-dernières années fit son apparition, enveloppant sa main, avant d'y laisser une tasses de porcelaine ébréchée.

Le regard de Belle alla de la tasse au visage de son mari sans comprendre, et posa ses mains autour de la petite tasse, peau contre celle de son mari.

« - Rumple ?...

- Je l'ai enchantée également, » avoua-t-il avec un air presque désolé d'avoir fait une entorse aux règles qu'ils avaient fixé ensemble. « Grâce à elle, nous serons ensemble dans cet autre monde. Tous les deux. »

Il baissa les yeux et serra sa mains.

« - Peut-être serons-nous très différents, et nous nous détesterons. Mais au moins, nous serons ensemble, contrairement à la première fois. »

Belle ne mit que quelques secondes avant comprendre ce que cela impliquait. Il s'était assuré à ce qu'elle ne reste pas dans une tour pendant des années grâce à sa magie. Il avait fait ce qu'il fallait pour éviter d'être de nouveau seul et aigri sans le savoir et sans personne à qui se confier. Il avait utilisé sa magie pour le bien, et c'était tout ce qui comptait.

C'est donc en déposant un baiser sur sa joue, qu'elle lui murmura un ''merci'', plein de dévotion, désormais prête à affronter le nuage de magie.

Alice leur sourit tout doucement, mais ses yeux étaient rempli d'inquiétude. Il n'avait pas révélé à Belle ce qu'il lui avait ordonné de faire si la tasse ne fonctionnait pas sur lui. Alice espérait vraiment qu'elle n'aurait pas à exécuter ses volontés.