Disclaimer: Les personnages de Batman appartiennent à DC Comics. Les trois magnifiques films à Christopher Nolan. Rien est à moi, sauf les idées!

Rating: T, pour le moment, mais pourrait évoluer sur du M.


"Etre en prison pour un crime, n'empèche pas de commencer un autre crime" Victor Hugo


Asile d'Arkham, de nos jours

Sortir... sortir... sortir... sortir...

L'homme allongé sur un lit aux draps jaunis et usés par les ans, ne parvenait pas à ôter de ses pensées cette idée qui avait fini par devenir une obsession: sortir. Quitter cet asile dans lequel il ne supportait plus d'y avoir été enfermé, n'ayant pour seul vue que les murs de briques sales qui composaient sa cellule, couverts de sang par endroits, mais surtout de mots en tout genres, des phrases jetées au hasard, dernières libertés ou signes de lucidité de ceux qui avaient occupés cette "chambre" avant lui. S'échapper... depuis qu'il avait été transféré ici il y a près de six semaines, depuis que la justice corrompu qui régissait Gotham avait jugée que son état d'esprit était suffisamment éloigné de leurs définitions de la normalité pour être qualifié de folie, depuis qu'il avait été écarté des autres "patients" pour des raisons de sécurité, le Joker avait passer ses jours et ses nuits à tourner et retourner cette idée dans sa tête, à mettre au point un plan infaillible qui lui ouvrirait le chemin de la liberté.

Il avait eu des dizaines de plans, des dizaines d'idées plus farfelues les unes que les autres mais il n'en avait retenues aucunes. Pourquoi? Pourquoi un homme ainsi obsédé par sa libération, voulant à tout prix quitté ses murs qui étriquaient ses pensées et ses actions, rejetait ainsi sans aucune raison des plans qui auraient fait le bonheur de plus de la moitié des malfrats et des fous qui étaient enfermés dans cet asile... de fous? Tout simplement parce qu'il était le Joker et qu'avec le Joker rien n'est jamais simple. Il voulait du grandiose, du jamais vu, une chose si subtil et si mystérieuse qu'elle ne pourrait venir que de lui. C'était une question de principe. Il ne pouvait en être autrement de l'homme le plus imprévisible de Gotham.

Il était resté allongé dans sur son lit, immobile, pendant des heures et des heures, il avait tourmenté son corps jusque dans ses plus extrêmes limites, s'interdisant de dormir tant que son cerveau était encore en mesure de sécréter le moindre éclat de génie, la moindre idée étant suffisamment sophistiquée pour être en mesure de satisfaire leur exigeant propriétaire. Et puis, un jour, un jour comme il y en a tant d'autre lorsque l'on ait enfermé dans un endroit pareil, il avait enfin trouvé. Les gardiens qui faisaient leur ronde l'avaient entendus rire dans sa cellule, un rire dément, hystérique, le genre de rire qui vous prends aux tripes. Alertés par la soudaine activité de celui qui n'avait pas prononcé un mot depuis son arrivée, les deux gardiens avaient jetés un coup d'œil dans la cellule et l'avaient trouvés plié en deux sur le sol en béton, les larmes aux yeux, son horrible maquillage dégoulinant le long de son front, de ses joues, ses cicatrices plus étendues que jamais. Malgré tout les efforts et toutes les menaces qu'ils avaient pu proférer, les deux bougres avaient été incapable de l'arrêter. Son rire avait résonné dans les couloirs jusqu'au petit matin.


Le silence régnait à nouveau dans la cellule, ses yeux fixant un point invisible au plafond, son sourire emblématique encore d'avantage accentué par les deux cicatrices qui barraient ses joues. Le Joker fut tiré de ses pensées par le bruit des pas lourd si caractéristiques des gardiens d'Arkham, il en reconnaissait la résonnance sourde entre les murs blancs et froids qui composaient les couloirs de l'asile. Il les entendit s'arrêter au milieu de l'allée. L'un d'eux, un petit nouveau à la barbe de trois jours, les cheveux impeccablement plaqués sous sa casquette vissée au dessus de sa tête, les mains moites, les membres tremblant, farfouilla dans la poche de son uniforme et en sortit une paire de menottes qu'il tendit à son supérieur d'un geste nerveux. Ce dernier, un grand noir plein de muscles, bourrés d'expérience, un bouc parfaitement taillé mais sans aucun poil sur le caillou, les attrapa d'un air las et se dirigea d'un pas sûr en direction de la cellule.

-Bon, le clown, commença-t-il de sa voix calme et grave, on va faire comme d'habitude: debout, sortez les mains par les barreaux et pas de blagues douteuses je vous prie!

Le Joker s'exécuta, se levant de son lit avec une lenteur presque exagérée, marcha en direction des gardiens. Souriant à pleines dents, les yeux brillants d'une lueur qui fit frissonner de peur le jeune novice, il leur fit dos et passa ses mains fines et abimées, au travers des barreaux.

-Bien le bonjour messieurs, dit-il alors que le gardien-chef lui attachait fermement les poignets avec les pinces de fer, dis-moi Zac... qui est donc cet feuille qui tremble à coté de toi? Es-ce donc lui le médecin qui m'est assigné? Si c'est le cas... hummmm... est-ce que je pourrais en avoir un autre, s'il te plait? J'ai trimé pour être ici et j'aimerais avoir quelqu'un qui soit un peu plus... distrayant!

Trop habitué à ce genre d'excentricité pour encore y faire attention, le geôlier extraya du trousseau la clé correspondante à la cellule, attendit que son prisonnier recule de quelques pas et tira sur la grille qui s'ouvrit dans un grincement strident. Le gardien-chef fit alors un pas dans la cellule, une paire d'entrave prolongée d'une longue chaine dans la main et s'approcha du Joker à pas lent.

-Etant donné que tout s'est bien passés jusqu'à présent, poursuivit-il, je souhaiterais vraiment pour vous et moi que cela demeure ainsi. Après tout, aucun de nous n'a vraiment envie d'en arriver à la camisole, n'est-ce pas? Alors restez tranquille le temps que mon collègue vous mettes ceci, s'il vous plait!

Le Joker se contenta, par automatisme, de passer sa langue sur ses lèvres, humidifiant ainsi ses horribles cicatrices, puis il leva les mains dans une moue faussement boudeuse et laissa le jeune homme faire son travail. Le gardien-chef ne quitta pas son prisonnier des yeux, l'expérience lui ayant déjà suffisamment enseignée les risques que l'on encourrait face à un patient tel que le Joker. Car, même si il se tenait là calme, immobile, attendant sagement et patiemment que le novice parvienne enfin à comprendre de quelle manière ces entraves fonctionnaient, même si il n'avait pas sur son visage ce sourire moqueur, hilare, qu'il arborait en permanence, il restait après tout le Joker, et à ce titre, la personne la plus imprévisible qui soit.

Le jeune gardien parvint enfin à raccorder la chaine qui était fixée aux entraves qui maintenait les chevilles du Joker avec les menottes qui lui enserraient les poignets et, après un regard excuse en direction de son supérieur, il se dirigea vers la porte de la cellule, ouvrant la marche et laissant le soin à son collègue de maintenir le clown par les épaules et, d'une main ferme, de le faire avancer dans les longs couloirs tristes et froids qui traversaient l'asile d'Akham.


Si l'on avait un jour dit à la jeune psychiatre Harleen Quinzel, vingt quatre ans, que le premier job qu'elle trouverait une fois son diplôme en poche se trouverait à l'asile d'Arkham, jamais elle ne l'aurait cru. Oh! elle n'est pas déçue... loin de là... on aurait même pu dire qu'elle était aux anges. Mais l'idée même de ce retrouver face aux plus dangereux criminels, fous, ou toutes autres cinglés en puissance que Gotham ait connu, avait provoquée chez elle une légère angoisse qui lui avait enserrée les entrailles durant le reste de la journée. On lui avait communiqué les dossiers d'une dizaines de patients et autres détenus qui n'étaient encore suivis par aucun médecin, par manque d'intérêt ou par abandon pur et simple d'arriver à un quelconque résultat. L'homme qu'elle choisit, était l'un de ces internés, un de ses dossiers que le corps médical avait délaissé, mit de coté, jugeant après moult tentative de parvenir à fournir ne serait-ce qu'un diagnostic, que le cas était bien trop désespéré pour encore espérer obtenir quelque chose. Ses collègues lui assurèrent qu'elle perdrait son temps, ses moyens et ses compétences à s'occuper d'un détraqué tel que lui. La jeune Harleen Quinzel se l'appropria sans demander son reste.

Assise dans l'unes des salles de consultations installées au troisième étages du bâtiment B, les jambes croisées, vêtue d'un impeccable tailleur noir cintré sous une blouse blanche éclatante, ses longues boucles blondes relevées en chignon, Harleen attendait, tapotant nerveusement ses ongles sur la table en métal solidement fixée au sol en béton, que les gardiens daignent enfin faire sortir le clown de sa boite. Elle avait le trac, c'est vrai, mais elle éprouvait également une agréable euphorie de savoir que dans quelques minutes maintenant, elle se trouverait face au cas le plus intéressant cas qu'elle aurait, sans aucun doute, a traité de toute sa carrière. Elle entendit vaguement des bruits de pas dans le couloir, un rythme à six temps rehaussé tout les deux et quatre temps par un bruit métallique de chaines. La poignée s'abaissa et la porte s'ouvrit dans un grincement.

C'est vrai qu'en le voyant en vrai pour la première fois, la jeune femme eu un réflexe, cet sensation indéfini qui vous prends aux tripes, qui vous glace le sang, l'espace d'une seconde. On lui avait beau lui avoir brossé son portrait, des versions très différentes les unes des autres pour la plupart, mais l'homme qu'elle avait en face d'elle n'avait rien à voir avec le soit disant "psychopathe" qu'on lui avait décris. Il était bien plus terrifiant!

Il portait l'uniforme réglementaire des "locataires" de l'asile, d'un orange criard, extrêmement voyant, loin de son pardessus violet dont il ne se séparait jamais. Sa chemise aux manches courtes était ouverte sur un débardeur qui avait autrefois dû être blanc. Ses pieds étaient nus sur le ciment froid. Son visage semblait rieur, enjoué... ou était-ce ces deux longues balafres mal cicatrisées qui s'étendaient sur ses joues qui lui donnait cet air réjouis? Elle ne parvenait pas à le déterminer.

Les deux gardes saluèrent la jeune psychiatre et firent s'asseoir leur prisonnier d'un geste ferme sur la chaise fixée au sol de l'autre coté de la table où elle était installée.

-Ces menottes ne sont pas vraiment nécessaire, si? les interpella la jeune Harley alors qu'ils s'apprêtaient à quitter la pièce.

-Désolé doc', lui répondit le gardien chef, mais ce sont les ordres... il est bien trop dangereux pour que l'on prenne le risque de le détacher. Criez si vous avez le moindre problème.

Et il sortit en claquant la porte, laissant la jeune psychiatre Harleen Quinzel seul avec le Joker. Ce dernier ne cessait de la fixé, d'un regard étrange qui lui donnait la chair de poule, comme si il avait tenté de sonder les mystères de son esprit... et qu'il y était parvenu! Ne supportant plus le regard noir et inquisiteur qu'il lui portait, elle tendit la main vers le magnétophone, enclencha le bouton "play" et démarra la consultation.

-Entretient patient n°1... aucun nom enregistré, aucun alias, je me vois donc dans l'obligation de vous appelez par votre pseudonyme, le Joker. Je suis le docteur Harleen Quinzel, la consultante psychiatrique assignée à votre cas.

-Je suis votre premier patient? demanda-t-il en secouant légèrement les menottes qui lui enserraient les poignets, intéressant... cela rends notre première rencontre encore plus... hmmm... intime, n'est-ce pas Harleen?

-Docteur Quinzel je vous prie, trancha-t-elle d'un ton qui permettait aucun refus.

Une moue faussement déçue apparut sur le visage du Joker, tandis qu'il passait sa langue, plus par automatisme que par nécessité, sur ses lèvres dépourvus de toute trace de ce maquillage rouge qui était devenu sa marque de fabrique.

-Oh! dit-il en se redressant légèrement sur sa chaise, nous entamons donc un entretient très formel... très bien Doc', très bien! Appelez-moi... monsieur J., si le cœur vous en dit! Joker est bien trop familier, après tout... c'est n'est que notre première fois!

-Très drôle, répondit Harleen d'une voix neutre, mais je vous connais vous savez... du moins, au travers des comptes rendus que m'ont transmis mes confrères, ajouta-t-elle en ouvrant le dossier qu'elle avait en face d'elle avant de commencer à lire (d'une voixpresque las) les documents étalés devant ses yeux, "le patient n°345-S, répertorié sous le nom du Joker semble peu enclin aux dialogues, ses seuls échanges verbaux se résumant aux blagues douteuses pour lesquels il semble éprouver un vif intérêt"... hum... "l'impossibilité d'un diagnostique dû aux changements de personnalités qu'il manifeste à chacune de nos séances" ... "des tendances psychotiques qui semblent être à l'origine de ses besoins d'anarchie sanguinaire" ... etcetera etcetera... stoppons ici la liste de vos "qualités", voulez-vous. Alors? Qu'en pensez-vous? Comme expliqueriez-vous, à votre manière, les rapports de mes collègues?

-Il s'agit là de portraits de moi extrêmement élogieux, répondit-il avec un léger sourire, vous féliciterez l'auteur de ma part, Doc'!

-Vous le trouver flatteur?

- Je le trouve plutôt fidèle... qu'en pensez-vous, Doc'? lui demanda-t-il en se penchant légèrement en avant, qu'en déduit votre cerveau formaté de jeune psychiatre étriquée dans la monotonie du quotidien...? Correspond-il au diagnostique que vous vous efforcez de retranscrire fidèlement sur votre carnet bon marché? Hmmmm... ou avez-vous une toute autre idée sur la question?

-En effet, répondit-elle, je ne pense pas que vous soyez un psychopathe.

Le Joker haussa les sourcils, un large sourire apparut sur son visage et il passa de nouveau sa langue sur ses lèvres. Harleen, de son coté, tentait tant bien que mal de soutenir son regard. Si elle devait lui imposer le respect c'était maintenant ou jamais.

-Sociopathe serais d'avantage le mot que j'emploierais pour votre... disons, manière de penser. J'ai d'ailleurs bon espoir de parvenir à un résultat, et peut-être... pourquoi pas à vous soigner!

-Vous croyez, Doc? l'interrogea le Joker en appuyant ses coudes sur la table, s'approchant ainsi d'avantage de la jeune femme qui pourtant demeura immobile, tentant de rester indifférente au regard perçant que lui jetait ce dernier.

-J'en suis sûre.

Un immense sourire apparut sur le visage du Joker, étirant ainsi ses cicatrices qui semblaient être sûr le point de ce ré-ouvrir à tout instant. Ses yeux brillaient d'une... malice? Folie?... inexplicable et insondable lueur. Une voix étrange se fraya un chemin du fond gorge, une voix indéfinissable qui la fit se reculer de quelques mini mètres.

-Nous verrons cela, Harleen!

Il se rejeta en arrière si violement, qu'il eu de la chance que sa chaise soit solidement fixée au sol.

Un rire hystérique s'échappa alors de ses abominables lèvres balafrés.

Ses joues se couvrirent de larmes d'euphorie, brillant comme des milliers de petits néons qui se seraient soudain mis à briller.

S'en était fini de l'entretient.